« Pauvre de Wrede ! J’ai pu le faire comte, je n’ai pu le faire général. » Napoléon Ier

Le Pauvre de Wrede, de son prénom Carl Philipp était né à une belle époque pour se faire un nom dans une famille noble de Bavière en 1767. Du moins pour se faire un nom, il ne suffisait pas de naître dans une famille noble de Bavière en 1767, encore fallait-il forcer un peu la main du destin, voire lui crocheter quelques doigts. Parce que déjà, noble bavarois c’était une chose, mais troisième enfant de la maison en était une autre : Carl Philipp était destiné à l’administration forestière (administration très noble au demeurant, participant aux projets de développement durable, d’équilibre des écosystèmes, de la sauvegarde des espèces en voie de disparition et autres fanfreluches dont on n’avait cure au XVIIIème siècle). Refusant ce brave destin, le Pauvre de Wrede se tourna vers la plus passionnante carrière de magistrature. Ce n’est pas en allant s’encanailler (oui, non parce que rêvons pas, dans le genre « emplois fictifs », l’administration forestière pour fils de noble mal classé  dans l’ordre de succession mérite une palme, et plus qu’y travailler on s’y encanaillait sévère, voire pire) ce n’est pas en allant s’encanailler donc, dans le patrimoine sylvestre que le Pauvre de Wrede aurait pu finir dans les armées.

Dès le début des guerres austro-françaises (car oui l’Autriche et la France se retrouvèrent en guerre dans ces belles années), le Pauvre de Wrede se retrouva sur le front, car la Bavière n’était alors qu’une sorte de province autrichienne de plus dans le puzzle des possessions viennoises. En 1795, le Pauvre de Wrede était déjà colonel, mais est-ce vraiment l’endroit pour récapituler tous ses faits d’armes ? Nous passerons aussi sur les quelques batailles et autres élévations personnelles historiques qui virent Bonaparte devenir Napoléon et les Princes allemands s’affirmer face à l’Empereur autrichien, car en effet ce sont là des évènements de l’Histoire que tout le monde maîtrise aisément.Le Pauvre de Wrede se retrouva comme par hasard grand organisateur du renouveau de l’armée Bavaroise, conseiller de Napoléon, membre émérite de campagnes où ça déchirait sec à gros boulets, Comte de l’Empire, et retraité misérable (si ce n’est miséreux) de Russie. Après que Napoléon lui refuse la grand-croix de la Légion d’honneur le Pauvre de Wrede fait un caca nerveux et tourne sa veste.

Ayant rejoint la Sixième Coalition, il décide d’aller faire mordre la poussière à la Grande Armée de Napoléon qui est en pleine retraite depuis Leipzig et qui crapahute comme elle peut vers Mayence : en effet, pour bien résumer la période, les troupes françaises n’arrêtaient pas de se faire rétamer toutes les trois minutes, par contre pour ce qui était de la gestion des retraites, elles assuraient pas mal. C’est ainsi que le Pauvre de Wrede décide de bousculer les Français aux alentours de Hanau, à la fin du mois d’octobre 1813.

Napoléon vint lui-même voir dans quel pétrin étaient ces troupes : de Wrede à la tête de 43 000 hommes faisait face à 17 000 Français. Le combat était assurément assez inégal, c’est peu dire, car de Wrede pour s’être mis dos à la rivière allait se prendre une raclée mémorable. D’où la réflexion de l’Empereur français : « Pauvre de Wrede ! J’ai pu le faire comte, je n’ai pu le faire général. »

Deux jours plus tard, pas assez fessé, de Wrede contre-attaque dans une nouvelle bataille aux alentours de Hanau où la victoire ne peut lui échapper (cette fois ils sont à dix contre un !!!) En effet, il ne reste plus dans la ville que les divisions de Bertrand et les brigades de Fontanelli, pour couvrir la retraite du Maréchal Mortier. Retenu sur le pont de Lomboi pour passer la Kintzig, de Wrede et ses hommes se font massacrer. De Wrede s’en tirera avec une grave blessure au bas-ventre (sûrement l’orgueil qui l’aura bassement entaillé, histoire de ne pas rentrer trop couillon à la maison).

Ce n’est pas tant que j’apprécie les batailles napoléoniennes ou les malheurs de de Wrede, pour que je les étale ici. Ce n’est pas tant non plus que j’aime parler de moi en général. Mais il y a de cela un tout petit plus d’un mois, je voulais pleurer et je n’y arrivais pas. Je me crispais, me tordais, m’allumais clopes sur clopes et recrachais les volutes directement dans mes yeux, et… je n’y arrivais pas. Jusqu’au deuxième mouvement de la Symphonie n°7 de Beethoven. Après cet adagio déguisé sur le papier en allegretto, après cette grandiloquence pour souvenir de ce qui ne viendrait plus jamais, après trois rêves nacrés à l’ombre du pupitre des vents, je devins fontaine, et dans les instants qui suivirent, le Prince Igor, une Valse Triste, la Grande Porte de Kiev des tableaux d’une exposition et le Concierto des jardins d’Aranjuez achevèrent de m’achever.

La création de la Septième de Beethov’ eut lieu à Vienne le 8 décembre 1813 au profit des blessés de la Bataille de Hanau. Et quitte à revisiter des classiques, je parle batailles, puisque je n’avais pas grand-chose à dire sur ce second mouvement, sauf qu’il fut bissé ce 8 décembre, et que de nos jours, on ne bisse plus lors des représentations symphoniques. Sauf que Johann Nepomuk Mälzel avait organisé le spectacle et inventé le métronome, métronome grâce auquel Ludwig écrivit sur la partition 76, vitesse qui n’est jamais respectée depuis pour cet allegretto devenu adagio. Sauf que Salieri était dans l’orchestre et pas sous la caméra de Milos Forman à maudire Mozart. Et j’en passe…

5 réflexions sur “« Pauvre de Wrede ! J’ai pu le faire comte, je n’ai pu le faire général. » Napoléon Ier

    • J’avais fui le boudoir de la garce moderne et j’étais triste… ou l’inverse. (Voilà qui situe l’action.)

      Toujours est-il que je ne sais pas s’il existe de plus ou moins bonnes raisons de pleurer la nuit seul dans sa cuisine vers quatre heures du mat’, mais que je m’étonnais de ne pas le faire. Sans vouloir entrer dans les détails, disons que j’avais une très bonne raison de pleurer, pas le temps de le faire, et la culpabilité de ne pas le faire… bref. L’Histoire se souviendra… euh du moins, le Net se souviendra que Ludwig m’a donné un coup de main, ou de lacrymo.

      (Je sais, je n’ai pas répondu à la question, et après je me plains de n’avoir que trop rarement des commentaires.)

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