« Tu avais perdu le goût de l’eau et moi celui de la conquête » – Jacques Brel

A l’ombre de l’Ancienne Belgique, un peu après la bouche de métro de De Brouckère, je regarde passer les gens, guindés comme du vinyle et qui tournent dans les sillons. Au pays du Grand Jacques, voire celui de Stromae, la galerie s’épate, peu reluisante, tantôt paysanne, tantôt pochtronne, tantôt au gaspillage lyrique, tantôt à l’économie de trois bouts de cordes de guitare.

Il y a celui-là, qui est entré dans la confiserie, tout juste après être passé devant chez le fleuriste, et qui ressort avec une dame sous le bras, pour finir avec Germaine. Germaine est rousse, elle est cruelle. Est-ce une raison de cause à effet ? Toujours est-il qu’il est avec elle, quoiqu’elle soit bien moins belle. Tout près du kiosque où on joue Mozart, Léon rigole avec la première demoiselle. « Quel beau dimanche pour la saison », dit-il en allant voir passer les trains. Le muscat du dimanche ne fait plus chanter les vieux. Et comme on n’enterre ni un plus vieux, ni une plus vieille, ils ne viennent pas au soleil. Et puis chez eux les livres sont endormis, les pianos fermés, le petit chat mort. Celui qui a tué des chats en sait quelque chose. Il n’a jamais tué de chats, ou alors il y a longtemps, ou bien il a oublié, ou bien ils ne sentaient pas bons. Il vit seul dans une grande maison avec des tas de fenêtres, avec presque pas de murs, parce que ce fut peut-être, parce que ce n’était pas sûr que Frida vive à la fenêtre. Coincée chez sa famille, sous les moustaches de son père, quand ce n’est pas dans la cuisine, avec la Denise, elle pense tout bas, Frida.

Le catalogue est encore long avec ses trois-quarts putains (demi-vieilles et fausses blondes), la Javanaise belle-sœur de l’Ostendaise, les filles chez la Madame Andrée, un plat pays où l’Homme de la Mancha a vu les moulins se pendre avec des ruisseaux, le long des berges mornes dans le port d’Amsterdam, là, où on a vu un chanteur foutraque ne pas savoir quoi faire de sa carcasse pour devenir l’ombre d’un chien.

2 réflexions sur “« Tu avais perdu le goût de l’eau et moi celui de la conquête » – Jacques Brel

  1. Je lis beaucoup mais ne commente pas souvent. Mais là, il devient urgent de dire que ceci est un des meilleurs blogs de l’univers connu à ce jour !

    Sans vous connaitre, je dis MONSIEUR Maximgar !!

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