« Le temps passé avec un chat n’est jamais perdu » – Colette

De deux choses l’une, une histoire qui n’a pas de début n’a souvent pas de fin. Et il se trouve que là je n’ai vraiment pas de début.
Au départ, si j’en cherche un, il était question du neuf septembre, de neuvième jour, de neuvième mois, de deux cent cinquante deuxième jour de l’année quand cette dernière n’a pas voulu s’encombrer d’un 29 février… Il s’agissait de nonupler les coïncidences avec de la numérologie de comptoir à la recherche d’une vérité mystique qui aurait embrassé dans leurs petits couffins tous les grands héros nés ce jour là. On résiste difficilement à en dresser une liste exhaustive, mais cela nous éloignerait du sujet que nous n’avons même pas encore cerné. Mais disons en gros que l’idée était la suivante : ont-ils neuf vies comme les chats ? Bien sûr, la réponse était « oui, évidemment, les gens qui sont nés un 1er janvier n’ont bien qu’une seule vie». Car comme disait le logicien au Vieux Monsieur dans Rhinocéros de Ionesco « tous les chats sont mortels, Socrate est mortel, donc Socrate est un chat », et le Vieux Monsieur de confirmer : « C’est vrai, j’ai un chat qui s’appelle Socrate ». D’ailleurs, si cette démonstration ne vous satisfait pas totalement, Richelieu, né un 9 septembre comme par hasard est considéré comme celui qui permit aux chats d’être considérés comme des animaux de compagnie. Il installa une chatterie au Palais-Cardinal et à sa mort, à sa neuvième à proprement parler, il avait quelques quatorze chats dont une dizaine de persans, aux noms dignes du chat Socrate : Lucifer, Rubis-sur-l’ongle, Pyrame ou Ludovic le Cruel. Mais là je m’égare. Une question me tourmentait : ça venait d’où cette histoire selon laquelle les chats ont neuf vies ?

Déjà quelques jours avant, j’étais tombé sur cette vidéo sur la page Facebook d’un copain qui désire peut-être conserver son anonymat.

Ou comment tirer le meilleur du plus fun des lois de la physique et du plus approximatif des sciences naturelles. Ainsi si vous appliquez la règle qui veut que les chats retombent toujours sur leurs pattes (qu’on appelle le réflexe de redressement du chat) et la loi de la tartine beurrée, cette célèbre dérivée de la Loi de Murphy qui sous-entend qu’une tartine beurrée tombera toujours du côté beurré, vous pouvez effectivement, en théorie, induire un mouvement perpétuel en associant un chat et cette tartine. Cela vous paraît crétin et impossible ? Pourtant ce n’est que le début la loi de Murphy se vérifie. Que dit-elle ?

Tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera nécessairement mal.

Établie, pensée et énoncée alors que l’ingénieur aérospatial Edward Murphy et son équipe testaient la résistance humaine à la décélération, avec des chimpanzés comme cobayes, elle est née d’une bonne vieille blague entre collègues. Poussés à bout par les gaffes à répétition de l’un d’eux, le capitaine Stapp dont la réputation s’établissait en une règle empirique formelle statuant que « si ce gars avait la moindre possibilité de faire une connerie, il la ferait », la loi de Murphy née d’une boutade devint un principe réel de traque aux probabilité d’incidents. Elle sert aujourd’hui encore de base à toutes les recherches où les enjeux de sécurité sont primordiaux : imaginer toutes les embrouilles possibles.
Du seul point de vue théorique, vérifiez par vous-même ! cette loi est à toute épreuve : à chaque fois que vous échouerez à prouver que la loi de Murphy est vraie, ce sera une mise en évidence de la loi de Murphy. C’est son caractère réflexif. Partez par exemple du principe qu’on vient toujours vous déranger au moment où vous vous décidez à travailler. La Loi de Murphy voudra implicitement qu’on ne vous dérange pas si vous vous décidez à travailler afin d’être dérangé. C’est la raison pour laquelle les agriculteurs qui souffrent de la sécheresse ne lavent pas tous leurs voitures, alors que comme chacun sait il se met à pleuvoir dès qu’on a fini de la nettoyer ! Et oui ! et dire que jusqu’ici vous pensiez que c’étaient les restrictions d’eau qui les empêchaient de bichonner leurs caisses.
Et c’est pourquoi aussi on n’attache pas des chats à des tartines pour produire de l’énergie, faire tourner les moteurs des voitures ou éclairer l’Afrique ! (Oui, je sais on me dira que le paradoxe du chat beurré existe. Il s’agit même du 54ème prix Omni de 1993, qui établit qu’en réglant adéquatement la quantité de beurre égale à la force des pattes du chat, on obtient un système d’anti gravité lors de la chute, un état stationnaire). D’un point de vue pratique, vous remarquerez que la rotation débeurrera la tartine et tuera le chat de fatigue et de chocs. Un chat mort ne retombe pas forcément sur ses pattes et une tartine pas beurrée ne tombe pas sur sa face beurrée.

Comme quoi, on ne dit pas que des bêtises.

Mais l’envie même d’écrire cet article je l’ai eue en empruntant hier à la bibliothèque l’excellent ouvrage de Chihiro Nakagawa et Junji Koyose : « Il faut sauver le petit chat ! »

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« Oui, j’ai l’air d’avoir d’autres livres à mon bureau, mais c’était pour me donner de la consistance » – L’Auteur

Quand une vieille dame perd son petit chat, l’équipe des lutins sort tout son matériel, les pelles mécaniques, les grues, un hélicoptère… et part à la recherche du petit félin tombé dans un fossé. A la fin la vieille dame retrouve son petit chaton sans que les lutins ne se fassent remarquer. Un des meilleurs livres qu’il me soit arrivé de lire ces derniers temps… le seul d’ailleurs. Quand on sait que les chats ont neuf vies, il y a quelque chose de louable et de démesuré dans tout l’emballement des lutins.

Alors pourquoi neuf vies ? J’avoue que quand je n’en sais rien, je m’en remets à Google. Je ne suis pas de ces snobs qui s’en remettent à Bing et Cortana. Ni de ces vieux qui pensent que Lycos peut encore quelque chose pour eux. Et puis Lycos est un chien, il n’a donc pas sa place entre ses lignes. Google donc me donna deux réponses histoire que je ne donne pas ma langue au chat. Dans la première, il était question des Égyptiens de l’époque des Pyramides, qui constatant combien les chats étaient résistants à toutes sortes d’accidents en avaient conclu qu’ils avaient neuf vies. Dans la seconde, un conte hindouiste nous rappelait qu’un brillant chat mathématicien persuadé de savoir compter jusqu’à l’infini s’était endormi à neuf. Partout ailleurs des internautes militants se conspuaient les uns les autres en prétendant que les chats n’avaient pas neuf, mais sept vies… alors qu’a priori ils auraient neuf vies et sept âmes, et pas neuf queues, le chat à neuf queues n’étant rien d’autre qu’un fouet.

J’ai manqué de m’endormir par trois fois en lisant la légende hindouiste, ce qui m’assure qu’elle sait de quoi elle parle. Quant aux Égyptiens, on pourrait croire qu’ils racontaient n’importe quoi, car on n’imagine pas ces gens prendre le temps de faire des rapports sur les accidents de chats avant même d’avoir pensé à inventer la roue.

D’ailleurs qu’y a-t-il de raisonnable à tenir des statistiques pareilles ? Où, dans le monde, perdrait-on son temps à analyser les capacités de survivance des félins domestiques aux chutes et autres déraillements de métro. « A part à New-York, concrete jungle where dreams are made of. There’s nothing you can’t do, now you’re in New York. These streets will make you feel brand new. Big lights will inspire you. Hear it for New York, New York, New York », me répondront les fans d’Alicia Keys. Les autres me diront juste : « A part à New-York, je vois pas.»

En fait c’est à New-York que ce phénomène s’étudie le mieux. Bien plus qu’en Croatie ou en Écosse, où il s’étudie aussi sous le nom savant de high-rise syndrom. Et s’il s’étudie un peu partout, c’est essentiellement là où les immeubles ne sont pas des petits R+2 avec deux mètres sous plafond, qu’on obtient le panel le plus intéressant. Ainsi en 1987, les équipes d’un cabinet vétérinaire constata à partir des 132 chats tombés de plus de six étages qu’on leur amena, que neuf chats sur dix survivaient à de telles chutes. Oui vous avez bien lu, neuf sur dix, comme par hasard ils nous prennent pour des lapins de trois jours donc un peu comme si du strict point de vue statistique, ils avaient neuf vies et qu’ils se crashaient à la dixième.

Newton en se prenant une pomme sur le crâne avait bien saisi qu’en chute libre, tout corps subissant la pesanteur tombait à la même vitesse que n’importe quel autre, une souris comme un chat, un chat comme une baleine, et donc une souris comme une baleine. 637384-gotlib001Mais c’était compter sans l’effet de la résistance à l’air et la traînée. Plus une chute est longue et plus l’effet de la pesanteur s’annule du fait de la traînée. Ce qui fait que tout corps en fonction de sa morphologie, de sa forme, de ses poils comme de son aérodynamisme entre autres atteint une vitesse maximale. Quand celle-ci est de 200 km/h pour un homme, elle est de 100 km/h pour un chat. Là où n’importe lequel d’entre nous aurait besoin d’un parachute, le chat grâce à son principe de réflexe de redressement qui lui fait mettre la tête vers le haut et les pattes en bas devient son propre parachute. Mieux, plus il ressent qu’il atteint sa vitesse maximale, plus il trouve ça cool, il se détend aux sens propre et figuré, et il peut même atteindre le sol à une vitesse de 60 km/h, s’il part d’assez haut. Car oui, plus il tombera de haut, plus il aura de chances de s’en sortir.

Tout cela ne vous paraît pas clair ? Et pourtant tout est lié. De Murphy qui étudiait la résistance humaine à la décélération avec des chimpanzés, aux neuf vies des chats estimées par des scribes égyptiens sans même les balancer du haut des pyramides, mais aussi New-York des chutes d’immeuble le 11 septembre, Richelieu la Rochelle l’université PS… Quand je vous disais que cet article risquait fort de ne pas avoir de fin. Contrairement à ce bouquin de la bibliothèque.

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