« Ce film est touchant, puissant, émouvant (âme sensible, s’abstenir) et effroyable (des mômes de 15-20 ans s’entretuent pour des questions de couleur de peau). » – USERC4080

Cet article, vous ne le lisez qu’aujourd’hui, mais je comptais déjà le publier mardi dernier… manque de bol, la raison pour laquelle je voulais le publier mardi dernier ne se réalisait que mercredi dernier, et en modifiant les dates de publication, j’ai carrément oublié de confirmer ladite publication et cet article a survécu quelque par dans le cyberespace entre le grand n’importe quoi et le grand n’importe comment, ces deux divinités incertaines du Grand Foutoir. 

Il n’est pas dans mes habitudes d’écrire des articles sur commande. Mais, là, c’était plus un défi qu’un article sur commande : un cross-over entre « Ecrire pour exister » et la Reine Margot ! du genre, il y a une de ces deux œuvres, qui pourrait être certifiée classique et donc être revisitée par nos services éditoriaux !

Oui car les sujets traités dans ce modeste blog passent par un casting qui se référence sur des critères archistrictement structurés. Ne prenez même pas le temps de chercher archistrictement dans votre dictionnaire, le choix des sujets est tellement sévère qu’on a du se doter de ce néologisme pour le décrire. Qui plus est, ça permet à mon correcteur d’orthographe de faire de belles vagues rouges : il adore ça et il en a peu souvent.

« Ecrire pour exister » et « la Reine Margot » ne sont pas fondamentalement des œuvres nulles. Il y a par exemple des gens qui aiment « Ecrire pour exister ». Ainsi peut-on lire sur un site de cinéma :

« Quelle belle leçon de courage! S’acrifié sa vie, son couple pour aider son prochain ! BRAVO

 Le réalisateur sait très précisément là où il veut nous emmener. Ce film est touchant, puissant, émouvant (âme sensible, s’abstenir) et effroyable (des mômes de 15-20 ans s’entretuent pour des questions de couleur de peau). Un parallèle avec l’holocauste très bien intégré dans le film. CE FILM est PORTEUR D’ESPOIR. UNE BELLE LECON D’HUMANITE ! Une mention spéciale pour l’actrice principale du film ! »

Sacrifier l’orthographe et la grammaire pour crier son amour à un film pourri, ça c’est courageux ou je n’y connais rien. Avec une meilleure syntaxe, Merlu déclare : « L’histoire est humaine, humaniste et distille espoir et émotion. » A priori les vapeurs de la distillerie n’ont pas touché que les scénaristes… (oui, il faut des scénaristes même pour les histoires vraies, ce sont un peu des redresseurs de réalité).  Il y a aussi plein de gens qui n’ont jamais entendu parler d’Ecrire pour Exister.

Alors résumons rapidement : prenez tous les films qui se passent dans les collèges de l’Ouest américain. C’est toujours un peu pareil : un melting pot racial toujours plus tranché que dans les films qui se passent sur la Côte Est. Michelle Pfeiffer, par exemple, galère pas mal dans Esprits rebelles, film dont le sommet fut de voir Coolio massacrer Stevie Wonder sans vergogne pour une bande son qui n’a jamais cassé trois pattes à un canard. Samuel L. Jackson commence à descendre ses chères petites têtes blondes dans 187 Code Meurtre (oui, je viens de commettre un spoiler)… Bref, moi, à la seule idée de devenir enseignant en Californie, je fais une demande de mutation directe pour le 9-3. Et là arrive Erin (Hilary Swank, icône des rôles d’inadapté… inadaptée dans sa famille dans Million Dollar Baby, inadaptée dans son corps dans Boys don’t cry, inadaptée face aux dix plaies d’Egypte dans les châtiments et j’en passe), jeune prof idéaliste qui est persuadée qu’on peut tirer quelque chose de bon de ses élèves, et qui y arrive en leur donnant le goût de l’écriture (ou à vrai dire le goût d’étaler leurs emmerdes)…

Ces gamins vont écrire pour exister. Parce que s’ils ne le font pas, ils deviendront quoi ? Et puis parce qu’écrire va les empêcher de traîner dans les rues, ils auront moins de chance de mourir avec un stylo à la main ?

Rien ne sonne juste dans « Ecrire pour exister », déjà parce que c’est une histoire vraie qui le revendique et qui loue le culte de la mièvrerie généralisée. A peu près à la même période, sortait « A la poursuite du bonheur », autre cri à la survie sociale par les bons sentiments, dans lequel les Smith père et fils goûtaient de la pauvreté extrême, le temps que le plus grand des deux décroche une formation puis un job qui le rendrait riche. Je me rappelle avoir vu l’interprète principal, le réalisateur et l’homme qui avait inspiré ce film, au Grand Journal de Canal Plus un soir où je ne regardais pas Plus belle la vie. Il ne vint à aucun moment à l’idée de ces trois hommes de prétendre que le protagoniste était un modèle. Un exemple de réussite, à la rigueur, mais pas plus. Hilary Swank dans la même émission était persuadée qu’elle tenait là, LA SOLUTION A TOUS LES PROBLEMES D’INTEGRATION DANS LE MONDE… Non mais vous imaginez un monde où tout le monde écrirait pour exister ?

J’arrêterais d’écrire et je me lancerais dans la papèterie, oui ma p’tite dame. Ou je fournirais des blogs clefs en main.

C’est cette intervention de la double oscarisée qui me poussa à ne pas manquer le film quand l’occasion se présenta. Je ne devais pas être déçu : multiplication des lieux communs, jeux plan-plan, dynamisme d’huître des rebondissements, eau de rose pour humidifier le tout. D’ailleurs ce film a fini là où son écriture devait l’emmener : dans un skyblog.

Et la Reine Margot dans tout ça ?

J’ai déjà eu l’occasion de le dire par ailleurs, je n’aime pas le film de Chéreau, et la Reine Margot rest avant tout pour moi un roman. J’ai pris le temps quand même de revoir dernièrement l’Adjani’s touch de Valois, et mon avis n’a pas changé. J’y vois une relecture foutraque de Dumas dont le roman ne vaut que pour l’écho de bruit et de fureur des guerres de religion qui virevoltent autour de Marguerite de Valois, comme des élans de mousquetaires en permission : La Reine Margot, ou l’unique œuvre de fiction d’importance qui entoure l’épisode clef de l’Histoire de France qu’est la Saint-Barth’, et qui s’avère être l’alibi le plus formidable pour produire un cinéma de voyeur décomplexé ; là un triangle pubien d’Adjani dans les années 90, là les seins de Jeanne Moreau dans les années 50. On tue, on embroche, il faut que l’héroïne soit belle et à la dérive, qu’elle aime mais qu’elle ne doive pas aimer.

Les deux œuvres ne se rejoignent pas dans ce cross-over qui n’en est pas encore un, au sens où elles seraient nulles toutes les deux. Déjà, ce n’est pas vrai. On pourra toujours trouver plus nul, comme une Reine Margot pour TF1 un couple de lundis, ou un téléfilm de M6 l’après-midi pour prof éclairée. C’est un tour de passe-passe de Dumas qui rapproche les deux films. Non pas que Dumas aurait pu finir dans un lycée californien, et si ça avait été le cas, dans le gang des Blacks où il aurait cassé du latino de Saint-Domingue à tour de bras.

Qu’est-ce qu’il resterait de la Reine Margot, si Dumas n’avait pas joué avec les épisodes de l’Histoire, reconstruit des palais dans ses romans, et s’était arrangé avec les vraisemblances ? Que resterait-il d’elle s’il ne l’avait pas écrite ?

Que resterait-il de ce canon de l’époque (époque qui ne maîtrisait pas vraiment la poudre, faut-il le rappeler) ? Marguerite de Valois aurait-elle pu se faire une place dans la vie, entre des frères malades, une mère dictateur, un époux qui accepterait une messe pour la première capitale venue ? Elle serait restée sur le banc de son lycée, en attendant le soir, d’aller tirer à canons sciés sur les protestants qui zonent, en évitant les balles perdues. Mais que foutait Hilary Swank et son sourire éclairant ? 

 

6 réflexions sur “« Ce film est touchant, puissant, émouvant (âme sensible, s’abstenir) et effroyable (des mômes de 15-20 ans s’entretuent pour des questions de couleur de peau). » – USERC4080

  1. Dans la reine margot j’ai bien aimé le personnage du Roi de Pologne.
    Sévèrement déjanté, sanguinaire et éphémère…une oeuvre d’art contemporaine. De la projection du nihilisme existentiel sur les personnages secondaires : rempli moi l’abyme que j’ai par là derrière; s’il te plait.

    Tout le reste j’ai rien compris – je me fie à l’avis du dessus.

  2. La première fois que j’ai eu l’occasion d’évoquer La Reine Margot au cours d’un débat passionné, (puisque Guigui adore), le sujet s’est reporté sur les Tudors, qui revisite les frasques d’Henry VIII sur un ton fondamentalement soap opera : on aime ou on aime pas.

    Je pense que le roman de Dumas est du même tenant : un soap dans un environnement historique fort, violent, dangereux, Capulet et Montaigu sauf que Vérone est la France toute entière.

    Aucune des deux adaptations cinématographiques ne relève du soap et ne s’en réclame. Par contre chacune veut prouver la légèreté de Margot (et pour ça, Jeanne Moreau et Isabelle Adjani jouent sur la soumission et la frivolité) et le machiavélisme de la Médicis… Personnellement je trouve ça très réducteur.

    Quant au Roi de Pologne, je sais que je l’aurais oublié dans deux mois… que c’est malheureux.

    • Le Roi de Pologne, c’est Henri d’Anjou, futur Henri III, magnifié par Pascal Gregory, amant de Pascal Chéreau à l’époque (je n’ai su ce détail que très récemment).

      Curieusement, il était incarné de manière très différente dans la version avec Jeanne Moreau, par Daniel Ceccaldi, de manière conforme aux préjugés courants sur le personnage, c’est à dire comme une folle.

      Dans le roman, c’est le troisième frère, Alençon, qui avait la part belle de la fratrie. Ce prince est mort avant même d’avoir pu règner, bien qu’il ait été très soutenu dans ses complots par Margot, qui l’adulait. Il a même tenté d’envahir et de devenir le souverain des pays-bas espagnols, c’est à dire plus ou moins la Belgique aujourd’hui.
      Dans la version de Chéreau, il est incarné par le fils de Claude Berri au destin tragique.

    • C’est un défi que j’avais lancé à Max.

      A noter que je n’ai pas échappé à « écrire pour exister », mais que j’ai réussi à ne pas voir « à la recherche du bonheur », malgré la nationalité du réalisateur.

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