« Remember Sammy Jankis » – Leonard Shelby

Ça pourra paraître évident, mais aller au cinéma, ce n’est pas comme se rendre sur les bancs de l’école. Au sens où on ne va pas au cinéma pour apprendre grand-chose. Petit on me disait de lire un livre pour découvrir le monde. Jamais je n’ai entendu : « va au cinéma pour voir ce qui t’entoure. » Et pourtant, lire laisse une plus grande place à l’imaginaire que les images imposées par un film, que sa bande-son qui plie l’émotion, ou que son montage qui vous insuffle le rythme. A croire que la marge laissée à l’inventivité obligée – le fait de transformer les mots des livres en sensations – est plus porteuse que le lit de la rivière d’un film, n’en déplaise à Otto Preminger, Robert et Marilyn. L’important semble résider dans notre capacité à réinventer le monde, ou à se découvrir soi-même, et pour ça, l’imaginaire est primordial et il s’est endormi quelque part dans tout ce qu’un livre ne rend pas, et il n’est pas dans tout ce qu’un film offre trop facilement.

Tout ceci n’est qu’une vague généralité. C’est comme de dire que les voyages forment la jeunesse – voire d’affirmer que les voyages forment la jeunesse, même que c’est Montaigne qui l’a dit, alors que le pauvre homme n’a écrit ça nulle part et qu’il n’existe aucune archive sonore de ses déclarations fracassantes. Il y a des films qu’il vaut mieux voir. Il y a des livres qu’il vaut mieux ne pas ouvrir. Mais dans l’ensemble dirons-nous, on ne va pas au cinéma pour apprendre. On va au cinéma pour en prendre plein la vue. Parce qu’un film a plus de chance de littéralement vous éblouir qu’un livre, même sur une liseuse déréglée. On y va pour bouffer du pop-corn. On y va pour s’endormir. On y va pour la tronche de cake qui joue le jeune premier, en rêvant d’être le quatre-quarts qu’il bécotera goulûment. On y va pour rêver bêtement. Mais on sait pertinemment qu’on n’y va pas pour apprendre. Évidemment, un film peut susciter des vocations, des désirs, amorcer quelque chose de plus que la léthargie contemplative. Un film peut lancer des répliques cultes, ou en sortir de la cave – allez expliquer aux gamins d’aujourd’hui que le vieux croûton que je suis maintenant riait déjà de « pas de bras, pas de chocolat » en cours moyen – relancer la mode des grands manteaux, au cas où il vous faudrait attendre Charles Bronson à la gare, ou ne pas l’attendre du tout. Un film est un média comme un autre, juste un peu moins porteur. Et je le répète, je suis devenu prudent, ça reste un a priori comme un autre.

S’il fallait trouver une explication a cet a priori innocent – et martelé déjà près d’une demi douzaine de fois dans cet article – j’en ai eu une en jouant il y a quelques années de cela à The Movies sur mon ordinateur. Il s’agissait d’un jeu de gestion de studios de cinéma. Je me l’étais offert parce qu’il permettait de monter ses propres petits films – de piètre qualité et avec des contraintes plutôt… contraignantes – mais à y jouer pour de bon, je me suis rendu compte d’à quel point le cinéma était une industrie, et ce, depuis ses origines. Il y était possible de diriger un studio depuis les années 20 jusqu’à nos jours, mais toujours selon un même principe : être un bon gestionnaire des ressources humaines, qu’il s’agisse des acteurs, des réalisateurs, des décorateurs, des maquilleuses, tout le tralala et des équipes de scénaristes : les films on s’en foutait un peu, si vous connaissiez le succès, c’est qu’à l’origine vous aviez monté la bonne équipe, comme un Qatari venu s’acheter un petit club de foot à la campagne. C’était la période où les scénaristes d’Hollywood s’étaient mis en grève et menaçaient tous les feuilletons téléchargeables illégalement d’avoir du grain à moudre. Je crois que pour le coup, je compris que le cinéma était avant tout une industrie. La littérature en est une aussi. Je ne lynche pas le cinéma à tout va. Mais de tous les arts dont il est le septième, le cinéma est certainement celui qui n’aura jamais pu s’échapper du carcan industriel, parce qu’il est né avec. Et par industriel, je ne veux pas dire capitaliste : le cinéma d’Eisenstein ne s’échappait pas plus du diktat de ses financiers, populaires et soviétiques. Mais c’est une contrainte comme une autre, un écrivain ne s’en sortira pas sans les marchands de papier – sauf à vendre son âme aux marchands de liseuses – les peintres ne sont pas mieux, et puis après tout, on a les mécènes qu’on mérite !

Le cinéma ne m’apprend rien, et c’est vrai qu’il y a moins à manger dans un film avec Chuck Norris que dans une chanson de Balavoine. Mais on arrive parfois à un point où le ridicule ne tue tellement pas qu’il devient un art de vivre. Comment ça on est pas à Iguazu ?Ainsi, l’an dernier, pendant que je m’abstenais de revisiter mes classiques, je me suis malheureusement assis devant Prometheus de Ridley Scott, le film qui se veut  un prequel de la saga Alien. Parce qu’un terme comme prequel est tombé dans le jargon des amateurs de grand écran, comme la première sequel venue, il faut donner du prequel aux spectateurs. Avec Prometheus, en mettant le réalisateur du premier Alien derrière la caméra, le fan de la petite bête qui monte, qui monte… jusqu’au nombril, allait en avoir pour son argent. Il en a eu. Si on passe tous les passages ridicules – quand une colonne vous tombe dessus, vous ne courez pas tout droit dans l’ombre de la colonne – si on passe tous les passages abscons – la scène d’introduction non contente d’être pompée du Mission de Roland Joffé ne connaît aucune explication – si on passe tous les passages irréalistes – incapable de marcher après une césarienne, vous gambadez dix minutes après en sautant d’un vaisseau à l’autre – si on passe tous les passages qui ne respectent pas l’intelligence du spectateur fan d’Alien – une peinture rupestre sur Terre va amener des scientifiques à faire sur une planète lointaine un chapelet de conneries qui va provoquer la naissance du premier Alien alors même que sur la peinture rupestre on voit une Reine Alien qui ne peut naître que d’un Alien – bref, si on ne regarde pas le film autrement que comme un objet philosopho-théologico-machin, parce qu’il n’y a rien à y voir, on se dit trois choses : en premier lieu, pourquoi trouve-t-on sur le net un site officiel de Prometheus 2, en second lieu, il ne faudra pas oublier de tuer le premier qui parlera d’un prequel de Blade Runner, en dernier lieu, le cinéma ne sait même plus se reraconter. Et on est très fier de son néologisme.

Ce que je voulais juste dire, c’est qu’on ne va pas au cinéma pour apprendre. Je le sais. Et pourtant, je me suis assis devant Prometheus avec beaucoup d’enthousiasme et quand il m’arrive quelque chose, qu’il me faut une référence, je me tourne toujours à un moment ou à un autre vers le cinéma.

Ainsi, il y a de cela presqu’un an, sur une petite route sinueuse pleine de virages et donnant sur le vide, juste étreinte par un petit parapet de pierres, alors que je montais tant bien que mal avec Titine, un pneu a éclaté et j’ai totalement perdu le contrôle de la voiture. A cet instant, je me suis mis à tout vivre au ralenti. J’ai pensé à ma famille, aux leçons de conduite avec mon père, au boulot où je serais à coup sûr en retard, au vide en dessous, à ce petit parapet ridicule, mais aussi entre autres à Michel Piccoli dans Les Choses de la Vie. Puis la voiture s’est arrêtée grâce au parapet ridicule, j’avais un airbag qui me faisait un câlin et il y avait une sale odeur de ferraille et de brûlé… l’airbag sûrement ou la suspension qui traînait du côté du siège passager.

Quand le diabète est arrivé dans ma vie, alors que je n’y connaissais pas grand-chose, j’ai d’abord pensé à Google, à Wikipedia, puis au cinéma. Google et Wikipedia sont les deux mamelles de l’e-pocondriaque qui se respecte – ensuite l’e-pocondriaque se trouve d’autres mamelles sur les forums de Doctissimo et Cie, mais je n’en suis encore qu’au niveau 1. Je ne suis pas diabétique – ou sinon je l’ignore, comme beaucoup trop de personnes, puisque 700 000 Français vivraient sans savoir qu’ils en sont atteints. Par contre, ma compagne l’est devenue du jour au lendemain. Et entre le moment où je l’ai su et celui où je suis allé la rejoindre à l’hôpital, je n’ai pas vraiment eu loisir de feuilleter des pages Google ou Wikipedia à cause de mon téléphone vieillot. Je me rappelai bien d’un vieil adjudant-chef lors de mon service militaire qui se faisait des piqûres à l’index toutes les deux trois heures. Je me rappelai aussi Jodie Foster enfermée dans sa Panic Room, l’isolant des cambrioleurs dévalisant son domicile alors que sa fille séquestrée volontaire avec elle faisait un malaise : il lui fallait absolument sortir de cette pièce imprenable, récupérer de quoi faire une injection à sa fille et la sauver d’une mort imminente.

En fait au début vous n’y comprenez rien – au diabète, pas à Panic Room : Panic Room est très bien expliqué et dès l’introduction, vous savez ce qu’est une Panic Room, il ne vous manque plus qu’à trouver un entrepreneur. Si vous ne vous soignez pas, vous mourrez. Si vous vous soignez mal, vous perdrez vos pieds, vos reins, vos neurones, la vue. Et puis il ne s’agit plus de se soigner. Ça ne se soigne pas. Vous comprenez ?

Pour l’instant, vous êtes sous le coup de la surprise, vous n’y comprenez rien. Mais une chose est certaine, si vous ne faîtes pas ce qu’il faut, vous le payerez… tôt ou tard. C’est cet aspect que le diabète a pris au cinéma. Au rayonnage des accessoires des scénaristes, il est posé là parmi les artifices du suspense et du misérabilisme. Je n’ai pas vu tous les films du monde, mais je pense en avoir regardé assez pour me rendre compte qu’à part se souvenir de Sammy Jankis, le diabète au cinoche, c’est avant tout une lente dégradation du corps si on ne sait pas s’astreindre à un équilibre ou une course au Glucagon contre la montre. Mais avant d’énumérer pêle-mêle les Potins de Femmes, Puntio di equilibrio, Broken et autres Prison Break et Panic Room, essayons un tant soit peu sommairement, de comprendre un peu mieux ce qu’est le diabète.

Déjà, quand on emploie le terme de diabète, on parle de plein de trucs. Ce serait presque comme dire, « j’ai besoin de lunettes », ça n’explique pas si vous êtes myope, hypermétrope, ou astigmate. Et encore moins ce que sont la myopie, l’hypermétropie et l’astigmatisme. Il faudrait toujours parler des diabètes, parce qu’il s’agit d’un groupe de maladies dont le point commun est que les personnes touchées par elles, urinent plus que les autres. C’est d’ailleurs l’origine de son nom, du grec ancien dia-baïno « passer à travers » qui décrivait le circuit de l’eau et du vin chez ces pauvres bougres qui ne pouvaient pas s’empêcher de boire et de se soulager à tire-larigot. Les antiques docteurs grecs distinguaient deux types de diabète : le sucré, et le pas sucré – pour ce dernier aujourd’hui on dira l’insipide.

J’ai une pensée émue pour tous les gars chargés de dresser les diagnostics dans leurs palais. On pourrait croire que le sucre n’étant pas alors des saveurs les plus communes, et qu’il fallait une certaine expérience pour distinguer l’urine sucrée de la pas sucrée. Ce serait se tromper. Le miel faisait office de sucre, quant à la canne à sucre, sa plus ancienne mention dans les textes occidentaux date des conquêtes d’Alexandre le Grand, et plus précisément des aventures de son amiral Néarque, le Marco Polo de l’époque qui s’en alla voguer en Inde. Mais tout ça c’est une autre histoire. Par sucré, il faut simplement entendre « doux ». Les fruits, les féculents, certaines épices, certaines céréales et les alcools sont autant de douceurs qui auront toute leur importance dans le traitement du diabète – ou dans ses complications. Les successeurs d’Hippocrate savaient donc distinguer le diabète en général, et dans les diabètes, les diabètes sucrés des diabètes insipides, comme on les appelle encore maintenant. Mais ils n’en savaient pas beaucoup plus. Aujourd’hui quand nous parlons diabète, dans nos conversations autour de la machine à café, et même autour de cet article, nous n’évoquons malgré nous que le diabète sucré.

La médecine chinoise n’était pas en reste, et au cours du premier millénaire de notre ère elle proposa le premier traitement : un régime drastique sans alcool et sans amidon, qui, on le comprendra plus tard, n’était pas sans fondement.

Les véritables tournants de nos connaissances en matière de diabète eurent lieu, il y a environ un siècle. C’est à la fin du XIXème à Strasbourg qu’Oskar von Minkowski découvrit par hasard le rôle du pancréas dans le diabète. Alors qu’il menait des expériences sur une bande de chiens, leur retirant des organes pour voir ce que ça donnerait, son équipe et lui observèrent que les chiens sans pancréas mouraient de soif, et que leur urine attirait les mouches. J’ai une pensée émue pour l’assistant qui constata qu’elles étaient effectivement sucrées. On savait déjà depuis les travaux de Langerhans, un chercheur allemand que le pancréas produit plusieurs hormones. Le scientifique avait donné son nom à des cellules particulières de l’organe en forme de petites îles : les îlots de Langerhans.  Au cours des trente années qui suivirent, la science isola les différentes hormones créées par le corps humain, et il apparut que sur les îlots de Langerhans, certaines cellules sécrétaient de l’insuline – du latin insula, l’île. A tâtons, certains scientifiques émirent l’hypothèse que l’insuline était responsable de la régulation du taux de sucre dans le sang – il fallait bien que quelque chose venant du pancréas en soit responsable. En 1922, à partir de pancréas de bœufs et de porcs, Banting et MacLeod de l’hôpital de Toronto tentèrent de synthétiser la molécule d’insuline avant de l’injecter à un jeune garçon Leonard Thompson, diabétique de son état : sa glycémie, à savoir son taux de glucose dans le sang, baissa radicalement ! Le rôle de l’insuline dans la régulation du sucre était établi, par contre Leonard Thompson manqua de mourir de l’abcès provoqué par cette injection. Quelques améliorations et un Prix Nobel plus tard, il devint possible de traiter le diabète par injections d’insulines aux effets toujours mieux maîtrisés.

Pour résumer, votre pancréas parmi tout ce qu’il sécrète, produit l’insuline. L’insuline permet de réduire le taux de sucre dans le sang, elle est hypoglycémiante. En 1923 Kimball et Burlin, émettront l’hypothèse que le pancréas produit une hormone ayant l’effet inverse. Ce n’est que trente ans plus tard que celle-ci sera identifiée, et baptisée glucagon. Il faudra attendre encore 1970 pour comprendre son fonctionnement. Le glucagon permet de booster le taux de sucre dans le sang, il est hyperglycémiant. Le glucagon agit sur les cellules du foie, et peut provoquer une glycogénolise de ce dernier : le foie produit alors du glucose libéré dans le sang.

Une glycémie est considérée normale si vous avez entre 0,74 et 1,06 g de sucre par litre de sang à jeun, et jusqu’à 1,8g pour une glycémie post-prandiale (soit après un repas). Il existe des appareils portatifs qui permettent de mesurer facilement le taux de sucre dans le sang, les glucomètres. Une petite piqûre au bout du doigt – voilà pourquoi dans le langage des initiés, on appelle ça une dextro – une goutte de sang sur le lecteur, et vous savez où vous en êtes dans la minute qui suit.

Il existe plusieurs diabètes parmi les diabètes sucrés. Le diabète de type 1 fait suite à une maladie auto-immune – c’est fou les mots qu’on a pu apprendre avec le Dr House, Urgences, Grey’s Anatomy et Private Practice – au cours de laquelle les cellules des îlots de Langerhans se sont faites rayer de la carte par le système immunitaire. Qu’est-ce qui le déclenche ? A priori les raisons peuvent être multiples : un terrain génétique favorable, un choc émotionnel, le stress. Evidemment, ce ne sont que des hypothèses et encore moins des généralités : allez dire à un gamin de deux ans chez qui le diabète de type 1 se déclenche alors que ses parents vont bien, ses grands-parents encore mieux, et que tous ses jouets sont magnifiques, qu’il est trop stressé ! Le diabète de type 2 (ou diabète de la maturité) est le résultat d’une usure du pancréas au cours des années. Il est un peu facile de dire qu’il est fréquent chez les personnes obèses ou en surpoids. Ce serait comme dire que les diabétiques de type 2 se rendent malades tout seuls comme des grands. Le facteur génétique est aussi pour ce diabète une cause importante. Le diabète de type 2 représente près de quatre cas de diabètes sur cinq, et ne cesse d’être en progression partout dans le monde. Que ce soit dans les pays développés où notre alimentation hypercalorique et hyperlipidique et nos manies sédentaires ne nous aident pas, ou chez les moins nantis où les déséquilibres dérèglent les bonnes marches du corps. On distinguera encore le diabète gestationnel, qui n’apparaît que lors des grossesses, le placenta ayant la fâcheuse tendance de produire des hormones qui provoquent une insulinorésistance. S’il disparaît généralement à la fin de la grossesse, il peut aussi être annonciateur d’un diabète de type 2. Il existe des diabètes secondaires, qui résultent d’autres maladies liées au pancréas, évidemment, mais aussi au foie, ou de maladies endocrines comme le syndrome de Cushing – n’est-ce pas House ? – ou l’hyperthyroïdie. Enfin, j’évoquerai les diabètes MODY – Maturity Onset Diabetes in the Young – transmis génétiquement, selon un gène dominant : les familles qui s’en voient atteintes sont généralement touchées au nombre d’un individu sur deux.

Tous les diabètes ne nécessitent pas qu’on s’injecte de l’insuline, mais les diabètes insulinodépendants obligent leurs malades à procéder à de multiples injections chaque jour, pour maintenir l’équilibre de leurs glycémies. Les diabètes non insulinodépendants nécessitent un régime strict et des activités physiques encadrées. Il s’agit de continuer à réguler le sucre de son sang avec un pancréas fragile. La prise d’insuline peut provoquer des hypoglycémies, à savoir provoquer un état d’extrême fatigue chez une personne dont le taux de sucre dans le sang serait soudain trop bas, voire un coma hypoglycémique. Face à ces comas probables, il existe une solution : la seringue de Glucagon que je cache au frigo et dont la lecture du mode d’emploi me donne des migraines – en premier lieu, le cas échéant, j’appellerai les pompiers. Face aux hypoglycémies moins sévères, il suffit de « ressucrer » – mon correcteur orthographique me propose « ressusciter » – le malade, avec l’équivalent de quinze grammes de sucre, soit trois morceaux – essayez de donner trois sucres à quelqu’un qui perd toute énergie – ou un verre de jus de fruit, une mini canette de coca, trois Pepito ou autres gourmandises… En allant faire vos courses vous apprenez très vite à lire les compositions des produits que vous achetez, à la ligne « glucides dont sucre »…

On ne meurt pas instantanément du diabète parce qu’on aurait oublié son injection. Revenons-en à Leonard Thompson pour l’exemple. Avant qu’il n’accepte d’être le premier humain à tester l’insuline – jusque là seuls des chiens dépancréatés avaient bien voulu se prêter au jeu – on mourait en quelques semaines des diabètes insulinodépendants. Quand il rejoint MacLeod et Banting, Leonard pèse trente kilos, il est en acidocétose (une augmentation grave de l’acidité du sang), et est à cinq grammes de sucre. Et on lui donne encore quelques semaines à vivre comme ça. Une hyperglycémie n’a pas de conséquence grave à court terme, les hyperglycémies chroniques par contre peuvent entraîner de multiples complications, le sucre détériorant les vaisseaux sanguins et les nerfs : les extrémités du corps – en l’occurrence les pieds – mais aussi les yeux, le foie, les reins peuvent tous en pâtir. La nourriture n’est pas la seule cause de l’hyperglycémie : le stress par exemple provoque une augmentation du glucose dans le sang. Une hypoglycémie peut avoir une conséquence sur le court terme, on l’a vu avec le coma hypoglycémique. Ses symptômes ne sont pas spécifiques, mais on pourra énumérer pêle-mêle, la sensation de faim, la pâleur, les vertiges, les troubles du comportements comme la confusion, l’excitation, ou la parole difficile, les coups de chaleur, les vertiges et j’en passe.

Mais ça, c’est de la théorie. Ecrite un peu n’importe comment, sûrement incomplète, mais juste de la théorie. Au quotidien, vivre avec le diabète, c’est avant tout des contraintes : les injections, les contrôles, un régime alimentaire strict. Du moins quand je dis régime alimentaire strict, il faut bien comprendre qu’un diabétique régulant de lui même le sucre qu’il a dans les veines, se doit essentiellement d’avoir une alimentation équilibrée, à savoir celle que nous devrions tous avoir. Un régime dans lequel nous nous contentons du sucre nécessaire – et par sucre il faut bien comprendre les glucides – où nous complétons nos appétits par des produits qui sans en rajouter en lipides et en glucides nous apportent des éléments suffisants – et là j’ai envie d’écrire « miam miam des brocolis ! » des légumes verts primordiaux parce que les fibres permettent de ralentir l’assimilation des glucides lors de la digestion – où on sait se faire plaisir sans excès, où on respecte les heures des repas. Rien de bien mortel, au contraire.

Et puis au quotidien s’ajoutent les moments de déséquilibre, ceux auxquels on ne pourra pas échapper, même en se voulant le plus régulier du monde : des angoisses, des coups de mou, des coups de nerf. Complétez le tableau avec les réflexions blessantes que peuvent balancer les gens qui n’y connaissent rien, ou la simple expression « faire du diabète » comme on dirait « faire du cholestérol » et vous en avez vite ras le pompon. Mais je ne suis pas là pour vous raconter ma vie.

N’importe quel scénariste, n’importe quel écrivain, n’importe quel scribouillard qui décide de prendre le diabète sur son étagère d’outils pour écrire, devrait donc avoir ces quelques bases. Et maintenant quand je repense à Jodie Foster enfermée avec sa fille dans la Panic Room, je me dis que si le ridicule de Prometheus ne tue pas, l’amateurisme par contre…

Panic Room de David Fincher, c’est cette histoire d’une mère et de sa fille – Jodie Foster et Kristen « Twilight » Stewart – obligées de s’enfermer dans une chambre forte au beau milieu de leur nouvelle maison – la fameuse Panic Room – pour  échapper à des cambrioleurs, venus justement pour ce qui se trouve dans cette Panic Room. Pour le scénariste, la crise diabétique, c’est l’idéal pour obliger la mère à sortir, chercher de quoi faire une injection à sa fille. Sans ça, pas de film… les cambrioleurs meurent de faim devant la chambre forte. Et David Fincher tient d’un seul coup son plus gros bide. Quand j’ai vu Panic Room, il y a longtemps, tout se tenait. J’en ai gardé un souvenir bien précis, ma référence mythologique du diabète.

Toutefois il est théoriquement improbable que Kristen Stewart fasse une hypoglycémie dans la Panic Room. Parce que la pizza qu’elle avale dix minutes avant d’y entrer, le soda – version contenance XXL et pas light – qui l’aide à pousser la pizza dans son petit ventre, le stress qu’elle connaît, et le peu d’activité physique  qu’elle pratique enfermée là-dedans, sont autant de facteurs hyperglycémiants. Ensuite que sa mère implore les cambrioleurs avec des  « Ma fille va faire un coma diabétique, il faut que je récupère son insuline ! », c’est comme de crier « Ma fille va faire un coma diabétique, il faut que je l’achève ! » Étrangement – ou heureusement – lorsqu’elle récupère l’injection vitale, il s’agit de glucagon, par contre, quand elle injecte ce glucagon à un pauvre cambrioleur qui jusqu’ici contrôlait très bien son taux de sucre tout seul, ce dernier a soudain les symptômes d’une hypoglycémie. D’ailleurs, en effectuant mes recherches d’illustrations pour cet article, j’en ai bien lu quelques uns qui défendent haut et fort la théorie selon laquelle, la jeune fille ayant oublié de se faire sa piqûre d’insuline, elle serait en hyperglycémie très sévère – ce qui serait beaucoup plus logique – mais alors quid du glucagon ?

C'est trop bien, le nombre de seringues que j'ai pouvoir me payer pour passer pour une junkie !Les piqûres miracles sont assez récurrentes au cinéma. Dans Mad Money, lorsque le personnage de Katie Holmes fait une hypoglyclémie – ou une hyper, qu’est-ce qu’on en sait ? – ses collègues trouvent une seringue dans son sac et se contentent de lui faire une injection. Elles seront tellement époustouflées de voir Katie retrouver tous ses sens en quelques secondes qu’elles resteront persuadées presque tout le film qu’elle n’est rien d’autre qu’une junkie.

Panic Room reste un film bien écrit et bien réalisé, malgré son amateurisme en matière de diabète. Quand pour un blockbuster décérébré, l’équipe des scénaristes décide de se servir du diabète pour construire son suspense, on atteint des sommets. Dans Les Ailes de l’Enfer, un avion pénitentiaire est détourné par ses occupants qui profitent que l’un d’entre eux s’écrie : « Je suis diabétique, si je n’ai pas mon injection dans les deux heures, vous pourrez envoyer des fleurs à ma mère ». Plus tard, quand il fait une crise qui a priori ressemble plus à une crise d’épilepsie qu’à une hypoglycémie, une piqûre d’insuline lui permet de retrouver instantanément son tonus. Cet hiver, dans Hansel et Gretel : Witch Hunters, Hansel à force de manger trop de bonbons chez la sorcière à la maison de pain d’épice, deviendra diabétique et s’injectera ça et là de l’insuline. Alors c'est pourquoi ? une aspirine en intraveineuse ?A la télévision, dans Prison Break, Michaël Scofield se fait passer pour un diabétique parce qu’il a besoin d’avoir accès régulièrement à l’infirmerie. L’infirmière n’est pas dupe : « Vous n’êtes pas diabétique. » Elle lui fait une dextro pour en avoir le cœur net, et doit conclure : « Vous êtes diabétique. » Par la suite, elle lui fera régulièrement des piqûres d’insuline sans contrôle, sans suivi, au petit bonheur la chance. Je ne suis pas dupe, elle n’est pas infirmière, et je n’ai pas besoin d’une dextro pour en être sûr.

Le diabète au cinéma, c’est avant tout deux ressorts. Cette fameuse course contre la montre au glucagon – souvent confondu avec l’insuline – et la lente dégradation du corps – et du même coup du moral et de l’esprit.

Le diabète illustré comme une lente dégradation, on le retrouve dans Rien en Commun, où Tom Hanks jeune publicitaire ambitieux doit laisser sa carrière de côté pour pouponner ses parents en plein divorce, et dont le père diabétique perd ses orteils. Un an avant Pretty Woman, Julia Roberts est une jeune diabétique dans Potins de Femmes. Non mais je veux un Orangina !!!On passera outre une scène d’hypoglycémie sévère digne de celle des Ailes de l’Enfer, qui dépasse les limites de l’épilepsie pour atteindre le territoire confus du delirium tremens – puisque pour se ressucrer le personnage ne trouve pas mieux à faire que de refuser un verre de jus d’orange – et on découvre les dangers de la grossesse diabétique, le docteur et la mère de Julia lui déconseillant d’être enceinte, et elle, assurant que c’est trop facile de nos jours… Elle finira par mourir d’insuffisance rénale, et sera nominée aux Oscars – dont j’ai déjà dit tout le bien que je peux en penser dans un autre article – pour cette interprétation fade et sans relief. L’an dernier, dans Broken, une jeune fille diabétique voyait son quartier partir en cacahuète après une dispute entre voisins. Celle-ci bien équilibrée, dans sa tête et avec son diabète, finira contaminée par la déréliction générale, jusqu’à un coma aux conditions macabres. Le diabète pour illustrer une lente dégradation finit toujours par mener à la catastrophe. Dans la romance au cacao, Le Chocolat de Lasse Hallström, une grand-mère diabétique interprétée par Judi Dench se tue à manger des truffes en cachant sa maladie à sa famille. Le souvenir qu’elle laisse au spectateur concernant sa maladie est très confus : femme moderne dans une période d’émancipation, elle tient à ne se priver d’aucun plaisir en ignorant son diabète… Le message à faire passer concernant le diabète doit être tout autre : on peut largement se faire plaisir sans excès. Pourtant Judi Dench sera aussi nominée aux Oscars pour ce rôle.

Et puis que faire quand on n’a pas les moyens de soigner son diabète ? La maladie est abordée sous cet angle dans Bread & Roses. Dans ce film de Ken Loach, grand maître du cinéma social, des employés californiens préposés au ménage sont en grève, pour obtenir entre autres, une assurance maladie. Celle-ci est nécessaire voire primordiale pour le personnage principal dont le mari est diabétique. Clive Owen dans Dérapage est le père d’une jeune diabétique de type 1. Cadre moyen il n’a pas les moyens de subvenir aux dépenses de soins de sa fille. Est-ce que ça explique qu’il se retrouve au centre d’un chantage tout pourri et stressant autour d’un adultère à deux sous ? Cette question sociale n’est traitable qu’aux Etats-Unis, où la maladie est très présente et ou le système de santé n’est pas aussi protecteur qu’en Europe.

Le diabète, c’est aussi, indirectement, des tours de passe-passe de seringues. Dans Pour Elle, et son remake américain Les Trois Prochains Jours, une évasion de prison tourne autour d’un échange de solutions d’insuline. Dans Black Book, la crapule de service ne trouve pas mieux à faire que d’injecter une dose mortelle d’insuline à l’héroïne qui par chance avait vu au tout début de ses aventures qu’on pouvait se ressucrer avec du chocolat. Dans le très mauvais film d’horreur Warlock, la seringue de l’héroïne diabétique de type 1, sera très utile pour en finir avec le grand méchant.

Parfois un film semble évoquer avec justesse la maladie, sans en faire une exposition misérabiliste, ou un facteur de suspens. Je comprends pas pourquoi il y a toujours des oranges dans cette trilogie !!!Dans le Parrain 3ème partie, Michaël Corleone (Al Pacino) est vieillissant, courbé par l’âge, et affaibli par un diabète de type 2, qui sera sûrement à l’origine des lésions vasculaires qui l’emporteront à la fin de la saga. Lorsqu’à l’écran il fait une hypoglycémie, il s’assied et boit un jus d’orange que lui tend le Cardinal Lamberto. Le temps de se ressaisir. Tranquillement. Et le Cardinal d’ajouter : « Quand l’esprit souffre, le corps crie. »

Le diabète n’est pas une maladie spectaculaire. Pour rappel 700 000 personnes en France en souffriraient sans s’en rendre compte, ça se saurait si une crise d’hypoglycémie nécessitait qu’on se roule à terre pour un jus d’orange. Il y a quelques jours encore, nous étions ma compagne et moi dans une librairie, quand elle s’est sentie bizarrement faible. Discrètement, elle s’est testée, a vu qu’effectivement sa glycémie était trop basse. Nous profitions du soleil, nous nous étions promenés en ville un moment, contents que le ciel nous le permette enfin. Cette simple marche lui avait brûlé tout son carburant. Dans cette librairie, il y a un petit coin café, une sorte de salon kitchenette, elle y a bu un verre de pomme cassis de chez Oasis, et dix minutes après nous étions repartis.

La particularité du Parrain, je crois, c’est qu’il est tiré du livre de Mario Puzo, diabétique, qui connaîtra lui-même de multiples complications cardiaques jusqu’à en mourir. Faut-il qu’un scénariste, un écrivain, ou un acteur soit malade pour que cette maladie soit correctement représentée ? On est en droit de se le demander. Dans la seconde saison de Body of Proof, au cours des épisodes que M6 a eu récemment le bon sens de présenter dans le désordre, la fille de l’héroïne voit se déclencher chez elle un diabète de type 1. Si la découverte de sa maladie se fait avec fracas et coma flippant – pas réaliste pour un sou sauf s’il s’agissait d’imiter Julia Roberts – la série n’en aborde pas moins les questions qui bouleversent tout néo-diabétique qui s’ignorait jusque là : vais-je vivre comme les autres ? vais-je pouvoir continuer à m’amuser ? vais-je avoir un avenir, des pieds, des yeux, des enfants… ? Est-ce un hasard si l’actrice qui interprète cette jeune fille est diabétique de type 1, depuis ses six ans, et représente la marque de pompe à insuline qui lui sera posée dans le feuilleton ?

Je n’ai pas le souvenir d’un film qui serait une mythologie du diabète. Une mythologie acceptable, une référence. Une œuvre de fiction qui puisse laisser envisager que la diabète, ça peut bien se vivre. Autre chose qu’un film qui ressemblerait plus à un documentaire ennuyeux. Ou autre chose que des documentaires.

Quand le diabète est arrivé dans ma vie, alors que je n’y connaissais pas grand-chose, j’ai d’abord pensé à Google, à Wikipedia, puis au cinéma. Ma compagne est devenue diabétique du jour au lendemain. Et entre le moment où je l’ai su et celui où je suis allé la rejoindre à l’hôpital, je n’ai pas vraiment eu loisir de feuilleter des pages Google ou Wikipedia à cause de mon téléphone vieillot. Je me rappelai bien d’un vieil adjudant-chef lors de mon service militaire qui se faisait des piqûres à l’index toutes les deux trois heures. Je me rappelai d’une amie qui à son diabète de type 1 avait vu se greffer tant de multiples intolérances alimentaires que ce n’est pas son diabète qui m’avait le plus marqué. Je me rappelai aussi – à tort – de Jodie Foster enfermée dans sa Panic Room. En fait au début vous n’y comprenez rien – au diabète, pas à Panic Room. Si vous ne vous soignez pas, vous mourrez. Si vous vous soignez mal, vous perdrez vos pieds, vos reins, vos neurones, la vue. Et puis il ne s’agit plus de se soigner. Ça ne se soigne pas. Vous comprenez maintenant ?

Pour l’instant, vous êtes sous le coup de la surprise, vous n’y comprenez rien. Mais une chose est certaine, si vous ne faîtes pas ce qu’il faut, vous le payerez… tôt ou tard.

On cherche à savoir à tout prix d’où lui vient ce diabète de type 1, comme si ça pouvait changer quelque chose.

Le diabète, on n’en guérit pas. Pour le moment c’est comme ça. On s’adapte, et votre entourage doit s’adapter avec. Nous sommes rentrés à la maison avec un mode d’emploi des repas. Le poids idéal de pain à prendre au petit déjeuner. La composition des menus. L’interdiction de grignoter entre les repas. A force, on s’adapte. J’ai perdu rapidement dix-huit kilos superflus. Je ne m’en plains pas.

Et puis il y a les injections, les dextros, comprendre les chiffres qui apparaissent à l’écran et agir en conséquence, intelligemment, et sans routine.

Je ne pense pas être le type le plus influençable du monde, mais le seul fait qu’un médecin m’ait dit : « les hypoglycémies nocturnes arrivent, il s’agit de savoir réagir », sans m’expliquer en quoi il fallait réagir, sans m’expliquer à quoi les reconnaître, m’a empêché de dormir plusieurs semaines. La routine quoi.

Le diabète, une fois que vous avez admis qu’il est là, il faut l’adopter. Ou à une lettre près, le dompter.

Entre temps j’ai rencontré d’autres diabétiques ou d’autres conjoints de diabétique. On se rend compte qu’il n’y a pas un diabète, mais des diabètes, des façons de réagir totalement différentes les unes des autres. Je ne dirai pas que nous assurons, ou que ma compagne assure, mais nous nous sommes attachés à comprendre, à toucher ce qui se passait, ce qui se passe dans son corps, pour mieux vivre nos nouvelles obligations. D’autres se laissent aller à une totale fatalité, se laissent flotter sur l’euphorie des hyperglycémies – parce qu’on s’y sent mieux après tout. D’autres montrent les dents à la moindre hypoglycémie et font vivre l’enfer à ceux qui les entourent. Quelques uns encore suivent bêtement les bêtes consignes de leurs médecins : tous les deux mois ils retournent se faire rééquilibrer.

Et puis pour en rajouter une couche, arrivent ces foutues fictions, où une hypo se guérit instantanément avec de l’insuline, où il n’y a plus rien à faire pour vos orteils, où vous mourez dans les cinq minutes parce que vous avez oublié votre piqûre de dix heures dix. Le dernier diabétique que nous avons vu sur le petit écran, c’était cette semaine, dans la deuxième saison de la série Scandal. Non, content d’être diabétique de type 1 – et d’être persuadé que les seringues étaient l’oeuvre du démon – le DID  (diabétique insulinodépendant) de service accumulait paranoïa, hyperactivité et casse-bonbonnisme. D’ailleurs, du point de vue du scenario, son diabète ne servait pas au personnage – alors que sa parano casse-bonbon hyperactive était utile à sa crédibilité – jusqu’à un meurtre à l’insuline.

Nous, devant notre écran, nous attendons autre chose de la représentation des diabétiques. On trouve toujours des petites failles aux héros qui les empêchent de finir leurs missions en moins de vingt minutes, alors que les feuilletons durent une heure pub comprise, et les films moins de deux heures : celui-ci a le vertige alors qu’il doit courser un brigand sur les toits de la ville, tel autre est daltonien, ce bonhomme là est obsédé sexuel compulsif et vierge alors qu’il enquête dans un club de strip-tease et celui-là encore est bipolaire quand il n’a pas sniffé un rail de coke… pourquoi un inspecteur diabétique ne verrait-il pas ses enquêtes perturbées par ses hypoglycémies ? Ou soyons fou, obligé d’enquêter dans une confiserie ? Nous, devant notre écran, nous nous tapons des délires bizarres pour combler ce vide. On imagine un Koh-Lanta pour diabétiques, avec de l’insuline et du glucagon à gagner lors des épreuves de confort. On imagine un Top Chef avec des menus diabétiques – pour rappel, des menus normaux. En gros we see did people everywhere, comme le gamin du Sixième Sens.

Nous, devant notre écran, nous attendons autre chose que des absurdités. On nous a évoqué récemment un épisode d’Alice Nevers, où le médecin légiste de service faisait état de toute sa méconnaissance du diabète exposant que le glucagon ne s’administrait qu’aux diabétiques de type 2 et qu’on pouvait tuer un diabétique de type 1 avec. Nous attendons autre chose qu’un diabète hystérique à la première hypo venue. Nous attendons autre chose que des confusions entre les symptômes. Autre chose que des messages sous-jacents pervers. Faut-il croire qu’il faut se suicider au chocolat pour se prouver qu’on peut vivre comme les autres ? Merci Judi Dench. Faut-il penser que c’est vraiment déconseillé de tomber enceinte parce qu’on a un diabète ? Merci Julia Roberts.

Depuis que le diabète est entré dans notre vie, ma compagne est tombée enceinte. Si on avait regardé Potins de Femmes juste avant, on serait devenus fous. Il y a là, c’est sûr, plus de contraintes que pour une grossesse classique. Tous les hôpitaux ne la prennent pas en charge, et vous restez un peu abasourdi quand dans votre premier centre hospitalier, l’obstétricien ne prête pas attention à votre diabète alors qu’il devrait être au courant qu’il ne pourra pas procéder à l’accouchement. Il vous faut plus de contrôle qu’à l’accoutumée. Contrôle de la grossesse. Contrôle de la glycémie. Madame Maximgar a mangé des flocons d’avoine tous les matins pendant huit mois, parce qu’elle maîtrisait à la perfection son taux de sucre avec cette céréale. Elle s’est interdit tout écart, même quand elle crevait la dalle – et a priori il arrive qu’on crève la dalle souvent quand on a un petit locataire. Quand son placenta bloquait l’action de son insuline, elle a augmenté ses doses, chaque semaine. On a eu peur que le bébé grandisse trop vite. On a eu peur qu’il soit malade. Parce qu’on sait qu’il avait 3 % de chance de naître diabétique, contre 3‰ pour un enfant dans les conditions normales. Elle m’a impressionné par sa constance et son abnégation. Parce qu’on avait à se soucier de rien avant. Parce que nous mangions comme tout le monde. Parce qu’il n’y avait pas de problème à avaler un petit écolier, et tous ses camarades, dès que nous avions faim. Parce que nous ne sommes pas des gens forcément bien organisés. Parce qu’il n’y a pas de mal en apparence à vivre librement. Je ne saurai sûrement jamais rien d’une grossesse classique. Essentiellement, parce que je me doute bien qu’il n’y a pas une grossesse, mais des grossesses. Mais la sienne fut exceptionnelle. C’était juste de l’héroïsme. Sans un gramme de chocolat, sans une fraise, ailleurs qu’au dessert. Et jusqu’au dénouement, toute la veille de Noël, toute la journée de Noël, à contrôler nous seuls ses glycémies, elle fut simplement héroïque. De ces héros très discrets et incompris, dont on dira qu’ils se la pètent, s’ils viennent à dire que c’était assez facile finalement, dont on dira qu’ils en font trop, s’ils viennent à dire combien c’était dur. Quant à Junior, notre petit garçon, quand je devais lui faire des dextros – au talon – il ne bronchait pas. Les enfants de diabétiques doivent en passer par là, à se faire contrôler dans leurs premiers jours, au cas où. Lui aussi, c’était un héros à sa manière, qui frappait sa mère dans les côtes parce qu’elle était en hypoglycémie sans s’en rendre compte, et qui à cette heure n’a rien d’un diabétique, mais plutôt tout d’un cascadeur émérite et affamé, mélomane et dragueur dans les boutiques.

Alors quand dans Potins de Femmes, son docteur et sa mère insistent auprès de Julia pour qu’elle ne tombe pas enceinte, j’ai juste envie d’employer le mot de Cambronne. Et quand Julia répond que maintenant les femmes diabétiques font des bébés tous les jours trop facilement, j’ai juste envie de sortir la machine à baffes. Je ne suis pas dupe : l’hyperglycémie n’a rien de télégénique. Une hypoglycémie avec ses vertiges, ses bafouillages, ça se voit mieux à la caméra. De là à faire passer des hyper pour des hypo, le cinéma a franchi aisément le pas. L’hyperglycémie tue à long terme. C’est elle qui menace les pieds, les yeux, les reins et le reste. Je suis persuadé que si elle était filmée correctement, je suis persuadé que si les hypoglycémies n’étaient pas filmées comme des crises épileptiques l’écume aux lèvres, le collègue que j’ai eu toute cette année, qui se maintient à près de trois grammes de sucre dans le sang parce qu’il se sent mieux comme ça qu’à flirter avec les coups de fatigue… ce collègue s’équilibrerait autrement et éviterait de laisser beaucoup plus tôt que prévu ses enfants et sa femme seuls. Parce que c’est de ça qu’il s’agit, de vie et de mort. Moi, j’ai essayé de lui dire, et il ne m’a pas écouté. Je ne suis pas Brad Pitt. Je ne suis pas Julia Roberts. Je ne suis même pas Franck Dubosc.

De nombreuses personnalités ont été ou sont diabétiques. Certaines l’ont plus mal vécu que d’autres. Ernest Hemingway aurait mis fin à ses jours parce que son diabète le rendait aveugle. Jacques Villeret n’a jamais voulu prendre en considération son diabète de type 2 et s’est laissé aller. Jules Verne devenu boulimique vers ses soixante ans, développe un diabète de type 2, avec lequel il vivra pendant quinze ans. Thomas Edison vivra une trentaine d’années avec un diabète de type 2 avant de mourir de ses complications à 84 ans. Marlon Brando et Elvis Presley vivront un peu plus mal le leur, le premier se sentant obligé d’avaler à la fin de sa vie ses six litres de crème glacée quotidienne pour entretenir ses 160 kilos, le second douze hamburgers pour quatre litres de glace.

En 1999, alors qu’il prépare les Jeux Olympiques de Sydney le nageur Gary Hall Junior est diagnostiqué diabétique de type 1. Il s’arrête un mois, se ressaisit, se qualifie pour les jeux et devient quadruple champion olympique sur 50 et 100 mètres nage libre, 4×100 mètres nage libre et 4×100 mètres quatre nages, alors que jusque là, il avait passé sa carrière à se faire coiffer sur le poteau par Alexander Popov. Il conservera son titre sur 50 mètres en 2004 à Athènes. Toujours à Sydney, le rameur Steven Redgrave remporte son cinquième titre de champion, alors qu’il a été diagnostiqué diabétique de type 1, trois ans auparavant. Diabétique à seize ans, Chris Dudley pratiqua le basket à haut niveau pendant seize ans et fut finaliste NBA en 1999 avec les Knicks de New-York. Autant d’exemples pour prouver s’il en était besoin qu’être diabétique ne signifie pas la fin de tout. Physiquement et moralement. James Brown, godfather of soul, the hardest working man in showbusiness, diabétique de type 1 à l’adolescence, réussira une carrière faite de concerts quasi quotidiens où il perdait cinq kilos par performance. Maintenant serai-je prêt à m’asseoir dans une salle de ciné pour voir un biopic sur un nageur et son diabète ? Je n’en suis pas sûr.

Leonard ThompsonPar contre la vie de Leonard Thompson, le premier homme soigné à l’insuline ne manquerait pas de drame. Avant qu’il ne prenne sa première dose d’insuline, le diabète de type 1 était une condamnation à mort : vous ne pouviez alors survivre que quelques mois – sauf quelques rares exceptions, comme on le verra juste après – le malade se retrouvait tôt ou tard en coma diabétique acidocétosique, et il ne s’en relevait pas. Si sa première injection manque de le faire mourir d’un abcès, la seconde injection d’insuline a été « purifiée » par le chimiste James Collip. Elle aura un effet plus sensible sur sa glycémie, et Leonard Thompson vivra treize ans avec son diabète avant qu’une pneumonie l’emporte à 27 ans.

Charles Evans Hughes fut un important homme politique républicain du début du XXème siècle. Candidat à la présidentielle de 1916, membre de la Cour Suprême, secrétaire d’Etat ou ministre de la Justice, il occupa plusieurs postes essentiels de l’administration gouvernementale américaine. Charles eut trois filles dont Elizabeth née en août 1907 alors qu’il était gouverneur de New-York. Lorsque cette dernière développa un diabète de type 1, à l’âge de 11 ans, la famille Hughes la fit conduire dans un hôpital psychiatrique, à Morristown dans le New Jersey. Là, le docteur Frederick M. Allen lui prescrivit une diète digne d’un temps de famine, qu’elle fut contrainte de suivre à domicile surveillée par une infirmière matonne. Il s’agissait de limiter sa nourriture à 400 calories par jour – imaginez 200g de salade verte, 100g de poulet grillé, 150g de pâtes et un yaourt nature sans sucre pour la journée, tous les jours. Mais on trouva encore du sucre dans ses urines, et le régime fut renforcé. Elle survécut trois ans à ce rythme. Mais à l’été 1922, ne pesant plus que 20kg, sa santé se détériora brutalement. Madame Hughes ayant entendu parler des travaux des Canadiens Banting, MacLeod et Collip fit discrètement envoyer sa fille à Toronto, où elle profita des premières injections d’insuline. Ces premières expériences d’injections se faisaient un peu au petit bonheur la chance. Les premiers mélanges n’étaient pas stables. Imprécise, l’insuline agissait de façon différente d’une seringue à l’autre. On ne maîtrisait encore ni son dosage, ni son conditionnement, on ne savait pas encore précisément à quelle température la conserver. En un peu moins de soixante ans, on découvrira comment la maintenir active, comment prolonger ses effets en la combinant avec du zinc en 1935, comment la combiner avec de la protamine en 1936, comment la produire hautement purifiée en 1970, comment réaliser la biosynthèse d’insuline humaine en 1980. En 1980 apparaissent les premières pompes à insuline, une alternative aux seringues. Une révolution, car jusque là préparer sa dose d’insuline relevait des études en école d’infirmières : à la fiole, seringues, petite cuiller, dosage à l’ancienne avec petite tape de l’index pour chasser la dernière petite goutte sur l’aiguille. Elizabeth Hughes connaîtra toute cette évolution, elle qui s’éteignit en 1981, à 73 ans. Peu de personnes de son entourage surent qu’elle était diabétique. Elle le cacha toute sa vie et prit soin d’effacer des notes de son père toutes les références à sa maladie, son hospitalisation, son séjour canadien. Elle réfutait même avoir été malade enfant. Mariée, trois fois mère, membre fondateur de la Société d’Histoire de la Cour Suprême, Elizabeth Hughes a eu un de ces destins qui traversent l’Histoire et qui en goûtent les miracles. Un biopic à son sujet, truffé de flashbacks larmoyants dans les hôpitaux psychiatriques du New Jersey, les cliniques froides de Toronto, alors qu’elle n’a vécu que dans les fastes de la grande société new-yorkaise, avec ça et là un peu de mièvrerie, des longs violons, des adolescents de quinze ans qui pèsent trente kilos, des célébrités diabétiques qui font des caméos, un Sugar Ray Robinson, un Jackie Robinson, une Elizabeth Taylor… il est évident que je n’aimerai pas ce film. Cependant, en retraçant l’histoire d’un miracle médical, dont personne ne semble se douter d’à quel point il tient du miracle, à travers un personnage qui niera toute sa vie sa maladie, des années folles à Ronald Reagan, ce serait la référence mythologique du diabète. Celle qui m’a manqué quand cette maladie a débarqué dans nos vies, comme elle débarquera dans la vie d’autres personnes, d’autres parents, d’autres conjoints, d’autres frères et sœurs. Celle qui vous manque quand la surprise vous abat.

Si on nous dit, « madame, monsieur, votre fils est autiste », inconsciemment la majorité d’entre nous pensera à Dustin Hoffman. Parce qu’il fut brillant dans Rain Man. Evidemment, l’autisme, ça ne se résume pas à péter dans une cabine téléphonique en s’esclaffant : « oh oh pété », ou à compter les allumettes qui tombent d’une boîte d’allumettes sans jouer au mikado, mais vous disposez d’une base, d’une icône, d’un exemple de douceur et de sympathie auquel raccrocher vos premiers effrois.

Je crois que j’ai vu beaucoup de films dans ma vie. Je crois que j’en ai recensé pas mal qui abordaient la question du diabète. De tous ceux que j’ai pu citer dans les lignes précédentes, je ne retiendrai pas grand chose : Katie Holmes qui préfère se faire passer pour une junkie plutôt que pour une diabétique, parce qu’au moins elle a l’impression qu’on s’intéresse vraiment à elle, Al Pacino qui se ressaisit avec son jus d’orange.

J’ai dit plus haut, que le quotidien avec le diabète, c’était ces foutues injections, les effets des glycémies sur votre moral, votre comportement. J’étais incomplet. L’incompréhension de votre environnement vous pourrit la vie à un point… Même moi, je pourris la vie de ma compagne, à ne pas réagir à temps quand il faut, ou parce que quand je cuisine je n’ai toujours pas compris que les petits pois sont des légumes verts certes, mais qu’ils agissent presque comme un féculent, ou à ne pas lui proposer le bon gâteau pour la bonne hypo. Du coup elle me pourrit la vie. Mad Money, ce film avec Katie Holmes, cette histoire de braquage en mode filles, que je n’ai pas spécialement envie de revoir, a quand même l’excellente approche de montrer combien il est difficile de vivre son diabète avec les autres, parce que de toutes les manières, les autres n’y comprennent rien : mieux vaut passer pour une héroïnomane ! Chaque diabétique a son diabète, sa façon de réagir, comme chaque partie du corps a sa façon d’assimiler l’insuline. En théorie les diabètes sont des maladies faciles à comprendre. En pratique rien n’est précis. Il s’agit de trouver un équilibre. Si James Brown avait décidé de prendre une année sabbatique pour, je n’en sais rien, faire une retraite dans un monastère des Cévennes, il aurait peut-être foutu en l’air son équilibre, et il n’y aurait plus eu de Sex Machine aux quatre coins de la planète. Dominique Garde fit un Tour de France alors qu’il était insulinodépendant. Au cours de cette Grande Boucle, son corps brûlait tellement de sucres, qu’il put se passer d’insuline, et qu’il continua de s’en passer les dix jours qui suivirent ce tour de force, en roue libre. En pratique, votre diabète vous laisse souvent dans l’incompréhension la plus totale sur vous même. Je n’évoque même pas là, les gens qui n’y comprennent rien à ce foutu pancréas, cette insuline, ce sucre, parce qu’ils n’ont pas eu la culture des sciences naturelles au collège, parce qu’ils ne voient pas ce qu’ils ont fait de mal. Alors comment les autres pourraient-ils comprendre ? L’autre question, c’est pire qu’une question… c’est de se demander pourquoi ? Et de rester sans réponse. C’est ce que je retiens du Parrain et de son volet final, de son personnage qui tente de se racheter, sans jamais vraiment être persuadé que son rachat le ramènera à la vie.

Et puis je me suis rappelé de Sammy Jankis. Sans entrer dans les détails du Memento de Christopher Nolan, sans en dévoiler les arcanes, sans rien dire qui ne gâche tout de la structure du film, Leonard Shelby a perdu l’usage de sa mémoire immédiate : il est incapable de se souvenir de ce qu’il a fait cinq minutes auparavant. Pour ceux qui ont des références cinématographiques : c’est un peu la Doris du Monde de Nemo. Le film est construit de façon à vous immerger dans cet état d’amnésie permanente : monté à l’envers, vous êtes incapable de savoir ce qui a pu se passer avant ce que vous vous voyez. Leonard Shelby tente de se repérer dans le temps grâce à des trucs et astuces : des polaroids, des tatouages, et des souvenirs plus anciens, de l’époque où il était agent d’assurance, et où par exemple, il a du vérifier qu’un homme atteint de la même maladie que lui à présent, ne simulait pas. Il s’agissait de Sammy Jankis. Et Leonard était persuadé que Sammy simulait. Tellement persuadé, qu’il arriva à convaincre la femme de Sammy que son mari trompait son monde. Cette dernière décida de vérifier l’état de son mari. Insulinodépendante, Sammy lui faisait toujours la même injection à une heure bien précise. Après une première piqûre elle retarda les aiguilles de l’horloge pour voir si Sammy lui en ferait une autre. Il la repiqua à la bonne heure. Elle recommença. Il recommença. Sammy. It's time for my shoot.Ils continuèrent ainsi jusqu’à ce que les doses s’avèrent mortelles. D’aucuns se demanderont où elle puisa la force pour aller retarder l’horloge après cinq injections, mais je serai presque tenté de dire qu’importe : il lui suffisait de mentir à son mari, et le seul fait que cette histoire soit racontée par un homme qui n’avait plus tous ses sens, balaye rapidement la question. Pour ceux qui ont vu Memento, pour ceux qui l’ont vu assez de fois pour bien se rendre compte que ce passage n’est pas qu’une simple anecdote, il y a là une référence au diabète, sans course au glucagon, sans délabrement physique et moral. Evidemment c’est la fin pour Madame Jankis. Mais c’est surtout, la seule référence qu’il m’ait été donnée de voir, où la quête d’équilibre et la pulsion de déséquilibre se heurtent à l’incompréhension manifeste et cruelle du monde qui vous entoure, au point de tout laisser tomber. Sammy Jankis ne tue pas sa femme par malveillance, ni même par maladresse. Il la tue par habitude, parce qu’il n’a pas d’autres repères que l’habitude, et l’habitude crée l’indifférence.

Tu fais du diabète ? Oh ben avec une pompe à insuline, ça se passe bien maintenant. Je l’ai vu à la télé.

L’important, écrivais-je au tout début, il y a une éternité… L’important semble résider dans notre capacité à réinventer le monde, ou à se découvrir soi-même. Ce qui revient au final à se réinventer quand on a découvert le monde. C’est ce que je fais depuis que le diabète est entré dans ma vie – indirectement, c’est vrai – depuis que j’ai mon petit garçon, depuis que je recherche chaque jour mon équilibre, celui de ma compagne, celui de ma famille, aussi vrai qu’il veut à tout prix se tenir debout.

4 réflexions sur “« Remember Sammy Jankis » – Leonard Shelby

  1. Avec le temps, et la plupart du temps, le diabete va totalement intégrer votre vie et ce sera une habitude de gestion des courses, des repas… Des contraintes habituelles et plus si contraignantes.
    Merci pour la petite histoire, je n’en savais rien.
    En tout cas, ce qui est certain c’est que le cinéma, on le regarde avec les yeux de notre expérience… Oui, les livres aussi, mais moins car les mots sont posés et l’écrivain ne nous laisse pas nous échapper comme au ciné entre deux pop corn.
    PS: Prometheus –> j’y crois pas!

    • Oh quelqu’un ici ! et qui en plus a tout lu de Prometheus jusqu’au bout !

      Gestion des repas, gestion des courses… je ne suis pas sûr de vouloir que cette maladie intègre nos vies au point de devenir une habitude. Une chose est sûre, pour mieux vivre avec, il faut adopter de bons comportements : de ceux qui te font manger équilibré à des horaires bien précis sans jamais grignoter et en vivant avec les saisons… etc… etc… Par contre que de contraintes, que de choses à surveiller, observer, calculer, anticiper… Et là, je ne parle qu’en tant que spectateur. Que d’angoisses pour une douleur au pied ou un coup de mou, et combien d’épées de Damoclès !!!

      Ce qui reste certain, c’est que le cinéma est une industrie comme une autre, et qu’il n’adopte pas toujours les bons comportements : c’en est même blessant, mais à un point qui ne m’avait jusque là pas franchement sauté aux yeux.

  2. Est-ce un débat cinéma VS livres, intéressante perspective. Je reviendrais lire l’intégralité, parce que malheureusement, je n’ai pas le temps pour le moment, il faut que j’aille travailler.😉

    • Oulala non surtout pas de débat cinéma VS livres, pour la simple et bonne raison qu’il est toujours faussé. Les amateurs de livres trouveront toujours que les livres sont mieux. Les amateurs de cinéma trouveront toujours que les films sont mieux. On ne s’en sortira jamais. Sauf à discuter avec des amateurs de livres ET de cinéma. Un deuxième biais interdit ce débat : la majorité des oeuvres est transposée de la littérature au cinéma (l’inverse existe, et d’ailleurs quand j’étais jeune et que je vivais là où les films arrivaient en bateau cargo, je lisais souvent les livres adaptés des films, et sincèrement y avait pas photo : les films étaient mille fois mieux). Les films sont donc souvent une interprétation des livres, interprétation surmultipliée entre la qualité du scénario adapté, la qualité du réalisateur, la qualité du photographe, la qualité des acteurs et de la direction d’acteurs… bref du seul point de vue théorique, sauf à réunir une équipe magnifique, le livre adapté l’emportera toujours sur son adaptation.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s