« Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » Friedrich Nietzsche

Poncif parmi les poncifs, philosophie dérivée de la dérive même des aventures des héros des feux de l’amour dont rien n’abat jamais la vigueur, mêmes les plus cruelles trahisons de cœur, cette maxime, qui pour beaucoup serait un proverbe, est tirée du Crépuscule des Idoles de Nietzsche. Et vu qu’au crépuscule, comme chacun sait, il n’y a de clarté que sous les réverbères bien réglés, ça m’a longtemps tué, évidemment, de toujours entendre revenir cette caricature de baroud, entre la méthode Coué et la menace de racaille rebelle : « tu m’as peut-être bien ravalé la tronche, mais je reviendrai ravaler la tienne ».

Je ne veux pas me faire ma propre pub, mais j’ai écrit un jour, par ailleurs, cette définition du mot « proverbe ».

« Vérité toute faite dont on n’observe que les seuls second ou troisième degrés devenus depuis des premiers degrés par défaut. Phrases lapidaires qui de par leur rapprochement aux cailloux servent aux discussions intifadiennes. Plus populaires que les maximes, moins nantis que les citations, sont aux lexèmes ce que les filles de joie sont aux annuaires : ils se trouvent aux pages roses des Larousse. Regroupés au pays des proverbes, forment un ensemble de contradictions, de paradoxes, de fausses vérités et de parodies. De « tant qu’il y a de la vie y a de l’espoir », jusqu’à « l’espoir fait vivre », établissent les vérités immanentes qui s’offrent toujours à pic, pour le besoin du jour, prostitution de la langue pour clients avertis qui en valent deux. »

Du Crépuscule des Idoles, ou Comment philosopher à coups de marteau, Freddie Nietzsche dit lui-même dans son avant-propos que « Cet écrit lui aussi – le titre le révèle – est avant tout un délassement, une tache de lumière, un bond à côté dans l’oisiveté d’un psychologue. » L’année suivante, Nietzsche en plein délassement entrera dans sa dernière décennie, celle de son dépérissement mental, une démence quasi végétative (que certains aujourd’hui croient particulièrement nietzschéennement simulée), qui laisseront ses œuvres orphelines, bientôt réappropriées, fripées et repassées, réinterprétées par le méchant de Cliffhanger ou l’Idole des Jeunes en personne : Johnny Halliday.

(Ou par les Nazis, mais là c’est une toute autre histoire.)

Mais revenons-en à Fred. Quand il philosophe à coups de marteau pour se délasser, il commence par répertorier dans un premier chapitre des maximes et de pointes dont la première est :

« La paresse est mère de toute psychologie. Comment ? la psychologie serait-elle un… vice ? »

Comme un blogueur d’avant le Wifi et la TSF, Freddie hésitait entre le post chiant et la phrase sibylline, le statut facebook et l’article de 3000 signes. Pour sa huitième maxime, il twitte:

« A L’ÉCOLE DE GUERRE DE LA VIE. – Ce qui ne me fait pas mourir me rend plus fort. »

A la différence des philosophes classiques qui l’avaient précédé, Freddy Nietzsche n’a pas écrit de traité, mais s’est contenté de textes très courts aux paragraphes très courts, voire de simples aphorismes. Des pensées réunies par l’auteur, là où celles de Pascal s’étaient éparpillées dans la nature après sa mort, et les présocratiques s’étaient perdues sur un bateau. Son état physique peut expliquer cela : le corps bouffé par les migraines, les nausées, les vomissements, Fred ne pouvait se concentrer que fort peu de temps à ce qu’il faisait, il écrivait donc sur des carnets en marchant, car quand les douleurs le laissaient aller, il partait se promener.

On pourrait croire que la maladie ne le tuant pas, il en ressortait « plus fort » dans cette guerre qu’il menait (entre autres) contre son corps, et que par un jeu d’équilibre, ce qui l’affaiblissait sur un plan physique le renforçait mentalement.

Autrement dit : ce qui m’affaiblit me rend plus fort… En fait je n’en sais fichtrement rien.

Je sais que certains attribuent la paternité de cette maxime à Alexandre le Grand. Je sais aussi qu’on prête à ce dernier bien des maximes du « je m’en vais te le couper ce nœud gordien » à « sur mon empire le soleil ne se couche jamais », alors que nul n’a jamais compris ces dernières paroles sur son lit de mort babylonien. Je sais surtout que Fred se promenait avec un marteau, pas pour défoncer les idoles qu’il croiserait sur son chemin, mais taper dessus, comme on cogne une cloche, histoire de montrer à tous, comme ça pouvait sonner creux. De là à devenir une idole lui-même ? brisé par la dictature physiologique et vénéré sans être compris, dialoguiste malgré lui de Cliffhanger.

 

15 réflexions sur “« Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » Friedrich Nietzsche

  1. C’est Alexandre le Grand ou Doubleiou le Hutin qui a dit « Là où je passe, l’herbe ne repousse jamais  » ?

    • Ni l’un ni l’autre.

      Le premier avait un cheval Bucéphale qui avait peur de son ombre, du coup impossible de tirer la tondeuse ailleurs que vers l’est le matin, et vers l’ouest l’après-midi. D’ailleurs, vu l’histoire d’Alexandre, je crains qu’il ne passait pas beaucoup la tondeuse l’après-mdi.

      Le second avait un jardinier…

      • Il avait peut-être eu un temps l’usus-fruit des jardins suspendus de Babylone (s’ils ont vraiment existé ailleurs que dans Civilization IV)

          • Oui, j’ai lu ça. Mais c’est très lié à toute l’histoire babylonienne : ses conquérants et ses victimes n’ont eu de cesse de la magnifier soit pour se vanter de l’avoir eue pour les premiers, soit pour expliquer leurs défaites pour les seconds.

            Je crois que Babylone, d’un point de vue IRL, est très éloignée de l’idée qu’on s’en fait. Mais l’idée même des jardins suspendus n’en est pas moins magnifique, et appartient en quelque sorte à un patrimoine, à une checklist de merveilles merveilleuses.

  2. Bon, c’est malin, je m’étais dit que dans un moment d’oisiveté (autrement dit, là, à une terrasse, avec le wifi et le soleil), j’allais enfin parcourir ton blog. Chose faite, mais je ne trouve pas de commentaire intelligent à faire. Serai-je devenue sans le vouloir une KKL style « j’aime bien ce que tu fais, mon chihuahua utilise aussi du rouge à lèvres »?

    Sinon j’ai tendance à transformer la maxime en « ce qui ne nous tue pas nous rend phobique » mais c’est lié à mon côté psychorigide, j’en suis certaine.

  3. Pavlov aussi avait raison.voilà ce qu’est l’oeuvre de Friedrich et non ce tas de mensonges sur les théories nazies.Les nazis ont détourné son oeuvre en leur faveur!C’est même sa petite soeur qui en a eu l’idée.

    • Les avis divergent quant aux idées de la petite soeur, elle avait un sacré mari. Quant à l’épouse de Freddy, certaines de ses actions ont laissé planer un doute certain.

      Cependant, est-ce si grave ? La pensée Nietzschéenne établit très clairement que la récupération et la déformation sont l’avenir de toute oeuvre.

      • En art post-moderne ou abstrait à la con genre Bacon, Picasso ou Wahrol, je veux bien. Les écrits religieux, surtout. Une interprétation ratée donne toujours une mauvaise pièce de théâtre comme un mauvais réalisateur fait un mauvais film.

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