« Ah ! Tu n’as pas voulu me laisser embrasser ta bouche, Jokanaan ! maintenant je vais l’embrasser ! » – Salomé

Salomé est une petite ville dans le département du Nord. Landerneau est une ville du Finistère. Mais avec l’habitude d’évoquer « le » Landerneau, je l’imaginais plus comme une région hypothétique, au hasard des cartes, un coin de pays du côté du Larzac – c’est où le Larzac d’ailleurs ? – un bout de terre paumé, où l’on fait beaucoup de bruit pour rien, parce qu’on a rien d’autre à faire.

L’expression « faire du bruit dans Landerneau » – ou sous d’autres formes « ça va faire grand bruit dans le Landerneau » comme on l’entend bien souvent – vient justement de Landerneau, voire indirectement de Brest, selon les diverses explications. Une première d’entre elles veut qu’une veuve landernéenne s’apprêtait à se remarier alors que feu son mari n’était pas encore assez froid. Ça fit jaser, d’où le bruit. Cette première explication se décline en une ribambelle d’autres, dont l’une où une veuve landernéenne s’apprêtait à se remarier et ses voisins inquiets que le fantôme du défunt prenne mal ce remariage précipité, faisaient du boucan dans tous les alentours espérant ainsi chasser le spectre, d’où le bruit. Ou sinon, histoire de faire d’une pierre trois ricochets, il s’agissait juste de la tradition landernéenne qui voyait à chaque remariage d’une veuve, la foule venir faire un défilé de percussionnistes sur casseroles, héritage folklorique certain d’une des deux histoires précédentes. Une seconde explication veut que lorsqu’un prisonnier s’échappait des prisons de Brest, on tirait systématiquement du canon. Les déflagrations s’entendaient jusqu’à Landerneau, d’où le bruit. Il est probable que la nouvelle devenait du coup le gros potin du jour.

En 1796, le Rennais Alexandre Duval monte à Paris une pièce de théâtre, Les Héritiers, dont le drame tourne autour du remariage d’une veuve. Alors que l’action est bien entamée, le premier mari de ladite veuve réapparait. Un personnage du nom d’Alain qui passait par là au milieu de la scène XXIII, s’exclame alors : « Oh, le bon tour ! Je ne dirai rien, mais cela fera du bruit dans Landerneau ». Et c’est ainsi qu’une private joke bretonne accéda au rang d’expression de la langue française. A tel point qu’aujourd’hui, le landerneau évoque un microcosme, un milieu fermé. Tout autre chose, quoi.

Peu de villes peuvent s’enorgueillir d’être devenues comme ça des noms communs, ou d’avoir offert une expression à la langue française. Landerneau, elle, peut se targuer d’en avoir octroyé une seconde.Il y est encore question de veuve, ce qui laisse penser qu’il ne fait pas bon être un mari à Landerneau. Cette histoire-là commence avec le fameux Duc de Rohan qui froissé de voir Louis XIV afficher l’astre solaire sur tous ses symboles, fit remplacer dans ses armoiries le soleil par la lune, puis il fit remplacer le soleil un peu partout, allant jusqu’à accrocher sur les toitures de ses différentes habitations des girouettes à l’aspect sélénite en mode croissant. Ainsi lorsque son château de Landerneau devint avec la longue course des lustres la Maison de la Cité, une lune rouillée tournait comme elle pouvait selon les vents. C’est à cette époque qu’un riche mari landernéen fit ce qui semble arriver à tout bon mari landernéen qui se respecte : il mourut. Sa femme fort belle n’était pas dans le besoin, mais elle ne manquait pas de prétendants qu’elle éconduisait tous les uns les autres – ce qui on peut l’imaginer, faisait quand même grand bruit dans Landerneau. Ajouté à cela, elle avait une fille tout aussi belle, qui elle aussi ne manquait pas de prétendants.

L’un d’eux étant plus saoulant que les autres, finit par obtenir l’insigne honneur de formuler une demande officielle à la veuve qui ne se gêna pas de l’estourbir d’un cinglant « vous n’aurez point ma fille, à moins de décrocher la lune ! », ce que s’empressa de faire le futur époux, en dégradant le patrimoine public, au mépris du danger, du vertige et du mauvais temps, parce que rappelons-le, Landerneau, c’est quand même en Bretagne. Et c’est ainsi que « décrocher la lune » serait entré dans le langage courant.

Tout cela pour vous dire qu’il y a quelques semaines dans le landerneau culturel du monde des blogs autour desquels je traine mes doigts sur mon clavier, je papotai légèrement sur le cas Joseph Macé-Scarron, comme cela s’est fait dans tous les landerneau (plus ou moins pseudo) culturels, et dans tous les antres du copier-coller. Si vous n’êtes jamais passé par ces paragraphes du Finistère, des éclaircissements s’imposent. Cet été l’ACRIMED, l’Observatoire critique des médias, annonce que plusieurs passages du dernier roman du directeur adjoint de Marianne, Joseph Macé-Scarron, sont copiés au mot pour mot de la traduction d’un roman américain de Bill Bryson American Rigolos : chroniques d’un grand pays. Cette première annonce s’accompagnait d’un point d’interrogation : plagiaire ? La façon de disparaître de cette ponctuation vaudrait à elle toute seule une rubrique sur la sémantique des supplices. Puisqu’en quelques heures à peine, le journaliste romancier finit sur le baudet. Il ne s’aide pas à s’embourber dans un catalogue d’explications qui vont de l’oubli, à la confusion – il n’aurait pas différencié ses notes de copie, de ses brouillons – au panel de synonymes qui n’en sont pas : ce n’est pas un plagiat, mais des emprunts, voire de l’intertextualité. Allez savoir la différence entre tous ces concepts. Dans le dialogue en question, l’idée qui restait en suspens, c’était surtout de savoir où était la limite entre le plagiat en tant que vol pur et simple et la référence créatrice. On se foutait un peu de celui qu’on a rebaptisé par landerneau Macé-Scanné et dont on a appris depuis de diligentes enquêtes de l’Express et du Monde qu’il était coutumier du fait, depuis ces œuvres précédentes, voire ses articles de journaliste. Parce que l’Express et le Monde ont parfois des enquêtes diligentes à mener dans ces temps où l’on a si peu à dire.

Cette dernière phrase était sponsorisée par l’ironie.

Plutôt que participer au lynchage d’un auteur ou d’un moine copiste, il y avait donc cette question en suspens, utile comme une définition du champ des possibles à l’orée d’une démonstration mathématique, histoire que tout le monde sache de quoi on parle, quand on parle de plagiat. Et puis j’ai eu une réponse quand je ne m’y attendais pas, presque par hasard, en accomplissant comme ça m’arrive trop rarement mon devoir de chef de famille, au volant, en pantacourt, en haut de pyjama, avec le pare-soleil baissé alors que j’avais le soleil dans le dos. On ne sait pas toujours quand peuvent vous arriver une idée ou un sujet d’article, et on n’est pas toujours sur son trente-et-un pour l’occasion.

Entre temps – il faudrait peut-être que j’apprenne à écrire plus vite – Télérama est sorti comme toutes les semaines, ce qui reste plutôt logique pour un hebdomadaire, avec sa une tout en collage : plagiat plagiat plagiat… tous copieurs ? Las ! je vais encore donner l’image du type qui s’inspire de Télérama ! Chouette ! après avoir lu tout ce qui concerne le sujet, dont la seule envolée consiste en un  « …à Télérama, il y a quelques années, un journaliste, dont on avait découvert qu’il avait pillé les Cahiers du Foot, a été licencié sur-le-champ » – Marianne, si tu nous lis ! – je ne trouvais pas de réponse, ni à la question de la une, ni à ma question en suspens. Tous copieurs ? on n’en sait rien, on retient juste qu’on est tous copiables dans la mesure où nous nous exprimons. Grande révélation, entre les exemples notoires de plagiats dans la musique, le cinéma, la télévision ou la littérature. Je n’ai même pas trouvé une ligne qui dirait à tort ou à raison, que c’est l’époque qui veut ça, qu’on est tous samplables à merci, tweetables par smartphones. Juste un c’était mieux avant, quand le plagiat était la ligne directrice des œuvres. Avec des relectures de Sénèque, au moins on savait où on allait ! Je n’ai juste retenu pour moi en amoureux de l’étymologie, la surprise de découvrir que le terme plagiaire est né d’une métaphore, puisque dérivé du grec signifiant littéralement un vol d’enfant.

J’étais donc dans la voiture ce matin-là en route pour le collège avec l’Héritière à l’arrière, et au moment de prendre le petit lacet qui serpente entre les vaches et la jachère, je me suis étonné que l’autoradio soit sur France Musique alors qu’il me semblait que la veille en rentrant, on était sur une toute autre onde. Trop content de conduire comme du temps où je jouais avec mes Majorette, et occupé à balancer des verbes en français que ma passagère me renvoyait en espagnol, je n’avais pas trop fait attention à qui était l’invité de Musique Matin, mais au premier stop venu, je sus qu’il montait Salomé de Richard Strauss à Bastille, et que Strauss était arrivé tardivement à l’Opéra, porté par le courant de ses poèmes symphoniques, mais aussi et surtout par le floraison d’un genre, d’une atmosphère, d’une décadence générale, apocalyptique, et affirmée. Parce qu’il faut bien les rappeler, insista-t-il, la puissance de cette œuvre, l’écho qu’elle a jusqu’à nous, où une jeune femme plutôt préservée par le destin, mais néanmoins prisonnière de son statut social, de son château de princesse, n’a qu’un seul moyen d’embrasser son bien-aimé : lui faire couper la tête pour lui voler un baiser. Il y a eu un grand silence dans l’échange de verbes entre l’Héritière et le Chauffeur. En plus d’un siècle de représentations de cette œuvre, cet homme espérait avoir trouvé une touche nouvelle, même inspirée d’autres, parce qu’après tout, l’idée appartient à celui qui l’enrichit.

J’avais trouvé ma réponse, entre acheter-comprar et boire-beber. Une réponse imprécise, insatisfaisante, nébuleuse presque, parce que qui juge des richesses, après tout ? Mais l’important n’était pas là, pas dans la façon de reconnaître la plus-value, de savoir que le yaourt n’est pas un 0%, ou de croire qu’on lui a rajouté une saveur qui fait la différence. La réponse est dans cette impression que l’idée est une pensée qui voyage, et que les gens qu’elle rencontre lui façonnent des habits, lui donnent des souvenirs, lui apprennent des façons. Tous copieurs ? pas qu’un peu, comment peut-il en être autrement ? Décrire sa propre vie, ses propres sentiments, se faire le medium entre ses propres perceptions et le papier, la guitare, la photographie ou la toile, c’est toujours une manière de copier. Capter l’air de la rue, l’atmosphère des opinions, le frémissement des courants de pensées, et les transcrire là… ce n’est qu’une forme de copie.

Comme dans toute forme d’enrichissement, et des qualificatifs qu’on donnera à celui-ci, il est surtout question d’honnêteté, et par ce mot-là, de reconnaissance. Pas celle qui consiste à reconnaître le mérite d’un autre, mais à ce qu’on puisse reconnaître, retrouver, apercevoir votre prédécesseur, sous votre vernis. L’idée vous appartient parce que vous l’avez enrichie, c’est une chose, mais c’est que l’on distingue votre enjolivure de la matière première, ou des matières premières, ou même des matières précédemment enjolivées, qui éloignent du simple vol, du copier coller bête et ringard.

La plus vieille utilisation connue du terme de plagiaire vient donc d’un mot grec qui signifie « vol d’enfant ». Elle est employée par un poète satirique, Martial qui se plaint que ses épigrammes ont été volées par un autre : elles se retrouvent, dit-il, en servitude pénible. L’enrichissement est aussi à ce prix-là, dans le mouvement, l’idée qu’on enrichit, il est interdit de l’enfermer.

Salomé était une princesse juive, un personnage du nouveau testament dont le prénom n’est même pas cité. Le mari de sa mère, le Prince Hérode, qui n’est autre que le frère de son père, l’ancien prince organise une fête pour son anniversaire. Poussée par sa mère, elle danse pour son oncle de prince de beau-père et échauffe tellement les esprits qu’elle se voit promettre tout ce qu’elle veut. Toujours influencée par sa mère, elle réclame la tête de Jean-Baptiste, le prophète qui mangeait des sauterelles et s’habillait en peaux de bêtes, retenu dans les geôles princières. L’oncle Hérode, se débat un instant avec le beau-père qu’il est et qui ne peut faire fonctionner son autorité parentale parce qu’il est un Prince qui a promis, fait décapiter Jean-Baptiste à contre cœur. La mère de Salomé, sa femme et ex-belle-sœur, Hérodias en est très contente. En voilà un qui arrêtera de crier par tous les toits – et même du fond de sa cellule, dont les murs ne sont pourtant pas en papier de cigarettes – qu’elle n’est qu’une catin qui s’est macquée avec son beau-frère alors même que son mari était encore vivant. Salomé, elle, n’est pas qu’une danseuse qui excite les sangs. Elle est une idée. Elle est la Lolita de Nabokov, une sorte de personnage-type. Et lorsqu’elle arrive jusqu’aux portées de Strauss, elle s’est déjà enrichie de mille façons, et s’apprête à se découvrir dans une Allemagne, jeune, sombre chic et délétère.

Tout d’abord son prénom, Salomé le récupère dans les livres d’Histoire, et plus précisément dans les Chroniques de Flavius Josèphe, le célèbre historien romain et juif qui ne s’est pas intéressé à la seule bataille de Massada. Salomé, à première vue, est un prénom qui dénote au milieu de tous les Hérode et de Hérodiade qui peuplent les chroniques d’alors. Parce que reprenons-nous bien : le Hérode qui épouse Hérodiade la mère de Salomé est Hérode Antipas, le frère donc d’Hérode Philippe. Hérode Philippe et Hérode Antipas ont quelques autres frères, dont trois Hérode qui ont été mis à mort par leur père qui les soupçonnait de trahison… le père en question est Hérode Antipater – nom tout à fait destiné pour un infanticide – celui-là même qui aux alentours de Noël envoya trois rois mages faire le boulot que ses services secrets étaient incapables de résoudre. Un peu plus tard, nous croiserons un Hérode Agrippa, un des nombreux petits amis de Caligula, neveu d’Hérode Antipas et donc cousin de Salomé. Mais Salomé n’est pas la seule Salomé, puisqu’Hérode Antipas et Hérode Philippe ont une sœur qui règne et se nomme Salomé Ière. Bel imbroglio. Du moins il est toujours possible de plus imbroglier, car Salomé aura deux maris. Le premier sera Hérode Philippe II le tétrarque de Trachonitis et fils d’Hérode – son père, son oncle ou beau-père ? j’avoue, je ne sais plus. Une fois veuve et sans enfant comme la première Landernéenne venue, elle épousera Aristobule – qui aurait peut-être préféré s’appeler Hérode finalement – le fils d’Hérode de Chalcis, qui n’était autre que le frère d’Hérode Agrippa le neveu de son oncle, donc le fils du cousin germain de Salomé. Ils eurent trois fils : Hérode, Agrippa et Aristobule qui étaient si j’ai bien compté les branches de l’arbre généalogique, non seulement frères mais grand-oncles et petits neveux les uns pour les autres.

Dans les premiers siècles du christianisme, de nombreux récits apocryphes s’ajoutent toujours un peu plus au passage de la mort de Jean Baptiste. Il est certain historiquement que les règnes des enfants d’Hérode Antipater furent troublés par de nombreuses révoltes. Les Zélotes, par exemple, constituent un groupe violent, spécialisé dans les coups de force, ici contre une garnison romaine, là contre le pouvoir d’Hérode à la solde de Rome. Des individus surgissent régulièrement, habités d’une démarche religieuse pour critiquer le pouvoir en place. Les récits apocryphes instituent en la personne de Jean Baptiste l’un d’eux, qui sous des gestes et un verbe dignes du prophète Elie dont le retour était unanimement attendu, ose élever la voix contre un monarque stratège et corrompu, critiquant ouvertement son union avec Hérodiade. Car en effet, les Historiens considèrent aujourd’hui que si Hérode Antipas a ravi la femme de son frère et adopté sa nièce, c’est qu’il comptait interdire à son frère toute descendance. De fait à la mort de ce dernier son royaume revenait à… Tibère, l’empereur romain avec qui Hérode Antipas avait manigancé toute cette stratégie. En faisant se coïncider les dates des chroniques, il apparait qu’Hérode Antipas s’est effectivement mis en ménage avec sa belle-sœur avant le décès de son frère, rendant cohérents les propos de Jean Baptiste rapportés par les textes chrétiens : son mari n’était pas mort que déjà elle se remariait, ça allait faire grand bruit dans tout le Capharnaüm – oui car évoquer Landerneau où tout autre ville de la Mecque des villes à symbole relève du défi anachronique que seul un scénariste hollywoodien peut assumer – autrement dit un beau bordel.

Qu’importe la realpolitik, dans ces textes plus encore que Salomé, c’est sa chorégraphie langoureuse qui y gagne des lettres d’or : la fameuse Danse des Sept Voiles. Afin de conférer un caractère impie à ce ballet qui causa la mort d’un prophète, on l’associa rapidement à la légende d’Ishtar déesse assyrienne, une histoire de danse des sept voiles originelle. Ishtar, à la mort de son amant, Tammuz, décida de se rendre aux Enfers. Le physionomiste à l’entrée n’était pas des plus tentés pour lui autoriser d’entrer, mais ils trouvèrent un petit arrangement. A chaque porte franchie, elle se séparerait d’un vêtement comme la première joueuse de strip-poker en bad luck venue. C’est ainsi qu’arrivée au septième seuil de cet effeuillage en règle, Ishtar se retrouva nue en enfer. Pour la petite histoire, il est intéressant de noter, qu’elle ne put s’empêcher d’essayer de casser la figure à Ereshkigal la déesse des Enfers. Mal lui en prit car d’un coup de tête, balayette, manchette bien travaillé, Namtar la servante d’Ereshkigal la mit K-O. Ishtar étant la déesse de l’amour physique, il n’y eut plus de sexe sur Terre, tout le temps où elle resta mal en point. Heureusement pour nous – et n’y voyez pas un esprit de luxure quand j’écris ça, mais juste le fait que mes ancêtres n’auraient pas pu faire ce qu’ils avaient à faire pour que je vous écrive ces mêmes mots – le boss des Dieux, Ea, créa un eunuque chargé d’aller chercher Ishtar et de la ramener quoiqu’en dise Ereshkigal. Ishtar revint donc des Enfers, sans Tammuz, récupérant à chaque porte un bout de vêtement. Revenue au monde, elle était complètement habillée dans un style patchwork dépareillé. Mais qu’importe les nouvelles people d’Assyrie, la Danse des Sept Voiles, celle qui causa la mort de Jean Baptiste n’était pas qu’une danse, c’était le premier strip-tease, le full monthy galiléen, l’expression même de la tentation des tentations : langoureuse, impudique jusqu’à l’extrême, incestueuse, adultère et meurtrière.

Ce n’est qu’aux XIVème et XVème siècles que Salomé personnage somme toute mineur des évangiles gagne ses lettres de noblesse… dans toute la confusion du mot « noblesse ». La danseuse incarne alors la danse maudite. Essentiellement parce que les peintres d’alors, et plus encore quand ils n’en sont encore qu’aux représentations par miniatures, dessinent plus aisément une danseuse qu’une danse. Salomé, la non-citée des Quatre Evangiles devient au cours des années l’égérie du Titien ou du Caravage. Si dans les écritures bibliques, elle n’est pas à proprement parler responsable de la décollation de Jean Baptiste, tant sa mère l’y pousse, elle éclipse alors totalement cette dernière. Et à travers trois thèmes de représentations, elle incarne dès lors la femme tentatrice et pècheresse. Ces trois thèmes suivent les trois articulations bien précises. Salomé danse. Salomé reçoit la tête de Jean Baptiste. Salomé est châtiée. Evidemment l’une de ces trois articulations s’est ajoutée avec le temps, de même l’une d’elle s’est construite avec le temps. En effet, le châtiment de Salomé reste une vague invention morale – ou pas, mais ça nous le verrons par la suite – puisqu’il était inconcevable qu’ayant provoqué la mort d’un prophète, la jeune femme ne connaisse pas illico presto les affres de la souffrance. Les illustrations de cet épisode sont diverses. Tantôt elle est empoisonnée par le souffle qui s’échappe de la tête coupée. Tantôt elle se fait couper les mains. Tantôt elle est décapitée au bout d’un engrenage de petites circonstances dignes du gamin de Maman, j’ai raté l’avion. Tantôt elle est hantée. La réception par Salomé de la tête de Jean Baptiste est longtemps pour les artistes l’occasion de mettre en scène des jeux de regards, où la princesse incarne l’absence de conscience, tant elle ne paraît jamais affectée par le présent qu’on lui remet. Elle peut alors ajouter une ligne à son curriculum vitae déjà bien chargé : les impies vivent dans l’insouciance la plus totale.

Dans un XIXème siècle en pleine sécularisation, Salomé s’affranchit de l’iconographie chrétienne et devient carrément la femme fatale, la bombe sexuelle, perverse. Les représentations picturales en font une femme lascive, aux formes appétissantes, dont l’ondulé des mèches rappelle malgré toute la sécularisation possible, les roulés des serpents, autre symbole millénaire de la tentation charnelle. Consciente de ses charmes, elle peut tout obtenir de n’importe quel homme. On pense à son oncle, évidemment. En 1893 Oscar Wilde va plus loin, Salomé peut tout obtenir de Jean Baptiste, alias Jokanaan dans la pièce de l’écrivain anglais. Elle n’a pu avoir de lui un baiser vivant, elle l’aura mort ! Et c’est de cette pièce que Richard Strauss tirera son opéra en 1905.

L’Allemagne du début du XXème siècle est un monde paradoxal. Quand on pense Belle Epoque, notre imaginaire se déporte plutôt vers Paris, la folie créatrice à Montmartre, les petites femmes de Pigalle et Nicole Kidman au Moulin Rouge. De l’Allemagne, nous avons plutôt l’image d’un pays austère, industriel, des fourmis teutonnes qui développent de grosses industries pendant que les cigales françaises chantent tout l’été, l’hiver, et ont complètement oublié le nom des deux autres saisons. C’est un tort. Au grand dam de l’Empereur Guillaume II, l’Allemagne est une nation qui plutôt que se concentrer vers la modernité, voit sa culture tomber dans la perversité la plus outrageante.

Les auteurs de l’époque, même les proches des grandes familles industrielles, décrivent un monde à feu et à sang, ils s’interrogent sur la montée du prolétariat, la lutte des classes, et lorsqu’ils décrivent les modèles, les bourgeois, ils font la peinture d’un monde dirigé par l’appât du gain et par sa libido excessive. C’est l’époque où naissent les futurs expressionnistes allemands. Dans les cafés de Berlin qui n’ont rien à envier à ceux de Montmartre, on retrouve Munch, Max Reinhardt, les frères Mann dont Heinrich en 1905 publie « Professeur Unrat » que nous connaissons mieux sous son adaptation cinématographique « L’Ange Bleu ». « Les désarrois de l’élève Törless » ce jeune homme qui assiste aux scènes de sadisme exercées par deux adolescents sur un troisième et qui s’éprend de la victime tout en refusant son amour, date de 1906. La pensée freudienne court sur ce monde et le désinhibe, le déprime, le déresponsabilise.

Et voilà que Richard Strauss crée à Dresde un opéra fou, ponctué d’un suicide, interrompu par les manifestations d’un roi à côté de son assiette ou plus précisément de son plateau d’argent, qui roule à toute berzingue crescendo sur l’effeuillage de sa cantatrice, forcément jeune, belle et excitante, puis vers un petit bisou nécrophile avec une tête encore toute sanguinolente. La désapprobation totale du Kaiser Guillaume II donne à cet opéra ses lettres de noblesse. Salomé, plus garce que Carmen, plus folle que Lucia di Lamermoor, et plus déshabillée que personne avant elle, conquiert le monde. Jamais un opéra ne verra ses représentations se multiplier aussi rapidement à travers la planète. Strauss y gagne plus d’argent qu’il n’en aura jamais, voit sa réputation grandir, et se lance sans contrainte aucune dans d’autres opéras.

La première interprète de Salomé, la soprano Marie Wittich aurait protesté le livret en main : « Je ne chanterai jamais ça ! je suis une femme honnête », avant d’ajouter : « bon d’accord, mais avec une doublure pour la danse ! je suis une femme honnête », avant d’interpréter l’intégralité du rôle. De nombreuses interprètes s’emparèrent de l’occasion d’être cette femme fatale, tendancieuse et décadente. La décadence n’avait rien de péjoratif, elle était modern style, noire et baroque, dans la confusion des genres. L’Opéra n’autorisait pas évidemment, la même impudeur que la pièce de Wilde. Les interprètes de l’œuvre de Strauss se devaient – et se doivent toujours – d’être d’excellentes ténors et actrices, capables de flirter avec le standard mezzo-soprano, aptes à danser neuf minutes pour les sept voiles dans le tourbillon d’un orchestre mené par pas moins de cent-deux instruments dont un orgue. Au théâtre par contre, moins de contraintes touchaient l’actrice. Encore fallait-il qu’elle sache danser !

Que reste-t-il de la Salomé originelle chez Strauss ? Qu’a-t-elle conservé de dix-neuf siècles d’enrichissements successifs ? Sa jeunesse, son pouvoir de séduction, son environnement décadent où il suffit de danser pour son oncle afin d’obtenir la tête d’un homme. Bien sûr, on a perverti sa pensée, on l’a rendu amoureuse du prophète qui crie depuis les geôles, on lui a prêté le machiavélisme malsain qui ne s’interdit pas de tuer pour s’emparer d’un amour non partagé. Mais elle reste cette gamine prisonnière d’un château, qui sait que son prince ne viendra pas, et qui découvre dans le regard des hommes, qu’elle est ce qu’elle est.

Son oncle, Hérode Antipas a subi un coup du sort, malgré tout son bon flair politique. Alors que Caligula est devenu le nouvel empereur, il s’apprête à vivre sur Rome, loin des turbulences de la Galilée. Malheureusement pour lui, son neveu, Hérode Agrippa, un ex de l’Empereur, joue de son influence pour faire accuser l’oncle de traitrise et de collusion avec les Parthes. Hérode Antipas et toute sa famille sont envoyés en exil à Lugdunum Convenarum, l’actuelle ville de Saint-Bertrand de Comminges, petite ville pyrénéenne de deux cent cinquante habitants. A l’époque, on compte plus de dix mille Convèniens, et c’est tout simplement la cité la plus importante du Sud-ouest. La légende y raconte qu’alors que Salomé se baignait dans un lac, ce dernier gela subitement. Seule la tête de la princesse émergeait des eaux, et bientôt prise dans la glace, elle se détacha de son corps, laissant son beau visage inerte comme posé sur un plateau d’argent.

La Nature ! Quelle plagiaire !

28 réflexions sur “« Ah ! Tu n’as pas voulu me laisser embrasser ta bouche, Jokanaan ! maintenant je vais l’embrasser ! » – Salomé

  1. Ha ha ha. Ta première partie me fait penser à un épisode des « Clopinettes » de Gotlib et Mandryka, tu sais, l’histoire de l’attaquade à Sohaint (soit l’injuste oubli du mec qui avait inventé l’expression « tagada tsoin tsoin »).

    Quant à Macé Scarron, il faudrait se pencher sur son cas.

      • Il n’est pas question que je me penche : je ne l’aurais certainement pas lu, et inutile d’ajouter des royalties au scandale. Néanmoins pour ce que j’en vois, pour les pages incriminées qu’on voit reproduite ça et là, j’ai qu’une chose à dire qui résumera bien le fond de ma pensée : non seulement, il ne précise pas ses sources, mais il n’enrichit rien, et enfermant un paragraphe entier autour des siens (?), il illustre parfaitement une servitude stérile décriée par ce bon vieux Martial.

          • Je ne sais pas, je le connaissais surtout comme rédac-chef de Marianne et comme polémiste sur Itélé ou BFM.

            A ce propos, halte aux polémistes !

          • Je ne dis pas forcément halte aux polémistes. Après tout, avec le talent d’un Démosthène, rien n’empêche un polémiste d’être doué.

            Moi en fait il y a trois points qui m’énervent.

            #1. Les polémiques à deux balles. Je pense pas que l’affaire Macé-Scarron vaille une enquête aussi diligentée de l’Express ou du Monde. Que ça fasse le buzz, qu’on s’échauffe sur Internet où effectivement le plagiat est monnaie courante, je peux comprendre. Je comprendrai que ce soit dans Lire et même dans Télérama… mais dans le Monde… Ce qui donne en introduction de cet article (http://www.acrimed.org/article3660.html) une réflexion assez bien tournée sur les hauteurs des débats, actuellement.

            #2. Les polémistes polémiqués. Parce qu’on a la sensation aujourd’hui qu’un polémiste qui n’est pas le fruit d’une polémique n’est pas un bon polémiste. Ce serait juste un journaliste politique. Résultat, si le polémiste ne peut plus faire tourner sa polémique sans offrir son corps et son âme à la science de la polémique, le débat est biaisé.

            #3. Les polémistes au niveau zéro. Si j’ai eu mille fois l’occasion de critiquer la semaine dernière le fait que je trouvais que nos politiques y allaient fort avec le dos de la cuiller démagogique pour nous donner la becquée, je dois admettre aussi, que ceux qui sont réellement détenteurs d’un pouvoir de répondant, n’élèvent pas le niveau non plus. Nous en sommes arrivés à un point où l’émission la plus critique des politiques ne s’intéresse qu’à leurs gestuelles, et ne remet en question leurs paradoxes que sur le ton du rire.

          • Trop de polémistes tue le polémiste.

            Il nous reste quoi comme lieu de débat serain, « C dans l’air » ?

            Après avoir été très fan, j’ai fini par avoir mon overdose là aussi, le révélateur définitif étant l’émission consacrée aux emprunts toxiques des communes. Comme je connaissais bien le sujet, j’ai eu un gros doute sur le reste des échanges.

          • Je ne sais pas. Y a-t-il déjà eu un lieu de débat serein ?

            C’est difficile de toutes les manières : animer un débat nécessite de vulgariser des sujets complexes, parce qu’évidemment toi tu maîtrises le sujet des emprunts toxiques, mais tu maîtriseras moins – je dis à tout hasard – les questions énergétiques. Il importe donc toujours de niveler le débat, et bien sûr c’est toujours vers le bas – je ne le dis pas de façon péjorative, il n’y a pas de mal à évoquer un budget en terme de je pioche par ici pour remettre par là. Ce qui m’inquiète particulièrement actuellement, c’est qu’à force d’être nivelé, le débat est devenu l’occasion de faire du marketing communicatif à un niveau qui n’atteint même pas celui d’une publicité pour lessive. Il n’apporte aucune donnée pédagogique, mais se contente de duels aux couteaux, et du clash qui fera le meilleur buzz.

          • C’est pas tant la simplification qui m’a choqué, c’est carrément la caricaturisation toujours pour aller vers les idée reçues : en gros, au CG93, M. le banquier a rencontré M. le président et lui a vendu des produits à la con.

            Dans un genre plus intéressant, je pourrais parler de « Ce soir ou jamais », mais je mentirais un tantinet car je ne la regardais que rarement en fait.

          • Ce soir ou jamais a les défauts de ses qualités.

            Par qualités, j’entends un présentateur qui ne participe pas au débat et ne se met pas en avant, qui a l’air d’avoir potassé ses sujets avant de venir. J’entends aussi la présence de spécialistes sur des sujets précis (c’est aussi le cas dans C dans l’air), mais qui plus est, ils sont assis là avec des artistes, des écrivains, des gens moins au fait, dont la présence les empêche de partir dans des considérations auxquelles le commun des mortels n’y comprendrait rien.

            Mais… car il y a un mais. Les artistes en question ne sont pas à proprement parler des artistes populaires, et s’ils le sont, ils sont écrasés par le savoir des autres participants (tu me diras il vaut mieux ça qu’entendre Bigard t’expliquer ce que son comptable lui a expliqué au sujet de la richesses des tyrans du Maghreb au milieu de l’interview de Nadine Morano dans On est pas couchés). Et l’émission prend toujours très rapidement un tournant très select. La dernière fois que je l’ai regardée, un débat sur la panique financière concernant les banques a dérivé lentement sur les positions de Danton en matière économique, avant de s’achever sur les écrits de Paul Valery. Alors de mon point de vue, c’était très intéressant, enrichissant même. Mais déconnectée de la réalité politique, ne serait-ce que celle des élections par exemple, l’émission te laisse avec la sensation d’avoir appris beaucoup de choses qui ne te serviront à rien, ni dans ton choix devant l’urne, ni dans ta compréhension de ton quotidien. Pire tu pourrais avoir, comme ça m’arrive, l’impression désagréable qu’il existe bien des gens compétents et qu’ils n’ont aucun pouvoir.

          • J’ai même un sentiment encore pire, il existe des gens competents, mais ils ne veulent rien avoir affaire avec tout ce qui ressemble a des responsabilites.

          • Ca peut se comprendre : difficile de pouvoir accéder aux responsabilités sans accointance politique. Je ne le dis pas dans le sens où ça ne marche que pistonné, mais dans le sens où on peut ne pas vouloir être catégoriser dans un courant politique.

          • Je serais plus sévères, la position de commentateur est plus confortable que celle de décideur.

          • Je suis tout à fait d’accord. Evidemment. Maintenant je me souviens de la déception d’un de mes professeurs de sociologie qui devait d’autant plus faire de courbettes pour présenter aux têtes pensantes du ministère de l’éducation nationale un rapport, qu’il avait déjà présenté un rapport au gouvernement Jospin précédent et qu’il était tout bêtement catalogué à gauche.

          • Certes, mais je préfère la position de Todt, qui ne s’engage pas politiquement mais qui indique qu’il votera PS sans enthousiasme aux prochaines élections aux circonvoloncutions d’un Lordon qui refuse même de s’abaisser à s’adresser à un plus large public de peur de faire des concessions. Résultat, Bernard Maris passe pour un économiste iconoclaste.

  2. Je reviendrai – mais je te suis dans une des idées que j’ai capté,

    la copie est aussi intimement liée à la culture (dans toutes les acceptions) que l’enfant au sein de sa mère, le cas échéant🙂.

    ‘tain t’es un vieux aussi alors🙂

    • Je suis assez d’accord, au sens où la culture est avant tout une transmission de codes et de symboles, de serrer la main au langage, presque tout s’acquiert par mimétisme.

      Vieux, vieux, j’ai l’âge d’avoir connu quatre papes.

      • vieux ou jeune – c’est pas tant le nombre d’années que le vécu contenue dans icelles.

        Un gars qui a une fille au collège est déjà plus vieux, mur, a priori que celui qui ne parvient pas à entretenir un yucca.
        Je ne sais pas si faire des erreurs apprend, mais je sais que ce qu’on a appris, de nouveau, d’intime, venait pas mal des erreurs qu’on a commises. Celles qu’on fait pour les autres comptent double.

        mimétisme…pas tout à fait juste comme terme, copie était meilleur. Imitation. Dans le mimétisme il y a la possibilité d’un geste dénué de sens pour soi. il me semble que la culture joue beaucoup plus sur le sens et les symboles que sur la gestuelle.

        C’est d’ailleurs un des arguments, des critères qui jouent quant à l’appréciation du plagiat ou de la citation. De la culture qui construit à celle qui ne fait qu’exister socialement.
        Si la courtoisie construit des rapports agréables entre les gens, c’est parce que chacun désire etre respecté et reconnu par les autres dans la société – si quelqu’un mime la courtoisie sans comprendre le sens profond des gestes et des mots, il permet à l’ensemble de garder la cohérence des codes qui permettent à une société donnée de rester courtoise.
        Mais si la majorité des « quelqu’un » ne fait que mimer – la société dans son ensemble perdra la courtoisie pour n’en avoir que les usages mais pas le sens. Et ce dont la courtoisie était le simbole , le respect se perdra….et …et …voilà pouquoi votre fille était muette (madame BANON)

        A l’inverse si quelqu’un réprouve les usages et comprend que c’est le respect qui compte et veut montrer que justement on peut ne pas avoir les usages et respecter les autres, peut etre fera-t-il à l’instar de beaucoup chez VF des insultes courtoises.

        C’est trés banal ce que je viens de dire là. le voyou au grand coeur et tutti la comedia ( hein ? ).

        La baise ça c’est culturel. ça c’est un truc intéressant à cultiver. Le reste c’est des sucédanés aux édulcorants…ou des perversités ( quoi ? ).

        Bon ça m’a fait plaisir d’échanger avec toi maximgar. Je préfère le monde depuis que je sais que tu es dedans.

        salut tout le monde.

        • En fait, (et après c’est comme pour tout, il est tout à fait possible qu’on ne soit pas d’accord sur la définition de base), j’englobe dans la culture beaucoup de choses, y compris la courtoisie ou sa gestuelle. Je considère le fait de se serrer la main par exemple, comme un geste culturel, comme la façon de se faire la bise. Il me semble qu’on copie d’abord, et qu’on donne du sens après. J’ai du donner mes premières poignées de main en imitant mes parents, et comprendre le sens du geste après. On a certainement du me forcer à dire « merci » et « s’il te plait » des centaines de fois avant que ça devienne pour moi, autre chose que des formules magiques. Peut-être même qu’aujourd’hui en disant « merci », d’une même parole très conventionnelle, nous ne présentons pas toi et moi, subjectivement le même sens. L’un de nous le fera par reconnaissance, l’autre par respect des codes – et je ne le dis pas de façon péjorative – et un troisième par habitude.

          Je dirai donc du mot « merci » pour poursuivre cet exemple, qu’il se perpétue de générations en générations et contribue à être symbolique de la courtoisie, mais un peu indépendamment de ceux qui l’utilisent. Un peu comme les saluts militaires, les cérémonies aux drapeaux : toute cette liturgie a un sens, mais en a-t-elle vraiment pour les participants ? je n’en sais rien.

          Je vois dans la culture des codes qui préservent la société, la protègent ou assurent son évolution et ses particularités, en se transmettant des uns aux autres. Je vois dans les arts, une tentative (je dis tentative car c’est parfois plus ou moins réussi), d’exprimer du sens, et donc d’enrichir notre compréhension de notre monde. (Bien heureusement, ce n’est pas la seule forme de tentative possible). Et là, à ce niveau, le plagiat en tant que copie bête et méchante, me paraît nier toute cette expression de sens, et transmettre des paquets cadeaux sans cadeaux.

  3. J’ai perdu tout intérêt à la chose politique depuis la mort de Philippe le Bel, c’est dire si Salomé, Hérode et Tibère me mettent en joie. C’est pas vraiment le sujet, mais c’est ce que je retiens. Je connais les à côtés de toutes les plaques.
    Au lieu de plagier ou pas Bill Bryson, on ferait mieux de le traduire plus vite.

    • Chère Mademoiselle,

      nous avons bien pris en compte votre réclamation.

      L’Affaire de la tour de Nesle ! voilà un sujet de conversation qui vaut son pesant de cacahuètes et qui mérite sa place quelque part dans ces articles.

      Bienheureux de cette soudaine inspiration.

  4. J’adore ! Le ton et le propos ! Merci… D’autant que mon prochain papier à paraître cette semaine porte aussi sur Salomé, eheh. Et merci aussi pour le rire sur Aristobule : voilà un nom à la Goetlieb qui m’avait échappé !Je partage absolument votre définition de la culture, je n’ajouterai rien sur le plagiat et les plagiaires – tout est dit et bien dit. Je me demande sur quelles absurdités a bien pu pérorer le metteur en scène de l’opéra à la radio car moi qui l’ai vu (et ai travaillé sur la mise en scène une bonne dizaine d’années, ceci dit non pas pour m’ériger en spécialiste mais pour signifier un œil néanmoins exercé) : c’est bien l’aspect totalement raté de cette prod à Bastille. La danse des sept voiles que j’attendais (comme le messie, pourrais-je dire) était une navrante, désespérante chorégraphie, en dépit de l’immense boulot de la chanteuse. Le seul glam sur cette scène venait du plateau d’argent posé dans un coin. Ce n’est donc pas ce qui a attiré mon attention, vous verrez…

    • Alors en premier lieu déjà (même si j’ai déjà répondu à un autre commentaire) : bienvenue.

      Je n’ai pas vraiment suivi ce que disait le metteur en scène de Salomé, si ce n’est qu’à la question que peut-on bien apporter de nouveau à un opéra maintes et maintes fois réalisé, il s’est empressé de confirmer qu’il y avait beaucoup de matières desquelles s’inspirer. Et puis une fois passée cette phrase « l’idée appartient à celui qui l’enrichit », j’avoue que j’ai plus passé mon temps à rêver qu’à l’écouter.

  5. Quand j’ai mis « Put our the torches, Hide the Stars, Hide the moon » en statut gmail je n’avais encore aucune idée que tu avais fait un article sur Salomé.

    Ensuite j’ai vu et ça m’a faite sourire.

    Je dirais bien brillant toussa mais tu sais que je ne suis pas objective.

    • On est rarement objectif avec les choses brillantes, parce qu’elles éblouissent. Pour un de tes prochains anniversaires, je penserai à des lunettes de soleil, chère Salomé de gmail.

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