« Pour sauver son crédit il faut cacher sa perte » – Jean de la Fontaine

Il y a de cela un peu moins d’un an, je suis allé me faire massacrer la fleur au fusil, sur le fil de commentaires d’un blog pas trop loin de celui-ci. J’y suis allé Gros Jean comme devant pour en revenir pareil, décapité en règle. Qu’importe. Stéphane Hessel n’avait pas encore élevé l’indignation au rang d’art de vivre et de détonateur de la résistance, que moi j’attisais des cris d’indignations empreints d’un manifeste « ah la la, c’est pas joli » et autres « ouh la la, le vilain ».

Ce fut un suicide assez peu productif au sens, c’était écrit d’avance, mais j’avais préféré le tenter pour une raison qui m’échappe encore – peut-être rien qu’une goutte qui avait fait déborder le vase dans une autre pièce… sincèrement, je ne sais plus. Je m’étais donc indigné, face à des indignations feintes, qui aujourd’hui déjà ne me semblent plus avoir aucun écho, alors que je continue moi-même régulièrement de repenser à cette contre-attaque kamikaze dans le monde des « oh la la, c’est pas gentil ».

Avec les échéances électorales qui approchent – et en écrivant ces mots je ne pense pas spécialement aux sénatoriales – à traîner sur le net, à écouter des auditeurs à la radio, à prêter une oreille aux politiques, et à éviter tant bien que mal les forums d’acharnés hystériques et équipés d’œillères hermétiques – on va prendre la température du monde où on peut ma p’tite dame, mon bon monsieur – j’observe que mes tentations suicidaires me reprendront un jour ou l’autre, comme des spasmes incontrôlables : j’irai sans armure me faire étriper sur un champ de bataille où les moulins à vent sont aussi efficaces qu’un brasseur d’air un jour de canicule en pleine panne d’électricité. Je ne tiens nullement à transformer mon appartement numérique en un Maximgar revisite ses classiques économiques et sociaux, en un Maximgar invite Keynes, ou en un Maximgar fait du spiritisme avec Adam Smith, mais je ne resterai sûrement pas à mourir d’envie de raconter des histoires dans la cacophonie ambiante des profanes, guidé par des certitudes qui pourront paraître douteuses aux uns, voire à vomir à d’autres. Je ne suis pas là pour convaincre qui que ce soit, entendons-nous bien, mais comme je le pensais à l’heure où j’enseignais, si je pousse ne serait-ce qu’une personne à aller voir par elle-même comment se passent les choses, dans la rue ou dans un dictionnaire des théories économiques, alors je n’aurais pas perdu mon temps, loin de là, et ce, même si cette unique personne devait parvenir à des conclusions totalement opposées aux miennes.

Je n’ai pas encore pris le temps de le préciser par ici, mais je n’écris pas pour convaincre, j’écris pour raconter des histoires. Je ne vois pas quelle importance ça pourrait avoir que je n’aime pas Mohamed Ali et doute du symbole qu’il représente, je préfère mille fois raconter ses combats avec Frazier. A vous de décider du reste.

Voilà pour mon introduction en forme de rien. Comprenne qui pourra.

C’est sur le blog d’une communicante que je suis allé me faire gaiement assassiner, il y a moins d’un an. C’est un blog qui me plait essentiellement pour une raison toute bête : une professionnelle de la communication y parle de son travail. Il y a comme ça des métiers où l’on peut raconter son métier : j’adore ça, que ce soit bon ou mauvais. Dans le Mépris, Godard filme un film, dans Be Kind Rewind, Gondry filme ce qu’il est de mieux, un bricoleur du cinéma, dans la Musique Dominique A chante sa découverte de la musique… Allez demander à un tourneur-fraiseur ou à un livreur de pizzas de faire de même ! Parce que raconter… rien que raconter, voilà ce qui est plaisant. A quoi bon comprendre les Lois de Newton ! C’est qu’il se soit mangé une pomme qui compte au final, c’est ce qui reste dans notre imaginaire, des anecdotes. J’aime raconter des anecdotes, je crois que si on les raconte bien, on laisse son auditoire suivre seul l’intuition de Newton, et être l’espace d’un instant un génie des Sciences.

Ce qui me reste de mes premiers cours de solfège à quatre ans, c’est l’histoire d’un poteau électrique où passaient cinq fils. L’oiseau qui se posait sur le deuxième en partant du bas s’appelait Sol. Il avait plein d’amis dont l’un qui voletait sous les câbles avec un fil entre les pattes, et qu’on appelait Do. Ce qui me reste de mes premières angines, c’est un médecin qui sentait fort la pipe, et qui avec des petits dessins me racontait exactement ce qui se passait dans ma gorge, la petite déchirure ouverte par le froid de l’hiver qui tapait sous mon menton, d’où l’importance d’une bonne écharpe.

Ce jour-là, l’article du blog en question était une invitation à revoir un reportage sur les suicides chez France Telecom. S’il m’a semblé important d’intervenir dans ce fil de commentaires, moi qui n’étais jamais intervenu pour rien, c’était que le flot d’émotions et d’indignations étaient inévitables, et parce qu’inévitables, elles me paraissaient gratuites, plan-plan et trompeuses. Je tenais surtout à souligner quatre points.

Le premier, le plus important à mes yeux, était que ce reportage en désignant nommément des coupables – ou des juste des responsables, allez savoir quelle différence cela fait – dédouanait trop facilement le reste du monde. Il me semble aujourd’hui encore qu’une entreprise publique dont les transformations et stratégies sont dictées par un gouvernement, est sous la responsabilité de tous et de toutes. Au moins de ceux qui désignent plus ou moins directement ce gouvernement.

Le second, le plus cynique à mes yeux, était que dans l’absolu, nous avions tous coopté pour ces drames, en séparant dans notre langage de tous les jours, une entité Orange, du genre la marque qui est dans le vent, d’une entité France Télécom, du genre vestige d’une époque révolue et inadaptée.

Le troisième, le plus vicieux à mon avis, était qu’à nous cantonner aux suicides de France Télécom, il était étonnant de n’avoir aucune question, aucun souci, aucune considération pour ces autres grandes entreprises publiques qui tôt ou tard seraient soumises à la concurrence, ni même pour ces services publics confrontés à des difficultés de financement, de management, de qualification de leurs agents.

Le quatrième point, qui ne devait qu’apparaître qu’au cours des commentaires, était que ce n’est pas le système qui foire, mais les gens qui s’en servent. Aller défendre le système au milieu de commentateurs pour qui les seules solutions sont « Viva la Revolución », ou le boycott, ou l’indignation type « ah la la c’est pas bien », c’est assez masochiste, j’en conviens.

J’ai employé plus haut le mot de « profane ». Il n’a rien de péjoratif quand je l’emploie. Moi-même, je suis profane dans bien des domaines. Vous le savez, si vous me lisez régulièrement, je suis un profane des arbres et des oiseaux – j’en profite pour remercier et embrasser le lecteur qui a pensé à m’offrir des guides de poche des oiseaux et des arbres d’Europe pour mon anniversaire. Je suis aussi un profane de la littérature allemande, du bricolage, de la santé, de l’urbanisme, de l’architecture, des jardins, de l’Histoire des pays slaves, entre autres. Pour moi, le mot profane, me rappelle cette leçon de latin en troisième, où je compris que profane était un mot qui s’était échappé littéralement de devant le temple, pro fanus, et qu’il était naturel que nous ne soyons pas tous dans le secret des dieux, et qu’un peuple uniquement tourné vers la prêtrise aurait bien du mal à se nourrir, quelle que soit la puissance des dieux. Je ne prétends pas non plus, être un pontife de quelque domaine que ce soit. En fait, pendant ce petit laps de temps de leçon latine, je me pris à rêver d’être un de ces rats de bibliothèque qui ne bouffent que du dictionnaire, du dictionnaire étymologique de préférence, et qui repus de l’origine des mots, décortiquent les moindres syllabes des moindres affirmations, trouvant plus de matière dans les anecdotes que dans les lois immuables.

Ce jour-là, j’ai voulu dire ce qui me semblait logique par définition. En vain peut-être. J’ai voulu dire ce qui m’indignait moi, à titre personnel, de ce que je voyais de nous tous, face à un drame où les victimes sont finalement assez anonymes. On m’a répondu, que ce nous n’engageait que moi, et après me l’avoir dit, mon interlocuteur est retourné dans son émotion collective. Ah la la c’est pas bien !

Il existe plusieurs formes d’indignation, autant que le produit des sources d’indignation et des indignés, aurais-je tendance à dire. Il existe des indignations feutrées, des indignations de circonstance, des indignations sélectives. Certaines ne sont que des simples réactions épidermiques collectives, des phénomènes de mode qui passent. L’indignation est la colère contre une injustice, et souvent les colères passent.

Stéphane Hessel a depuis offert à l’indignation ses lettres de noblesses, dans un petit best-seller qui fait déjà figure de classique, et qui certains aiment à le croire – ou à avoir des raccourcis faciles – inspira la jeunesse madrilène qui sortit les tentes au printemps sur la Puerta del Sol rebaptisée à l’occasion Plazza de las Soluciones. Son texte appelle à s’indigner, puisque l’indignation est source de résistance. Il nous invite à chercher autour de nous, les motifs des Résistances à défendre. Indignez-vous pour lancer la machine, pour relancer la machine.

Le Mouvement de los Indignados est dans la droite ligne des Mouvements Autonomes italiens des années 70, des émeutes de Mai 68. Il s’inscrit néanmoins dans un environnement différent, il n’y a pas de croissance économique qui soutienne les espoirs, il n’y a pas non plus d’alternative politique comme le communisme semblait alors en être une. Du guevarien « hasta la victoria siempre », le mouvement semble parti pour un « hasta la indignación siempre » assez malheureux, qu’il exprime clairement, blâmant sans réel pouvoir un système qui se fout de lui, qui ne le craint pas une seconde. Ce mouvement a quelque chose de romantique dans ce qui ressemble encore à une vague impuissance : quand on se prend à rêver en poète, on croirait que l’heure des Utopies Historiques a sonné, que Don Quichotte a monté la Rossinante et que les éoliennes n’ont qu’à bien se tenir. Guevara avait raison finalement quand il disait : « Soyez réalistes, demandez l’impossible. »

Pendant que los Indignados sont boudés par les télévisions, je regarde la campagne électorale qui se lance à coups de tartines démagogiques, d’effets de manche et de petites phrases. Ce qui m’indigne moi à cette heure, et depuis quelques semaines, c’est que comme beaucoup d’entre nous, je connais des gens qui ont des fins de mois difficiles. C’est un peu de leur faute aussi : qu’est-ce qui nous prend d’avoir tous un smartphone, voire un vieux portable de quatre cents grammes et de manger des nouilles discount à tous les repas dès le 22 ? Parmi ces gens que je connais, est-ce qu’il m’arriverait de critiquer celui qui va se rajouter un crédit revolving de plus, qui va demander de l’aide à un parent ou à une connaissance pour les courses de rentrée scolaire ? Est-ce qu’il me viendrait à l’esprit de dire de quelqu’un qui dépense plus que ce qu’il aura la certitude de gagner dans six mois, pour assurer à ses enfants une meilleure situation que la sienne, est un mauvais père de famille ? Un mauvais gestionnaire tout au plus, un parieur, un homme qui priera ses enfants qu’ils se désolidarisent de lui, pour ne pas les endetter plus. A priori, ce serait logique, surtout de la part de quelqu’un qui sur un tout autre sujet, se contenterait d’un « nous ne sommes pas responsables des fautes de nos pères » comme toute fin de non-recevoir.

Je me détache totalement du débat qui consiste à dire que ceux qui proposent une Règle d’Or inscrite dans le marbre de la Constitution sont les mêmes qui ont creusé le déficit public au cours des dernières années. Je me détache totalement du démagogique et électoraliste de la chose.

La Règle d’Or, à savoir contraindre les gouvernements à présenter des budgets équilibrés, où le volume des dépenses est équivalent au volume des recettes publiques, est une chose sensée à première vue. C’est une gestion en « bon père de famille » qui n’hypothèque pas l’avenir de ses enfants. Du devant du temple, c’est une idée pleine de sens.

A l’intérieur du temple, deux écoles se distinguent. Certains considèrent qu’il est indispensable de respecter un strict équilibre, que les marchés peuvent se charger tout seul d’éperonner l’économie. D’après les adorateurs de Keynes – et Keynes est une idole qui semble difficile à déboulonner – un excédent budgétaire a un effet de freinage sur l’économie, un endettement la stimule. Les premiers, même si tout les appelle à se séparer de la sphère publique, n’oublie pas qu’elle n’en est pas moins responsable de la bonne tenue environnementale des espaces de commerce et de finance. L’éducation, la monnaie, les transports, la distribution de l’énergie ne sortent pas d’un chapeau, et pas d’un chapeau privé. On ne gère pas un Etat comme on gère une famille, il y a longtemps que les Etats ne sont plus des tribus. Un président qu’il soit de droite de gauche ou du milieu, n’est pas un père de famille et ses concitoyens ne sont pas sa femme et ses enfants. A ce titre, il sait quand et comment s’endetter – en théorie. Et le père de famille qui contractera un nouveau crédit pour payer les études du petit dernier le sait aussi. Se contenter de dire « ah la la, les dettes c’est pas bien », c’est un peu profane.

L’exemple phare se trouve dans mes cours d’Histoire de troisième, c’est en s’endettant pour lancer une politique de grands chantiers par le New Deal que Roosevelt sortit dans un premier temps les USA de la crise de 29 – la Guerre s’occupant du reste. On nous l’expliquait seulement en trois lignes, mais s’endetter était la seule solution pour voir la locomotive tracter des wagons moribonds. Les chantiers lancés par Pompidou, le TGV, le quartier de la Défense, et j’en passe, sont autant de risques coûteux, et d’endettements sur le court terme dont la France ne tire les fruits que depuis peu. A la hauteur d’un Etat être un bon père de famille frileux n’a jamais rendu bon grand-père.

Il importe aussi de revenir sur cette notion de « gestion de bon père de famille », celle qui m’indigne tout particulièrement. Il y a beau y avoir le mot « gestion » qui traîne dans cette locution, la gestion de bon père de famille n’est pas une valeur économique. C’est une notion de droit. On la retrouve dans les Codes Rural et Civil. Elle s’applique à divers acteurs, le fermier, le tuteur, l’usufruitier, l’usager, celui qui a l’obligation de veiller à la conservation d’une chose donnée, le gérant d’affaire – soit aucun chef d’Etat, ni aucun ministre du Budget, ni aucun père de famille dans sa fonction de père de famille, exception faite du tuteur – et pour chacun de ces acteurs, la notion de bonus pater familias, les textes distinguent une norme comportementale qui reste à l’appréciation du juge, en fonction de mille et un paramètres aussi changeants que la météo. Marier ainsi une notion abstraite juridique à des problématiques économiques relève du mariage de la carpe et du lapin, de l’entourloupe intellectuelle façon grand séducteur. Bref, du bazar.

Il y a effectivement un problème de la dette, de sa gestion, de son volume qui apparaît important. On ne peut pas le nier. Sa résolution passe par plusieurs méthodes : on peut fructifier des investissements, relancer des pans entiers de l’économie, chasser les gaspillages publics, pratiquer l’austérité, mais une Règle d’Or n’aura pour seul effet que laisser tout en état, c’est élémentairement mathématique.

Cette Règle d’Or, celle des équilibres budgétaires, vient d’Allemagne où elle est inscrite depuis 1949 dans la Constitution, bien que nos voisins d’Outre-Rhin y aient dérogé plusieurs fois pour mener des politiques d’endettement. Les règles entourant les déficits budgétaires des Etats de la zone Euro existent dans le cadre du Pacte de Stabilité et de Croissance, qui limite le déficit public d’un pays à 3% de son produit intérieur brut, et sa dette publique à 60% de ce dernier. La Grèce a été acceptée dans la cette zone, alors même qu’on la savait incapable de respecter ce pacte, tant elle avait galéré et commencé à se serrer la ceinture pour atteindre les critères de convergence. Mieux encore, la France le viola sciemment, consciente que le respecter l’empêchait de conserver ses facteurs de croissance. A l’époque de la décentralisation menée par la Gauche en 1981, une règle des équilibres budgétaires fut imposée aux collectivités locales, afin que les maires, conseillers généraux et régionaux, s’activent à maintenir voire à accroître leurs recettes pour bénéficier de dépenses supérieures. Au sein des finances de ces collectivités il existe une Règle d’Or qui n’a pas vraiment à voir avec les équilibres budgétaires. Cette Règle d’Or impose aux collectivités territoriales de ne jamais emprunter pour financer leur fonctionnement. Votre commune, si elle emprunte de l’argent, ne peut le faire que pour investir : dépenser dans le dur, dans l’immobilier, dans les infrastructures. Elle ne pourra pas s’en servir pour du fonctionnement : payer ses agents, assurer la maintenance de ses locaux, payer un feu d’artifice ou une guinguette.

Ça me rappelle toujours un moment vécu avec mon père. Nous étions dans une grande surface d’électroménager et je traînais comme à mon habitude au rayon des chaînes Hi-fi. Le vendeur nous expliqua que même si le prix de cette Aïwa argenté et pétant de mille feux pouvait sembler excessif le magasin avait des solutions d’étalement de paiement tout à fait avantageux. Mon père lui a répondu qu’on ne prenait jamais de crédit sur les loisirs. Ça m’a marqué, comme toutes ces phrases que j’ai gardées des années dans un coin avant de bien les comprendre.

L’enjeu de la dette publique française, et de nombreux déficits budgétaires européens, c’est que les Etats empruntent pour fonctionner. Il y a une différence notable entre contracter un crédit pour rembourser une voiture, et contracter un crédit pour y mettre de l’essence. Ce n’est pas prendre un crédit qui n’est pas ah la la c’est pas bien, c’est de ne pas pouvoir faire autrement. Surtout quand on est un Etat. Parce que qui mieux qu’un Etat peut contracter un crédit ?

Il va de soi que lorsqu’on dirige le rythme de la planche à billets, ça a tout de suite plus de gueule avant de se rendre chez un banquier. Cependant, me dira-t-on certainement, les Etats européens n’ont plus d’influence directe sur la planche à billets depuis qu’ils ont inventé une Banque Centrale Européenne indépendante rien que pour ça. Est-ce vraiment si important ?

La question peut paraître idiote, mais c’est sur l’ironie de l’Histoire que je m’appuie quand je la pose. La Monnaie telle que nous la connaissons, sonnante et trébuchante, porteuse de signes distinctifs, les symboles nationaux qui nous garantissent sa valeur, est apparue bien après le Crédit. D’ailleurs les pièces dans votre porte-monnaie ne sont qu’une forme de crédit.

La Monnaie sonnante et trébuchante est une invention lydienne, qui date du VIème siècle avant Jésus-Christ. Dans la capitale, Sardes, le Roi Alyatte fait frapper les premières pièces de monnaie à son effigie. Les historiens ne savent pas trop pourquoi. Keynes l’indéboulonnable écrira en 1930, qu’il ne s’agissait que d’un acte de vanité locale. De toutes les manières, Alyatte est tombé dans l’oubli – contrairement à son fils, Crésus. Avant la monnaie avec une face – celle d’Alyatte en l’occurrence – des monnaies d’échange existaient, des métaux précieux, des animaux, des esclaves, des coquillages, des grains et de la porcelaine… des monnaies « primitives » disent les livres d’économie, et elles n’empêchaient en rien le commerce, y compris le commerce international et ses formes de financement, car le Crédit, lui, date de 2300 ans avant Jésus-Christ.

L’économie est avant tout une science de l’obsession : comment résoudre ses besoins ? Comment pallier le manque ? Il y eut d’abord trois réponses : la nature, se servir en nourriture, en textile, en métaux précieux, la guerre, se servir chez le voisin, et enfin l’échange, le troc. Les monnaies primitives firent une timide apparition, garantissant les échanges entre les hommes. Face à la raréfaction progressive des butins, et à l’épuisement – relatif – des ressources naturelles, faire confiance à son prochain s’avéra un substitut utile. Durant des dizaines de siècles, la confiance s’est ajoutée aux monnaies primitives pour organiser les échanges, et qu’est-ce d’autre que la confiance que le crédit, à savoir étymologiquement faire confiance, confier un prêt ?

Des Sumériens jusqu’à nous, et les Accords de la Jamaïque en 1976 qui verront l’abandon de l’or comme référence dans le Système Monétaire International, le crédit n’a eu de cesse de vouloir se substituer du recours au métal. Aujourd’hui, lorsque vous payez votre pain avec des pièces ou un billet, cet argent ne peut provenir que d’une banque centrale, en théorie cet argent est une dette que vous avez contracté auprès de cette banque, indirectement ça va de soi, dette que vous transmettez à votre boulanger. Idem, lorsque vous passez dans la boutique à côté et payez vos fleurs avec un chèque, la banque du fleuriste présentera tôt ou tard votre chèque à votre banque, et lorsque celle-ci l’honorera, c’est un crédit qu’elle inscrira à votre sujet dans ses livres de compte. Toutes les transactions financières ne peuvent plus venir que d’une avance. Et les crédits avancés aux uns, qui deviennent des débits chez les autres, créent… de la monnaie, une forme physique du crédit.

L’obsession économique pallie son manque en créant à partir des avances qu’elle s’injecte inlassablement. On ne vous avait jamais dit que c’était une vieille junkie, dont vous êtes les dealers malgré vous ? Donc, ça, c’est fait. Et ce n’est pas si grave, au sens où en dilatant les valeurs, elle s’octroie le pouvoir de partager les richesses… Mais, là encore, on ne vous l’a peut-être jamais dit, mais ça reste de la théorie fumeuse de junkie.

Lorsqu’un Etat emprunte, le crédit qu’on lui octroie est une richesse qui se répand sur son territoire. Si cette dépense se transforme en infrastructures, elle apportera – sauf à investir dans des conneries – son lot d’activités qui d’une façon ou d’une autre, en étant taxées, en créant des emplois et donc des impôts rembourseront à terme la dette. Si cette dépense se cantonne à faire fonctionner la machine et à gérer le quotidien, à couvrir des cadeaux faits aux copains ou à mener pour la gloriole des guerres improductives, il y aura une crise de la dette. Qui n’est rien d’autre qu’une crise du crédit.

En fait, l’indignation qui se cache au bout de ce raisonnement, s’il est encore possible de s’indigner, c’est que lorsque des clubs de notation baissent leur jugement concernant un Etat, comme c’est le cas pour l’Italie aujourd’hui, plus que pousser le pays en question vers une crise, ils stigmatisent une crise de crédit, une crise de confiance envers les instances d’un pays. La finance commencerait à avoir de nos démocraties une vision platonicienne, celle d’un régime mené par des peuples profanes droit vers l’anarchie, que ça ne m’étonnerait pas.

Continuons donc de la conspuer en nous indignant doucement.

 

36 réflexions sur “« Pour sauver son crédit il faut cacher sa perte » – Jean de la Fontaine

    • Je sais, on va trouver que j’ai la critique facile, alors que je devrais choyer le peu de commentateurs qui osent se perdre ici en faisant une situation qui prouve qu’ils ont lu… mais allons bon. Ce n’est pas une phrase ! Il y en a deux !

        • et moi j’ai écrit : « en faisant une situation qui prouve qu’ils ont lu…  » alors qu’il s’agissait évidemment d’une citation. Mais pour redevenir sérieux, je dois admettre que c’était bien le pivot de mon introduction, ces petites phrases, à savoir – même si je ne l’ai pas écrit directement – que dans mes articles, et même dans un fil de commentaires, il importe de continuer de « raconter ». Nous ne sommes pas là pour vendre nos personnes, ou les offrir à d’autres, ni pour les imposer.

          C’est fou, quand je redeviens sérieux, je ne sais plus jamais où je voulais en venir.

          • J’ai failli dire qu’écrire ne nous aidait pas forcément à exister, mais je me suis retenue, par respect pour Hillary Swank.

            L’important c’est d’ouvrir des portes sur des histoires, comme tu le dis. Elles peuvent s’ouvrir complètement ou se refermer aussitôt, mais on est libre ou non de pénétrer dans les pièces qu’elles cachent.

            Moi quand je deviens sérieuse je deviens cryptique.

  1. Je pense à plein de choses en te lisant et en lisant aussi le fil chez Aliocha.

    Je ne t’en dis pour le moment qu’une : je suis content de te connaitre.

    • Mes « aventures » chez Aliocha furent un peu particulières. Je m’étais senti particulièrement « investi ». C’est fort dommage, au sens où il s’agissait d’une plate-forme où j’avais souvent envie d’intervenir. Et pour ma première sortie, je me suis retrouvé comme une sorte d’Alter en villégiature chez Vieux Félin. Je n’y suis jamais retourné, car je ne vois pas l’intérêt à revenir pour jouer le polémiste de base, et me faire virer un jour ou l’autre comme le premier Zemmour venu.
      Je me suis dit dans les semaines qui ont suivi, que j’aurais peut-être du ne rien dire, et garder mes réflexions pour moi. Sans me départir de mes idées initiales, je n’ai plus beaucoup repensé à cette histoire.

      Et puis, il se trouve qu’il y a une semaine, une employée de la Poste s’est suicidée sur son lieu de travail. Sans qu’on connaisse la teneur de son geste – elle revenait d’un long congé maladie, dit-on dans un article, les pressions subies par le personnel de la Poste au nom de la rentabilité sont insupportables, disait une syndicaliste – j’ai repensé à ce que j’avais écrit là, et plus particulièrement au fait que la gestion de France Télécom devait nous imposer de nous pencher sur les cas de la Poste, d’EDF…

      Exemple anodin si l’on peut dire : il y a 9500 salariés à l’ONF, quatre d’entre eux se sont suicidés au mois de juillet dernier. 24 au cours des 7 dernières années. Rapporté en pourcentage, l’affaire France Télécom s’avère presque banale. Et compter des suicides, ce n’est même pas prendre en compte les tentatives de suicides. Je suis assez déçu de ne pas avoir pu faire comprendre à tous ces commentateurs, qu’on ne peut pas se contenter de s’indigner parce qu’on a pu désigner une équipe responsable de pratiques honteuses et hors-la-loi, en notre nom à tous, parce qu’on le veuille ou non, c’est nous qui élisons les types qui décident de ces politiques.

      Je crois que j’ai un peu foiré la fin de mon article, finalement. Et que j’aurais du mieux préciser l’ironie du sort, celles des agences de marché qui en dévaluant les notes de nos pays, critiquent nos choix démocratiques, quand nos choix démocratiques nous dévaluent déjà nous-mêmes.

      • Ben, le plus simple aurait été de demander à tous ces vertueux commentateurs s’ils sont contents de trouver dans les boutique orange, et non plus dans les agences FT, des jeunes conseillers clientèles zélés pour leur vendre des forfaits plus incompréhensibles les uns que les autres.

        Est-ce qu’ils ne font pas jouer la concurrence à marche forcée ?

        N’avaient-ils pas honte quand on en était encore au minitel qui faisaient rire les internautes ?

        Ou bien, est qu’ils restent fidèles à la ligne fixe et à l’abonnement FT ?

        On peut les mettre en contradiction entre leur comportement individuel et leurs demandes collectives (exprimées ou non).

        Je doute parfois de l’intérèt de commenter dans un blog, où il y a bien souvent des habitués et un style à suivre. Si tu sors des clous, tu te mets hors-jeu de manière brutale. J’ai cessé de commenter sur ASI pour des raisons proches des tiennes, même si je n’ai pas eu l’honneur d’être baffé par l’auteur lui-même. L’effet de meute d’un forum peut être vite terrible.

        Je me suis bien retrouvé sur ce que tu dis de la GRH dans la fonction publique. Je suis à l’abri par mon grade et mon utilité, mais le futur me fait peur. Je crains surtout d’avoir à gérer un cas délicat. j’ai une collègue un peu comme cela. Je ne sais pas ce que je vais en faire, mais je crains que cela soit pire pour elle que si elle était virée brutalement.

          • Tant mieux.

            C’est en tout cas toujours un plaisir de discuter avec quelqu’un qui s’intéresse vraiment à la politique, au sens vie de la cité. Tu as une idée pour qui tu vas voter en 2012 ou bien comme d’autres tu ne votes plus car aucun candidat ne te correspond à tes idées (je déteste ce postulat qui ne sert qu’à cacher une grande paresse intellectuelle).

          • Je ne vote pas, mais pas parce qu’aucun candidat ne correspond à mes idées. Si c’était ma seule raison de ne pas voter, je serai candidat comme de Villepin et prétendrait qu’il y a du bon dans tous les programmes et qu’il faut faire un gouvernement d’union nationale.

            Je ne vote pas, déjà (et essentiellement) parce que la démocratie comme nous la pratiquons ne correspond pas pour moi à un idéal démocratique. Et parce que j’estime que l’esprit de la Vème République tel qu’il fut institué (ou juste rêvé) ne se reflète pas un instant dans la pratique actuelle de nos politiques. Ne serait-ce que depuis le quinquennat (là, il est évident que j’aurais voté « non ») où nous avons dilué les fonctions de Président et de Premier Ministre, à tel point que les élections les plus primordiales pour la conduite intérieure du pays, les législatives, sont sans cesse négligées, (peut-être pas autant en 2007 qu’en 2002, mais en 2002 quelle honte ! la surprise du FN, c’était une chose, mais que le PS ne cherche pas à rebondir pour l’échéance qui venait dans la foulée sous le choc de la retraite de Jospin, j’ai trouvé cela irresponsable). Ne serait-ce par le caractère superficiel que prend de plus en plus la politique (et je ne parle même pas de peopolisation). J’enrage là pour les couillonnades qu’on nous sort à longueur de journées sur le domaine économique, mais on peut en dire tout autant sur les politiques sociale ou sécuritaire… On arrive vraiment à ce que Platon craignait au sujet de la démocratie, où des gens sans bon sens sont désignés par des gens sans bonne vision qu’ils ont motivés sans bonnes raisons. J’aimerai bien par exemple qu’on rajoute au processus d’éligibilité un examen pluridisciplinaire, sur l’économie, l’histoire, la culture, ou les sciences civiques. Même pas un examen éliminatoire, mais juste une estimation des compétences. (On me répondra qu’on ne préside jamais tout seul, mais avec toute une équipe… mais quand même, je me rappelle d’un Ministre des Finances, qui avait trouvé sympa de vendre l’Or de la Banque de France – là encore avec une démagogie au ras des pâquerettes – et qui apprenant que c’était pas possible techniquement, n’a plus beaucoup fanfaronné sur le sujet, mais a quand même insisté et l’a placé sur les marchés pour la moitié de sa valeur… Pour moi rien que cet épisode est rédhibitoire…) On le fait bien pour les fonctionnaires, qui ne sont pas théoriquement plus serviteurs de l’Etat qu’un élu.

            J’ai peut-être une vision étriquée de la chose, archaïque ou traditionnelle, mais pour moi quitte à élire un président, au regard des fonctions qui sont les siennes, j’élis un homme (ou une femme) et pas le représentant d’un parti. A ce seul titre, si je devais voter l’année prochaine (je n’exclus pas d’aller chercher ma carte d’électeur), j’ai déjà une longue liste de pour qui je ne voterai pas… (ce qui fait qu’arrivé en novembre 2006, je me souviens qu’il ne restait plus grand monde sur ma liste…) Et entre les trois restants, deux ont peu de chance d’atteindre le second tour. Donc a priori, oui j’ai une petite idée de vers qui irait mon vote.

            Par contre quitte à voter, et je ne dis pas ça parce que j’ai travaillé dans des collectivités locales, les élections de proximité me paraissent intéressantes. C’est sûr que dans la dernière commune où j’ai voté, un suffrage valait 0.16% du résultat (on se sent tout de suite moins dilué), mais c’est surtout que j’ai cette vision de la politique comme celle de la vie de la Cité (étymologie je t’aime), et je pense sincèrement que s’il m’arrivait enfin de vivre plus de deux ans de suite au même endroit, je donnerais plus de ma personne.

            Une fois de plus, je ne sais plus trop où je voulais en venir.

          • Le ministre des finances démagogique qui bradait l’or, ne serait-ce le même qui trouvait le système des subprimes tellement épatant qu’il voulait l’introduire en France afin d’amener enfin un peu de modernité à notre système financier tellement sclérosé ?

            Disons que je vote le plus souvent contre que pour, mais cela me semble quand même important. Je ne vais pas tomber dans le « il y a des pays où l’on meurt pour le droit de vote » mais j’y pense beaucoup.

            Je réagis en fait de manière un peu épidermique au passage du billet de la Meuf sur son manque d’intérêt pour la politique française qui l’amène déjà à signaler qu’elle ne compte pas s’inscrire au consulat.

            Tu es bien plus structuré dans ta réponse, même s’il me semble que tu indiques d’abord ne pas voter, mais que tu as quand même choisi (je m’y perds aussi dans ta réponse)

            La Meuf me rappelle juste tout ceux qui venaient au second tour de 2002 comme pour se faire pardonner, qui ont voté en 2007 et qui trouvent déja que la politique, c’est pas drôle car il n’y a personne qui e correspond à ce que l’on veut. Mais qui a dit que l’exercice de nos droits civiques devait être sans cesse ludique. La démocratie, c’est chiant, c’est ennuyeux, on parle de choses compliquées que l’on ne maitrise pas si aisément.

            Je pense alors au mot de Churchill, et je me dis qu’il avait le sens de la formule.

            J’ai aussi fait mon choix, sans enthousiasme, mais avec détermination.

            Concernant les législatives, c’est peut-être en train de changer. sarko ne l’a pas complêtement fait exprès, mais il a réellement valorisé le parlement, et avec un sénat qui connait enfin l’alternance, on va avoir un jeu parlementaire d’un nouveau genre.

            Les socialistes semblent enfin sortir du coma post-2002. leurs primaires ne sont pas ridicules, et j’ai écouté longuement Hollande sur FI il y a 1 semaine, ce qui est déja un bon indice.

          • Disons que ne pas voter, ne veut pas dire que je ne sais pas vers qui mon choix se porterait, si je votais.

            Et ne pas voter, comme je le conçois, ne signifie pas non plus que je ne m’intéresse pas de très près à ce qui se passe, ce qui se présente, ce qui s’avance. Et ce depuis qu’abonné à Astrapi en 86, je me suis intéressé aux législatives. Je m’étais forgé une conception enfantine : la gauche défendait les hommes contre le système, la droite défendait le système contre les hommes. J’avoue aussi qu’au moment de m’inscrire aux premières élections auxquelles j’aurais pu participer, les présidentielles de 95, je passais par une passe pas des plus folichonnes, où il ne se passait pas deux semaines sans qu’on me fasse comprendre que je n’étais pas chez moi. La découverte de la politique dans les amphis de la fac ne pas poussé non plus: ou je croisais des arrivistes, ou je tombais sur des illuminés ou de simples embrigadés. Tu me diras ensuite que j’ai eu 15 ans pour me refaire une idée, voire me constituer un bagage de connaissances ou de principes. En fait, non, mais là c’est un tout autre débat, que je veux bien partager avec toi, mais pas en place publique !

            Il y a des pays où l’on meurt pour le droit de vote, c’est sûr, mais il y en a où on est mort pour le nazisme, pour l’impérialisme. Certaines personnes peuvent mourir et se battre pour de nobles causes, et ces mêmes personnes se sacrifier pour des trucs dégueulasses. C’est un argument que je trouve trop facile, et j’attends mieux de toi Guigui: ne tombe pas dedans. J’ai de la démocratie une vision idéale, celle qui permet de poursuivre des processus d’évolutions modulables par l’alternance. Maintenant pour qu’elle fonctionne, elle nécessite des dirigeants qui inspirent confiance, qui disposent d’une stature, et que l’on croit capables de s’élever au-dessus de la masse, une fois investi de la magistrature. Je n’attends pas ça que d’un président, mais aussi de mon maire et du conseiller municipal sans portefeuille. Elle nécessite aussi que le votant soit quelqu’un d’informé, qui sache se défaire de ses réflexes partisans, ou autres influences. La démocratie dans ce sens est un projet ambitieux. Quasiment utopique. Il reste donc le mot de Churchill, oui il avait le sens de la formule, mais c’est plus triste que rassurant, à mon sens.

            Quant à 2002… vaste question. Je me souviens surtout du moment où le bruit a couru. Je vivais à cinq heures à l’ouest à ce moment là, et les bureaux de vote ont été pris d’assaut. A l’époque, on nous coupait encore la télé, voire les communications internationales, les jours d’élection. Mais l’info était quand même passée. Il y a eu une cohue dans les bureaux de vote, faisant chuter le score de la candidate locale… Ce qui m’a vraiment révolté, ce n’était pas tant la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour (je relativise peut-être dangereusement, mais au nombre de suffrages exprimés, il restait dans l’évolution qui était la sienne depuis 1988), mais le fait que les Français doivent s’exprimer sur le choix de 37% d’entre eux. Les constituants de 58 n’avaient à mon avis pas imaginer un tel cas de figure. Cas de figure qui ne s’était pas produit en 81, même lorsque la deuxième force de droite (le RPR alors) et le parti communiste, alors 3ème et 4ème représentait au bas mot un tiers des suffrages. Cas de figure qui lorsqu’il s’était produit en 95, était plus l’illustration d’une primaire RPR carrément le jour du scrutin entre Balladur et Chirac. Cette chute vertigineuse (parce que les 37% en question ne prennent pas en compte les abstentions) illustrait à mon avis, la désinvolture des candidats, (c’est vrai que Jospin incarne très bien la fleur au fusil depuis), la désinvolture de la classe politique. Donc ce qui s’est passé cette année-là, ne m’a jamais poussé moi à aller vers les urnes comme pour me faire pardonner. Je rajouterais presque « au contraire ».

            Concernant les primaires, même si je trouve illogique, voire présomptueuse, l’organisation du vote (je serais militant UMP, j’irais voter Royal – et au-delà de l’effet publicitaire je ne comprends pas cette logique qui semble souhaiter préférable d’être le candidat socialiste désigné par les Français, plutôt que d’être le candidat désigné par les socialistes), j’apprécie le débat. Une chose est certaine, (hormis qu’on se rende compte qu’il y a plus de différences entre un Walls et un Montebourg qu’entre certains UMP et certains PS), les Socialistes ont les regards braqués sur eux, et les programmes sont mieux exposés (et je ne parle pas du Grand Journal et d’On n’est pas couchés). De ce point de vue, la campagne y gagne vraiment. (Qui plus est comme le candidat qui semblait naturel n’est pas présent, il y a je trouve une forme d’émulation chez les autres, plutôt remarquable.)

          • Tu m’as touché sur le nazisme, et je te suis sur la désinvolture du candidat Jospin en 2002. Il avait une responsabilité historique, il ne l’a pas assumé. J’ai toujours mal vécu ses come-back mal assumés alors que j’avais trouvé que sa déclaration de retrait de la vie politique le soir de sa défaite assez classe. Dans quelle autre démocratie occidentale un candidat battu se représente ad viternam tant qu’il n’a pas gagné ?

            Pour le « mourrir pour la démocratie », je pense à mon papy qui a fait la guerre de 40 à Stonne (je te laisse faire une recherche google pour comprendre) et un peu de résistance dans le SO. Il m’a beaucoup endoctriné sur le devoir de vote et lui-même a voté la dernière fois pour les régionales de 2004 alors même que son état physique n’était pas bien brillant.

            je joue un peu la corde sensible, mais je suis sûr que tu as croisé de ces vieillards quasi paralysé qui se trainaient jusqu’à l’isoloir. Je ne peux que constater la désinvolture des jeunes générations sur ce sujet, même si je peux la comprendre en partie.

            L’année dernière, j’ai arrêté « le grand journal » et « on n’est pas couché », et ce dans ce dernier cas malgré la présence nouvelle d’Audrey Pulvar que j’apprécie beaucoup et qui est bien plus agréable à regarder et à écouter que Eric Zemmour, pour lequel je militerais pour le retour au délit de sale gueule.

          • #1 : C’est dommage d’avoir arrêté « On n’est pas couché » parce que samedi, ils ont carrément parlé de toi. Et je ne parle pas des drogues que prend Christophe Hondelatte qui l’ont fait brusquement devenir parano et agressé, mais d’un moment où dans le brouhaha, alors qu’on revenait sur une citation de Darmon qui avait dit « il avait fallu que j’attende d’avoir 40 ans pour qu’on me dise que je suis beau », dans le brouhaha donc quelqu’un a dit « c’est vrai que ce n’est qu’à partir de 40 ans que le faciès a en mémoire les réflexes du caractère et des émotions »… je suis incapable de te dire qui.

            #2 : Quant à Stonne la recherche Google ne sera pas nécessaire, je reste un grand passionné d’Histoire (dans le sens d’un rêveur amateur d’uchronies, plus que dans celui d’un comptable des évènements), et puis ma compagnie lors de mon service militaire, très bienveillante, nous y a carrément emmenés, le temps d’une manoeuvre en Champagne.

            #3 : J’ai un grand-oncle qui m’a demandé une fois comme on pose une énigme : dans la république des fruits, comment la voix d’une banane peut-elle valoir celle d’une goyave au moment de désigner une mangue comme chef ? Faut dire que le vieil homme avait connu certaines désillusions qui l’avaient laissé aigri.

            J’ai répondu qu’il fallait voter pour un fruit qui pousse toute l’année (parce que comme ça, il veillerait à une bonne irrigation en permanence…) Et il m’a juste répondu, heureusement que la nature n’est pas une république. Et puis il est allé voter. Un vote à tendance indépendantiste sûrement…

            #4 : Alors effectivement, je n’ai pas d’autres exemples de démocraties occidentales où TOUS les politiques reviennent à l’assaut de la charge suprême, à toutes les mandatures. J’insiste sur le TOUS, parce que les Américains ont eu Nixon dans le genre…

          • Nixon, c’est vraiment l’exception qui confirme la règle.

            On a donc été tous les deux influencés par nos anciens.

            Tu connais le site uchronique qui part de l’hypothèse qu’en 1940, Pétain ne prenne pas le pouvoir et le gouvernement Reynaud parte en Afrique du Nord continuer la lutte ?

            Pour Hondelatte, il a suffi que je zappe dessus rapidement et que je l’entende s’exprimer sur les sacrifices économiques indispensables pour que je retourne sur une rediffusion de Nestor Burma sur la TNT. J’ai arrêté le blog d’Apathie afin d’arrêter d’entendre ce refrain incessant de personnes particulièrement ignares en économie mais qui nous ressortent en effet ce fameux bon sens de père de famille qui fait regretter à certains l’époque du bon Président Pompidou (même si j’ai apprécié le doc récent sur son couple).

  2. Dis Max tu penses quoi d’écrire d’une seule traite et publier par épisode ?
    Si tu es profane en publication internet , … enfin bon c’est une discussion caduque.

    C’est trop long et il y a trop de sujet pour que je puisse m’exprimer en commentaire. Tu resteras maitre chez toi.

    juste les suicides à Ft ne les mettent meme pas à la moyenne nationale.
    Ils restent des pourris de priviliégiés. Faut lire « le quai de Ouistreham » et comparer.
    L’état est obèse en france, le systeme social est ubuesque. Je ne considère plus ça comme réformable. Je vais acheter de l’or.
    non voler de l’or.

    L’argent = le crédit
    L’état grec n’inspire plus confiance. Ils n’ont plus de crédit. Ils n’auront bientot plus d’argent. ils vont mourir , du coup l’europe n’inspirera plus confiance et nous n’aurons plus de crédit, bientot plus d’argent, et nous allons mourir.
    Du coup les occidentaux n’inspirerons plus confiance, ils n’auront plus de crédit, bientot plus d’argent , et ils vont mourir.

    Reste ? La Chine et les mafias – plus les clients de la Chine.
    Gràce à Mao, dont la politique de renouvellement des élites a permis à ce grand peuple d’ouvrir les yeux et de marcher d’un pas assuré vers l’avenir.

    • Je sais, pour les formats de mes articles depuis quelques mois, depuis que Frazier a tapé sur Ali, j’ai tendance à faire abominablement long.

      Ce n’est pas histoire de rester « maître chez moi » – pour ça il suffirait que je garde la porte et les fenêtres fermées – mais c’est une volonté – au moins ici – de ne plus présenter que des idées en génèse.

      Et comme de toutes les manières, je publie assez rarement, ça laisse du temps à chacun, de mes commentateurs, d’y aller de son avis.

      J’ai réellement apprécié au dernier article que tu t’arrêtes aux écureuils. Ces écureuils auraient pu ne constituer qu’un seul texte – pas dans un classique évidemment – et toi tu les as vus, et ça ne t’a pas empêché de voir Roméo et son sourire de vainqueur. De même d’autres se sont arrêtés à Bernstein, et personne ne m’a parlé de Brel.

      Pourtant dimanche dernier, quelqu’un a tapé sur Google « quels héros mythiques peuvent figurer dans les chansons de Brel ? »… sûrement un pauvre gamin en train d’étudier Don Quichotte qui s’est retrouvé sur mon blog : s’il a vraiment pris le temps de tout lire, il a sûrement fait un bel hors-sujet, mais quel ballade ! j’espère qu’il aura aimé se promener. J’écris les choses un peu comme j’aurais aimé les lire quand j’avais quinze ans. On était loin d’avoir WordPress quand j’avais 15 ans, n’en déplaise à ma belle-fille : « Quoi ? vous n’aviez pas Internet ? »

      La Grèce ? un pays à qui on impose une politique d’austérité sur une autre politique d’austérité, en rachetant à bas pris les meubles, et le port du Pirée. Vont-ils tous mourir ? non, je ne pense pas. Par contre ils vont en ch***. Et ce n’est que le commencement. Pour information, je conseille à mes lecteurs Grecs de se pencher sur ce qu’ont vécu les Argentins entre 1998 et 2002. L’Argentine n’a pas été rayée de la carte : néanmoins elle est l’exemple même du pays qui a abandonné les leviers de sa politique monétaire (le peso argentin était fixé paritairement au dollar) : il ne peut plus faire varier la valeur de sa monnaie, en fonction de son économie, il fait fluctuer son économie en fonction de la monnaie. L’austérité imposée aux Grecs peut en théorie réduire la progression de la dette, mais pas influer sur la circulation de la monnaie. Au contraire !
      Pour l’Argentine, ils ne sont pas tous morts, ce pays, longtemps l’un des plus riches d’Amérique latine a vu son taux de chômage grimper à 23%, son taux de pauvreté à 57.

      La Chine ? C’est le pays que nous désignerons comme coupable, si nous nous en sortons vivants et continuons d’écrire l’Histoire. Parce que c’est le pays qui alimente la dette américaine, et qui ne réinjecte pas les dollars qu’il détient dans la circulation monétaire internationale. En plus il sous-évalue sa monnaie, pour ne pas nous montrer combien il est riche. C’est un petit filou. Le seul géant qui dit merde à la Finance, et du coup le seul que la Finance respecte.

      Les mafias ? Heureusement qu’elles sont là (d’un point de vue strictement économique) !!! Oui le racket, les trafics de drogue, la traite des blanches, ah la la c’est pas bien… mais qu’est-ce qui fait circuler une monnaie dans les banlieues ? qu’est-ce qui rapporte des franchises à des pays qui n’ont rien d’autre à exporter que de la misère et des affamés ? Le seul reproche qu’on puisse y faire – d’un point de vue strictement économique – c’est que leurs activités ne sont pas taxées à la source !

      As-tu déjà entendu parler du village de Wörgl ? C’était en Autriche dans les années 30. Le Maire un peu passionné d’économie, voyait la crise frapper tout le pays. Et les gens cacher leur argent, leurs bas de laine et tutti quanti (quoique cette expression n’ait rien d’AUtrichienne). Ce bon monsieur influencé par les lectures de SIlvio Gesell émit une monnaie au sein du village ! Chaque mois cette monnaie était dépréciée d’1% ! Il fallait racheter des timbres pour que la monnaie retrouve sa valeur unitaire chaque mois. Du coup posséder de l’argent coûtait quelque chose, et du coup, thésauriser ne servait à rien. Ce maire réussit ainsi à maintenir les emplois et les activités économiques de son village, et même à attirer des populations extérieures. La Banque Nationale d’Autriche vint s’en mêler et interdire tout ça, mais cette seule expérience pratique de ce qu’on appelle en économie la monnaie fondante, tend à prouver qu’en période de crise, il faut agir sur la monnaie pour encourager sa circulation.

      Des solutions existent, autres que celle de l’austérité, mais elles ne sont pas enseignées dans les écoles où passent nos dirigeants a priori.

      • Salaud – j’avais laissé Brel un peu à dessein. Moi j’ai un problème c’est que je réagis mieux que je n’écris chez moi. Alors j’essaie de me restreindre. Tiens par exemple sur
        http://www.olga-polka.fr/ , ben je fais gaffe (aussi parce qu’une partie du lectorat est constituée d’ex, mais bon passons )

        Nos élus sont essentiellement des juristes et des administratifs. C’est déjà assez vrai à droite mais à gauche c’est … je veux pas faire de peine.

        Ma conception de l’argent et de l’économie je la tiens de deux choses : les logiciels libres, les droits d’auteur, et la bourse. Ha et aussi évidemment la mythologie antique.

        Pour aller trés vite on peut considérer l’argent comme un indicateur de reconnaissance sociale. la vraie équivalence est à chercher entre le travail et la monnaie. (il n’est de richesse que d’homme )
        Dés lors qu’on accepte que l’argent représente ce qu’on doit à quelqu’un pour son travail il est évident que c’est un crédit.
        Dés lors qu’on accepte cette abstraction – comme le système métrique est une abstraction des mesures – on n’a qu’une hate c’est la standardisation pour répondre au principe de liberté et d’égalité, j’échange mon travail ou je veux avec qui je veux et mon travail a la mème valeur que celui d’un autre.

        Une conception aussi simple ne peut tenir trés longtemps dans la pratique. Parce qu’il y a beaucoup d’information à prendre en compte.

        Il faut accepter le jeu du marché aussi.

        Néanmoins ça permet de sortir un peu du syndrome comptable. Et de comprendre le lien qu’il y a entre économie et population.
        Un pays comme l’Allemagne a gardé ses ouvriers en les reconnaissant à leur juste valeur (mettons pour faire vite).
        Et c’est sur sa main d’oeuvre qu’est fondée sa richesse.

        En Chine la main d’oeuvre est aussi source de richesse mais comme levier du pouvoir politique et de la corruption.
        Ce n’est pas tant à nous qu’ils cachent leur richesse, c’est à leur population qu’ils cachent la sienne.

        Ton raisonnement est à mon sens correct dans son aboutissement. Je dirais qu’il ne va pas assez loin dans la remise en cause, la mise à plat.

        Jouer avec sa monnaie – faire marcher la planche à billet est un jeu dangereux. On perd trés vite du crédit à le faire.
        L’inflation n’a de sens que dans la mesure où elle reflète l’écoulement du temps. SI elle reflète le manque de confiance dans l’émetteur de la monnaie elle est mauvaise.
        On ne fera pas avaler d’inflation aux allemands – c’est une question de confiance dans les instutions qui renvoie à bien plus grave que la fraude fiscale grecque.
        On ne devrait pas avaler la fraude fiscale des grecs on devrait rechercher et punir les coupables comme si c’était des pédophiles.

        Chez nous on devrait se poser des questions sur ce qu’on valorise et comment. Le fait qu’on se désindustrialise a commencé avant les délocalisations, par les « restant à vivre » trop faibles pour les ouvriers.
        Et y a pas que les patrons en cause.

        • Où en étais-je, ha oui.

          La Chine est un immense pays – déjà – et trés populeux, en plus, dont la civilisation multi-millénaire montre la grandeur du peuple.
          C’est une terre de contraste, aussi.
          Ils n’éviteront pas une révision de leur ordre social tot ou tard. Une bonne administration ne peut pas être aussi corrompue, la richesse s’administre ou se perd.
          par ailleurs la population ne va pas supporter longtemps les limitations de liberté. Ils savent lire maintenant.
          Dans une situation comme celle là les autocrates choisissent la fuite en avant. Ils vont donc attaquer Taïwan dans les 10 ans à venir. Et probablement lancer le programme spatial le plus ambitieux jamais conçu. Ce qui veut dire qu’ils vont acheter des ingénieurs à prix d’or partout. Ce qui va encore plus déséqulibrer les rapports sociaux ( un brin de racisme sinophile pourrait se méler à ça ).

          Les mafias ne sont pas les banlieusards les mafias habitent en banlieue résidentielle . Ils touchent sur tout.
          L’économie parallèle des cités n’est pas aux mains des mafias, des gangs locaux oui. ça ne veut pas dire que ça ne touche pas. C’est des partenaires commerciaux.

          Le fait que l’économie parallèle draine des sous dans des endroits où l’économie institutionnelle ne le fait pas est un truisme ( et énoncer des truismes ne me ressemble pas du tout ).
          Le souci n’est pas qu’il y ait une économie paralllèle et admettons un peu d’organisation là-dessous, mafitti, non ça c’est comme tout.
          En revanche quand les mafias sont puissantes c’est Naples, la Russie d’Eltsine, Haïti. Bogota… et la vie n’est plus possible pour personne.
          Pour se délivrer d’une mafia on cotise chez taliban et ayatollah, et ça…c’est encore pire, mais c’est « juste ».

          Entre Al khaïda et les oligarques russes ? Ha mon coeur balance… je botte en touche et je choisis, les pourris médiocres , cons et efficaces.

          Bon j’ai ma dose de pontification, je sais c’est peu mais , mais. Ce que j’ai lu ce soir m’a écoeuré.

          ON appelait ça Rose Butu mi-bière mi-vin.
          Mais si tu disposes de sirop de cassis, de citron (en huitième : 3 bière, 3 vin, 2 cassis, 1citron – option 1 eau de vie sucré à base de plante )(Lol je compte les huitièmes comme d’autres les années ) , servi glacé c’est trés bon. enfin je crois.

          Romain Duris avec une moustache , mais quasi nain, et les cheveux d’un teinte indécise entre chatain et gris – avec des reflets verdatres.

  3. Bien des choses t’indignent, elles devraient tous nous indigner d’ailleurs. Je crois qu’on est un peu dépassés par les circonstances, qui ne cessent de nous enfoncer encore d’avantage dans la mouise. La crise est un grand mot qui cache des petits drames qui nous atteignent malgré nous à divers niveaux. Je suis complètement perdue et ne sais plus où est la porte de sortie.

    • Je ne suis pas sur que l’indignation soit la meilleure chose. Il me semble au contraire que c’est l’esquive devant la vraie action. Une sorte de déresponsabilisation.

      Quand je ne sais pas quoi faire, et que j’ai envie de le faire, je fais des listes – avec des colonnes de pour et de contre. Aprés c’est un peu de l’arithmétique.
      Nan je rigole. Je trouve que le conseil de maximgar est intéressant, vérifier les informations aux sources.
      S’agissant déconomie il faut quand mème savoir que c’est une science relativement jeune, qui oscille entre sociologie et histoire, et les maths mème si la socio est déjà matheuse, en fait.
      Pour l’instant ils n’arrivent qu’à expliquer le passé péniblement.

      En tant que science il ne peuvent que formuler des hypothèses trés élaborées qu’ils appellent « modèles » – dont aucun ne suffit à expliquer la totalité des phénomènes observés. On les superpose, comme les calques dans un logiciel de dessin, et une vision floue émerge vaguement. C’est un peu comme la météo « il pleut », « les moyennes saisonnières sont respectées », « Ha un truc s’est passé qu’on n’avait pas prévu ».

      • Ce qui est certain, c’est que l’indignation stérile est une chose qui ne sert à rien. S’indigner pour se donner bonne conscience ne sert à rien.

        S’agissant de l’économie, la principale difficulté réside dans la formation de nos dirigeants. Et là, je parle d’expérience. Les sciences économiques sont des sciences jeunes, comme tu l’indiques. Ce sont avant tout des sciences qui avancent des hypothèses qui ne peuvent pas être vérifiées comme les sciences atomiques, physiques ou chimiques en laboratoire – quoique ! http://www.dailymotion.com/video/xfgk9m_la-strategie-du-choc-1sur5-par-naomi-klein-tchels0o_news?start=90#from=embed Ce documentaire se passe de commentaires. Mais j’ai observé quelque chose au cours de ma propre formation.

        J’ai étudié les sciences économiques dans une ville où deux facultés proposent cet enseignement. La première sous un dogme libéral, la seconde sous un dogme social. J’ai eu l’occasion par exemple de suivre un même sujet enseigné dans l’une et l’autre qui traitait de l’impact de la colonisation anglaise sur la production textile en Inde. Dans l’une on vous enseignait, la destruction par les Anglais d’une société séculaire, dans l’autre, l’instauration d’un réseau économique efficace et plus rentable. (Je ne dis pas qu’un cours est mieux que l’autre, juste qu’ils sont différents, et je dirais même, « sincèrement différents et honnêtes tous les deux.) Lorsque j’ai eu quelques années après à poursuivre ma formation avec des étudiants issus des deux universités, nous étions dans l’incapacité la plus totale, de prendre sous le même angle des dissertations économiques, pas tant au niveau de nos « croyances », mais de notre construction des raisonnements. Ce qui m’inquiète alors chez nos représentant politiques, qu’ils soient d’un bord ou de l’autre, c’est qu’ils ont pour la plupart une formation qui se réduit à deux écoles : l’ENA et Sciences-Po. Cela pour moi laisse craindre sous les aspects des courants de droite et de gauche, une unicité de la réflexion sur les mécanismes socio-économiques. Je ne m’étonne pas, alors que sur la douzaine de candidats autoproclamés que j’ai pris le temps d’écouter ou lire, le seul qui ait une façon différente de présenter les choses – à savoir présenter tant bien que mal le contexte et ses mécanismes – et cela même si je ne partage pas toutes ses conclusions, soit un ancien étudiant de philo. Et pourtant les étudiants de philo j’ai toujours eu du mal à les piffrer dans mon jeune âge.

        Et une fois de plus, je ne sais plus où je voulais en venir.

        • tu voulais en venir au fait que tu étais fort en sciences éco, ça c’est fait, que les politiques ne l’étaient pas, ça aussi.
          Tu sais au dela des politiciens, qui somme toute sont des gens comme toi et moi – non seulement parce qu’il n’y a pas que les têtes de liste, mais aussi parce que mème une Martine a des besoins physiologiques d’élimination, quand bien mème elle doit se retenir trés trés trés longtemps (ça se voit que je ne suis pas de gauche ? ),
          il y a les électeurs.

          Ce matin 5 mn de F.Culture
          Nous sommes surtout dans un pays qui est passé de la domination agricole, à la domination des retraités de la fonction publique. Nous sommes un pays fondamentalement trés conservateur, que ce soit de gauche ou de droite. Ce qui explique la violence des séismes – comme les mouvements tectoniques.

          Ils veulent trop diriger. Il faut qu’ils nourrissent les administrations en travail.
          J’ai assisté à ce genre de phénomènes quand je travaillais à l’informatisation : des services de 30 personnes remplacès par 4 agents – avec 4 chefs d’équipe, deux sous-chefs, et un chef de service… y avait de la procèdure., des controles, et des notes de services memos et compagnie. Parce que les maisons à payer, les études des enfants.
          Sur qu’une politique de l’emploi va toujours aider ces gens là à se protéger.
          Mais on s’en fout de l’emploi – on veut la richesse avec le minimum de peine.
          Si le but est l’emploi il faut qu’on écoute les décroisseurs de lune : tout le monde à la campagne, avec une houe on gratte la terre …
          Le col officier me va trés mal.

          Je ne suis pas d’accord qu’il faille voter absolument.
          Si l’exercice de la liberté c’est signer son arrêt de mort à droite ou à gauche de la feuille ?

          Quoiqu’on dise ou fasse ce sera toujours les votes des retraités de la fonction publique qui gagneront. Et j’ai tout lieu de penser qu’ils ne vont pas changer pour faire plaisir à qui que ce soit : ils aiment travailler sans étre payé, et etre payés sans travailler.

          la Grèce est notre précurseur : nous aussi on va se faire socratiser bien profond.
          S’il avait fallu qu’ils pensent aux autres, je crois qu’ils l’auraient fait avant.
          Au lieu de ça ils se sont branlé avec leurs systèmes de pensées rétrogrades et enfantins. Tant à droite les juristes, qu’à gauches les administratifs.

          Comme tout ce qui pave l’enfer, le travail bénévole est la plaie,
          si un travail mérite d’etre fait il doit engendrer une reconnaissance sociale : une paye.
          les aménagements de charge sont la plaie : ils signifient soit qu’on dénie à notre système de reconnaissance sociale sa justesse, sa capacité à se réguler,
          soit qu’on lui dénie tout simplement sa validité.
          En réalité on masque à la grande masse des travailleurs une échelle des payes bien plus raides que ce qu’elle parait (les retraites sont une paye diffèrée qui ne profitent pas à tout le monde de la mème manière)

          S’il y a un marché de travail alors on n’appelle pas ceux qui offrent les demandeurs, et ceux qui demandent les employeurs.

          c’est un marché de l’emploi – politique, pas économique .

          Il n’est pas besoin d’etre un Nobel pour comprendre que quand l’état gère plus de la moitié du PIB, la part de CA disponible pour des initiatives qui ne soient pas d’état est minime. Et quand on sait que le reste est entre les mains d’à peine quelques centaines de familles…
          l’histoire du Dyson est emblèmatique à ce point de vue. parce qu’elle s’est déjà vue avec la micro informatique.
          Si le monde entier était comme la France – pas de micro informatique – quand bien mème l’idée en est née en France.

          Les plus grandes fortunes du monde d’aujourd’hui sont aux mains de gens qui n’ont pas 60 ans et qui ne sont pas nées riches. Sauf en France… où tout part et tout revient à l’état comme du temps de Richelieu.
          Attention j’ai l’air excessif mais je le suis moins que ce que les Grecs font subir à l’Europe OU ce qu’ils vont prendre sur la gueule.

          Par ailleurs DSK est diplomé en économie. Pour l’avoir écouté en 1999 ou 2000 et avoir observé ce qui avait suivi … j’ai les plus gros doutes sur ses réelles capacités une fois sorti de ses réseaux de Monégasque. C’est déjà un héritier (et de quel genre de fortune !) avant d’être un mari.

          Ton documentaire m’a plu moyennement : Friedman a l’air responsable de 1929 alors qu’il était encore au lycée à cette époque.
          Visiblement la conception en est idéologique – dés lors je ne regarde plus.
          Pour sauver quelqu’un de la noyade on ne nage pas à contre courant, je ne crois pas non plus qu’on puisse s’opposer à la gravité en économie. Friedmann a développé un modèle de compréhension de certains phénomènes, le fait que d’autres en aient fait un credo c’est autre chose.
          Marx n’a pas inventé le goulag , mème si ceux qui se réclamaient de lui ont assez systèmatiquement fait usage du concept.

          • Je vais d’abord reprendre le point sur le documentaire. Je cherchais à illustrer le fait que les sciences économiques ne peuvent pas être testées en laboratoire. Je n’allais pas me contenter d’écrire : c’est au Chili en profitant du coup d’état de Pinochet qu’on a eu l’occasion de tester ce que les théories de Friedman peuvent apporter. Je sais bien que Marx n’a pas créé le goulag, et je sais aussi que n’importe quelle théorie utilisée à mauvais escient peut provoquer des souffrances. Comme je l’écrivais ailleurs sous d’autres cieux concernant la gestion de France Télécom, les enfants aveugles à partir desquels on a pu décrire les phases du comportement de la théorie du deuil (dont l’objectif principal était de sortir de la déprime causée par un choc) ne sont en rien responsable des suicides chez France Telecom (où la théorie du deuil a été tronquée à moitié, justement pour que les agents dépriment).

            Concernant DSK (je remonte le fil à l’envers) tout diplômé et éclairé d’économie qu’il soit, je me rappelle avoir chez toi relativisé tout son talent, y compris dans la soi-disante gestion de main de maître du FMI. Ce qui m’étonne chez le bonhomme encore plus qu’en ce week-end de mai, c’est que quoi qu’il se soit passé dans cette chambre de Sofitel, qu’il y ait eu viol ou complot organisé par le Deuxième Bureau l’Elysée et les hôtels Etap, c’est qu’il se soit mis dans une situation où il pouvait se faire prendre. Pour le reste, après avoir regardé son interview de Claire Chazal, 48 heures après tout le monde parce que je zappais entre le canal football club et le basket, j’ai vu un gars dont le plus grand talent sur les questions économiques semble maintenant se résumer à enfoncer des portes ouvertes. Cependant, c’est quelqu’un qui maîtrise les théories économiques. Il le doit peut-être à son diplôme, peut-être à ses lectures, peut-être à son amour de l’argent, mais une chose est sûre, c’est qu’il ne dira pas tout et son contraire en une seule phrase du domaine budgétaire.

            Je ne prétends pas m’y connaître mieux que les hommes politiques en matière économique. Certains ont une formation bien plus solides que la mienne. Mais je dis que je suis suffisamment formé pour reconnaître une connerie quand j’en entends une. Je dis qu’il est scandaleux de mélanger des termes des domaines juridique et économique par simple esprit de démagogie : gestion de bon père de famille et équilibre budgétaire dans une même phrase, c’est juste criminel, (et injurieux pour les pères de famille qui ne peuvent pas joindre les deux bouts), et pourquoi pas : « les enfants n’ont plus qu’un repas par jour, mais au moins on ne doit rien à la banque » ?

            Sinon, pas besoin d’être un Nobel pour comprendre que quand l’état gère plus de la moitié du PIB, la part de CA disponible pour des initiatives qui ne soient pas d’état est minime… Non, ce n’est pas si facile que ça. Le PIB, c’est l’ensemble des richesses produites par le pays, avant d’envisager ce qui est par rapport à cette richesse la bonne part, le bon ratio de la dépense publique, il faudrait savoir combien de ces richesses produites sont publiques, combien de ces richesses produites sont véritablement nationales, combien de richesses les habitants de ce pays se constituent ailleurs hors du territoire national. Sans aucune de ces notions, comparer la dépense publique au PIB n’a aucun sens. Un état pourrait dépenser plus qu’il ne produit, s’il s’accapare du produit des autres, s’ils disposent de fonds souverains. On montre souvent les pays Scandinaves en exemple : c’est facile quand on est la Norvège et que son exploitation de pétrole et de gaz naturel est un fonds souverain d’avoir des dépenses publiques qui approchent les 72% du PIB sans gréver ni l’initiative privée, ni la croissance. Ce qui est plus parlant, c’est de comparer le déficit public et le PIB. En ratifiant les traités européens, nous nous étions engagés à respecter des limites, et nous ne l’avons pas fait… nous nous étions engagés à accueillir des nouveaux membres dans la zone Euro selon des critères dits de convergence, et nous avons accueilli dans la précipitation et sans aucune transparence la Grèce. Ce qui est regrettable, c’est que nous avons voté pour ces règles, nos représentants ne les ont pas sortis d’un chapeau, mais nous ont sollicité dans les urnes, alors que pas la moitié d’entre nous ne sont capables de savoir de quoi il retourne (et je ne dis pas ça pour dire que je suis plus intelligent que les autres, moi-même je ne comprends pas de quoi il retourne intégralement).

            La Grèce notre précurseur ? je ne pense pas. Déjà, il y a eu d’autres précurseurs. Ensuite, si contagion il y a, elle ne sera pas instantanée. Il faut bien se rendre compte que la Grèce n’en est pas arrivée où elle est du jour au lendemain. Et l’effondrement d’économies plus importantes au sein du régionalisme européens aura changé la donne.

            Quant au vote, j’ai exprimé mon avis à cette même page.

            Maintenant revenons aux retraités de la fonction publique comme tu les appelles et je veux bien étendre à toute la fonction publique dans un premier temps. Je te citerais bien Staline : « Combien de divisions ? » C’est quoi le coût de l’emploi public ? et d’ailleurs c’est quoi l’emploi public ? Si on parle des emplois dans le secteur public marchand et non-marchand, le volume de l’emploi public français n’est pas plus important qu’ailleurs, de l’ordre de 8,3 % du marché de l’emploi. On trouvera plus bas parmi les pays développés, comme 5,5% au Japon, ou 6% en Allemagne, mais c’est le même niveau au Royaume-Uni ! 8,1% et je parle même pas des Scandinaves qui frisent les 15 et 16%. Mais une fois que l’on retire les vestiges de l’emploi public marchand (transport, énergie, communication), une fois que tu retires les contractuels de la fonction publique, dont je suis et dont sincèrement les salaires et garanties sociales sont de la misère, il te reste quoi ?

            3,3% du marché de l’emploi.

            Il faut paraît-il faire des coupes franches dans l’éducation, mais il y a en France 28 enseignants pour 1000 habitants (privé et public confondus, je les confonds parce qu’après tout, les recettes du privé ne viennent pas que des parents)… quelqu’un sait-il non seulement quel est le bon ratio ? mais quels sont les ratios des autres ?

            Les coupes franches chez les fonctionnaires, c’est très démagogique. Je suis le premier à penser que l’organisation est archaïque, la formation nulle, et que la garantie de l’emploi crée des comportements déviants, je rêverais que la sécurité sociale soit gérée en régie… mais sincèrement, le coût de la fonction publique ce n’est pas ça qui te creuse un déficit. Et ce ne sont pas leurs votes qui changent la donne.

            L’emploi public (tous les emplois dans le secteur public) représente 13% du PIB en France. Ce pourcentage est en constante diminution depuis 15 ans, avec une accélération au cours des trois dernières années. Je n’ai vu aucune incidence dans le déficit public.

            La strate la plus importante des dépenses publiques en France, ce sont les prestations sociales : 17,8% du PIB. Je proposerais bien qu’on diminue ces prestations, mais voilà, pas de bol, elles sont en diminution (alors que ses causes ne le sont pas !!!) sur les cinq dernières années.
            Et peut-être qu’à force de dire que tout va bien dans les dépenses (exception faite des intérêts de la dette), je finirai par jeter un oeil aux recettes…

            Alors les retraités de la fonction publique dans tout ça…

          • Les retraités de la fonction publique, et moi je ne fais pas l’amalgame, représentent une énorme masse d’électeur.
            ça c’est de la politique – et me semble-t-il il y a bien une charnière entre économie et politique.

            économiquement , et non financièrement, le role et le poids de l’état ET des institutions sociales, dites « la sécu » ont historiquement représenté énormément. Parce qu’au sortir de la guerre de 45 on était encore en économie de guerre, de sacrifices pour tout le monde, surtout la population, puis il y a eu la décolonisation – au sortir de cette époque début des années 60 grosso modo, la puissance publique centralisée, l’état et la gestion paritaire (c.à d. les syndicats ) avaient un poids énorme. Il y avait un plan quinquennal. ça se justifiait déjà moins.

            De nos jours c’est complètement hors de propos. parce que les grandes infrastructures sont en place et que malgré des soucis non négligeables dus plus à des questions d’iniquité sociales, tout le monde est logé et on meurt assez peu de faim.
            En revanche, la bonne comparaison à faire c’est avec l’allemagne sur la formation par exemple. Il ne s’agit pas du ratio d’enseignant/population, mais de savoir à quel niveau doit-on former les gens.
            En Allemagne la formation professionnelle est massivement une affaire de professionnel du métier. En France c’est massivement une question d’enseignant.
            je ne remets pas en cause la compétence des enseignants, seulement la pertinence de l’administration , non pas des établissements, mais plutot globale. Pour croiser des enseignants, et des parents, et des élèves, et aussi des administratifs, j’ai l’impression que ce ministère est trop immense et tourne sur lui mème.
            On veut lui faire faire trop de chose. Il ne faut pas dégraisser le mammouth, il faut qu’il meure pour que d’autres mieux adaptés et plus petit prennent sa place.

            Et je dis ça de l’EN parce que c’est évident. C’est vrai de nombreuses institutions et finalement de tout l’état français.

            C’est une question de taille. De masse de population.
            En Allemagne les landers administrent directement un grand nombre de fonctions, pour quelques millions d’habitants à chaque fois, quand en France il faut faire pour 60 millions. Quand on fait la cuisine on comprend tout de suite que faire une bonne gamelle pour 60 est plus difficile que de faire 10 bonnes gamelles de 6.

            Le problème de plus de public ou plus de privé, marchand non-marchand est relativement accessoire, et pourrait aussi se transmettre sur des entités plus petites qui feraient des choix diffèrents, et accèlèreraient la détection des meilleures solutions.

            Je suis frappé à chaque fois par l’évidence de ce fait : quand on compare la Suède à la France c’est comme si on comparait un break avec un semi-remorque.

            C’est ça qui me fait dire que l’état pèse trop lourd, c’est pas financier, c’est politique. le fait qu’une part importante du PIB dépende de pouvoirs centralisés n’en est que l’indice.

            Le problème que pose politiquement selon moi les RETRAITES et en particulier ceux du public et des grandes entreprises, qui furent longtemps d’état, c’est que leur intèrêt individuel va à l’encontre de réforme qui auraient du etre faite il y a longtemps.
            Et que comme ils sont à la fois nombreux et bien assis ils sont puissants.
            Quand tu entends raler sur Paris ville musée, c’est de CE sujet là qu’on parle : les centre ville sont aux mains de gens qui veulent passer leur retraite tranquille. la sécurité routière idem, et coetera.

            Ce sont des gens qui sont généreux avec les associations , sont bénévoles , tout ça est mécaniquement de l’économie de rente, de don, d’héritage. C’est joli , c’est sympa.
            mais c’est vrai de tous les retraités, prend les anglais par exemple, le fait qu’ils fassent monter les prix dans l’immobilier n’est pas pour rien dans les difficultés des familles.
            Mais là encore ce ne sont pas tellement les gens en eux-mèmes qui posent problème, c’est leur pouvoir. Et ce n’est pas spécifique à la France d’ailleurs.
            Ce qui l’est en revanche c’est le retard dans les réformes et le jacobinisme. l’élitisme aussi.

            Ceci dit . je ne vois pas comment changer ça sans des évènements violents. Parce que c’est seulement comme ça que certaines réalités peuvent arriver à la conscience d’un grand nombre de gens : on a besoin de toucher du doigt.

          • Je suis d’accord avec la plupart de tes raisonnements, moins avec les postulats sur lesquels tu les bases.

            Les retraités de la fonction publique, une énorme masse d’électeurs… Il faut bien s’entendre sur ce qu’on appelle une énorme masse. Est-ce 15% des votants, 10% des votants ? Sur les 15 millions de retraités ayant-droit en France, 18% viennent de la fonction publique (comprenant la fonction publique d’Etat, la fonction publique hospitalière, les retraités des collectivités territoriales et les bénéficiaires des régimes spéciaux, héritiers des grandes nationalisations), autrement dit, 2,7 millions de personnes. Soit 6% des 40 millions d’inscrits sur les listes électorales françaises, en imaginant que TOUS les retraités de la fonction publique soient inscrits sur les listes électorales. Parmi les retraités de la fonction publique il faut aussi distinguer des grandes disparités, de la plus importante celle du haut fonctionnaire (qui heureusement pour nous ne prend sa retraite que très tard), à celle du contractuel de la Poste qui ne bénéficie d’aucun régime complémentaire au titre qu’il ne touchait pas les primes des titulaires, il y a une énorme différence.

            Oui, la retraite coûte cher, et pas que dans le public, tu l’as dit. Oui la retraite des fonctionnaires coûte très cher, au titre de ce que les autres fonctionnaires cotisent. Et c’est somme toute logique, puisque les fonctionnaires sont de moins en moins nombreux. Oui, l’administration et sa gestion ont été pensées sans aucune anticipation des avancées démographiques. Alors il y a plusieurs solutions, celle que tu évoques, la réforme dans le bain de sang, c’en est une, celle qui serait rêvée que chacun admette qu’il faut travailler plus et arrêter de se reposer sur ses acquis, et celle des impressionnistes qui consiste à toucher un petit peu à quelque chose en en modifiant une autre et qui est la solution retenue par nos politiques.

            Je crois que pour la première, le bain de sang, notre époque n’est plus à la violence pour de telles convictions. Je me trompe peut-être, mais c’est ce que je retiens de l’exemple argentin au cours de la décennie passée. Comme tu le dis, nous sommes tous logés et mourront assez peu de faim, ce qui peut expliquer notre nonchalance collective, mais les Argentins eux aussi étaient logés et avaient des empanadas dans leurs assiettes. Je crois que pour la seconde, l’illumination collective, on peut toujours rêver – même si dans le principe je crois qu’il y a des gens qui donneraient n’importe quoi pour bosser jusqu’à 65, 66, 67, 68 ans à condition d’avoir un travail. Enfin la dernière, c’est celle du conservatisme, avec ses réformes de façade et ses promesses intenables, dans un camp, comme dans l’autre,ben j’ai déjà dit ce que j’ai à en dire.

            Bon sinon, je ne suis pas d’accord du tout avec le fait que la bonne comparaison à faire soit à faire avec l’Allemagne. On a cette tendance à vouloir toujours se comparer avec le voisin d’Outre-Rhin et à l’ériger en modèle. On dirait un vieux complexe d’infériorité qui doit remonter à l’époque où notre empereur a été pris en flagrant délit d’incontinence à Sedan. La formation professionnelle serait mieux organisée en Allemagne, avec des professionnels. En Allemagne en théorie, la formation professionnelle s’adressait aux étudiants du secondaire, mais 78% des participants étant des jeunes en échec scolaire et ayant plus de 19 ans, la part théorique a été retirée purement et simplement des programmes pour former ces jeunes dont la grande majorité est à l’Est soit dit en passant. Il concernait en 2008 près de 550000 jeunes, dont 15 à 20% doubleront puis tripleront les formations, et arriveront dans la vie active à un âge où ils ne feront plus partie des chiffres des jeunes chômeurs. En France le programme le plus similaire s’appelle l’apprentissage et concerne 330000 jeunes. Je m’y connais un peu plus, pour avoir dressé au sein des communes où je travaillais les procédures pour en faire bénéficier les jeunes des alentours. Je peux t’assurer qu’avec 70% d’enseignement pratique contre 30% d’enseignement théorique dont le but est plus de promouvoir les enseignements généraux (maths, français), pour des jeunes bien plus jeunes qu’en Allemagne, je ne pense pas que la difficulté réside sur le nombre d’enseignants. Il y a une différence primordiale à mon avis : elle est structurelle, en France, la politique d’apprentissage et d’intégration des jeunes n’est pas une politique globale, claire, elle est stigmatisante, c’est une multiplication de projets, de programmes, d’interlocuteurs. Pour avoir ma première apprentie petite enfance, j’ai pris trois semaines pour comprendre les textes, et savoir auprès de qui m’engager, et puis deux mois pour boucler le tout. Une fois ma procédure écrite, ça ne prend plus que deux semaines, en tout et pour tout. En Allemagne les choses sont plus claires, mais pas tant parce qu’ils sont mieux organisés, mais parce que cette politique est inscrite dans leurs systèmes depuis trente ans.

            Oui les Landers sont plus efficients que notre pouvoir centralisé. J’en conviens, mais là encore comparons ce qui est comparable. L’Allemagne, il y a encore cent cinquante ans, c’était juste une mosaïque de petits royaumes. On ne peut pas comparer dans son organisation un état un pays qui a 14 villes de plus de 500000 habitants et un autre qui en a 2, et même si l’on réfléchit en terme d’agglomérations de 800000 habitants et pas de villes, on tomberait sous un rapport de 17 contre 8. Le seul pays européen avec lequel une comparaison pourrait être parlante, serait la Grande-Bretagne. Comparer l’Allemagne à la France c’est tout autant comparer un break à un semi-remorque. Ce qui me fait penser qu’un premier ministre qui trouve logique de sortir qu’il faut s’aligner sur l’Allemagne pour l’âge de la retraite alors que nous avons deux démographies diamétralement opposées, des conditions structurelles complètement hétérogènes, n’est qu’un démagogue, (parce qu’il ne me viendrait pas à l’idée de dire que c’est un ignare).

            Et si j’ai évoqué la Norvège par ailleurs, ce n’était pas tant pour la comparer à nous, mais pour donner un exemple de pays où la dépense publique dépasse allègrement la moitié du PIB sans gréver ni l’activité privée, ni la croissance.

    • Il est normal d’être dépassé par les circonstances. Qui ne l’est pas ? Le monde – et plus particulièrement ces foutus paramètres économiques – est complexe. Et même en maîtrisant bien les définitions à leurs sources, je crains qu’on reste perdu encore un moment.

      Derrière le grand mot – le gros mot – qu’est la crise – c’est un petit mot finalement parce qu’il n’a que cinq lettres – se cachent évidemment des petits détails – de grands détails en fait, puisqu’il s’agit de la réalité de chacun.

      Je crois qu’à certains moments, et c’est comme ça que j’essaye de faire dans mes vie de tous les jours, il faut savoir dire « stop » et prendre le temps de comprendre ce qui se passe tout autour. C’était mon boulot quand j’enseignais les sciences économiques, et avec des jeunes de 16-17 ans, assez grands pour jeter un oeil sur le monde, et pas encore assez adultes pour le porter et le supporter – quoique ! – c’était un plaisir de revenir sur les définitions, les tenants et les aboutissants des politiques de tous les jours.

      Alors, la porte de sortie ? Très sincèrement j’en sais rien. Par contre, ce que je sais, c’est qu’on ne défait pas les noeuds de la complexité avec des petites phrases bien faites, et des slogans accrocheurs.
      L’équilibre budgétaire, la gestion en bon père de famille, sont des solutions publicitaires. C’est aussi réaliste qu’Omo lave plus blanc.

      Et la campagne électorale ne fera qu’intensifier l’ensemble des plantations de « y a qu’à ». Les promesses de campagne sont déjà illisibles en temps normal. La multiplication des « y a qu’à faire ça et y a qu’à faire ci » s’accompagne rarement de la multiplication des comment y a qu’à faire… Heureusement d’ailleurs, parce qu’on ne s’en sortirait plus. Mais en temps de crise, et en attendant de prendre une nouvelle orientation électorale – je dis nouvelle parce que si nous réélisons le même président, son orientation orientée rigueur tout azimut sera une nouvelle orientation – il serait bon que nos leaders politiques nous fassent des descriptions de la situation actuelle, française et européenne et mondiale, avant de se lancer dans les promesses.

      Au contraire, des descriptions de surface servent carrément de slogan. Oui le pays serait endetté, la dette vaudrait 88% du PIB, le déficit budgétaire 7%. On avance des chiffres, des milliers de milliards et on dit ensuite que parce que tout va mal, y a qu’à. C’est malhonnête au sens où, la très grande majorité des gens ne savent pas ce qu’est le PIB, comment il est calculé, comment il évolue. Ils savent que les choses vont mal, et ne savent pas comment elles vont mal, et ils doivent choisir parmi un catalogue de remèdes. Comment ? Instinctivement ? Je trouve que c’est un virage dangereux de la démocratie. (Je dis « virage » mais soyons clairs, c’est régulièrement comme ça que ça marche.)

      C’est bien là que réside ma plus grande indignation. Il est facile dans les conditions actuelles de se sentir perdu, voire même de se sentir coupable de l’être. Et je ne crois pas que ce soit la meilleure façon de se rendre aux urnes.

      • En fait ce qui m’inquiète le plus c’est que l’on ait jamais trouvé d’autres moyens de sortir d’une crise aussi importante sans faire de grande guerre ( 1ère et 2ème guerre mondiale ) et je me demande s’il est possible de faire autrement ?

        • Alors, si ça peut te rassurer, je pense que tu as tort sur ton postulat de base.

          La crise de 29 a, c’est vrai, par des moyens indirects conduit à la seconde guerre mondiale. Le protectionnisme, l’élévation des sentiments nationaux, sont autant de conséquences à la crise qui ont conduit à la guerre. Mais la crise de 29, n’est pas la crise actuelle. En 29, les tensions de la première guerre mondiale étaient grandes, les egos nationaux forts… Ce que je vois dans la Crise Grecque justement, c’est une volonté farouche pour les Hellènes de rester intégrés à l’Europe. Alors que la logique voudrait que la Grèce sorte de la zone euro, retrouve la souveraineté sur sa monnaie, et puisse assainir (plus ou moins) sa situation en disposant de ses propres outils. Idem, quand l’Argentine a traversé sa grave crise, elle s’en est tenue à sa politique monétaire de parité sur le dollar, là, où elle aurait pu se replier sur elle-même et arranger (magouiller diraient certains) les choses en actionnant sa planche à billets. Il y a un demi-siècle en Argentine, des généraux auraient pris le pouvoir et attaqué le Chili, l’Uruguay, ou l’Angleterre aux Malouines. Là, les Argentins se sont vraiment serrés la ceinture. Nous n’en avons pas fait une énorme couverture médiatique, mais ce qu’a connu l’Argentine depuis 2002 dépasse l’entendement, et donne une toute autre définition du mot « austérité » il ne s’agit pas uniquement de réduire le nombre de fonctionnaires… et c’est surprenant au sens où ce genre de situations il y a quarante ans, aurait entraîné un putsch ou une guerre civile.

          Un autre point, quand je dis la crise de 29 n’est pas la crise actuelle, je manque de précision : LES crises actuelles ne sont pas celle de 29. Nous avons tendance à parler de LA Crise, alors qu’en fait nous en connaissons plusieurs : je ne dis pas qu’elles sont indépendantes les unes des autres (non la crise bancaire a accéléré voire révélé les crises budgétaires européennes) et mais elles reposent sur des mécanismes différents les unes des autres. C’est ce phénomène et celui-là seulement qui fait craindre dans les grandes lignes de journaux que nous connaissions la plus grande crise depuis 29 (ou une crise aussi importante).

          En fait, et là, tu te sentiras peut-être un plus perdue et j’en m’excuse d’avance, on ne peut comparer la situation actuelle à rien. Les marchés, le Marché comme il fonctionne actuellement n’existe que depuis 1973 et les fameux accords de Washington dans les détails desquels je ne vais pas rentrer là dans ce commentaire. Mais le monde a traversé plusieurs crises, rafistolant comme il pouvait : en Argentine donc, avec un taux de pauvreté qui reste aujourd’hui aux alentours de 20% (il a été de 57% au pire de la crise, il est de 8% à titre comparatif en France aujourd’hui), mais aussi en Turquie en 2000, au Brésil en 2002, ou au Mexique en 1994. Pour chacune des solutions ont été trouvées, plus ou moins adroitement.

          Dans l’ensemble, les crises se résolvent sans guerre (il y a bien des manifestations violentes, voire des émeutes), mais pas la guerre au sens où nous en avons le souvenir. Les cas tunisiens, égyptiens et syriens, ont été l’occasion d’affrontements, voire plus dans un des trois cas, mais pas des cas de guerre à proprement parler. En Lybie, oui le cap de la guerre a été franchi, mais était-ce une guerre née de la crise économique qui a résorbé ou résorbera les problèmes économiques ? Dans le cas du printemps arabe on peut surtout dire qu’à la crise économique s’ajoute une crise de régime. Il y a bien le cas d’hyperflation au Zimbabwe qui s’accompagne de violence et de persécutions contre des minorités, les ndébélés, mais j’aurais tendance à dire laconiquement : c’est le Zimbabwe. Si le Zimbabwe s’est retrouvé au ban des nations (au moins de celles du Commonwealth), c’est à cause de ses exactions envers une partie de sa population, sa politique ouvertement raciste et foncièrement violente de réforme agraire, puis la situation s’est dégradée horriblement : une inflation de 10000 millions % par an, un pays qui émet des billets de cent milliards de dollars zimbabwéens, qui interdit carrément l’usage de la monnaie pendant un an, le choléra, un chômage à 94%… J’en reviens à ma pensée laconique : bon ben c’est le Zimbabwe.

          Dans l’ensemble donc, le réflexe de la guerre comme solution à la crise, je n’y crois pas trop (je sais, je ne suis pas un expert). Par contre, les politiques d’austérité, la conquête par la pauvreté de populations proportionnellement aisées, sont pour moi des sujets d’inquiétudes qui portent eux aussi une dose importante d’effroi. La tentation du vote nationaliste, xénophobe, et replié sur son nombril est aussi une source d’effroi, mais je crois que concernant ce volet, la réponse réside essentiellement, dans l’image que doivent donner les autres hommes et femmes politiques.

        • Il n’y a pas de différence entre la guerre et la paix. La crise de 1929 ET les guerres sont nées d’un ensemble de cause dont l’impérialisme, ou le nationalisme selon qu’on veut etre gentil ou méchant entre autre.
          la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens, et réciproquement.

          Tu as connu certainement la Guerre Froide ? Il y avait des morts à l’autre bout de la planète mais pas en Europe ou aux USA.

          On dit que la guerre est nécessaire, mais ce n’est pas la guerre qui est nécessaire, c’est la destruction de certaines institutions. Si on peut convaincre les bénéficiaires de ces institutions de pâsser la main …ikl est possible de ne pas le faire dans un bian de sang. Le fait d’étre déterminé à aller jusques là le cas échéant en revanche aide à bien convaincre.
          Regarde – Tunisie Egypte et Lybie Syrie ça illustre à peu prés ça.

          Mais on retrouve aussi ce genre de chose en économie. Les indemnités de licenciement, ou les rachat d’entreprises entre elles.

  4. Bon. Résultat je vais passer pour une conne à intervenir après le débat philosophique, mais tant pis.
    Hier j’ai vu en avant-première le dernier film de Jean-Marc Moutout, De Bon Matin. Et ça m’a fait penser à ton article, ou plutôt au premier chapitre de ton article, à propos des « ah la la c’est pas joli » et de la culpabilité partagée. Surtout la dernière scène. C’est ce genre de film qui ne donne pas de réponse mais qui fait naître beaucoup de questions. Il devrait te plaire.

  5. Wooooooow… Il a beaucoup beaucoup à lire ! Du coup, moins à dire… Et pourtant je ne suis en général pas en reste tant du côté papiers que du côté commentaires. Mais enfin : une fois encore, moi qui découvre à peine votre blog, je le trouve é-pa-tant. Alors une fois encore, merci. Sur la responsabilité générale quant aux situations nationales, cela m’a rappelé ce vers de John Donne qu’Hemingway a su détourner pour sa propre postérité : « Alors ne te demande pas pour qui sonne le glas, il sonne pour toi. » Je demeure, attachée certainement bêtement aux valeurs d’une République-Cité telle que je l’ai admiré dans mon école publique française (j’ai eu cette chance – chance ?), fidèle au vote : alors je vote, mais pas blanc car en effet je considère aussi que c’est là une forme de paresse. Même si je sais être flemmarde. Je vote donc pour le moins pire, pensant qu’on va de toute façon au diable, tous autant que nous sommes. C’est comme au théâtre : le rire avant la mort, l’illusion avant la mort, c’est au moins ça de pris ! Et là je rebondis sur le plaisir de transmettre : quitte à ce que la démarche ne suscite la réflexion que chez une seule personne, dans ce cas-là, pareil… c’est au moins ça.

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