« C’est dommage, j’adore la conversation. » – Django

J’aime écrire. En grande partie parce que j’aime lire et aller plus vite que la musique. Si je ne perdais pas du temps à m’imaginer ce qui va arriver plutôt qu’à laisser aller les auteurs dont je parcours les phrases, je pourrais lire encore plus, et nous n’aurions des problèmes d’intendance encore plus importants que ceux que nous avons à la maison maintenant.

C’est un cérémonial assez particulier quand je me lance dans un bouquin, qui consiste en premier lieu à lire la dernière phrase pour commencer. Ça peut paraître dangereux pour le suspense, mais elle s’oublie assez vite généralement, et une seule et unique fois ça aurait pu me gâcher la lecture : avec La Musique du Hasard de Paul Auster – ceux qui l’ont lu me comprendront aisément. Dans Kafka sur le rivage que je lis ces jours-ci, la dernière phrase est « Et quand tu t’es réveillé, tu faisais partie d’un monde nouveau. » Je n’ai pas lu les phrases qui précèdent, juste la dernière. Pour avoir mené des récits sur plusieurs centaines de pages, j’ai appris à avoir un amour tout particulier pour la dernière phrase, celle où on se dit « c’est fini », alors que bien souvent ce n’est pas sur elle qu’on a laissé glisser le dernier mot, ni la dernière ponctuation. Ensuite une fois que j’ai lu cette dernière phrase, je me lance dans le roman. Ma liturgie de lecteur s’accompagne d’un petit carnet de notes, au cas où je rencontre une formule que j’aime, ou bien tout un paragraphe, ou encore si je tombe sur une tournure que je me sens incapable d’écrire, je les note. J’aime revenir en arrière, vérifier un prénom, contrôler une situation, essayer de percevoir un changement de style.

Lire en recopiant me fait perdre un temps énorme, mais je ne sais pas vraiment faire autrement. Il m’arrive de ne pas poursuivre un bouquin, juste parce qu’à ce moment précis, je n’ai pas de stylo sous la main pour tenir un carnet, ou pas de carnet pour inscrire ce qui me marquerait. Au final, je me retrouve avec des écrits pour lesquels je n’ai pris aucune note, d’autres que j’ai manqué de copier en entier. Ce n’est pas un critère d’appréciation, loin de là ! Ça n’a rien à voir avec le fait de les aimer ou pas. Quand j’ai lu La Vie devant soi d’Emile Ajar, j’ai rempli tout un cahier d’écolier à grands carreaux, tant chaque phrase, chaque métaphore involontaire de ce narrateur déconnecté du monde m’avait empli d’une jalousie secrète. Et pourtant, malgré toute l’estime et l’envie que m’inspire ce livre, il ne restera pas parmi mes préférés d’Emile Ajar-Romain Gary. Je lui préfère de loin Charge d’âme, une sorte de thriller scientifique à la limite de l’ésotérisme et du roman d’espionnage que personne ne citera jamais dans la liste de ses romans préférés de Gary, et pour lequel, je n’ai recopié aucune phrase, ni aucun paragraphe. J’ai quelque part – parce qu’il est compliqué à force de consigner correctement ses notes de savoir où on les range – deux ou trois phrases de Chien Blanc, beaucoup plus des Enchanteurs, et Gros-Câlin a déjà eu droit à un court article par ici, alors que j’ai du en copier quatre ou cinq fois moins que pour La Vie devant soi.

Et puis il y a les livres qui en les feuilletant me donnent un appétit d’écriture. C’est une étrange sensation qui fait qu’en lisant, je me sens soudain l’envie soit de réinterpréter, soit de m’inspirer, soit de faire toute autre chose. Trois exemples précis me reviennent ici, qui pourront mieux l’illustrer que n’importe quelle explication théorique

J’ai lu Les Enchanteurs de Romain Gary dans un moment de mauvaise passe, une période de déréliction personnelle comme je la désigne encore. Alité, incapable de marcher pour quelques jours, paumé, pas chez moi et dans une ville dont je ne connaissais pas grand-chose, je l’ai pris dans la bibliothèque au-dessus de ce bureau qui n’était pas le mien. Ce fut pour moi une totale surprise ! Je n’avais jamais lu aucun livre de Romain Gary, et il était presqu’un illustre inconnu pour moi. Tout ce que je savais, c’est qu’il était le seul à avoir emporté deux fois le Goncourt, et pour un scribouillard de ma trempe, imbus de lui-même et de l’extrême talent qui caractérisait tout ce qu’il n’avait pas encore écrit, Gary était une figure de défi… et rien d’autre. Les Enchanteurs furent un parfait ravissement : non seulement l’écriture était belle et accessible, les phrases parfaites, mais l’auteur avait su trouver un équilibre étonnant entre la romance, l’Histoire, la magie. En le lisant, je sus qu’il était possible de réunir un amour qui empêche de mourir, une Catherine de Russie constipée, des magiciens, la naissance de la Valse à Vienne, les violons juifs et des phrases exceptionnelles, le tout sans se retrouver avec une soupe informe, un patchwork fragile de petites citations disparates. « Je ne vieillirai jamais, lui annonçai-je. C’est très facile. Il suffit de l’encre, du papier, d’une plume et d’un cœur de saltimbanque. »

Quand j’ai lu La Nuit de l’Oracle de Paul Auster dans ma chambre de cité universitaire à Rennes, je me suis un peu pris pour Sidney Orr son héros. Il achète un cahier chez un papetier chinois. C’est un carnet bleu qui vient du Portugal, et lorsque Sidney Orr commence à y écrire, il ne s’arrête plus… du moins pas avant de le déchirer. Ce serait trop simple de résumer ainsi ce roman à tiroirs, mais toujours est-il, que je suis passé chez un papetier et que je me suis acheté un cahier dans lequel j’écrivais en parallèle, la lente agonie d’un écrivain qui n’écrit plus. Ça n’avait rien à voir avec ma lecture, si ce n’est que j’avais imité le personnage.

Enfin, il y a un troisième exemple, celui du livre dont la construction m’inspire une idée ou deux. Pour mon dernier anniversaire, outre des livres sur les oiseaux et les arbres de nos régions, un de mes lecteurs m’a offert Le Livre sans Nom d’un auteur sans nom. Je l’ai lu relativement rapidement, en ne prenant qu’une note :

– Kacy, calme-toi et fais-moi confiance, tu veux ? Est-ce que je t’ai déjà déçue ?

– Oui, c’est déjà arrivé. Tu te rappelles la fois où on n’avait plus rien à manger et où tu as claqué tout ton fric pour acheter tous ces DVD du Capitaine Crochet ?

– Ouais, c’est vrai. Mais quelqu’un m’avait dit qu’il y avait un tas de pognon à se faire en vendant des vidéos pirates. Comment j’aurais pu savoir que le mot « pirate » avait aussi un autre sens ? 

Si on me l’a offert, c’est qu’il s’agit d’un roman publié anonymement sur le net. Encore une idée sous l’influence de mon agent. J’ai un imprésario – on commence à le savoir – qui ne rechigne pas à me trouver des façons d’écrire pour me sortir du marasme de la page blanche et froissée – parce que oui, je vais jusqu’à froisser des pages blanches. Les chapitres du Livre sans Nom en font une œuvre très feuilletonesque, déchiqueté comme un épisode de 24H Chrono sautant d’un théâtre des opérations à un autre, parce qu’on ne va non plus vous montrer les moments où Jack Bauer doute et va aux toilettes. Plus j’avançais dans ma lecture, plus je repensais à un de ces milliers de projets qui dorment dans ma cantine à projets inachevés : il fut un temps où j’avais voulu me lancer dans la rédaction d’un western en ligne. Alors pendant que je lisais cette histoire complètement folle de moines shaolin, de pieds nickelés et de brigands au langage fleuri, entre autres, je réunissais les perles de ma collection de musiques de western pour finir ma lecture sur du Gnarls Barkley. Ce qui n’est pas si illogique.

Il y aurait beaucoup à dire sur la musique de western et essentiellement sur sa mise en valeur dans le western spaghetti. On la résume souvent à quelques thèmes, Ennio Morricone étant un thème à lui tout seul, et à quelques ritournelles de westerns devenus des classiques, comme les cuivres des Sept Mercenaires, ou les ballades de Rio Bravo. Le genre est pourtant bien plus riche, et les musiciens qui y ont œuvré bien nombreux. De Jerry Goldsmith (Rio Lobo, Un nommé Cable Hogue, Les Cent Fusils) à Max Steiner l’un des plus prestigieux compositeurs américains (La Prisonnière du Désert, Le Trésor de la Sierra Madre, mais aussi King Kong ou Arsenic et vieilles dentelles), en passant par Victor Young (Johnny Guitar), Elmer Bernstein (Les Sept Mercenaires évidemment, mais aussi 100$ pour un shérif) ou Dimitri Tiomkin (Rio Bravo, le Train Sifflera Trois Fois ou Règlement de comptes à OK Corral), le western américain n’est pas en reste de bandes originales, qui devaient à la fois transmettre l’émotion lyrique des grands espaces (John Barry pour Danse avec les Loups), les cadences militaires (Max Steiner pour la Charge de la Huitième Brigade), l’anarchie des bandes de voleurs ou des révolutionnaires (Jerry Goldsmith pour Les 100 Fusils), ou l’héroïsme avec force section cuivre et violons sur la corde raide… Ajoutez-y Dean Martin qui chante son fusil et son poney, en duo avec Ricky Nelson dans Rio Bravo et vous avez le tableau.

Plus présente dans le western spaghetti, où elle est une actrice à part entière de l’œuvre, on cantonne souvent à tort cette musique au travail d’Ennio Morriconne. Bruno Nicolai coécrivit souvent avec le maître qui parfois se contentait du thème principal griffonné sur une portée et lui laissait le loisir de le décliner tout le long du film. Mais il faut compter aussi sur les Luis Bacalov, Stelvio Cipriani, Marcello Giombini pour produire des bandes originales adaptés aux clichés du western italien, sa démesure caricaturale qui frisait parfois l’amateurisme, mais un amateurisme toujours inventif quoique régulièrement lourdingue. Les frères Reverberi sont de ce lot, eux qui avant de finir dans le Rondo Veneziano d’ascenseur, écrivirent quelques bandes originales de westerns complètement disparues.

Du moins, complètements disparues… L’un d’elles a retrouvé une nouvelle jeunesse en 2006, au beau milieu d’un titre des Gnarls Barkley dont le clip était un affolement de tests de Rorschach. Le passage mélodramatique où Django se voit obligé de creuser sa tombe dans Django ! Preparati la bara ! (littéralement Django ! prépare ton cercueil !) face à toute la bande des méchants très vilains, gagne en groovy attitude sous la patte du DJ Modest Mouse.

Ce western est un film qui ne s’est jamais assumé – et très sincèrement, je ne me serais pas assumé non plus ! Ne serait-ce que sa multitude de titres. A l’origine il devait s’appeler Viva Django ! et s’annonçait comme LA suite des aventures de Django qui avait marqué les écrans deux ans auparavant en 1966 dans un film de Sergio Corbucci. Django interdit aux mineurs, violent comme jamais aucun cow-boy avant lui, avait tellement marqué les esprits que même des films sortis en 1965 se rebaptisèrent, comme cet El Proscrito del río Colorado qui devint Django le Proscrit. Pas moins de six films en 1966, s’appelaient « Django quelque chose », alors qu’il n’y était question de Django nulle part… Pendant les mois qui suivirent, les studios italiens tentèrent en vain de réunir à nouveau Sergio Corbucci et son acteur pour une nouvelle aventure de l’Homme au Cercueil. En vain… Les deux hommes referont des westerns ensemble (Le Mercenaire en 1968, qui retrouva une nouvelle jeunesse quand Quentin Tarantino en exhuma la musique pour la scène du cercueil de Kill Bill volume 2, et Vamos a matar compañeros ! une sorte d’Il était une fois la Révolution mode pochade). Nero sera à l’affiche de Django 2, en 1987, mais on est alors très loin d’un style cinématographique qui s’est tué tout seul dans une série de séries Z ringardes et sans intérêt.

Django, l’original, celui de Sergio Corbucci est un film modeste, au scénario pauvre, aux dialogues ternes. Comparativement à l’œuvre de Sergio Leone, les films de Corbucci ont l’air filmé en Super 8, les dialogues coupés à la portion congrue, et les zooms avant complètement saccadés. Cependant, une fois passé les détails techniques, il reste des films de cet ancien assistant de Rossellini une vision désabusée et froide sur la condition humaine. Le western spaghetti étant une caricature, de la simulation baroque à la parodie débile, il est un genre qui se prête bien au dynamitage en règle des genres. L’anachronisme, le Tex Avery style, la victoire du mal sur le bien sont tout autant d’artifices dont il se pare sans peine. Pour Corbucci qui avait une vision assez communiste du monde, les méchants étaient libéraux, propriétaires et anarchistes, les gentils, eux, soucieux de la veuve et de l’orphelin, de la putain et du croque-mort, ils allaient quant même en traînant une vision pessimiste du monde. Rien n’empêchait le réalisateur – si ce n’est quelques producteurs grincheux – de faire mourir ses héros pour la bonne cause ou pour une mauvaise circonstance.

Revoir Django sous cette optique ne rend pas le film meilleur, mais on ne s’étonne plus que ces ennemis ne soient rien d’autres qu’un riche propriétaire terrien et un général mexicain qui prétend sauver le peuple mais qui n’est qu’un brigand de plus au pays des malandrins. On ne s’étonne pas non plus que Django ne soit pas un justicier, mais un gars peu soucieux du bien et du mal qu’il peut faire, guidé par une vengeance aveugle, un poison rampant qui le rend cynique, hardi et passablement immortel.

Le film commence par le fouettage en règle d’une sculpturale rouquine, par une bande de soudards mexicains qui la traitent d’espionne et de traitresse. Des détonations résonnent, ils tombent tous, et voilà qu’apparaissent les hommes de Jackson avec leurs cagoules rouges en écharpe. Ils la libèrent puis s’apprêtent à la brûler sur une croix comme la fille blanche souillée par ces sous-hommes de Mexicains qu’elle est. C’est alors qu’arrive un type solitaire qui traîne derrière lui un cercueil. Un des hommes de Jackson le harangue alors :

– Dis, toi, de quel cimetière sors-tu ? Tu es venu ici pour ensevelir ces charognards ? Fais-le vite, mais en silence !

– C’est dommage, j’adore la conversation, répond Django de façon monocorde.

Ce dialogue qui annonce la mort pétaradante des cinq hommes de Jackson, ne se contente pas de marquer l’arrivée du héros : c’est tout bonnement la deuxième meilleure réplique du film. Parce que Django pêche par son texte. C’est ainsi que va le héros cynique du western : il n’a jamais grand-chose à dire. Steve McQueen en savait quelque chose, lui qui s’ennuyait ferme sur le tournage des Sept Mercenaires, et dont la seule réplique intéressante consistait en un « c’est comme l’histoire de ce type qui s’est jeté d’un immeuble de dix étages. A chaque étage, les gens l’entendaient dire : jusqu’ici, ça va. Jusqu’ici, ça va. Jusqu’ici, ça va. » Mais rien n’empêche le cow-boy solitaire de dire les choses bien, avec esprit, voire coquinerie comme quand Blondin et Tuco – figure rituelle du bandit hâbleur – se la pètent à coups de répliques cultes dans Le Bon, la Brute et le Truand.

Django est mal filmé, il n’a rien d’intéressant à dire, les émotions qu’il a à transmettre sont dignes d’un soap, c’est le Clint Eastwood du pauvre, mais pourtant en moins d’un an, il devient un modèle pour tous les héros mal rasés de l’Ouest. C’est vrai que nul n’a son talent pour convoquer en duel quarante bonhommes sanguinaires, descendre dans la rue en tirant son cercueil, l’ouvrir, en sortir une mitrailleuse dont le système de mise à feu nécessite un barillet mais qui dispose d’un chargeur vertical, l’utiliser sans jamais avoir un instant à subir le moindre recul que ce soit, tuer trente-neuf des hommes pour se réserver le meilleur pour la fin… Mal dégrossi, gauche, dans un monde tout pourri, filmé de façon toute pourrie, Django parle en direct avec tout ce qu’il y a de plus bestial et fantastiquement primitif chez le spectateur qui veut bien l’écouter. Il exorcise une relative impuissance face à de relatives injustices, et il n’a pas besoin comme le Manchot – Clint Eastwood dans Et pour quelques dollars de plus – d’être un chasseur de primes pour se donner un semblant de justice. C’est un déserteur yankee, bourru, vulgaire, violent, brut de décoffrage. Pas un héros impeccablement mal rasé.

Django a connu pas mal de suites, de trente à deux cents selon les critères. En effet, si l’on considère les films qui se sont faits rebaptiser Django, sans qu’il n’y ait le moindre morceau de Django à l’intérieur, les chiffres explosent. Django ! Preparati la bara ! se veut être une suite officielle : le scénario reprend le héros, son cercueil, sa mitrailleuse. Mais ni Franco Nero, ni Sergio Corbucci ne rempilent. Las ! les producteurs sont dépositaires du nom, ils ne vont pas se priver. Et s’ils ne peuvent pas réunir le duo de Django, ils s’accaparent du duo de Trinita… du moins c’est beaucoup plus compliqué que ça.

Le premier Trinita, avec Terence Hill dans le rôle titre a été tourné en 1970. Son succès fut tel, qu’un sombre film comique de 1967 fut renommé ensuite T’as le bonjour de Trinita, alors que jusqu’ici il s’était appelé Rita de l’Ouest, à juste titre puisque son personnage principal n’était autre qu’une Calamity Jane Spaghetti du nom de Rita. Après avoir tué deux légendes de l’Ouest, Ringo et Django – ah ben oui ! c’était dans l’ouest de la Cinécitta à Rome – éprise d’un imbécile heureux condamné à mort pour un vol d’or – un dénommé Black Star interprété par Terence Hill – elle se lance dans des gunfights démesurés et ridicules, plein d’anachronismes et d’énormités volontaires. Evidemment, pas de trace du moindre Trinita là-dedans… C’est juste que lorsque le film ressort en 1971, il a changé de titre, l’acteur principal n’est plus Rita Pavone, mais Terence Hill, alors qu’il n’y avait même pas de Terence Hill dans le générique original.

Parce qu’à l’époque de Rita de l’Ouest, Terence Hill s’appelle encore Mario Girotti. Le jeune germano-italien tourne depuis l’âge de douze ans – il a commencé derrière la caméra de Dino Risi – il a quelques beaux seconds rôles, comme d’être l’ami d’Alain Delon dans Le Guépard de Visconti, il travaille aussi bien en Allemagne qu’en Italie. C’est en 1968, pour porter plus haut le rôle de Django qu’on lui offre, qu’il devient Terence Hill. C’est le réalisateur de Rita de l’Ouest qui se voit proposer de tourner LA suite de Django. A l’origine, le projet s’appelle Viva Django, il devient très vite Django ! Preparati la bara ! et finalement, ce film assez mauvais passa inaperçu au milieu des autres Django, pâle suite d’un film qui n’avait de génial que la surprise qu’il avait provoquée. Les Gnarls Barkley ne seraient pas passés par là, il était condamné à disparaître aux enfers des bobines abandonnées. Déjà qu’en 1973, succès de Trinita oblige, il avait été rebaptisé Trinita ! Preparati la bara !

Néanmoins Django est devenu un mythe du cinéma populaire. Et quand personnellement, en 2010, j’ai appris que le prochain Tarantino serait un Django Unchained, je suis passablement devenu dingue.

Je ne suis pas un fan absolu de Quentin Tarantino. Si je finis un jour de faire ma liste de mes films préférés des années 2001-2010, je doute qu’il y ait un seul Tarantino dans les cent premiers. Pas de Kill Bill, pas de Boulevard de la Mort, pas de Basterds. Et pourtant j’ai apprécié de les voir. Mais j’ai toujours eu du mal à considérer ce bon vieux Quentin comme un cinéaste. Exception faite de son premier opus, Reservoir Dogs, je n’ai jamais eu l’impression qu’il me proposait des films, mais des cours appliqués de cinéma. De très bons cours… Parce qu’il aime le cinéma.

Il aime en faire des relectures déjantées, extravagantes, bouffies de mots et de digressions. Tout son talent de raconteur, de monteur, de scénariste, qui est indéniable, il le fournit à la trame de son récit, en le gonflant avec ses goûts musicaux éclectiques. Mais il ne donne rien d’autre à sa caméra. C’est franchement suffisant, pour dépasser plein d’autres œuvres, et être original. C’est d’autant plus merveilleux qu’il sache encore le faire après avoir connu le succès dès ses débuts. Mais sa palette est, à mon sens, incomplète. Il reste incapable de filmer une romance – les approches timides dans Jackie Brown et Inglourious Basterds restent… timides. Sa direction d’acteurs est sans surprise, voire nulle – oui Travolta est sympa dans Pulp Fiction, Brad Pitt trop bien en débile dans les Basterds – mais Tarantino n’a jamais tourné qu’avec des pointures à qui il laisse le champ libre : résultat une baisse de tension équivoque quand il laisse des scènes à des acteurs en dessous – spéciale dédicace à Eli Roth, Mélanie Laurent et Jacky Ido dans Inglourious – et une surprise internationale quand on découvre par hasard un acteur talentueux qui se laisse aller en démesure – exceptionnel Christoph Waltz ! toujours dans les Basterds !

Mais qu’importe ! Le film de gangsters revu par Tarantino, c’est quelque chose. Le film de kung fu revu par Tarantino, c’est quelque chose. Le film de guerre revu par Tarantino, c’est quelque chose. Des hommages, des références à peine voilées, des guests qui ne se contentent pas de faire qu’une apparition, qui relancent des carrières, remettent des films en circulation, ou des bandes originales oubliées de Morricone. Tarantino est resté ce garçon qui vous conseillait des VHS au vidéoclub, qui aimait son boulot, vous faire découvrir des trucs qu’il adorait.

Alors de Django Unchained, j’attends ça : une revisite d’exception, une translation – car Quentin ne se contente pas de refaire un film dans le genre de… il transpose – une série de références que je saurai reconnaître, je l’espère, car j’ai beau penser que le western spaghetti est un genre débile, c’est un genre débile que j’affectionne. Je suis impatient comme un gosse qui attend Noël – la sortie internationale du film est prévue pour Noël 2012 – tout en sachant que ces cadeaux-là ne sont pas mieux que les autres, mais qu’ils sont offerts autrement.

Les surprises sont pour l’instant celles auxquelles s’attendre. Si le western spaghetti a fait franchir des barrières à l’ouest cinématographique, Quentin Tarantino projette son western dans le sud des Etats-Unis, adieu les grandes plaines. Tout comme le western spaghetti avait aboli la dualité Peaux Rouges / Visages Pâles, Tarantino en instaure une nouvelle : Gens de Couleur / Blancs. Ainsi son Django est black – Jamie Foxx – et revient sur les terres de l’esclavage se battre contre un riche propriétaire sudiste – Leonardo di Caprio, en espérant qu’il sache enfin jouer les méchants depuis qu’il avait campé un Louis XIV abruti ! Franco Nero – le premier Django – est du casting. Rien de surprenant pour le moment. Je ne pense pas que Django Unchained révolutionnera le western aux Etats-Unis – qu’y a-t-il encore à révolutionner dans un genre qui se traîne comme un mort en permission – plus que La Horde Sauvage de Sam Peckinpah, ce western cafardeux poussiéreux dont l’ultra violence fut à sa sortie assimilée à du fascisme… Ultra violence… ce qu’on voit aujourd’hui dans La Horde Sauvage ou dans Django serait juste déconseillé aux moins de dix ans.

Souvent alors que je lisais Le Livre Sans Nom, je repensais à Peckinpah. De par l’enchaînement mortifère des épisodes, je ne pouvais que me rappeler Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia, où un riche propriétaire mexicain apprenant que sa fille est tombée enceinte d’un certain Alfredo Garcia fait mettre à prix la tête de cet hijo de p***, provoquant toute une trâlée d’aventures morbides, d’autant plus grotesques qu’Alfredo Garcia serait déjà mort depuis un moment. D’autres que moi ont pensé à Quentin Tarantino. Le Livre sans Nom n’a pas d’auteur, du moins, son auteur est anonyme. Les explications qu’il a données quant à ce choix sont si peu claires et si changeantes selon les interviews que la rumeur s’est vite empressée de combler les vides. Le Bourbon Kid – c’est le nom qu’on lui donne, le nom d’un des principaux personnages – est un amateur de cinéma, ses dialogues s’enfilent bien : c’est donc Tarantino, voire son compère Robert Rodriguez. Ce deuxième choix serait plus logique, parce que le Bourbon Kid aime aussi le foot et que Robert Rodriguez est mexicain, et bien entendu les Mexicains comprennent bien mieux le foot que les Yankees. Mais à bien étudier les indices, le Bourbon Kid serait plutôt britannique, quelques tournures syntaxiques, son éditeur, sa passion pour le whisky le laissent entendre. Et si ce fan de Tony Scott était Tony Scott ? ou son frère Ridley ? Si l’on s’attarde tant à des célébrités, c’est que dans ses interviews par mail, le Bourbon Kid a parfois des réparties qui font imaginer qu’il a une petite notoriété, comme ici dans l’Express au mois de février dernier :

« Cela m’amusait de voir si à la lecture de ce roman quelqu’un me reconnaîtrait.  […] J’ai beaucoup de personnages, dont il faut pouvoir se souvenir aisément. En leur donnant un surnom, je pense faciliter la lecture et la mémorisation. Et puis, c’est toujours sympa d’avoir plus d’un nom. Moi-même, j’en ai usé de plusieurs tout au long de ma carrière. » 

Alors si ce n’est pas Ridley, ou Tony, c’est sûrement David Bowie ! ou Tony Blair, ou le Prince Charles…

Une chose m’étonne dans toutes ces hypothèses : on ne propose jamais un écrivain. Peut-être parce qu’ils sont très peu à voir ce livre comme un livre. Plus qu’une histoire avec des mots dedans, il ressemble à un produit marketing efficace. C’est vrai, ce n’est pas de la grande littérature. La trame est un immense foutoir prétexte à des langages imagés et vulgaires, à de l’action dense et peu fouillée. Je pense que si les personnages ont un surnom, ce n’est pas tant pour s’en souvenir aisément, c’est surtout pour les y cantonner, s’en contenter et ne pas creuser plus profondément, dans ce qu’ils sont, leurs passés, leurs caractères, leurs désirs. Cependant la trame est haletante, le rythme efficace, les deus ex machina cinglants. On ne sait jamais où on va, on croit lire un polar, mais on est dans de la SF, on ne distingue pas quel personnage il faut suivre d’un bout à l’autre, les chapitres passent en cinq minutes et on est toujours dégoûté et enchanté à la fois de passer d’une scène à la suivante, parce qu’on voudrait rester plus longtemps avec Elvis, Jefe, Sanchez, Miles Jensen et les autres. C’est vrai que c’est avant tout un produit marketing, un buzz, que ce livre ne me serait pas arrivé entre les mains si son auteur n’était pas un anonyme autour duquel tournent des supputations extravagantes. C’est vrai que quand on en parle sur le net et dans les journaux, tous reprennent cette invraisemblable histoire de romancier masqué.

A se demander si tous les professionnels qui en causent l’ont lu, et ne font pas que s’intéresser à un phénomène d’édition. Cette réflexion a chez moi un écho d’autant plus fort qu’une erreur s’est glissée dans la quatrième de couverture qui débute ainsi : « Santa Mondega, une ville d’Amérique du Sud oubliée du reste du monde, où sommeillent des terribles secrets… » Cette accroche est reprise un peu partout pour planter le décor quand on évoque Le Livre sans Nom… C’était la deuxième fois cet été que je tombe sur un bouquin dont la quatrième de couverture présente une contradiction flagrante avec le contenu du livre, alors ça m’avait marqué – et presqu’attristé. Comme je l’écrivais, il y a quelques semaines en commentant un blog voisin : J’ai pensé que les couvreurs de quatrième ne savaient pas lire. Mais j’en doute, ils savent écrire souvent sans faute. C’est juste qu’ils ne lisent pas. Ils doivent rendre des quatrièmes à la chaîne, pour un boss qui ne les relit même pas, et qui n’a pas eu le temps de leur donner le bouquin, vu que les traducteurs sont encore dessus, et que l’auteur ne l’a même pas fini. De toutes façons, le boss ne sait plus lire que des chiffres.

Santa Mondega, une ville d’Amérique du Sud… alors pourquoi le gouvernement des Etats-Unis y envoie un agent du FBI, et pas un gars de la CIA ? pourquoi l’adresse de Kacy et Dante est à Shamrock House à l’appartement 6 ? pourquoi le même Dante songe-t-il à rentrer dans l’Ohio en Cadillac jaune ? Admettons, ça se passe en Amérique du Sud après un vague glissement tectonique des USA, les résumés passent très vite sur la question, sur le contenu du livre qui n’est pas vraiment résumable, et s’intéressent au Bourbon Kid, ce type à qui on ne fait des interviews que par mail. Et évidemment, ça ne loupe jamais : êtes-vous Tarantino ?

S’ils avaient lu le bouquin, ils auraient remarqué que même s’il y a du Quentin dans certains agencements des dialogues, ça reste du Quentin sans les bulles, que même si des scènes sont décrites coup sur coup sous deux angles différents, ça reste du Quentin sans la subtilité des superpositions. Et puis comme on me fit intelligemment observer, un soir où à mon tour je discutaillais électroniquement et joyeusement du sujet : ce serait dommage que ce soit lui, dommage de perdre son temps à faire moyennement et anonymement ce qu’on fait déjà publiquement et très bien. En fait si Quentin Tarantino devait écrire un bouquin sans donner de nom d’auteur pour  se marrer en douce des supputations sur l’identité de l’écrivain, il aurait fait du Woody Allen.

Ce ne serait pas la mer à boire. Raconter les déambulations d’un intellectuel juif new-yorkais en proie aux tourments de l’âme : quel challenge ce serait pour quelqu’un qui ne peut pas se passer de morts violentes et qui n’a jamais pu écrire de scènes d’amour. Il pourrait s’y retrouver dans des dialogues savoureux, Woody rentrant de son exil européen et comparant avec Samuel L. Jackson les différences entre le Mac Do à Millau, et ceux du New Jersey, avant de refourguer des diamants de contrebande chez un joaillier du coin. J’ai l’air moqueur, mais ma pensée est très sérieuse : j’aime des genres douteux, des westerns spaghetti, des films de la Blaxploitation, les poursuites de voitures bien plus vieilles que les bolides de Fast & Furious, les poches d’hémoglobine de Bonnie & Clyde, mais j’aime tout autant Comédie érotique d’une nuit d’été, Accords et Désaccords, ou Le Rêve de Cassandre. Et Woody Allen, même s’il donne souvent l’impression de raconter toujours la même histoire, du même petit bonhomme – qu’il soit interprété par Ewan Mac Gregor, Hugh Jackman, Kenneth Branagh, Owen Wilson ou Larry David – a su revisiter ses classiques, emprunter de Groucho Marx à l’expressionisme allemand, de Shakespeare à Sartre, pour bâtir un style unique, ponctué de périodes bien distinctes les unes des autres.

Le scribouillard que j’étais, imbus de lui-même et de l’extrême talent qui caractérisait tout ce qu’il n’avait pas encore écrit, était tellement orgueilleux, qu’il s’était persuadé qu’il pouvait écrire sous neuf pseudonymes différents, voire gagner neuf Goncourt et tous les refuser, pour la frime. Après tout, ces livres écrits à la première personne n’étaient-ils pas l’œuvre de leur narrateur ?

Si un jour, mon imprésario arrive à ses fins, c’est sous le nom à la scène du héros de mon seul manuscrit à avoir retenu l’intention de deux éditeurs que je signerai mes bouquins. Qu’importe s’il existe. Qu’importe si je n’existe pas. Ce qui importe est dans les pages. Le Livre sans Nom ne sera certainement pas celui que j’emmènerai sur une île déserte, et Django ne sera sûrement pas dans mes bagages lui non plus, mais qu’est-ce qu’ils éveillent en moi l’appétit d’écrire, de déborder, de m’en échapper tout en m’y agrippant ! Je n’ai pas de temps à perdre à croire qu’untel est untel, ou que Corbucci avait plus de talent que le peu de moyens qu’il se donnait à l’exprimer, ce sont des faits.

Au final, même si j’aime parler du pourquoi du comment, c’est la fiction qui m’entraîne. Celle qui vous parle ou pas. Celle qu’on aime ou pas. Le reste, on en discute après.

9 réflexions sur “« C’est dommage, j’adore la conversation. » – Django

  1. Je viens de comprendre ce qui est frustrant dans ta lecture.

    Tu écris comme si tu conversais avec ton lecteur, ou avec toi-même. Et comme dans toutes les conversations, surtout quand elles sont brillantes, le sujet change sans cesse au gré des rebonds, liens et échanges.

    Sauf que là, quand on te lit, on a aussi des idées, on a l’impression de parler avec toi, sauf que la conversation ne profite aucunement de notre (mon) cerveau bouillonnant.

    En vrac, j’ai pensé que :

    – un film avec Terrence Hill doit être appréhendé avec méfiance( mon nom est personne excepté)
    – Terrence Hill est toujours une vedette en Italie dans une série où il joue le curé détective.
    – Après le western spaghetti, Tarantino devrait s’essayer au peplum
    – tu m’as donné envie de lire. je devrais bazarder mes abonnements pour avoir à nouveau le temps de découvrir un auteur
    – j’ai lu il y a 3 ans mon seul Romain Gary, les promesses de l’aube
    – tu connais les lectures radiophoniques de Guillaume Gallienne ? Je l’entends parfois et je l’ai justement entendu lire du Gary.

    Voila en gros tout ce que je t’aurais dit si cette conversation avait eu lieue à la terrasse d’un café, ou à l’intérieur s’il fait trop mauvais.

    • Ce que j’aime bien dans cette façon d’écrire, c’est une fois arrivé au point final, ne plus savoir par où j’avais commencé…

      En vrac, je te dirai que Terence Hill reste une icône honteuse de mon enfance. Ah oui j’ai adoré ça jusqu’à neuf, dix ans. Terence Hill + Bud Spencer c’était la qualité assurée !!! Et c’est vrai qu’une fois mis à part ce second rôle dans Le Guépard, et Mon nom est personne (mais un projet de Leone c’est plus qu’un film), il n’y a rien à sauver de sa filmographie, y compris cette série TV, Don Matteo, qui est à la Rai ce que Navarro a pu être à TF1.

      Tarantino dans le péplum ? L’idée serait bonne, mais très périlleuse. J’avoue qu’on me le dirait, j’en saliverais… Mais ce serait un défi gigantesque pour un Tarantino. Je m’explique en 5 points :

      1. Le péplum nécessite une maîtrise de la caméra dont Quentin n’a pas encore fait preuve, il faut savoir filmer la foule (tu peux compter sur les deux doigts de la main d’un gars qui a perdu trois doigts à cette main, les scènes de Tarantino avec plus de 20 personnes : la Mariée contre les Crazy 88 dans le premier volume de Kill Bill, et la scène du cinéma des Basterds), il faut savoir rendre les décors, recréer un dépaysement antique, alors que dans un western spaghetti, on se contente parfois de pas grand chose (et c’est là qu’on fait la grosse différence entre Leone et les autres… Leone dès le générique de Et pour quelques dollars de plus, apprivoise le grand angle… je digresse encore : mais as-tu déjà vu le Colosse de Rhodes de Sergio Leone ? il y a dans ce film une classe, un sens du plan large et des mouvements de foule, qui portent déjà la marque du Maître, et ce malgré tout le bricolage qui entoure le film);
      2. Le péplum se prête peu aux dialogues tarabiscotés… je ne dis pas que c’est impossible, mais c’est surtout du jamais vu… on peut toujours imaginer le braquage d’une galère grecque, et les tourments des différents acteurs (l’ancien esclave, l’ancien militaire);
      3. Le péplum est soit historique, (la seconde guerre mondiale l’était aussi et Tarantino l’a transformée en aventures de petits groupes, très loin de la guerre au final), et pour les questions évoquées plus haut, j’imagine mal Quentin coller aux faits historiques, aux scènes de batailles;
      4. Le péplum est soit mythologique, et je vois mal Quentin se prêter à l’apparition de personnages fantastiques, à l’usage des images de synthèse, ou même d’effets spéciaux à l’ancienne;
      5. Les acteurs disponibles pour faire un clin d’oeil au genre sont tous… morts.

      • C’était juste une idée qui m’était venu à l’esprit, puisqu’il semble s’être donné comme but la revalorisation des cinémas dits de genre, un peu méprisés.

        Le péplum en fait partie, et je suis fan du genre, dont la plus récente croute, Troie pour ne pas la citer, me met en joie à chaque diffusion.

        J’ai même vu une fois un péplum avec Serge Gainsbourg dans le rôle du méchant. Une énième version de l’Atlantide si je ne m’abuse.

        J »ai vu « le colosse de Rhodes » et j’en ai retenu plus de l’heroïc fantasy que de la rigueur historique.Je ne suis pas assez cinéphile averti pour y avoir bien saisi la pâte du maître.

        J’ai surpris cet été en Italie un morceau d’un bon vieux Maciste des familles, qui m’a mis en joie sur le moment, même si j’étais le seul à être intéressé. je voyais aussi le soir la BA annonçant le retour tant attendu de Don Matteo. Ton parallèle avec Navarro est parfait.

        • Je ne considère pas Troie comme le dernier péplum en date, mais comme le dernier péplum classique. Ses plans sont à l’ancienne, ses prises de vue dignes de ce que le cinéma hollywoodien des années 60 cherchait à illustrer.
          Je ne le déteste pas comme film, et ne me répand pas en critiques comme beaucoup de critiques l’ont fait, j’aime bien sa mise en scène, je trouve les acteurs plutôt bien choisi, et j’ai été ravi par le parti pris des scénaristes de séculariser le sujet : pas de Dieux, pas d’interventions divines, jusqu’à la mort d’Achille par le talon, tout est rationalisé à l’extrême… ça m’a vraiment surpris et j’aime être surpris.

          Si je dis que ce n’est pas le dernier, c’est que depuis, la télé, et essentiellement les deux saisons de la série Rome ont donné un souffle nouveau à la vision filmée de l’Antiquité. Adieu la Rome toute de marbre et brillante, on se croirait plus à Calcutta qu’ailleurs, et à bien y réfléchir, ça se tient.

          Le cinéma n’est pas resté de côté… La Passion du Christ de Mel Gibson a suivi, dans le genre péplum christique. La dernière légion et le Roi Arthur sont deux films qui inscrivent les origines d’Arthur dans la Légion Romaine. Centurion et L’Aigle de la Neuvième Légion, traitent tous les deux du même sujet : la mystérieuse disparition de la IXème légion quelque part en Ecosse. Pour ces deux derniers films, il y a une constante : ce sont des survivals, des films où les protagonistes partent d’un point A vers un point B, en perdant des comparses à chaque étape…

          Et puis il y a eu le peplum fantasy : 300 tout d’abord (dont le seul défaut est d’avoir inspiré la série TV Spartacus…), et le remake qui aurait pu être bien mieux qu’un pauvre film de fantasy du Choc des Titans…

          Le genre n’est donc pas si mort (j’oublie d’ailleurs le magnifique Agora d’Alejandro Amenabar)…

          Mais en y repensant, c’est vrai qu’un Péplum « musculeux », un Hercule des familles, ou un bon vieux Maciste, sous les dialogues de Tarantino, et la caméra de Robert Rodiguez, ça pourrait être l’occasion de passer un très bon moment.

          • J’ai profité d’Arte cet été pour regarder la série Rome.

            Si la première saison m’a bien emballé, la seconde m’a déçu, par ses raccourcis historiques à la limite du foutage de gueule, même si je sais bien que la réduction en cours de saison de la série de 2 à 3 saisons a évidemment joué. Mais même la bataille de Philippes est déja très mal rendu. Et j’ai bien été déçu par l’escamotage d’Actium, en me souvenant de « Cléopatre ».

            Je sais bien que le genre a connu un certain renouveau, mais j’avoue avoir du mal avec. Cela semble plus proche de Startgate que de Maciste (c’est la comparaison qui me vient sous le clavier, je ne sais si elle te parlera).

            Agora m’aurait plus intéressé, mais j’en ai été découragé par la galaxie CLG, stupidement j’en conviens.

            300, la BD m’a semble bien laide, alors que j’ai beaucoup aimé le film « sin-city ». Je comprends surtout que les Iraniens aient mal réagi à sa diffusion.

          • (Au passage j’ai zappé le Alexandre d’Oliver Stone, ce qui reflète de très près ce que j’en pense…)

            Bon, ben je te mets un Agora de côté, en espérant trouver les sous-titres en italien comme je l’ai fait pour Lebanon, et en priant pour que tu rencontres mon vaguemestre un jour.

            Parmi les nouveautés, je classe 300 à part… parce que dans le fond, que j’aime ou pas, c’est un film dont on ressort avec une impression de travail bien fait, minutieux et efficace. Compliment que tu n’entendras pas dans ma bouche souvent.

            Moi ce que je reproche aux tout récents Centurion et l’Aigle de la Neuvième Légion, c’est que l’un comme l’autre, après un début en fanfare, bataille rangée, vie à la légion, ils se transforment en course contre la montre d’un petit groupe pas plus original qu’un Predator ou un Alien… (C’est sympa pour les Pictes cette comparaison…) Faire du péplum pour rhabiller une recette de films déjà connue, c’est un peu de l’escroquerie. Ou de la paresse.

          • J’ai aussi zappé Vercingétorix… mais je crois qu’on a déjà dit tout notre amour de ce film chez la Garce Moderne…

          • Merci pour le stock de VF sous titré en Italien.

            Un de mes films préférés est le Capitan. Mon pêre est fan de Jean Marais et j’ai vu toutes ses hunnebelleries en costume.

            Mais celui-ci est particulier : Jean Marais y est superbe, l’héroïne magnifique et pas potiche, le méchant parfait (Guy !) et Bourvil comme d’habitude.
            En plus, il s’agit d’une page d’histoire peu connu du grand public.
            Et c’est le film que je voyais le soir où j’ai appris la mort de mon grand-pêre. J’étais seul, loin de ma famille et je ne savais comment réagir. Après avoir pleuré 5 mn, j’ai continué à le regarder, avec un sentiment de culpabilité.

  2. Pingback: « I’ll be back » – Terminator (entre autres) | Maximgar revisite ses classiques

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