« Planet Earth is blue and there’s nothing I can do » – Major Tom

« Planet Earth is blue and there’s nothing I can do » est la citation exacte des dernières paroles du Major Tom depuis le fin fond de l’espace d’une chanson de Bowie, une subtilité spatiale entre autres riffs et saccades de batterie sous LSD. Quelques années plus tard Bowie tentera de nous faire croire dans Ashes to Ashes, que le Major Tom malgré son grade n’était qu’un pauvre junkie, « we know Major Tom’s a junkie », et pas uniquement parce que ça rimait bien avec funky, « ashes to ashes, funk to funky », mais parce que lui-même connut de spatiales aventures comme il l’évoquera dans « Hello Spaceboy » sur l’album 1.outside.

Outre David Bowie, Peter Schilling la star allemande au talent reconnu uniquement à l’échelle locale, Plastic Bertrand la star internationale qui n’avait jamais fredonné, ou les Danois d’Alphabeat ont chanté les mésaventures du Major Tom. Des artistes d’une moins grande envergure, tel Elton John dans sa chanson Rocket Man, l’ont parfois évoqué. Toutes ces références quoique minimes n’ont fait qu’amplifier les rumeurs courant sur le Major Tom : il s’est crashé en rentrant dans l’atmosphère alors qu’il n’avait jamais décollé du canapé de son salon.

Qu’importent les rumeurs.

« Planet Earth is blue and there’s nothing I can do. » Voici les derniers mots de Major Tom tels qu’ils furent reçus par Ground Control, l’ersatz d’Houston sur le microsillon du trente-trois tours griffé « Space Oddity ».

Evidemment, ce sont des mots qui collent bien sur un coucher de guitare, quand une brise saxo embrase le mauve du ciel… évidemment, envoyer un poète dans l’espace n’a rien de réconfortant pour la science… évidemment, personne n’a jamais bien essayé de comprendre ce que racontait le Major Tom. Il importe donc de reprendre où tout a commencé, autrement dit, quelque part vers la fin. 

« La Planète Terre est bleue, et il n’y a rien que je puisse faire. » C’est d’après les spécialistes linguistiques la meilleure traduction que l’on puisse faire de l’ultime transcription des propos du Major Tom. En effet, le baragouin de Shakespeare souffre déjà d’un tantinet d’imprécision en temps normal, et plus encore depuis que tout le monde sur la planète le baragouine à sa sauce et avec son accent. Ainsi a-t-on pu trouver au cours des années dans la sphère francophone de multiples traductions surréalistes de cette phrase, enfantées par des néophytes de l’Harrap’s contaminés par les volutes du Robert & Collins. « Planète Terre est bleue et il y a rien que je peux faire » estimaient les premiers logiciels de traduction de la génération de Babel Fish. « La Planète brûle et nous regardons ailleurs » indiquaient des extrémistes écologistes incapables de reconnaître une autre couleur que le vert.

Que la planète Terre soit bleue et que le Major Tom ne puisse rien y faire sous-entend très clairement qu’il était parti pour la peindre. On imaginera fort aisément qu’une fois en apesanteur, Tom se rendit vite compte que ni ses bombes ni ses rouleaux ne feraient l’affaire, et qu’un tag furtif à l’arrondi du crépuscule resterait insignifiant au regard de l’ensemble, quand l’aube se passe autour du cou un collier de fenêtres… Il se rappelait Paul Eluard, sans aucun doute, sans aucune route possible.

« Dîtes à ma femme que je l’aime », crachota le Major Tom à Ground Control. « Elle sait », lui renvoya la Terre. Quelques années auparavant il était entré par hasard dans une petite librairie du Quai des Bateliers à la recherche de poésie, sans rien y connaître. Le vendeur, riche en silences, se contenta de lui tendre L’amour la Poésie d’Eluard, car c’est là qu’on peut lire : 

« Le sommeil a pris ton empreinte

Et la colore de tes yeux. »

 Et aussi quelque part : 

« La terre est bleue comme une orange

Jamais une erreur les mots ne mentent pas »

Le Major Tom pas plus junkie qu’un autre allumé des mots s’envola vers les cieux, ses bombes à recouvrir d’orange plein le scaphandre, comme ce Martiniquais, Robert Saint-Rose dit « Zétwal* », qui disparut en 74 déclamant du Césaire pour faire décoller sa capsule, certain que le Verbe est premier, que les mots ne mentent pas, que les erreurs de syntaxe se matérialisent sans cesse dans des miroirs brisés où réfléchir veut juste dire se multiplier.

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