« Je suis sur e-darling, car je recherche une femme dynamique et pleine d’humour » – Guillaume, architecte

Je n’ai plus le temps de rien. Et je ne parle pas que du temps d’écrire. Je n’ai pas le temps non plus de lire, de visionner des films à la volée, et quand j’en regarde un, je n’ai même plus l’envie de le disséquer.

Alors venir ici et écrire ! C’est toute une histoire.

Tout ce qu’il me reste ce sont des longs trajets en voiture, la musique à fond, à prendre le temps de découvrir la surface de chansons pas encore explorées, en espérant que tout ira bien, quand les processus comptables de mon i-pod transcriront à ma page last.fm les statistiques de mes écoutes, histoire que je tienne quelque chose, une archive dérisoire, de ces jours qui défilent sur l’asphalte étroit et « loebien » de mes déambulations sur deux couleurs ou presque du Périgord. Las ! J’ai grillé un disque dur musical en le branchant sur le quai d’un port USB de l’ordinateur d’une mairie touchée par la scoumoune jusque dans sa moelle, et toute une semaine de Little Dragon, Dominique A, Bashung et Brel s’est envolée dans l’oubli statistique. Tout est à refaire, comme quand je serai un homme à la Kipling. Les photos que je prends de ces jours lassés, mes seules histoires, qui sont là sans parole, je les repasse rapidement dans un sépia sombre, que je balance à travers la toile, dont le filet retient tout, sans qu’aucune araignée ne passe relever les conteurs. Je laisse des traces inaudibles, partout où je fais cracher le super quatre-vingt quinze à un euro soixante-huit. Tout se passe un peu comme ça, et voilà pour mes nouvelles si vous en attendiez.

On nous avait promis des orages...

Je viens parfois me relire, comme on découvre un auteur étranger, et j’ai lu avec surprise ce matin, que j’avais écrit dans le dernier article :

« Si un jour, mon imprésario arrive à ses fins, c’est sous le nom à la scène du héros de mon seul manuscrit à avoir retenu l’intention de deux éditeurs que je signerai mes bouquins. »

Incroyable ! Je ne l’ai pas fait exprès, mais ça c’est fait ! À un titre ultra confidentiel, loin des proportions que je m’étais fixées en début d’année. Cependant il semblerait que dans ma déréliction – un de mes mots préférés du temps où je créais l’univers de Maximgar sur des petits cahiers, grands carreaux, quatre-vingt-seize pages – je suive les pointillés de mes plans sur la comète sans même m’en rendre compte. Et puis j’en ai vendu dix exemplaires, dont quatre payants. J’ai de quoi être fier pour un début qui n’a eu ni suite, ni fin.

Je sais, je sais, ce que j’écris est encore plus décousu qu’à l’accoutumée. Mais je me sens comme face à un ami que je n’ai pas vu depuis des années, et je ne sais pas par où commencer. S’il faut s’en tenir aux grandes lignes ou aux détails. Oubliez.

Et puis… soyons décousus. Je ne vois pas pourquoi ce devrait être un luxe réservé au vieilles fringues, à mon vieux survêt’ Nike qui me sert de tablier de travail. 

C’est vrai que ces derniers temps, mes rares activités culturelles se résument à lire Murakami dans le train, quand je ne dors pas, bercé par le vrombissement du moteur diesel de mon express régional fatigué, et à regarder les publicités en boucle à la télé. Pas la propagande électorale. La pub, la vraie, la réclame.

J’ai vu avec jalousie que Redbull revisitait les classiques.

Rapper la vie de l’Empereur ! Je trouve ça tellement génial que je m’en veux de ne pas y avoir pensé, et de ne pas l’avoir casé un jour dans ma boîte à projets abandonnés d’avance.

Dans les pubs, il y a aussi cet acteur sensationnel qui a toujours l’air plus fatigué que moi. Un jour, il fait réviser à sa fille sa géographie au petit déjeuner, mais la brioche au chocolat Jacquet lui fait le même effet qu’un rail de coke broyé par mon express régional. Elle pourrait lui dire que Tijuana est la capitale du Cambodge qu’il lui donnerait le brevet sans confession. Le lendemain – ou dans la même page de pub – il va chez son concessionnaire avec sa femme, et qu’ils aient besoin d’une voiture pour faire les courses, partir en vacances, ou emmener les gosses à l’école raconter que Bilbao est en Suisse alémanique, ils se voient proposer une Dacia Sandero. Enfin en réunion de bureau, il s’amuse plus à comparer la qualité des hôtels Kyriad, qu’à suivre le PowerPoint indigeste d’un chef coincé et autoritaire. Cet acteur, je le vois plus souvent que la Bordelaise ne voit Ryan Gosling, et je trouve ça épatant, parce que la Bordelaise elle voit quand même Ryan Gosling un peu partout : je la soupçonne même d’avoir acheté l’intégrale DVD des aventures d’Hercule jeune… mais là c’est une digression sur le petit monde de WordPress qui risque de me faire perdre tous mes lecteurs venus d’autres horizons.

Et puis sinon, il y a ces pubs qui m’énervent. Ces pubs que je trouve connes, qui non contentes de faire un effort d’imagination, assènent un flot coloré de stupidités effrayantes. Même les monte-escaliers Stannah nous élèvent beaucoup plus. Je veux parler des pubs pour les sites de rencontre. Oui, je sais, il fut un temps où j’aurais fait monter la mayonnaise des heures pour en arriver à une telle conclusion. Mais d’une, je n’ai pas le temps, je l’ai dit dès le début. Et de deux, ces pubs sont minables à un point que moi-même j’en perds mon style.

Prenez celle-ci.

A chaque fois je suis pris d’envie de crier à ce crétin gominé au dentiste douteux : “mais va traîner devant le club de fitness le plus proche de l’école du cirque si tu cherches une femme dynamique pleine d’humour…”

Ou prenez celle-là.

Mais à chaque fois je suis pris d’envie de crier à cette couillone à peine souriante : “mais ce ne sont pas les statistiques qui nous font, c’est nous qui faisons les statistiques…” Oui, on me dira que les sondages font bien campagne… Mais soyons sérieux un instant quand même. Soyons décousus mais les pieds sur terre ! Que Meetic en plus vienne faire campagne sur sa campagne en claironnant haut et fort que son spot est un spot de Maïwenn, qui invite sous l’égide de Bourdieu à fuir les déterminismes et à échapper aux normes – pour s’inscrire dans une base de données de désœuvrés du cœur et de malheureux en amour, voire de libidineux qui trouvent la marchandise toute fraîche servie – ça m’énerve. 

Et je ne dis pas ça parce que quand on me demande où j’ai rencontré ma compagne, j’hésite à répondre sur Internet, au risque de passer pour le crétin gominé au dentiste douteux… quand bien même les lieux de rencontre sur Internet ne se résument pas aux sites de rencontre et à World of Warcraft ! Je ne dis pas ça parce qu’au risque de perdre tout mon lectorat hors wordpress, un de mes lecteurs les plus fidèles se marie bientôt et ne m’a toujours pas dit où il avait déposé sa liste de mariage. Je dis ça parce qu’il n’est pas difficile d’être un peu inventif et malin pour séduire des gens qui n’ont pas le temps, et qui se raccrochent à la réclame du Capital pour oublier leurs journées de merde. Oui, je sais, ils sont un peu cons, ces gens-là… mais je ne suis pas le seul type décousu du monde.

27 réflexions sur “« Je suis sur e-darling, car je recherche une femme dynamique et pleine d’humour » – Guillaume, architecte

  1. Ah, toi aussi tu te demandes pourquoi on ne voit dans les pubs de site de rencontre que des mannequins CSP + aux vies sociales bien pleines, et qui n’ont donc pas besoin des services de ces sites ?

    Ton livre est toujours disponible ?

    • Parce que quand tu n’as plus le temps de rien et que tu tournes en rond parmi ton cercle de fréquentation je suppose que vient un temps où tu te demandes bien ce que tu vas pouvoir faire pour y remédier.

      Ouais, ok, Partner s’est inscrite sur OkCupid.

      Max, c’est un plaisir de te revoir parmi nous.

    • En fait que les acteurs ne soient pas des monstres hideux comme le sont tous les clients et abonnés de ces sites est une chose… Mais bon on a l’habitude. Le cinéma nous a habitués depuis longtemps à cet écart esthétique, et son Landerneau s’empresse toujours de récompenser le comédien qui a bien voulu s’enlaidir dix minutes histoire de nous en mettre plein la vue. Jusqu’ici je ne dirai pas très grave.

      Je dirais presque que ça m’indiffère. Ce qui ne m’indiffère pas c’est ça : qu’on vienne tartiner du Bourdieu, des habitus culturels, du déterminisme dans une publicité sans imagination. J’ai l’impression de voir une pub où l’on ouvre un pot de nutella, un pot de confiture et qu’on balance le tout sur une tranche de pain. Idem j’imagine les concepteurs ouvrir des pages wikipedia et y aller pêle-mêle.

      Le véritable souci, c’est qu’au final, une jeune femme t’explique dans le poste, qu’elle refuse de vivre en fonction des statistiques. Parce que les statistiques lui diraient de vivre comme elle doit. Moi, je dis, si tu avais lu plus avant Bourdieu, tu saurais que l’opinion publique n’existe pas, ni aucune réalité statistique, et tu viendrais pas lui voler son étendard poulette, pour me raconter que tu finiras comme les 40% de ceux qui ne vivent pas selon la norme majoritaire.

      Et je crois que des cris du coeur comme ça sont importants, en des jours, où deux fois par jour, on prend le pouls d’une pseudo population, pour savoir si le fait que le président ait eu l’air d’avoir un pet au cours de sa dernière interview, lui a fait perdre trois points dans l’opinion.

      Quant à mon livre, il est toujours disponible. Mais on en parlera plus tard. En ces lieux.

  2. Quelle agreable surprise de te voir poster de nouveau(surtout qd je suis ds un train regional avec une reconstitution du pmu du coin de la rue en guise de compagnons de voyage) ! Le temps manque et les pubs te donnent en un temps tres court une vision de notre monde… Triste et drole a la fois ( pr ma part je suis une adepte des zapping). Prends le temps parce qu on ne le rattrappe jamais lorsqu il est perdu! Sinon, je n ai que blue valentine et sur l ordi en plus alors cela suffit hein?!!

  3. ce n’est pas un retour… c’est un passing shot !

    une publicité sous le nez de l’arbitre, un livre smashé, on attend le service-volée avec impatience…

    bien le bonjour et au plus vite Monsieur Imgar.

    ps: je ne suis pas plus tennis que cocaïne, je n’ai aucune explication fournissable.

    Mr. Molle

  4. Ah, me suis ramollie du clicage et donc des nouvelles fraîches. Max is back, alleluiah (ou un truc comme ça, jamais su l’écrire).

  5. Je tiens à te remercier !😀 ( Un an d’inscription à mon blog )
    J’espère bientôt pouvoir lire un autre de tes palpitants articles.😀

  6. Je ne sais pas comment un homme avec autant d’humour et de talent littéraire que toi, peut encore être célibataire!

  7. Ce jour, j’ai laissé quelques commentaires/définitions en tant qu’anonyme.
    Mais je le regrette.

    Comment peut-on parler de pub, réclame, propagande en le comparant à une sincérité ou à un amateurisme affligeant ?
    Si tu n’aimes pas, fait mieux et propose ta création aux agences de pub : tu pourrais être surpris de leurs budgets et de leurs réponses.

    En réalité, ces annonces sont faites pour des raisons (sensées !!! cf définition) très particulières.

    En parlant de livre et pour en finir avec cette déception à ton égard (mais non, c’est la première fois que je tombe sur ton blog …); j’attends de voir la PUB que tu feras sur ton livre et son contenu; et là, je vais rire sans m’arrêter pendant longtemps, sans aucun doute.

    • Ne mélangeons pas tout…

      Faire de la pub ou de la réclame, c’est communiquer pour attirer l’attention d’autrui. (En fait si on a va au bout de cette définition, faire de la pub c’est communiquer.)

      Dire des conneries pour capter l’attention, passe encore. Faire de la pub sur ses propres pubs (exemple de meetic détaillé au hachoir dans l’article), en en appelant à des grands noms de la sociologie pour défendre une théorie bancale, c’est du second degré que je trouve de mauvais goût. Ce n’est ni une question de budget, ni une question de justificatif.

      De plus, en matière de publicités pour les sites de rencontre, je n’ai pas besoin de proposer de meilleures idées, elles existent déjà : http://www.wat.tv/video/pub-site-rencontre-match-com-3b1pp_2fgqp_.html. Après, évidemment, ça reste un avis personnel, mais le message de cette pub en lien, me paraît plus créatif, inventif, et moins affligeant que les deux pubs présentées dans mon article.

      Quant à mon livre, il se vend sans publicité. Et sache d’ailleurs, que la publicité pour les oeuvres culturelles est très limitée en France, un peu comme pour le tabac et l’alcool. Je n’en ferai donc pas, et je n’en ai pas l’intention. Mais je suis persuadé que tu riras longtemps sans t’arrêter après l’avoir lu. C’est le but.

  8. En lisant ton papier, maximgar, m’est revenu en mémoire la sensation de vieillissement que j’avais eue face à mon père à la fin de sa vie. Il est mort relativement jeune mais en buvant ce qui …

    Tu vois, la publicité ne peut pas être « bonne », elle peut être plaisante, mais c’est la main du diable et de la propagande.

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