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	<title>Maximgar revisite ses classiques</title>
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		<title>« C’est dommage, j’adore la conversation. » &#8211; Django</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Oct 2011 04:00:46 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[J’aime écrire. En grande partie parce que j’aime lire et aller plus vite que la musique. Si je ne perdais pas du temps à m’imaginer ce qui va arriver plutôt qu’à laisser aller les auteurs dont je parcours les phrases, &#8230; <a href="http://maximgar.wordpress.com/2011/10/21/%c2%ab-c%e2%80%99est-dommage-j%e2%80%99adore-la-conversation-%c2%bb-django/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=maximgar.wordpress.com&amp;blog=8650950&amp;post=409&amp;subd=maximgar&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong>J’aime écrire.</strong> En grande partie parce que j’aime lire et aller plus vite que la musique. Si je ne perdais pas du temps à m’imaginer ce qui va arriver plutôt qu’à laisser aller les auteurs dont je parcours les phrases, je pourrais lire encore plus, et nous n’aurions des problèmes d’intendance encore plus importants que ceux que nous avons à la maison maintenant.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est un cérémonial assez particulier quand je me lance dans un bouquin, qui consiste en premier lieu à lire la dernière phrase pour commencer. Ça peut paraître dangereux pour le suspense, mais elle s’oublie assez vite généralement, et une seule et unique fois ça aurait pu me gâcher la lecture : avec <em>La Musique du Hasard</em> de Paul Auster – ceux qui l’ont lu me comprendront aisément. Dans <em>Kafka sur le rivage</em> que je lis ces jours-ci, la dernière phrase est <em>« Et quand tu t’es réveillé, tu faisais partie d’un monde nouveau. » </em>Je n’ai pas lu les phrases qui précèdent, juste la dernière. Pour avoir mené des récits sur plusieurs centaines de pages, j’ai appris à avoir un amour tout particulier pour la dernière phrase, celle où on se dit « c’est fini », alors que bien souvent ce n’est pas sur elle qu’on a laissé glisser le dernier mot, ni la dernière ponctuation. Ensuite une fois que j’ai lu cette dernière phrase, je me lance dans le roman. Ma liturgie de lecteur s’accompagne d’un petit carnet de notes, au cas où je rencontre une formule que j’aime, ou bien tout un paragraphe, ou encore si je tombe sur une tournure que je me sens incapable d’écrire, je les note. J’aime revenir en arrière, vérifier un prénom, contrôler une situation, essayer de percevoir un changement de style.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span id="more-409"></span>Lire en recopiant me fait perdre un temps énorme, mais je ne sais pas vraiment faire autrement.</strong> Il m’arrive de ne pas poursuivre un bouquin, juste parce qu’à ce moment précis, je n’ai pas de stylo sous la main pour tenir un carnet, ou pas de carnet pour inscrire ce qui me marquerait. Au final, je me retrouve avec des écrits pour lesquels je n’ai pris aucune note, d’autres que j’ai manqué de copier en entier. Ce n’est pas un critère d’appréciation, loin de là ! Ça n’a rien à voir avec le fait de les aimer ou pas. Quand j’ai lu <em>La Vie devant soi</em> d’Emile Ajar, j’ai rempli tout un cahier d’écolier à grands carreaux, tant chaque phrase, chaque métaphore involontaire de ce narrateur déconnecté du monde m’avait empli d’une jalousie secrète. Et pourtant, malgré toute l’estime et l’envie que m’inspire ce livre, il ne restera pas parmi mes préférés d’Emile Ajar-Romain Gary. Je lui préfère de loin <em>Charge d’âme</em>, une sorte de thriller scientifique à la limite de l’ésotérisme et du roman d’espionnage que personne ne citera jamais dans la liste de ses romans préférés de Gary, et pour lequel, je n’ai recopié aucune phrase, ni aucun paragraphe. J’ai quelque part – parce qu’il est compliqué à force de consigner correctement ses notes de savoir où on les range – deux ou trois phrases de <em>Chien Blanc</em>, beaucoup plus des <em>Enchanteurs</em>, et <em>Gros-Câlin</em> a déjà eu droit à <a href="http://maximgar.wordpress.com/2010/11/23/121/">un court article par ici</a>, alors que j’ai du en copier quatre ou cinq fois moins que pour <em>La Vie devant soi</em>.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Et puis il y a les livres qui en les feuilletant me donnent un appétit d’écriture.</strong> C’est une étrange sensation qui fait qu’en lisant, je me sens soudain l’envie soit de réinterpréter, soit de m’inspirer, soit de faire toute autre chose. Trois exemples précis me reviennent ici, qui pourront mieux l’illustrer que n’importe quelle explication théorique</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/9782070379040fs.gif"><img class="alignleft size-full wp-image-410" title="Les Enchanteurs" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/9782070379040fs.gif?w=122&#038;h=200" alt="" width="122" height="200" /></a>J’ai lu <em>Les Enchanteurs</em> de Romain Gary dans un moment de mauvaise passe, une période de <em>déréliction personnelle</em> comme je la désigne encore. Alité, incapable de marcher pour quelques jours, paumé, pas chez moi et dans une ville dont je ne connaissais pas grand-chose, je l’ai pris dans la bibliothèque au-dessus de ce bureau qui n’était pas le mien. Ce fut pour moi une totale surprise ! Je n’avais jamais lu aucun livre de Romain Gary, et il était presqu’un illustre inconnu pour moi. Tout ce que je savais, c’est qu’il était le seul à avoir emporté deux fois le Goncourt, et pour un scribouillard de ma trempe, imbus de lui-même et de l’extrême talent qui caractérisait tout ce qu’il n’avait pas encore écrit, Gary était une figure de défi… et rien d’autre. <em>Les Enchanteurs</em> furent un parfait ravissement : non seulement l’écriture était belle et accessible, les phrases parfaites, mais l’auteur avait su trouver un équilibre étonnant entre la romance, l’Histoire, la magie. En le lisant, je sus qu’il était possible de réunir un amour qui empêche de mourir, une Catherine de Russie constipée, des magiciens, la naissance de la Valse à Vienne, les violons juifs et des phrases exceptionnelles, le tout sans se retrouver avec une soupe informe, un patchwork fragile de petites citations disparates. <em>« Je ne vieillirai jamais, lui annonçai-je. C’est très facile. Il suffit de l’encre, du papier, d’une plume et d’un cœur de saltimbanque. »</em></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/img34.jpeg"><img class="alignleft size-full wp-image-411" title="La Nuit de l'Oracle" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/img34.jpeg?w=120&#038;h=179" alt="" width="120" height="179" /></a>Quand j’ai lu <em>La Nuit de l’Oracle</em> de Paul Auster dans ma chambre de cité universitaire à Rennes, je me suis un peu pris pour Sidney Orr son héros. Il achète un cahier chez un papetier chinois. C’est un carnet bleu qui vient du Portugal, et lorsque Sidney Orr commence à y écrire, il ne s’arrête plus… du moins pas avant de le déchirer. Ce serait trop simple de résumer ainsi ce roman à tiroirs, mais toujours est-il, que je suis passé chez un papetier et que je me suis acheté un cahier dans lequel j’écrivais en parallèle, la lente agonie d’un écrivain qui n’écrit plus. Ça n’avait rien à voir avec ma lecture, si ce n’est que j’avais imité le personnage.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/1165217-gf.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-412" title="Le Livre sans nom" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/1165217-gf.jpg?w=132&#038;h=210" alt="" width="132" height="210" /></a>Enfin, il y a un troisième exemple, celui du livre dont la construction m’inspire une idée ou deux. Pour mon dernier anniversaire, outre des livres sur les oiseaux et les arbres de nos régions, un de mes lecteurs m’a offert <em>Le Livre sans Nom </em>d’un auteur sans nom. Je l’ai lu relativement rapidement, en ne prenant qu’une note :</p>
<p style="text-align:justify;"><em>- Kacy, calme-toi et fais-moi confiance, tu veux ? Est-ce que je t’ai déjà déçue ?</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>- Oui, c’est déjà arrivé. Tu te rappelles la fois où on n’avait plus rien à manger et où tu as claqué tout ton fric pour acheter tous ces DVD du Capitaine Crochet ?</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>- Ouais, c’est vrai. Mais quelqu’un m’avait dit qu’il y avait un tas de pognon à se faire en vendant des vidéos pirates. Comment j’aurais pu savoir que le mot « pirate » avait aussi un autre sens ?</em><em> </em></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Si on me l’a offert, c’est qu’il s’agit d’un roman publié anonymement sur le net. Encore une idée sous l’influence de mon agent.</strong> J’ai un imprésario – on commence à le savoir – qui ne rechigne pas à me trouver des façons d’écrire pour me sortir du marasme de la page blanche et froissée – parce que oui, je vais jusqu’à froisser des pages blanches. Les chapitres du <em>Livre sans Nom</em> en font une œuvre très feuilletonesque, déchiqueté comme un épisode de 24H Chrono sautant d’un théâtre des opérations à un autre, parce qu’on ne va non plus vous montrer les moments où Jack Bauer doute et va aux toilettes. Plus j’avançais dans ma lecture, plus je repensais à un de ces milliers de projets qui dorment dans ma cantine à projets inachevés : il fut un temps où j’avais voulu me lancer dans la rédaction d’un western en ligne. Alors pendant que je lisais cette histoire complètement folle de moines shaolin, de pieds nickelés et de brigands au langage fleuri, entre autres, je réunissais les perles de ma collection de musiques de western pour finir ma lecture sur du Gnarls Barkley. Ce qui n’est pas si illogique.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Il y aurait beaucoup à dire sur la musique de western et essentiellement sur sa mise en valeur dans le western spaghetti.</strong> On la résume souvent à quelques thèmes, Ennio Morricone étant un thème à lui tout seul, et à quelques ritournelles de westerns devenus des classiques, comme les cuivres des Sept Mercenaires, ou les ballades de Rio Bravo. Le genre est pourtant bien plus riche, et les musiciens qui y ont œuvré bien nombreux. De Jerry Goldsmith (<em>Rio Lobo, Un nommé Cable Hogue, Les Cent Fusils</em>) à Max Steiner l’un des plus prestigieux compositeurs américains (<em>La Prisonnière du Désert, Le Trésor de la Sierra Madre</em>, mais aussi <em>King Kong</em> ou <em>Arsenic et vieilles dentelles</em>), en passant par Victor Young (<em>Johnny Guitar</em>), Elmer Bernstein (<em>Les Sept Mercenaires</em> évidemment, mais aussi <em>100$ pour un shérif</em>) ou Dimitri Tiomkin (<em>Rio Bravo, le Train Sifflera Trois Fois </em>ou <em>Règlement de comptes à OK Corral</em>), le western américain n’est pas en reste de bandes originales, qui devaient à la fois transmettre l’émotion lyrique des grands espaces (John Barry pour <em>Danse avec les Loups</em>), les cadences militaires (Max Steiner pour la <em>Charge de la Huitième Brigade</em>), l’anarchie des bandes de voleurs ou des révolutionnaires (Jerry Goldsmith pour <em>Les 100 Fusils</em>), ou l’héroïsme avec force section cuivre et violons sur la corde raide… Ajoutez-y Dean Martin qui chante son fusil et son poney, en duo avec Ricky Nelson dans Rio Bravo et vous avez le tableau.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-align:center; display: block;"><a href="http://maximgar.wordpress.com/2011/10/21/%c2%ab-c%e2%80%99est-dommage-j%e2%80%99adore-la-conversation-%c2%bb-django/"><img src="http://img.youtube.com/vi/vpXp90wi8MQ/2.jpg" alt="" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Plus présente dans le western spaghetti, où elle est une actrice à part entière de l’œuvre, on cantonne souvent à tort cette musique au travail d’Ennio Morriconne.</strong> Bruno Nicolai coécrivit souvent avec le maître qui parfois se contentait du thème principal griffonné sur une portée et lui laissait le loisir de le décliner tout le long du film. Mais il faut compter aussi sur les Luis Bacalov, Stelvio Cipriani, Marcello Giombini pour produire des bandes originales adaptés aux clichés du western italien, sa démesure caricaturale qui frisait parfois l’amateurisme, mais un amateurisme toujours inventif quoique régulièrement lourdingue. Les frères Reverberi sont de ce lot, eux qui avant de finir dans le Rondo Veneziano d’ascenseur, écrivirent quelques bandes originales de westerns complètement disparues.</p>
<p style="text-align:justify;">Du moins, complètements disparues… L’un d’elles a retrouvé une nouvelle jeunesse en 2006, au beau milieu d’un titre des Gnarls Barkley dont le clip était un affolement de tests de Rorschach. Le passage mélodramatique où Django se voit obligé de creuser sa tombe dans <em>Django ! Preparati la bara !</em> (littéralement <em>Django ! prépare ton cercueil !</em>) face à toute la bande des méchants très vilains, gagne en groovy attitude sous la patte du DJ Modest Mouse.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-align:center; display: block;"><a href="http://maximgar.wordpress.com/2011/10/21/%c2%ab-c%e2%80%99est-dommage-j%e2%80%99adore-la-conversation-%c2%bb-django/"><img src="http://img.youtube.com/vi/5XvedtDGoas/2.jpg" alt="" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Ce western est un film qui ne s’est jamais assumé – et très sincèrement, je ne me serais pas assumé non plus ! </strong>Ne serait-ce que sa multitude de titres. A l’origine il devait s’appeler <em>Viva Django !</em> et s’annonçait comme LA suite des aventures de Django qui avait marqué les écrans deux ans auparavant en 1966 dans un film de Sergio Corbucci. Django interdit aux mineurs, violent comme jamais aucun cow-boy avant lui, avait tellement marqué les esprits que même des films sortis en 1965 se rebaptisèrent, comme cet <em>El Proscrito del río Colorado</em> qui devint <em>Django le Proscrit</em>. Pas moins de six films en 1966, s’appelaient « Django quelque chose », alors qu’il n’y était question de Django nulle part… Pendant les mois qui suivirent, les studios italiens tentèrent en vain de réunir à nouveau Sergio Corbucci et son acteur pour une nouvelle aventure de l’Homme au Cercueil. En vain… Les deux hommes referont des westerns ensemble (<em>Le Mercenaire</em> en 1968, qui retrouva une nouvelle jeunesse quand Quentin Tarantino en exhuma la musique pour la scène du cercueil de <em>Kill Bill volume 2</em>, et <em>Vamos a matar compañeros !</em> une sorte d’<em>Il était une fois la Révolution </em>mode pochade). Nero sera à l’affiche de Django 2, en 1987, mais on est alors très loin d’un style cinématographique qui s’est tué tout seul dans une série de séries Z ringardes et sans intérêt.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/django.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-415" title="Django" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/django.jpg?w=204&#038;h=300" alt="" width="204" height="300" /></a>Django, l’original, celui de Sergio Corbucci est un film modeste, au scénario pauvre, aux dialogues ternes. Comparativement à l’œuvre de Sergio Leone, les films de Corbucci ont l’air filmé en Super 8, les dialogues coupés à la portion congrue, et les zooms avant complètement saccadés. Cependant, une fois passé les détails techniques, il reste des films de cet ancien assistant de Rossellini une vision désabusée et froide sur la condition humaine. Le western spaghetti étant une caricature, de la simulation baroque à la parodie débile, il est un genre qui se prête bien au dynamitage en règle des genres. L’anachronisme, le Tex Avery style, la victoire du mal sur le bien sont tout autant d’artifices dont il se pare sans peine. Pour Corbucci qui avait une vision assez communiste du monde, les méchants étaient libéraux, propriétaires et anarchistes, les gentils, eux, soucieux de la veuve et de l’orphelin, de la putain et du croque-mort, ils allaient quant même en traînant une vision pessimiste du monde. Rien n’empêchait le réalisateur – si ce n’est quelques producteurs grincheux – de faire mourir ses héros pour la bonne cause ou pour une mauvaise circonstance.</p>
<p style="text-align:justify;">Revoir Django sous cette optique ne rend pas le film meilleur, mais on ne s’étonne plus que ces ennemis ne soient rien d’autres qu’un riche propriétaire terrien et un général mexicain qui prétend sauver le peuple mais qui n’est qu’un brigand de plus au pays des malandrins. On ne s’étonne pas non plus que Django ne soit pas un justicier, mais un gars peu soucieux du bien et du mal qu’il peut faire, guidé par une vengeance aveugle, un poison rampant qui le rend cynique, hardi et passablement immortel.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Le film commence par le fouettage en règle d’une sculpturale rouquine, par une bande de soudards mexicains qui la traitent d’espionne et de traitresse.</strong> Des détonations résonnent, ils tombent tous, et voilà qu’apparaissent les hommes de Jackson avec leurs cagoules rouges en écharpe. Ils la libèrent puis s’apprêtent à la brûler sur une croix comme la fille blanche souillée par ces sous-hommes de Mexicains qu’elle est. C’est alors qu’arrive un type solitaire qui traîne derrière lui un cercueil. Un des hommes de Jackson le harangue alors :</p>
<p style="text-align:justify;">- Dis, toi, de quel cimetière sors-tu ? Tu es venu ici pour ensevelir ces charognards ? Fais-le vite, mais en silence !</p>
<p style="text-align:justify;">- C’est dommage, j’adore la conversation, répond Django de façon monocorde.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce dialogue qui annonce la mort pétaradante des cinq hommes de Jackson, ne se contente pas de marquer l’arrivée du héros : c’est tout bonnement la deuxième meilleure réplique du film. Parce que Django pêche par son texte. C’est ainsi que va le héros cynique du western : il n’a jamais grand-chose à dire. Steve McQueen en savait quelque chose, lui qui s’ennuyait ferme sur le tournage des Sept Mercenaires, et dont la seule réplique intéressante consistait en un <em>« c&#8217;est comme l&#8217;histoire de ce type qui s&#8217;est jeté d&#8217;un immeuble de dix étages. A chaque étage, les gens l&#8217;entendaient dire : jusqu&#8217;ici, ça va. Jusqu&#8217;ici, ça va. Jusqu&#8217;ici, ça va. » </em>Mais rien n’empêche le cow-boy solitaire de dire les choses bien, avec esprit, voire coquinerie comme quand Blondin et Tuco – figure rituelle du bandit hâbleur &#8211; se la pètent à coups de répliques cultes dans <em>Le Bon, la Brute et le Truand.</em></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Django est mal filmé, il n’a rien d’intéressant à dire, les émotions qu’il a à transmettre sont dignes d’un soap, c’est le Clint Eastwood du pauvre, mais pourtant en moins d’un an, il devient un modèle pour tous les héros mal rasés de l’Ouest.</strong> C’est vrai que nul n’a son talent pour convoquer en duel quarante bonhommes sanguinaires, descendre dans la rue en tirant son cercueil, l’ouvrir, en sortir une mitrailleuse dont le système de mise à feu nécessite un barillet mais qui dispose d’un chargeur vertical, l’utiliser sans jamais avoir un instant à subir le moindre recul que ce soit, tuer trente-neuf des hommes pour se réserver le meilleur pour la fin… Mal dégrossi, gauche, dans un monde tout pourri, filmé de façon toute pourrie, Django parle en direct avec tout ce qu’il y a de plus bestial et fantastiquement primitif chez le spectateur qui veut bien l’écouter. Il exorcise une relative impuissance face à de relatives injustices, et il n’a pas besoin comme le Manchot – Clint Eastwood dans <em>Et pour quelques dollars de plus </em>– d’être un chasseur de primes pour se donner un semblant de justice. C’est un déserteur yankee, bourru, vulgaire, violent, brut de décoffrage. Pas un héros impeccablement mal rasé.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/images-11.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-416" title="Django prépare ton cercueil" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/images-11.jpg?w=193&#038;h=261" alt="" width="193" height="261" /></a>Django a connu pas mal de suites, de trente à deux cents selon les critères.</strong> En effet, si l’on considère les films qui se sont faits rebaptiser Django, sans qu’il n’y ait le moindre morceau de Django à l’intérieur, les chiffres explosent. <em>Django ! Preparati la bara !</em> se veut être une suite officielle : le scénario reprend le héros, son cercueil, sa mitrailleuse. Mais ni Franco Nero, ni Sergio Corbucci ne rempilent. Las ! les producteurs sont dépositaires du nom, ils ne vont pas se priver. Et s’ils ne peuvent pas réunir le duo de Django, ils s’accaparent du duo de Trinita… du moins c’est beaucoup plus compliqué que ça.</p>
<p style="text-align:justify;">Le premier Trinita, avec Terence Hill dans le rôle titre a été tourné en 1970. Son succès fut tel, qu’un sombre film comique de 1967 fut renommé ensuite <em>T’as le bonjour de Trinita</em>, alors que jusqu’ici il s’était appelé <em>Rita de l’Ouest</em>, à juste titre puisque son personnage principal n’était autre qu’une Calamity Jane Spaghetti du nom de Rita. <a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/230px-littleritanelwest_databasepage.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-417" title="Rita de l'Ouest, avec au second plan Black Star alias Trinita de T'as le bonjour de Trinita" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/230px-littleritanelwest_databasepage.jpg?w=165&#038;h=300" alt="" width="165" height="300" /></a>Après avoir tué deux légendes de l’Ouest, Ringo et Django – ah ben oui ! c’était dans l’ouest de la Cinécitta à Rome – éprise d’un imbécile heureux condamné à mort pour un vol d’or – un dénommé Black Star interprété par Terence Hill – elle se lance dans des gunfights démesurés et ridicules, plein d’anachronismes et d’énormités volontaires. Evidemment, pas de trace du moindre Trinita là-dedans… C’est juste que lorsque le film ressort en 1971, il a changé de titre, l’acteur principal n’est plus Rita Pavone, mais Terence Hill, alors qu’il n’y avait même pas de Terence Hill dans le générique original.</p>
<p style="text-align:justify;">Parce qu’à l’époque de <em>Rita de l’Ouest</em>, Terence Hill s’appelle encore Mario Girotti. Le jeune germano-italien tourne depuis l’âge de douze ans – il a commencé derrière la caméra de Dino Risi – il a quelques beaux seconds rôles, comme d’être l’ami d’Alain Delon dans <em>Le Guépard</em> de Visconti, il travaille aussi bien en Allemagne qu’en Italie. C’est en 1968, pour porter plus haut le rôle de Django qu’on lui offre, qu’il devient Terence Hill. C’est le réalisateur de <em>Rita de l’Ouest</em> qui se voit proposer de tourner LA suite de Django. A l’origine, le projet s’appelle <em>Viva Django, </em>il devient très vite <em>Django ! Preparati la bara ! </em>et finalement, ce film assez mauvais passa inaperçu au milieu des autres <em>Django</em>, pâle suite d’un film qui n’avait de génial que la surprise qu’il avait provoquée. Les Gnarls Barkley ne seraient pas passés par là, il était condamné à disparaître aux enfers des bobines abandonnées. <a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/trinitapreparetonc.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-418" title="C'est au tour de Trinita de préparer son cercueil" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/trinitapreparetonc.jpg?w=150&#038;h=200" alt="" width="150" height="200" /></a>Déjà qu’en 1973, succès de Trinita oblige, il avait été rebaptisé <em>Trinita ! Preparati la bara !</em></p>
<p style="text-align:justify;">Néanmoins Django est devenu un mythe du cinéma populaire. Et quand personnellement, en 2010, j’ai appris que le prochain Tarantino serait un <em>Django Unchained</em>, je suis passablement devenu dingue.</p>
<p style="text-align:justify;">Je ne suis pas un fan absolu de Quentin Tarantino. Si je finis un jour de faire ma liste de mes films préférés des années 2001-2010, je doute qu’il y ait un seul Tarantino dans les cent premiers. Pas de <em>Kill Bill</em>, pas de <em>Boulevard de la Mort</em>, pas de <em>Basterds</em>. Et pourtant j’ai apprécié de les voir. Mais j’ai toujours eu du mal à considérer ce bon vieux Quentin comme un cinéaste. Exception faite de son premier opus, <em>Reservoir Dogs</em>, je n’ai jamais eu l’impression qu’il me proposait des films, mais des cours appliqués de cinéma. De très bons cours… Parce qu’il aime le cinéma.</p>
<p style="text-align:justify;">Il aime en faire des relectures déjantées, extravagantes, bouffies de mots et de digressions. Tout son talent de raconteur, de monteur, de scénariste, qui est indéniable, il le fournit à la trame de son récit, en le gonflant avec ses goûts musicaux éclectiques. Mais il ne donne rien d’autre à sa caméra. C’est franchement suffisant, pour dépasser plein d’autres œuvres, et être original. C’est d’autant plus merveilleux qu’il sache encore le faire après avoir connu le succès dès ses débuts. Mais sa palette est, à mon sens, incomplète. Il reste incapable de filmer une romance – les approches timides dans Jackie Brown et Inglourious Basterds restent… timides. Sa direction d’acteurs est sans surprise, voire nulle – oui Travolta est sympa dans Pulp Fiction, Brad Pitt trop bien en débile dans les Basterds &#8211; mais Tarantino n’a jamais tourné qu’avec des pointures à qui il laisse le champ libre : résultat une baisse de tension équivoque quand il laisse des scènes à des acteurs en dessous – spéciale dédicace à Eli Roth, Mélanie Laurent et Jacky Ido dans Inglourious – et une surprise internationale quand on découvre par hasard un acteur talentueux qui se laisse aller en démesure – exceptionnel Christoph Waltz ! toujours dans les <em>Basterds </em>!</p>
<p style="text-align:justify;">Mais qu’importe ! Le film de gangsters revu par Tarantino, c’est quelque chose. Le film de kung fu revu par Tarantino, c’est quelque chose. Le film de guerre revu par Tarantino, c’est quelque chose. Des hommages, des références à peine voilées, des guests qui ne se contentent pas de faire qu’une apparition, qui relancent des carrières, remettent des films en circulation, ou des bandes originales oubliées de Morricone. Tarantino est resté ce garçon qui vous conseillait des VHS au vidéoclub, qui aimait son boulot, vous faire découvrir des trucs qu’il adorait.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/django_unchained.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-420" title="Les artistes en herbe sont déjà fous de Django" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/django_unchained.jpg?w=214&#038;h=300" alt="" width="214" height="300" /></a>Alors de <em>Django Unchained</em>, j’attends ça : une revisite d’exception, une translation – car Quentin ne se contente pas de refaire un film dans le genre de… il transpose – une série de références que je saurai reconnaître, je l’espère, car j’ai beau penser que le western spaghetti est un genre débile, c’est un genre débile que j’affectionne.</strong> Je suis impatient comme un gosse qui attend Noël – la sortie internationale du film est prévue pour Noël 2012 – tout en sachant que ces cadeaux-là ne sont pas mieux que les autres, mais qu’ils sont offerts autrement.</p>
<p style="text-align:justify;">Les surprises sont pour l’instant celles auxquelles s’attendre. Si le western spaghetti a fait franchir des barrières à l’ouest cinématographique, Quentin Tarantino projette son western dans le sud des Etats-Unis, adieu les grandes plaines. Tout comme le western spaghetti avait aboli la dualité Peaux Rouges / Visages Pâles, Tarantino en instaure une nouvelle : Gens de Couleur / Blancs. Ainsi son Django est black – Jamie Foxx – et revient sur les terres de l’esclavage se battre contre un riche propriétaire sudiste – Leonardo di Caprio, en espérant qu’il sache enfin jouer les méchants depuis qu’il avait campé un Louis XIV abruti ! Franco Nero – le premier Django – est du casting. Rien de surprenant pour le moment. Je ne pense pas que <em>Django Unchained</em> révolutionnera le western aux Etats-Unis – qu’y a-t-il encore à révolutionner dans un genre qui se traîne comme un mort en permission – plus que <em>La Horde Sauvage </em>de Sam Peckinpah, ce western cafardeux poussiéreux dont l’ultra violence fut à sa sortie assimilée à du fascisme… Ultra violence… ce qu’on voit aujourd’hui dans <em>La Horde Sauvage </em>ou dans <em>Django</em> serait juste déconseillé aux moins de dix ans.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Souvent alors que je lisais <em>Le Livre </em></strong><strong><em>Sans Nom</em>, je repensais à Peckinpah.</strong> De par l’enchaînement mortifère des épisodes, je ne pouvais que me rappeler <em>Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia</em>, où un riche propriétaire mexicain apprenant que sa fille est tombée enceinte d’un certain Alfredo Garcia fait mettre à prix la tête de cet hijo de p***, provoquant toute une trâlée d’aventures morbides, d’autant plus grotesques qu’Alfredo Garcia serait déjà mort depuis un moment. D’autres que moi ont pensé à Quentin Tarantino. <em>Le Livre sans Nom</em> n’a pas d’auteur, du moins, son auteur est anonyme. Les explications qu’il a données quant à ce choix sont si peu claires et si changeantes selon les interviews que la rumeur s’est vite empressée de combler les vides. Le Bourbon Kid – c’est le nom qu’on lui donne, le nom d’un des principaux personnages – est un amateur de cinéma, ses dialogues s’enfilent bien : c’est donc Tarantino, voire son compère Robert Rodriguez. Ce deuxième choix serait plus logique, parce que le Bourbon Kid aime aussi le foot et que Robert Rodriguez est mexicain, et bien entendu les Mexicains comprennent bien mieux le foot que les Yankees. Mais à bien étudier les indices, le Bourbon Kid serait plutôt britannique, quelques tournures syntaxiques, son éditeur, sa passion pour le whisky le laissent entendre. Et si ce fan de Tony Scott était Tony Scott ? ou son frère Ridley ? Si l’on s’attarde tant à des célébrités, c’est que dans ses interviews par mail, le Bourbon Kid a parfois des réparties qui font imaginer qu’il a une petite notoriété, comme ici dans l’Express au mois de février dernier :</p>
<p style="text-align:justify;"><em>« Cela m&#8217;amusait de voir si à la lecture de ce roman quelqu&#8217;un me reconnaîtrait.  […] J&#8217;ai beaucoup de personnages, dont il faut pouvoir se souvenir aisément. En leur donnant un surnom, je pense faciliter la lecture et la mémorisation. Et puis, c&#8217;est toujours sympa d&#8217;avoir plus d&#8217;un nom. Moi-même, j&#8217;en ai usé de plusieurs tout au long de ma carrière. » </em></p>
<p style="text-align:justify;">Alors si ce n’est pas Ridley, ou Tony, c’est sûrement David Bowie ! ou Tony Blair, ou le Prince Charles…</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Une chose m’étonne dans toutes ces hypothèses : on ne propose jamais un écrivain.</strong> Peut-être parce qu’ils sont très peu à voir ce livre comme un livre. Plus qu’une histoire avec des mots dedans, il ressemble à un produit marketing efficace. C’est vrai, ce n’est pas de la grande littérature. La trame est un immense foutoir prétexte à des langages imagés et vulgaires, à de l’action dense et peu fouillée. Je pense que si les personnages ont un surnom, ce n’est pas tant pour s’en souvenir aisément, c’est surtout pour les y cantonner, s’en contenter et ne pas creuser plus profondément, dans ce qu’ils sont, leurs passés, leurs caractères, leurs désirs. Cependant la trame est haletante, le rythme efficace, les deus ex machina cinglants. On ne sait jamais où on va, on croit lire un polar, mais on est dans de la SF, on ne distingue pas quel personnage il faut suivre d’un bout à l’autre, les chapitres passent en cinq minutes et on est toujours dégoûté et enchanté à la fois de passer d’une scène à la suivante, parce qu’on voudrait rester plus longtemps avec Elvis, Jefe, Sanchez, Miles Jensen et les autres. C’est vrai que c’est avant tout un produit marketing, un buzz, que ce livre ne me serait pas arrivé entre les mains si son auteur n’était pas un anonyme autour duquel tournent des supputations extravagantes. C’est vrai que quand on en parle sur le net et dans les journaux, tous reprennent cette invraisemblable histoire de romancier masqué.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>A se demander si tous les professionnels qui en causent l’ont lu, et ne font pas que s’intéresser à un phénomène d’édition. </strong>Cette réflexion a chez moi un écho d’autant plus fort qu’une erreur s’est glissée dans la quatrième de couverture qui débute ainsi : « Santa Mondega, une ville d’Amérique du Sud oubliée du reste du monde, où sommeillent des terribles secrets… » Cette accroche est reprise un peu partout pour planter le décor quand on évoque <em>Le Livre sans Nom</em>… C’était la deuxième fois cet été que je tombe sur un bouquin dont la quatrième de couverture présente une contradiction flagrante avec le contenu du livre, alors ça m’avait marqué – et presqu’attristé. Comme je l’écrivais, il y a quelques semaines en commentant un blog voisin : <em>J’ai pensé que les couvreurs de quatrième ne savaient pas lire. Mais j’en doute, ils savent écrire souvent sans faute. C’est juste qu’ils ne lisent pas. Ils doivent rendre des quatrièmes à la chaîne, pour un boss qui ne les relit même pas, et qui n’a pas eu le temps de leur donner le bouquin, vu que les traducteurs sont encore dessus, et que l’auteur ne l’a même pas fini. De toutes façons, le boss ne sait plus lire que des chiffres.</em></p>
<p style="text-align:justify;">Santa Mondega, une ville d’Amérique du Sud… alors pourquoi le gouvernement des Etats-Unis y envoie un agent du FBI, et pas un gars de la CIA ? pourquoi l’adresse de Kacy et Dante est à Shamrock House à l’appartement 6 ? pourquoi le même Dante songe-t-il à rentrer dans l’Ohio en Cadillac jaune ? Admettons, ça se passe en Amérique du Sud après un vague glissement tectonique des USA, les résumés passent très vite sur la question, sur le contenu du livre qui n’est pas vraiment résumable, et s’intéressent au Bourbon Kid, ce type à qui on ne fait des interviews que par mail. Et évidemment, ça ne loupe jamais : êtes-vous Tarantino ?</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>S’ils avaient lu le bouquin, ils auraient remarqué que même s’il y a du Quentin dans certains agencements des dialogues, ça reste du Quentin sans les bulles, que même si des scènes sont décrites coup sur coup sous deux angles différents, ça reste du Quentin sans la subtilité des superpositions.</strong> Et puis comme on me fit intelligemment observer, un soir où à mon tour je discutaillais électroniquement et joyeusement du sujet : ce serait dommage que ce soit lui, dommage de perdre son temps à faire moyennement et anonymement ce qu’on fait déjà publiquement et très bien. En fait si Quentin Tarantino devait écrire un bouquin sans donner de nom d’auteur pour  se marrer en douce des supputations sur l’identité de l’écrivain, il aurait fait du Woody Allen.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce ne serait pas la mer à boire. Raconter les déambulations d’un intellectuel juif new-yorkais en proie aux tourments de l’âme : quel challenge ce serait pour quelqu’un qui ne peut pas se passer de morts violentes et qui n’a jamais pu écrire de scènes d’amour. Il pourrait s’y retrouver dans des dialogues savoureux, Woody rentrant de son exil européen et comparant avec Samuel L. Jackson les différences entre le Mac Do à Millau, et ceux du New Jersey, avant de refourguer des diamants de contrebande chez un joaillier du coin. J’ai l’air moqueur, mais ma pensée est très sérieuse : j’aime des genres douteux, des westerns spaghetti, des films de la Blaxploitation, les poursuites de voitures bien plus vieilles que les bolides de Fast &amp; Furious, les poches d’hémoglobine de Bonnie &amp; Clyde, mais j’aime tout autant <em>Comédie érotique d’une nuit d’été</em>, <em>Accords et Désaccords</em>, ou <em>Le Rêve de Cassandre</em>. Et Woody Allen, même s’il donne souvent l’impression de raconter toujours la même histoire, du même petit bonhomme – qu’il soit interprété par Ewan Mac Gregor, Hugh Jackman, Kenneth Branagh, Owen Wilson ou Larry David – a su revisiter ses classiques, emprunter de Groucho Marx à l’expressionisme allemand, de Shakespeare à Sartre, pour bâtir un style unique, ponctué de périodes bien distinctes les unes des autres.</p>
<p style="text-align:justify;">Le scribouillard que j’étais, imbus de lui-même et de l’extrême talent qui caractérisait tout ce qu’il n’avait pas encore écrit, était tellement orgueilleux, qu’il s’était persuadé qu’il pouvait écrire sous neuf pseudonymes différents, voire gagner neuf Goncourt et tous les refuser, pour la frime. Après tout, ces livres écrits à la première personne n’étaient-ils pas l’œuvre de leur narrateur ?</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Si un jour, mon imprésario arrive à ses fins, c’est sous le nom à la scène du héros de mon seul manuscrit à avoir retenu l’intention de deux éditeurs que je signerai mes bouquins.</strong> Qu’importe s’il existe. Qu’importe si je n’existe pas. Ce qui importe est dans les pages. <em>Le Livre sans Nom</em> ne sera certainement pas celui que j’emmènerai sur une île déserte, et <em>Django</em> ne sera sûrement pas dans mes bagages lui non plus, mais qu’est-ce qu’ils éveillent en moi l’appétit d’écrire, de déborder, de m’en échapper tout en m’y agrippant ! Je n’ai pas de temps à perdre à croire qu’untel est untel, ou que Corbucci avait plus de talent que le peu de moyens qu’il se donnait à l’exprimer, ce sont des faits.</p>
<p style="text-align:justify;">Au final, même si j’aime parler du pourquoi du comment, c’est la fiction qui m’entraîne. Celle qui vous parle ou pas. Celle qu’on aime ou pas. Le reste, on en discute après.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-419" style="border-color:initial;border-style:initial;" title="Je reste persuadé que cette image n'a rien à faire ici" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/rango.jpg?w=500&#038;h=312" alt="" width="500" height="312" /></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/maximgar.wordpress.com/409/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/maximgar.wordpress.com/409/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/maximgar.wordpress.com/409/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/maximgar.wordpress.com/409/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/maximgar.wordpress.com/409/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/maximgar.wordpress.com/409/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/maximgar.wordpress.com/409/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/maximgar.wordpress.com/409/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/maximgar.wordpress.com/409/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/maximgar.wordpress.com/409/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/maximgar.wordpress.com/409/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/maximgar.wordpress.com/409/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/maximgar.wordpress.com/409/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/maximgar.wordpress.com/409/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=maximgar.wordpress.com&amp;blog=8650950&amp;post=409&amp;subd=maximgar&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>« La civette est un animal à peu-près fait comme un chat [...] On le met aussi sous le même genre que le chien » &#8211; Dictionnaire Portatif de Commerce (1817 &#8211; Liège)</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Oct 2011 09:45:57 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[« Le café récolté dans les déjections d’une civette, cela me fait penser qu’il y a pas mal de bar-tabac qui s’appellent « la civette ». Tu aurais une explication de cette appellation ? » Quand je me suis réveillé avec une question de &#8230; <a href="http://maximgar.wordpress.com/2011/10/18/%c2%ab%c2%a0la-civette-est-un-animal-a-peu-pres-fait-comme-un-chat-a-la-reserve-que-son-museau-est-plus-pointu-quil-les-griffes-moins-dangereuses-crie-autrement-on-le-met-aussi-sous-le-meme/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=maximgar.wordpress.com&amp;blog=8650950&amp;post=397&amp;subd=maximgar&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="JUSTIFY">
<p align="JUSTIFY"><em><img class="alignnone size-full wp-image-398" title="Extrait du Dictionnaire Portatif de Commerce - ou comment avec le deuxième tome d'une encyclopédie belge, vous étiez paré à aller acheter toutes sortes de trucs géniaux à travers le monde" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/civette-1.jpg?w=500&#038;h=220" alt="" width="500" height="220" /></em></p>
<p align="JUSTIFY"><em>« Le café récolté dans les déjections d’une civette, cela me fait penser qu’il y a pas mal de bar-tabac qui s’appellent « la civette ». Tu aurais une explication de cette appellation ? »</em></p>
<p align="JUSTIFY">
<p align="JUSTIFY">Quand je me suis réveillé avec une question de lecteur dans mon Ricoré du matin, ma biscotte a craqué. Par chance toutes les miettes sont tombées à terre et pas dans mon bol, parce que vous vous en doutez à présent, une miette de biscotte dans mon Ricoré et je passe l&#8217;ami du petit déjeuner au chinois, au tamis, à tous les filtres possibles&#8230; alors que des miettes au sol, ce n&#8217;est rien, tant que je ne marche pas pieds nus.</p>
<p align="JUSTIFY">
<p align="JUSTIFY"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/16b7e92a1685f50c3c6f2d71742b84e5.jpeg"><img class="alignleft size-medium wp-image-399" title="Guillaume Pascanet - un lecteur qui vous donne envie d'écrire !" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/16b7e92a1685f50c3c6f2d71742b84e5.jpeg?w=210&#038;h=210" alt="" width="210" height="210" /></a>Ma première pensée fut la suivante : « Ah ! Quelqu&#8217;un a remarqué que j&#8217;ai publié un autre jour que le mardi ! » ce qui était déjà le cas puisque l&#8217;antépénultième article a paru un mercredi, soit un mardi en retard. Donc ma première pensée aurait du être : « Ah ! Un de mes lecteurs a remarqué que j&#8217;ai publié deux fois dans la semaine, et il n&#8217;a pas l&#8217;air déstabilisé ! » Puis ce fut la catastrophe : « Mais oui ! C&#8217;est vrai ça, j&#8217;aurais pu tartiner mille fois plus sur la civette&#8230; » J&#8217;essayai de faire un commentaire sympathique plein d&#8217;allant et d&#8217;entrain, mais plus j&#8217;avançais, plus j&#8217;y trouvais matière à tout ce qu&#8217;il manquait à l&#8217;article précédent. Ou à tout ce qui aurait pu lui manquer. Il y a parfois des lecteurs qui vous donnent envie d&#8217;écrire. C&#8217;est pourquoi je me lançai dans celui-ci d&#8217;article, en me rouspétant : « et après tu vas encore prétendre que tu n&#8217;as pas pu publier le mardi à 18h30 ! » Je me suis rétorqué : « eh oh ! Camembert&#8230; » en pensant qu&#8217;un jour le Camembert aurait son heure de gloire sur ce site. Plus tard si mon imprésario – parce que oui, j&#8217;ai un imprésario – vient me faire une réflexion selon laquelle je publie trois fois dans la semaine, pour prétendre ne pas réussir à publier le mardi à 18h30, j&#8217;évoquerai la stimulation du café et le machiavélisme feutré des actes manqués dirigés par la main même de la paresse.</p>
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<p align="JUSTIFY"><span id="more-397"></span><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/images-1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-400" title="Balto - oui mon chien, toi aussi un jour tu auras ton article !" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/images-1.jpg?w=188&#038;h=268" alt="" width="188" height="268" /></a>Je me suis demandé un jour, en passant au rayon dvd pour enfants et en tombant nez-à-nez avec la pochette de « Balto Chien-Loup héros des neiges », pourquoi diable tant de cafés, tant de bars avaient le même nom que ce chien métis, moitié loup, moitié huskie, qui mena réellement tout un attelage à Nome, Alaska, quand son maître n&#8217;en pouvait plus, et que les autres chiens étaient quasi mort. Ils étaient quand même porteur du sérum qui devait sauver une bonne partie de la population de la diphtérie ! J&#8217;étais entré dans le premier Balto venu, j&#8217;avais posé la question au buraliste, il m&#8217;avait répondu : « je suis qu&#8217;un employé », le second aussi. Le troisième était plus loquace, « je l&#8217;ai racheté comme ça », en vain. En passant j&#8217;ai croisé d&#8217;autres enseignes cousines, aux noms qui se répètent comme ça, presque sans raison, parce qu&#8217;on les a rachetées ainsi. En littérature, surtout celle où le mot « clope » est encore masculin, on fume au zinc du Balto, parfois même, on y fume des Balto. Bingo ! J&#8217;avais presque trouvé.</p>
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<p align="JUSTIFY">Les cigarettes américaines, si elles se sont imposées en Europe après la seconde guerre mondiale, étaient en fait apparues dès le début du XX<sup>ème</sup> siècle chez les buralistes du vieux continent. Plus raffinées, plus blondes, moins fortes, plus parfumées, déclinées en classic, red, green, groove, poivrées, original tobacco, elles tentent de se frayer un chemin entre les Gauloises, les Gitanes, ces brunes à caractère. Elles se trouvent un public, un public classieux, un public féminin, un public qui croit qu&#8217;il va arrêter de fumer en s&#8217;allumant ses clopes de gonzesses. On connaît la suite de l&#8217;histoire et les cigarettes coûtent de plus en plus cher ma bonne dame, mon bon monsieur.</p>
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<p align="JUSTIFY"> Les Balto étaient des cigarettes américaines. Sur les paquets on y trouvait soit un Indien, ses plumes, son arc et ses flèches, ses peintures de guerre et son air sauvage, soit une caravelle, toutes les voiles gonflées par le vent. Vous ne pouviez pas ne pas comprendre qu&#8217;il venait d&#8217;Amérique ce tabac-là. De toutes façons, ça se savait encore dans tous les ports, Balto, ce n&#8217;était rien d&#8217;autre que le petit nom de Baltimore, le grand port le plus proche de toutes les terres à tabac des Etats-Unis. C&#8217;est la Société d&#8217;Exploitation Industrielle des Tabacs, (la SEIT qui deviendra en 1935 la SEITA en s&#8217;occupant des allumettes) qui lui a donné ce nom, et qui distribue ce « mélange américain » sur le territoire français, parce que cette cigarette n&#8217;a d&#8217;américain que le mélange, qu&#8217;on se le dise, une recette yankee de tabac blond et d&#8217;additif exquis.</p>
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<p align="JUSTIFY">Il était de coutume pour les buralistes alors, de donner à leurs bars-tabacs le nom d&#8217;une marque de cigarettes ou d&#8217;un type de tabac dont ils avaient l&#8217;exclusivité, et c&#8217;est ainsi que fleurissaient les Lucky, les Balto, les Narval, les Ariel ou la Civette.</p>
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<p align="JUSTIFY">L&#8217;histoire de la civette est bien plus ancienne, elle a deux cent cinquante ans maintenant, mais si on y regarde bien, le Roi Salomon qui n&#8217;avait pas de tabac dans sa tabatière s&#8217;en faisait déjà offrir par la Reine de Saba. La civette, quand ce n&#8217;est pas un petit animal qui torréfie le café à la mode intestinale sous certains horizons, est dans le langage des parfumeurs un musc particulier, une matière d&#8217;orfèvre que l&#8217;on désigne comme un fixatif : il permet aux fragrances de se diffuser moins rapidement, d&#8217;être moins éthérées. Chimiquement, cette substance à une grande masse molaire, des propriétés olfactives agréables, et sa « lourdeur » lui permet de retenir les parfums et de les rendre moins volatiles.</p>
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<p align="JUSTIFY">Au milieu du XVIII<sup>ème</sup> siècle, des marchands de tabac parisiens ont l&#8217;idée d&#8217;en ajouter à leur tabac, et lui confèrent ainsi un parfum suave et musqué, viril et épicé : le tabac civette était né. Comme le café, le thé, le chocolat, le tabac en est à l&#8217;heure de toutes les expérimentations. On lui offre des saveurs sucrés, fruités, amères, mentholées, on y ajoute des goudrons pour qu&#8217;il brûle plus régulièrement, des cordes. On soigne ses emballages pour qu&#8217;il continue sa fermentation humide lors des longs transports. Frédéric Pagès, va même en 1996 dans « Descartes et le cannabis » imaginer que lorsque le premier des cartésiens s&#8217;exile aux Provinces-Unies, où il est autorisé de fumer – alors que la Prohibition sévit en France – le tabac si particulier qu&#8217;il y fume, et qui lui rend plus souple ses réflexions, est un tabac qui voyage dans des sacs de chanvre, autrement dit, que Descartes se défonçait au cannabis, pour penser comme il était. Le tabac civette est un tabac brun, presque aigre, et doit son nom à une astuce de parfumerie. Les buralistes qui en vendaient, avaient le droit d&#8217;appeler leurs établissements la Civette, et n&#8217;y manquaient pas.</p>
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<p align="JUSTIFY">Mais cette orfèvrerie de parfumeur n&#8217;est pas étrangère au petit animal qu&#8217;on appelle la civette, et plus particulièrement de celle qu&#8217;on trouve en Ethiopie. Parce que la civette est une sécrétion des glandes de ce petit chat – qui en fait n&#8217;a rien d&#8217;un chat et n&#8217;appartient pas à la famille des félidés &#8211; glandes qu&#8217;il cache aux alentours de son anus. A l&#8217;origine, sa sécrétion lui servait à badigeonner les arbres en guise de carte de visite. Parfois même, à la période des grandes chaleurs – et on ne parle pas là de canicule &#8211; il allait à s&#8217;en enduire tout le corps comme d&#8217;un écran total, rendant son poil soyeux et parfumé. Allez savoir comment il s&#8217;est retrouvé à être élevé en captivité pour que tous les quinze jours on vienne lui retirer ses sécrétions avec une spatule, est une histoire naturelle bien frappée par la nature humaine. Les associations de défense pour les animaux vous expliqueront combien de ces civettes se suicident après cette profanation de leur intimité – 40% d&#8217;entre elles se laisseraient mourir – alors qu&#8217;il existe – depuis quinze ans à peine – une molécule de synthèse destinée à remplacer la civette originale. Tout comme on a su depuis se passer de l&#8217;ambre gris déféqué par les cachalots – ou extirpé directement dans ses boyaux &#8211; du musc du chevrotin porte-musc, du castoreum des glandes anales du castor&#8230; Voilà quatre millénaires quand même que les civettes se font torturer pour qu&#8217;aujourd&#8217;hui mon Terre d&#8217;Hermès me reste au creux du cou. Il ne faudra pas que je l&#8217;oublie quand je boirai enfin un kopi luwak.</p>
<p align="JUSTIFY"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/civette-2.png"><img class="alignnone size-full wp-image-401" title="Ce dictionnaire est un temple de l'approximation généralisée" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/civette-2.png?w=500&#038;h=257" alt="" width="500" height="257" /></a></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#333333;font-family:Calibri, sans-serif;font-size:x-small;"><br />
</span></p>
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<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/maximgar.wordpress.com/397/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/maximgar.wordpress.com/397/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/maximgar.wordpress.com/397/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/maximgar.wordpress.com/397/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/maximgar.wordpress.com/397/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/maximgar.wordpress.com/397/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/maximgar.wordpress.com/397/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/maximgar.wordpress.com/397/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/maximgar.wordpress.com/397/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/maximgar.wordpress.com/397/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/maximgar.wordpress.com/397/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/maximgar.wordpress.com/397/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/maximgar.wordpress.com/397/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/maximgar.wordpress.com/397/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=maximgar.wordpress.com&amp;blog=8650950&amp;post=397&amp;subd=maximgar&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">Extrait du Dictionnaire Portatif de Commerce - ou comment avec le deuxième tome d'une encyclopédie belge, vous étiez paré à aller acheter toutes sortes de trucs géniaux à travers le monde</media:title>
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			<media:title type="html">Guillaume Pascanet - un lecteur qui vous donne envie d'écrire !</media:title>
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			<media:title type="html">Balto - oui mon chien, toi aussi un jour tu auras ton article !</media:title>
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			<media:title type="html">Ce dictionnaire est un temple de l'approximation généralisée</media:title>
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		<title>« What else ? » – George Clooney</title>
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		<pubDate>Sat, 15 Oct 2011 00:00:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>maximgar</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[buddy movie]]></category>
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		<category><![CDATA[Compagnie des Indes orientales]]></category>
		<category><![CDATA[Jack Nicholson]]></category>
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		<category><![CDATA[Stand by me]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce soir j’ai regardé un film pour passer le temps, sans plus attendre. Sans plus attendre était le titre du film, « une comédie gériatrique » avais-je lu une fois quelque part, il y a de cela quelques années. Je n’avais alors &#8230; <a href="http://maximgar.wordpress.com/2011/10/15/%c2%ab-what-else-%c2%bb-%e2%80%93-george-clooney/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=maximgar.wordpress.com&amp;blog=8650950&amp;post=389&amp;subd=maximgar&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong>Ce soir j’ai regardé un film pour passer le temps, sans plus attendre. Sans plus attendre était le titre du film, « une comédie gériatrique » avais-je lu une fois quelque part, il y a de cela quelques années.</strong> Je n’avais alors pas particulièrement l’intention de le voir, et je ne l’avais finalement pas vu du tout. Et maintenant, après avoir rattrapé l’occasion, je peux confirmer que c’était effectivement une comédie gériatrique, de celles qui me mettront vraiment à l’aise dans trente ans pour passer le temps.</p>
<p style="text-align:justify;">Rob Reiner est un réalisateur à la carrière bizarre. On aurait pu penser qu’après avoir en moins de cinq ans dirigé Stand by me, Princess Bride, Quand Harry rencontre Sally et Misery, il poursuivrait une carrière tambour battant. Du moins, je pensais ça à quinze ans, mais je dois admettre en revoyant tous ces films aujourd’hui qu’ils reposaient plus sur des canevas scénaristiques efficaces que sur une maîtrise de la caméra. Je ne m’étonne pas de découvrir les comédies gériatriques aujourd’hui, grâce à ce bon vieux Rob.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/v12267_gd.jpg"><span id="more-389"></span><img class="alignleft size-medium wp-image-390" title="Une affiche qui en dit long sur les scènes d'action" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/v12267_gd.jpg?w=204&#038;h=300" alt="" width="204" height="300" /></a>Par comédie gériatrique, quand je l’ai lu à l’époque, il fallait comprendre une comédie où les héros sont vieux, certainement, et pas une critique de la mise en scène pantouflarde. Carter et Edouard (Morgan Freeman et Jack Nicholson) ne sont plus de prime jeunesse, et se savent condamnés dans l’année, c’est tout le principe du film qui respecte à la lettre les codes du buddy movie en les mêlant plus que jamais aux arcanes de la comédie romantique comme on les respecte à la lettre depuis maintenant vingt ans, chez ces fainéants de scénaristes hollywoodiens. Deux hommes de trempes, de caractères et d’univers différents se rencontrent, mais se complètent pour mener à bien le scénario jusqu’au bout de la pellicule… voilà pour le buddy movie et je peux vous renvoyer aux grands classiques comme 48 heures, Men in Black, l’Arme Fatale, la Grande Vadrouille, le Corniaud, la Chèvre et les Compères, sans oublier le Bon la Brute et le Truand (mais sans la Brute). Ajoutez-y l’ébauche de toutes les comédies romantiques stéréotypées : un homme et une femme qui ne peuvent que se détester, s’apprécient petit à petit, puis s’aiment et après tout est merveilleux, jusqu’à ce qu’à quinze minutes de la fin quelque chose vienne tout gâcher, mais heureusement il y en a toujours un des deux pour s’humilier en public avant le générique final où ils se marient et ont beaucoup d’enfants.</p>
<p style="text-align:justify;">« Sans plus attendre », c’était tout ça à la fois, sans la fougue le mariage les enfants et la passion, puisqu’il s’agit de deux vieilles personnes &#8211; deux hommes en plus &#8211; qui ne vont pas tarder à mourir.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce qui me fait en parler là, ce n’est pas tant le besoin de disserter sur l’indéniable descente aux enfers du film facile de Rob Reiner, ni la tentation de me lancer dans un grand tour du buddy movie dans la nuit du vendredi au samedi vers une heure et demi du matin, c’est qu’Edouard dans ce film à un siphon à café, que lorsque Carter le voit il se met à lui raconter une histoire de berger éthiopien dont les chèvres dansaient la gigue, et qu’enfin on y parle du Kopi Luwak, un des plus fameux café au monde.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>J’ai bien conscience que je ne parlerai pas de café toute ma vie, ni forcément la semaine prochaine, même si le sujet est vaste,</strong> et je vois bien que j’ai passé sous silence le café dans les chansons de soul, l’invention des percolateurs, le what else de George Clooney, le café Chipouille des Inconnus, ou la naissance du cinéma dans les cafés.</p>
<p style="text-align:justify;">Là, c’est surtout que ce Rob Reiner malgré tout le mal que j’en pense – et c’est plus du regret que du mal – vienne me faire penser que je n’ai pas eu un mot pour le Kopi Luwak, un des cafés les plus chers du monde… ça me pousse vers mon clavier et Sumatra.</p>
<p style="text-align:justify;">Dès que ces Messieurs de la Compagnie des Indes orientales ont mis la main sur des caféiers, ils n’ont eu de cesse d’en faire pousser partout dans le monde… y compris les parties du monde qui n’étaient pas dans leur monde. La Vereenigde Oostindische Compagnie, la VOC fut en son temps la plus grande multinationale jamais fondée. Créée en 1602, par la fusion de cinq grandes compagnies des Provinces-Unies, dirigée par dix-sept actionnaires tout de noir vêtus et surnommés les Messieurs XVII, elle comptera en moins d’un siècle jusqu’à vingt-cinq mille employés à travers le monde, une armée privée, une centaine de navires marchands&#8230; Dès 1605 la VOC s’empare par les armes des comptoirs portugais, passe des accords d’exclusivité avec les nations orientales – c’est ainsi que seuls les navires de la VOC pourront accéder au Japon après 1638 – elle organise les monocultures et empêche la migration des graines, plants et plantes hors des territoires où règne son monopole : la cannelle à Ceylan, les girofliers à Zanzibar, mais aussi le textile, la porcelaine, le camphre, le bois de Santal, l’étain…</p>
<p style="text-align:justify;">Le café…</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/new_kopi_luwak_logo.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-391" title="le Kopi Luwak un café avec un arrière-goût de paradis, entre autres" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/new_kopi_luwak_logo.jpg?w=200&#038;h=173" alt="" width="200" height="173" /></a>Les caféiers que l’ont trouve aujourd’hui à Java, Sumatra et aux Philippines sont un héritage de cette Compagnie. Vers le milieu du XVIIIème siècle, les caféiers de l’Océan Indien sont petit à petit remplacés par des théiers. En effet, l’arbre est soumis régulièrement aux attaques des parasites, ces fruits sont souvent mangés par de petits mammifères comme des civettes, et sa culture enfin réussie aux Amériques est plus rentable, ne serait-ce qu’en temps de transport. Mais tous les arbres ne disparaissent pas, et l’on produit encore aujourd’hui à Sumatra un café d’une rare finesse, au doux parfum de caramel et de chocolat : le Kopi Luwak.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce n’est pas que son excellence qui le rend cher, aux alentours de 800 euros du kilo, sa rareté y est pour beaucoup : on en produit moins de deux cent cinquante kilos tous les ans. Qui plus est son mode de reproduction est somme toute hasardeux et orthodoxe, car pour produire un Kopi Luwak, il faut un… Luwak, une civette locale, voire plusieurs. Il faut attendre patiemment que ce petit chat sauvage mange toutes les baies, qu’il ait quelques petites difficultés à les digérer, puis qu’il défèque tout naturellement. Il faut ensuite retrouver ses excréments, fouiller dedans, récupérer les graines non digérés, les torréfier, et obtenir ainsi le Kopi Luwak.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/coffeekopiluwak.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-392" title="Si vous ne deviez pas avoir tout compris à mon article, cette image fera le reste" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/coffeekopiluwak.jpg?w=300&#038;h=250" alt="" width="300" height="250" /></a>Là, George Clooney se contenterait d’un <em>What Else ?</em> et il aurait tort. </strong>Beaucoup ont cherché autour du monde d’autres animaux qui auraient du mal à digérer le café, espérant découvrir des notes et des saveurs inconnues. Pas de bol (de café millésimé), le Luwak semble être le seul animal à disposer d’un appareil digestif et des bactéries adéquates pour reproduire les principes de fermentation industrielle des graines d’arabica.</p>
<p style="text-align:justify;">Je m’en retourne lire avant de dormir cette histoire de Kafka sur son rivage, avant de retrouver une phrase, une chanson, un film ou une aventure de Tintin qui me rappelle que je suis encore loin d’avoir tout écrit sur le marc de café.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/maximgar.wordpress.com/389/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/maximgar.wordpress.com/389/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/maximgar.wordpress.com/389/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/maximgar.wordpress.com/389/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/maximgar.wordpress.com/389/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/maximgar.wordpress.com/389/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/maximgar.wordpress.com/389/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/maximgar.wordpress.com/389/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/maximgar.wordpress.com/389/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/maximgar.wordpress.com/389/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/maximgar.wordpress.com/389/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/maximgar.wordpress.com/389/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/maximgar.wordpress.com/389/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/maximgar.wordpress.com/389/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=maximgar.wordpress.com&amp;blog=8650950&amp;post=389&amp;subd=maximgar&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">T'es sûr que tu veux toujours boire de ton café raffiné ? parce que moi toujours pas !</media:title>
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			<media:title type="html">Une affiche qui en dit long sur les scènes d'action</media:title>
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			<media:title type="html">le Kopi Luwak un café avec un arrière-goût de paradis, entre autres</media:title>
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			<media:title type="html">Si vous ne deviez pas avoir tout compris à mon article, cette image fera le reste</media:title>
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		<title>« Que j’aime ta couleur café » &#8211; Serge Gainsbourg</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Oct 2011 18:15:07 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Je me suis endormi hier soir en feuilletant des pages de Kafka sur le rivage. Deux ans que j’attends de le lire, lentement, quelques mots avant de dormir, ou quelques pages affalé sur mon canapé. Ça doit faire deux ans &#8230; <a href="http://maximgar.wordpress.com/2011/10/12/%c2%ab-que-j%e2%80%99aime-ta-couleur-cafe-%c2%bb-serge-gainsbourg/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=maximgar.wordpress.com&amp;blog=8650950&amp;post=376&amp;subd=maximgar&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong><br />
Je me suis endormi hier soir en feuilletant des pages de Kafka sur le rivage. </strong>Deux ans que j’attends de le lire, lentement, quelques mots avant de dormir, ou quelques pages affalé sur mon canapé. Ça doit faire deux ans et demi que j’ai découvert Haruki Murakami par hasard, et que je lis petit à petit toute son œuvre. J’ai longtemps attendu avant d’ouvrir Kafka sur le rivage, parce que j’en attends beaucoup justement. Je ne sais pas trop ce qui va en ressortir, mais c’est un livre que je commence avec beaucoup d’espoir, avec une impatience feutrée. Un jour ou l’autre, Haruki Murakami sera « revisité » par ces pages. Mais pas aujourd’hui. Si ce n’est qu’en mettant mes idées en ordre pour cet article, un ordre toute relatif, légèrement bordélique, dépareillé, cousu d’une pièce à l’autre avec du fil blanc, je me suis rappelé qu’hier soir, au moment où Kafka rencontre Sakura, il est question de confiture de fraises.</p>
<p><em>« Elle prend un autre sandwich. En fait, deux tranches de pain de mie fourrées de confiture de fraises. Elle fronce les sourcils, comme si elle n’en croyait pas ses yeux.</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>- Dis, tu n’en veux pas ? Moi, la confiture de fraises, c’est ce que je déteste le plus au monde, depuis que je suis toute petite.</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>J’accepte volontiers. Moi, j’aim</em><em>e bien ça, la confiture de fraises. »</em></p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-377" style="border-color:initial;border-style:initial;" title="Masaaki Toyour de Ilario &amp; Magali - extrait de la couverture française de Kafka sur le Rivage" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/kafka_sur_le_rivage_murakami.jpg?w=210&#038;h=210" alt="" width="210" height="210" /></p>
<p style="text-align:justify;">Je n’ai pas aimé la confiture avant de devenir adulte et de me débarrasser de certaines de mes répulsions enfantines : les petits grains des fraises, les petits morceaux de fruits qui troublent les consistances, le mélange du rouge et du jaune sur la tartine. J’ai aussi appris à boire de l’Orangina, dont la pulpe m’avait rebuté pendant de longues années, déjà que les bulles, elles, je les appréciais mieux depuis mes quatorze quinze ans, redécouverte du Pepsi oblige. Je n’ai pas changé du tout au tout, je ne supporte toujours pas la crème dans mon lait, encore moins les miettes, la pellicule supérieure des flans, les jus de fruits épais sauf s’il s’agit de jus de tomates, le sableux des poires et le filandreux des brugnons et autres pêches, alors que j’en adore les goûts, les ersatz industriels dans la gomme à mâcher. La confiture de fraises, c’est ce que j’ai détesté, entre autres et avec beaucoup d’autres choses, le plus au monde, depuis que j’étais tout petit.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-376"></span>Pourtant ce matin, je me suis fait couler un Earl Grey, et j’ai tartiné allègrement sur de la demi-baguette du beurre salé et de la confiture de fraises. Je ne vais pas jusqu’à faire des mouillettes : je ne supporte toujours pas le pain trempé – sauf quand par miracle il se transforme en pudding ou en boudin antillais – cette sensation de biscuit ramolli m’insupporte et je m’interdis encore les cornets de glace et les éclairs au chocolat. Earl Grey et tartines à la confiture de fraises, j’ai pensé que ça ne valait pas un café et un croissant, puis par un dédale d’idées dont aucun architecte n’a le secret, je me suis mis à rêver à ce fameux fumeux café et son croissant et donc aux Danses Povlotsiennes du Prince Igor. J’ai complètement oublié ce sur quoi j’aurais aimé écrire aujourd’hui. J’étais déjà ailleurs. Entre Vienne et la rue de Verneuil.</p>
<p style="text-align:justify;">Un jour que j’avais fait lire à un gars un de mes écrits, quelque chose de ridicule, avec une méchante Reine, et un spadassin prénommé Chrysanthème, il s’était contenté de dire que ça faisait <em>très Gainsbourg</em>. Je ne voyais pas trop où il voulait en venir, ni même s’il voulait quelque chose. Peut-être avait-il pensé que ça me ferait plaisir d’entendre ça, sûrement qu’il lorgnait sur mon intégrale posée comme un trophée à côté de mon poste électroluminescent et pétaradant. Je relus plusieurs fois le texte, cherchant dans le rythme, les double-sens, la provocation autodestructrice de mon héros, un mercenaire de Toussaint dans un conte de fées inadapté aux enfants, la moindre trace de Serge.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>N’importe quoi peut faire très Serge Gainsbourg.</strong> Et ce, pour de multiples raisons. Parce que ceux qui en sont fans, verront des apparitions de lui à chaque coin de rue, comme une Vierge en quête de niche. Parce qu’il a eu, <em>vu de l’extérieur</em>, une vie de touche-à-tout, très parisienne sûrement, mais cosmopolite, riche, classée par « périodes ». Une de ces vies qui en ferait presqu’un héros, à l’image du héros de biopic de Joann Sfar, une connaissance de Corto Maltese, si Corto Maltese avait tenu jusque là, où était revenu de Mu par un couloir parallèle, un deux ex machina quantique hugoprattique.</p>
<p style="text-align:justify;">On peut trouver du Gainsbourg n’importe où quand on le recherche n’importe comment. Prenez l’article précédent par exemple. Alors que Klaus Nomi mariait du Purcell et des séquences pop-Bontempi, le chansonnier à la Gitane collait un Babe Alone in Babylone sur le troisième mouvement de la III<sup>ème</sup> de Brahms. En matière de graffiti, la façade de sa maison à Saint-Germain est comme une toile pour taggueurs amateurs. La chanson du Chevalier Blanc que Gérard Lanvin décline sur tous les tons, y compris le mode castrat, aurait pu aisément être le refrain récurrent d’un semi-opéra. Enfin, de cette souffrance surjouée de l’artiste insatisfait qui se plait à prétendre qu’il n’a malheureusement réussi que par l’intermédiaire d’un art mineur, alors que son rêve était d’évoluer au sein d’œuvres qui sans une initiation ne peuvent être appréciées, je ne peux que faire un parallèle évident : ma rencontre avec Benicio del Toro, dans une salle obscure à regarder Basquiat fut le rite initiatique qui me conduisit vers la peinture.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Je crois moi, si je peux me permettre un avis personnel, que si n’importe quoi peut faire très Serge Gainsbourg, c’est essentiellement parce que Serge Gainsbourg pouvait attirer à lui, mêler à son univers, ce que bon lui semblait.</strong> Dès lors qu’il s’approprie un <em>« Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais, faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume d’une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête, presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de quelqu’un frappant</em><em> </em><em>doucement, frappant à la porte de ma chambre… » </em>pour en tirer un <em>« Une nuit que j’étais à me morfondre, dans quelque pub anglais du cœur de Londres, parcourant l’Amour Monstre de Pauwels, me vint une vision dans l’eau de Seltz… » </em>il y a assurément du Gainsbourg dans le Corbeau d’Edgar Allan Poe, de l’intertextualité à l’état brut, et un refrain de la Symphonie du Nouveau Monde d’Antonín Dvořák en sus.</p>
<p style="text-align:justify;">La diversité des styles de ses chansons, la multiplicité des atmosphères musicales et le nombre des influences  ne m’étonnent pas plus que ça. Gainsbourg n’a jamais cessé d’écrire de la même manière : derrière son piano, déjà quand il poinçonnait aux Lilas, jusqu’à ce qu’il finisse <em>under arrest</em>. Tout n’était après qu’une question d’arrangements et d’arrangeurs, les meilleurs du moment, du pianiste de jazz Alain Goraguer au guitariste Billy Rush, en passant par Michel Colombier, Jean-Claude Vannier, David Whitaker ou Sly &amp; Robbie. Autant de noms qui ne vous disent peut-être pas grand-chose, mais sans lesquels The Verve n’aurait jamais trouvé de sample à piquer aux Rolling Stones pour écrire un Bittersweet Symphony, sans lesquels vous vous amuseriez moins sur le dancehall, et sans lesquels encore vous n’apprécieriez pas autant la poésie orchestrale de la Montagne de Jean Ferrat ou du Métèque de Georges Moustaki, qui seraient restées de belles balades à la guitare sèche et solitaire.</p>
<p style="text-align:justify;">Ses premiers albums, Gainsbourg les a écrits en collaboration avec Alain Goraguer. Un bref coup d’œil sur la carrière de ce pianiste donne un tout autre sens au mot éclectisme. De Boris Vian dans les années cinquante à Abd El Malik en 2008, de la musique de la Planète Sauvage au générique de Gym Tonic de Véronique et Davina, Alain Goraguer a goûté à tous les styles, tous les instruments, tous les rythmes de ces soixante dernières années. Si ses collaborations sur les albums de Gainsbourg ne durent que six ans, elles touchent au jazz, au cabaret, à la guinguette, à l’accordéon, aux rythmes afro-cubains, elles se poursuivent dans la tendance yé-yé, puisque Goraguer arrangera les albums de France Gall ou de Brigitte Bardot.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/serge-gainsbourg-percussions.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-380" title="Gainsbourg Percussions - 12 chansons en Hi-Fi Stéréo ! la qualité Philips !!!" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/serge-gainsbourg-percussions.jpg?w=300&#038;h=300" alt="" width="300" height="300" /></a>Le dernier album de Gainsbourg à porter la signature d’Alain Goraguer est Gainsbourg Percussions en 1964. En douze pistes où les choristes s’égosillent, où les mélodies ont du mal à se dégager un chemin entre les broussailles de la section rythmique, où la contrebasse sert de coupe-coupe dans la jungle de peaux tendues pour laisser passer les textes de Sergio le nouveau découvreur de la Samba et du rythme nigérian, cette ultime prestation des deux musiciens est une offrande de pulsations, un hymne aux outremers du Brésil et d’Afrique Noire, dépouillé au possible des mélodies, s’appuyant au maximum sur la voix pour dégager du chahut et des cahots mesurés ce qu’un battement a à offrir : de l’ivresse.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>C’est au milieu de cet album que se cache Couleur Café.</strong> Et si cette chanson a plus marqué l’Histoire que ses voisines du disque, la Pauvre Lola, Joanna ou Ces Petits Riens, c’est certainement parce qu’elle dispose du texte le plus ciselé du lot et qu’elle est la plus « Gainsbourg » à côté des onze autres : des jeux de mots éparpillés sans se forcer et une femme qui danse. On peut s’imaginer mille histoires autour d’une fille à la peau mate avec des bracelets qui se balancent à ses pieds, on peut juste y penser en prenant un café et se dire au milieu des volutes qui s’élèvent : « il y a du Gainsbourg là-dedans. » Mais il y a aussi du Kaldi qui passe par là avec ses chèvres.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Les chèvres de Kaldi sont les héroïnes malgré elles de la légendaire découverte du café.</strong> Alors qu’il menait son troupeau dans les hauteurs du Djebel Sabor, quelque part dans ce que nous appelons aujourd’hui l’Algérie, Kaldi remarqua que certaines de ses chèvres étaient tout excitées d’avoir croqué dans les cerises amères d’un arbuste qui avait poussé là, on ne sait trop comment. Oui, parce que force est de constater que pour un arbuste qui ne poussait à l’origine qu’en Abyssinie, celui-ci était allé se perdre bien loin de chez lui, certainement le fruit des mésaventures d’un passager égaré au cœur du système digestif épars d’une oie dévoyée. C’est pourquoi, souvent, la même histoire fait état de Kaldi le berger du Yémen, ou de Kaldi le pâtre d’Ethiopie, ou de Kaldi l’homme aux biquettes des dunes. Les chèvres étant du genre à s’attaquer à tout ce qui est feuillu et mal armé en piquants, j’imagine aisément que Kaldi assis sur son rocher ne comprit pas tout de suite quelle plante était à l’origine de cet état de démence qui frappait les râleuses bêlantes. C’est d’ailleurs un grand bonheur pour tous les amateurs du cappuccino et autres cafés liégeois qu’il ne se contenta pas de sacrifier ses animaux atteints de gigue, en les imaginant possédés par un démon hyperactif. Peut-être qu’il n’avait tout simplement pas assez de chèvres pour se permettre le moindre sacrifice même celui d’une bête tarée et épileptique. Une fois qu’il fut certain que l’extrême passion des biquettes pour la transe était liée à ces petites cerises amères, il s’empressa de rapporter ses observations aux moines soufis qui vivaient plus bas dans la vallée. N’écoutant que leur courage, ces derniers n’hésitèrent pas à faire de la bouillie de ces graines, à les tester en décoction, ou tout bêtement à les mordre. <a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/kaldi-and-his-dancing-goats.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-381" title="Kaldi découvre que le café rend son troupeau chèvre" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/kaldi-and-his-dancing-goats.jpg?w=300&#038;h=201" alt="" width="300" height="201" /></a>Là encore, j’imagine qu’ils désignèrent un pauvre bougre, ou un bizut de la congrégation, mais toujours est-il qu’ils constatèrent qu’effectivement, la consommation de ce fruit empêchait les somnolences au cours des prières. La légende dit aussi que l’un des moines n’appréciant que peu le breuvage amer qu’on lui proposait, jeta sa décoction âcre au sol et les baies au feu : le fruit se mit alors à dégager des notes aromatiques nouvelles et inconnues, et c’est ainsi comme une symphonie entêtante la torréfaction était née. Kaldi était retourné vivre dans les contreforts du Djebel Sabor avec ses chèvres, et le café s’apprêtait à conquérir le monde, ses tasses et ses thermos. Le berger ne se doutait pas un instant qu’on parlerait encore de lui dans des centaines de légendes, qui le menait paître ses chèvres, là en Arabie, ici en Ethiopie ou sur le littoral yéménite, voire mille deux cent plus tard, par les paragraphes tortueux dessinées dans les volutes chorégraphiées et pas encore érotiques du café de Gainsbourg.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Evidemment, il existe d’autres contes et des faits qui contredisent les aventures de Kaldi et des biquettes en transe.</strong> Des légendes apocryphes sur Mahomet racontent qu’un jour où le prophète de l’Islam était particulièrement en petite forme, l’ange Gabriel vint lui rendre visite avec un breuvage chaud et noirâtre. Vite requinqué, il aurait désarçonné ce jour-là quarante cavaliers en armes avant de satisfaire quarante femmes. Mahomet fut alors bien inspiré de nommer la boisson divine « qa’wah », le revigorant. D’autres histoires parlent d’un vieux pèlerin arabe à la limite de défaillir en parcourant le désert. Ce dernier à bout de forces planta son bâton de marche dans le sol. La vieille branche fleurit et se couvrit de baies rouges qui rendirent au vieil homme ses jambes de vingt ans et tout son entrain.</p>
<p style="text-align:justify;">Les Experts, non pas ceux de Miami ou de Las Vegas, mais les spécialistes des écoles d’archéologie après avoir observé des restes humains et des fossiles d’excréments retrouvés dans la Corne de l’Afrique sont arrivés à la conclusion que le café était consommé près de mille ans avant notre ère. Ecrasé et mélangé à des graisses animales, il était alors un constituant de repas frugal plus que l’ingrédient principal d’une boisson. La torréfaction serait elle aussi née dans l’actuelle Ethiopie, lorsqu’un incendie de forêt révéla l’odeur subtile qui s’échappe aujourd’hui encore dans les zones industrielles du Havre, près des usines Legal, quand les machines à torréfier le café débarqué de tous les coins du monde expirent sur les grains de l’air chaud sans jamais s’essouffler. Jusqu’au XV<sup>ème</sup> siècle seul le Yémen produisait du café, protégeant jalousement ses plantations sur son sol, et de l’autre côté de la mer, en Abyssinie, ou a priori les caféiers poussaient à l’état sauvage. Des caravanes, des navires, des cavaliers partaient tous les jours depuis Moka qui se targuait alors d’être l’un des plus grands ports d’Arabie, alors qu’aujourd’hui elle n’apparait même plus sur les cartes simples du Yémen. Dans l’empire Ottoman on l’appelle alors « qahvé ». Il deviendra « caffé » à Venise où on en boit dès le début du XVIIème siècle dans des échoppes spécialement ouvertes à cet effet. Il se francisera en « café », s’anglicisera en « coffee ». Par le perpétuel impact des langues les unes sur les autres, le terme de « kawa » ne reviendra qu’après la colonisation de l’Algérie d’où les soldats français le ramèneront avec des mots comme clebs, caïd, toubib, chouïa ou fissa.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Le XVI<sup>ème</sup> siècle voit l’Europe découvrir de nouvelles saveurs.</strong> Elles sont essentiellement alimentaires, mais les boissons ne sont pas en reste. Le chocolat au lait fait un tabac en Espagne dès 1528, l’infusion des feuilles de thé conquiert les capitales européennes et la noblesse dès la fin du siècle. Le café ne s’impose que bien plus tard, désavantagé par sa couleur et son appartenance à la culture musulmane. Des religieux italiens tentent de le faire interdire, persuadé qu’il est puisé aux sources mêmes des fleuves du Diable, bien heureusement le Pape Clément VIII après en avoir goûté une gorgée décide de le baptiser !</p>
<p style="text-align:justify;">Si l’exportation des fruits, légumes et épices des Amériques est une formalité, les délocalisations des plantes des Proche et Moyen Orients sont de véritables aventures d’espionnage ! Ajoutez-y des drames écologiques et sociaux et ils feraient passer les conséquences de la mondialisation du XXI<sup>ème </sup>siècle pour des pleurnicheries de pacotille. Aux Moluques par exemple, les Hollandais de la Compagnie des Indes Orientales font arracher tous les girofliers contre un paiement en verroterie aux souverains locaux, pour disposer des seuls champs du monde à Zanzibar. Le poivre, les textiles imprimés de l’Inde, les soieries du Bengale, le thé sont autant de marchandises pour lesquelles des aventuriers au péril de leurs vies se lancent dans des missions suicides à dos de chameaux, le doigt sur la gâchette du mousquet.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est un pèlerin musulman, Baba Budhan qui le premier arrive à voler des plants de caféiers en profitant de son voyage à la Mecque. Bien avant lui, de nombreux intrépides avaient tenté ce pari, pour finir noyés, écartelés, plantés là avec les arbustes volés, torréfiés, bouillus et foutus, échaudés, lapidés, ou disparus sans laisser d’adresse. Baba Budhan les ramènera jusqu’en Inde, où leurs descendants poussent encore. Rapidement Ceylan sous le contrôle de la Compagnie des Indes Orientales se spécialise dans la monoculture des graines du breuvage noir. En 1678, Louis XIV peu friand de café se voit offrir deux arbustes par l’ambassadeur des Ottomans, deux arbres qui mourront, car on ne sait pas encore comment les conserver en Europe. En 1714 c’est le bourgmestre d’Amsterdam qui pour remercier les Français de leur guerre passée contre les Espagnols, offre à son tour un caféier au Roi Soleil. Depuis 1710, les Hollandais usent des serres et savent même faire se reproduire cet arbre sous les climats européens. Premiers producteurs mondiaux, ayant recouvert Java, Sumatra et les Philippines de ces plants, ils tentent difficilement de l’introduire au Surinam. L’arbre offert à Louis XIV se plait bien dans les serres de Marly-le-Roi. Mieux, en quatre ans, les jardiniers royaux en obtiennent un autre. Il est confié au médecin botaniste Monsieur d’Isembert pour qu’il le plante en Martinique lors de son prochain voyage. L’expérience tourne court car Monsieur d’Isembert ne peut s’empêcher de succomber à une fièvre jaune, six jours après son arrivée, sans avoir eu ni le temps de planter le caféier, ni l’occasion d’expliquer à quelqu’un d’autre combien cette plante était primordiale. Sept ans plus tard, alors qu’il y a maintenant quatre caféiers dans les serres royales, Monsieur de Clieux un capitaine d’infanterie se voit remettre deux de ces quatre arbres. Après un voyage plus long que prévu, le capitaine se retrouvant obligé de partager ses rations d’eau avec les caféiers, l’un d’eux mourant au court du périple, le dernier est planté au nord de la Martinique. En moins d’une dizaine d’années, les plantations de caféiers détrônent celles de cacaoyers. D’un unique arbuste qui avait assoiffé un militaire le long d’une transatlantique, la Guadeloupe, puis Saint-Domingue se recouvrent à leur tour de caféiers. A l’aube de la Révolution, Saint-Domingue produit plus de la moitié du café mondial. Non sans causer des désastres irréparables : le défrichement des terres en hauteur fait encore aujourd’hui d’Haïti un pays instable en terme de gestion de l’écoulement des eaux et victime d’éboulements meurtriers au premier cyclone venu ; à cela s’ajoute une explosion des chiffres de la traitre négrière qui fait qu’aujourd’hui encore, les anciennes colonies françaises des Antilles connaissent une densité sans pareille comparées à leurs voisines.</p>
<p style="text-align:justify;">La Guyane n’est pas en reste. Si les plants venus de Martinique n’ont jamais pris sur le continent, le gouverneur de Cayenne ne s’est pas interdit d’aller récupérer ni vu ni connu, quelques arbustes au Surinam hollandais voisin. Bien mal acquis ne profitant que trop peu, ou trop à ses affaires et pas assez à son foyer, la femme du même gouverneur succombe aux charmes d’un lieutenant portugais et lui offre des graines de café que ce dernier ramènera au Brésil.</p>
<p style="text-align:justify;">L’Île Bourbon – la future Réunion &#8211; produit encore aujourd’hui l’un des cafés les plus prisés du monde : le Bourbon Pointu. Les plants originels de cette variété venaient directement de Moka, où les Français organisèrent plusieurs expéditions guerrières, renversèrent quelques sultans au profit d’autres plus conciliants pour se faire offrir des arbres exceptionnels. En 1704, il y avait moins de sept cent cinquante colons à l’Île Bourbon, le développement des plantations de café fait grimper la population à 17000 habitants avant la moitié du siècle. Mille cinq cents esclaves supplémentaires arriveront chaque année pendant encore près d’un siècle pour maintenir les exploitations.</p>
<p style="text-align:justify;">Les Espagnols réussissent à faire prendre les caféiers en Colombie. Plutôt que faire réciter des Ave Maria aux repentants à confesse, les prêtres sont encouragés à faire les pénitents planter des caféiers. La Colombie n’étant pas le pays le plus angélique du monde, déjà à l’époque, cette histoire illustre à quelle vitesse les terres se recouvrent de plantations. Mais comme ailleurs, l’esclavage s’intensifie. Au Brésil, en Jamaïque, puis bien plus tard au Kenya avec les Britanniques après l’abolition de l’esclavage mais avec le secours des populations débarquées de l’Inde, le café se renverse sur le monde, avec ses senteurs de main d’œuvre docile et servile, ses arômes de reconfiguration des paysages, son amertume. Plus encore que le sucre qui ne réclame des bras qu’à l’heure de la récolte où ses feuilles coupent au plus profond des chairs, plus encore que le coton et cette espèce d’image d’Epinal hollywoodienne des champs parcourus de petites fleurs filandreuses blanches où on chante le gospel pour faire passer le temps et la misère, le café qu’il faut choyer, protéger des insectes, irriguer, planter sur des surfaces gigantesques, nécessite plus d’hommes qu’aucune production agricole n’en a jamais exigé. Et pour mille paires de bras supplémentaires débarquées aux Amériques, combien meurent en chemin, entre Gorée et Port-au-Prince, Belém, Kingston ou Recife ?</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>On découvre par hasard au Congo Belge une autre espèce de café, le Robusta, plus robuste comme son nom l’indique, plus fort en caféine, plus résistant aux parasites.</strong> Nous sommes dans la deuxième moitié du XIX<sup>ème</sup> siècle, et sa culture révolutionne la production, influe sur une baisse des prix, et démocratise le café dans toutes les populations du monde. En 1906, le Brésil qui s’était hissé au rang de premier producteur mondial depuis près d’un siècle se retrouve confronté au phénomène de surproduction, du jamais vu dans l’Histoire économique ! C’est le premier exemple d’envergure des limites des théories économiques libérales : contrairement aux affirmations d’un Pareto, un pays ne peut se contenter d’une production unique, même s’il s’agit d’écraser les marchés mondiaux. Pire l’Etat doit intervenir dans les projets des entrepreneurs ! Il oblige, parfois manu militari, le ralentissement de la production. La crise économique mondiale de 1929 obligera le gouvernement brésilien à racheter le café du pays pour maintenir les prix, tout en plombant les budgets publics et en délaissant l’éducation, les transports et les autres modes de développement. Le café brésilien servira alors de combustible, pauvre ersatz de charbon cultivé à l’air libre.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Mais le café ce n’est pas qu’une boisson, pas qu’un fruit à torréfier. Hasard de la langue, en France, en Angleterre, en Italie, le même mot désigne aussi bien la boisson que les échoppes, les lieux de rencontres.</strong> Ce qui distingue rapidement le café des boissons alcoolisées, les seuls autres breuvages qui se boivent en réunion, c’est qu’il affine les esprits et rend plus vivaces les conversations. Ce constat se tenait dès le XV<sup>ème</sup> siècle en Arabie, quand les haltes où boire le café, autour d’un jeu d’échecs, dans les caravansérails, aux abords des restaurants et des places publiques se multiplient. Ils s’imposent en Europe d’abord dans les ports de commerce, Venise, Gênes, Barcelone, Marseille. Prendre le café dans un salon public s’inscrit comme un art de vivre, voire un art de l’esprit. Le premier café parisien est ouvert par un Arménien du nom de Pascal vers 1670. Quinze ans plus tard, ce cafetier migrera à Londres ouvrir ce qu’on appellerait aujourd’hui quelques franchises. L’un de ses garçons, Francesco Procopio dei Coltelli sera le fondateur du Procope, rue de l’Ancienne Comédie, le café littéraire qui verra défiler Voltaire, Condorcet ou Rousseau, où Diderot planchera sur des articles de l’Encyclopédie et Benjamin Franklin sur des passages de la Constitution Américaine. Pendant la Révolution, les Cordeliers, Danton et Marat en font un lieu de réunion, puis les Jacobins de Robespierre.</p>
<p style="text-align:justify;">J’aime à imaginer que Voltaire prenait son café sans sucre. Car quand Candide et Cacambo revenant de l’Eldorado chargés de trésor portés par des moutons qui s’en vont tous mourir plus crétinement les uns après les autres tandis que le héros grave ses initiales et celles de Cunégonde sur tous les troncs d’Amazonie,<a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/27931.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-382" title="Finalement, &quot;C'est à ce prix que vous sucrez votre café&quot;" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/27931.jpg?w=182&#038;h=300" alt="" width="182" height="300" /></a> ils croisent ce vieux nègre du Surinam, à qui il manque un bras et une jambe, et qui l’accepte en toute philosophie : « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe ». C’est à ce prix qu’il y avait plus de trois mille cafés à Paris à la fin du siècle des Lumières, trois mille cafés pour des millions de tasses où se vivifiait l’esprit de la liberté et des grandes idées.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y a déjà en 1700, près de deux mille maisons de café à Londres. Trente ans auparavant, le Roi Charles II avait bien tenté de les faire fermer, les tenant pour des lieux de réunion de fauteurs de trouble voire pire, de démocrates ! ce qu’ils étaient d’ailleurs. En vain ! Les édits royaux n’y font rien, voire attisent la grogne générale. Les cafés se multiplient et concurrencent les tavernes. Dans toute l’Europe c’est la contagion, les machines à percoler l’eau s’inventent, les hommes se réunissent autour de cartes à jouer, des échecs ou des dames, des débats politiques, des idées philosophiques.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/gainsb6.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-383" title="Ce n'est pas en traînant Rue de Verneuil qu'on arrivera à Vienne, je vous le dis moi." src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/gainsb6.jpg?w=225&#038;h=300" alt="" width="225" height="300" /></a>Mais je m’égare un peu. </strong>J’ai dit plus haut &#8211; il y a de cela si longtemps maintenant &#8211; que j’étais entre Vienne et la rue de Verneuil. J’ai été un peu partout dans mes divagations et toujours pas à Vienne. Les cafés autrichiens prirent du temps à se développer. Non pas que l’Autriche soit la contrée la plus éloignée des autres, mais que le café était une boisson des Infidèles, et que les Infidèles les Autrichiens en avaient particulièrement soupé, si vous me passez l’expression. Pourtant, au même titre que les cafés italiens – du caffè ristretto au miniveneziano en passant par le cappuccino, le macchiatone, l’americano ou le caffè alla Nutella – ou que les cafés belges – le liégeois en tête – les cafés viennois bénéficient d’un large éventail de présentations, de mélanges et de saveurs, toutes accompagnées dans l’imaginaire du touriste vagabond d’un cérémonial précis. Il existe diverses façons de boire le café à Vienne, mais elles demandent bien moins de cérémonials qu’un bal de débutantes, fort heureusement. Le schwarzer est le café noir simple, le plus viennois par son nom le wiener eiskaffee est un café liégeois agrémenté de glace à la vanille. D’autres mélanges se distinguent tel que le Kaisermelange où un jaune d’œuf et du cognac viennent baigner dans le café, ou l’überstürzter Neumann, une coupe de Chantilly sur laquelle on renverse un double moka. Le café s’est imposé à Vienne en 1779, après que l’alcool fut fortement taxé. Jusque là, même si de notables maisons de café existaient, le café avait conservé cette note ottomane insupportable, malgré qu’un Franz Georg Kolschitzy ait pu avoir l’idée – entre autres idées – d’y rajouter une goutte de lait, voire une bonne grosse larme de crème. De toutes les façons, ce serait bien réducteur de réduire ce pauvre Franz à l’invention du café au lait.<strong></strong></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La première maison de café viennoise s’appela la « Zur blauben Flasche », la Bouteille Bleue. </strong>Luxueusement parée on la trouvait rue du Dôme à l’ombre de la cathédrale. Et s’il n’en reste plus rien aujourd’hui, c’est peut-être tout simplement parce qu’elle n’a jamais existé ! Mais entendons-nous bien, ce n’est pas parce qu’elle n’aurait jamais existé que je vais me mettre à utiliser le conditionnel et autres tortures conjuguées. Les chèvres de Kaldi n’ont jamais rien brouté de comestible dans le Djebel Sabor, a priori Kaldi ne s’est jamais appelé Kaldi mais était un petit gamin Masaï qui courrait après les chèvres de son père, et peut-être qu’elles bouffaient n’importe quoi comme la première chèvre venue au beau milieu d’un Jardiland. Corto Maltese n’a jamais rencontré Gainsbourg, mais Butch Cassidy dans Tango, ce qui laisserait croire que Paul Newman fait semblant à la fin du film et évite toutes les balles de l’armée bolivienne, alors que Robert Redford finit comme une passoire. Mais alors ? Qu’importe ! La Zur Blauben Flasche n’ouvrit qu’après le siège de Vienne de l’été 1683 et fut fondée par un homme qui avait tout pour être lui aussi une connaissance de Corto Maltese : le fameux Franz Georg Kolschitzy, un jeune noble polonais qui fut marchand, espion, diplomate, galant homme, inventeur légendaire du café crème et du croissant, beau parleur, interprète et joueur de cartes. Mais quand le décor de l’Histoire se plante, tout son pédigrée n’a que peu d’importance.</p>
<p style="text-align:justify;">Le bataille de Vienne en 1683 marque un tournant dans l’Histoire. Au cours des affrontements entre Chrétiens et Musulmans sur le territoire est-européen, ce siège  de la capitale autrichienne est ce que Stalingrad représente pour la Seconde Guerre Mondiale, le moment où tout se renverse indéniablement. Depuis la fin du XIV<sup>ème</sup> siècle et la sévère raclée de Nicopolis qui marqua l’installation des Ottomans dans les Balkans, et au cours de laquelle l’ensemble des nations européennes coalisées mirent un genou à terre, la menace turque ne cessa de planer sur les terres slaves. C’était carrément la psychose pour parler franchement.  Vienne fut assiégée une première fois en 1529, par Soliman le Magnifique en personne qui en moins d’une dizaine d’années s’était emparé de ce que nous dénommerons les pays de l’ex-Yougoslavie, mais aussi de Rhodes et de la Hongrie. La météo capricieuse, une guerre de tranchée surprise dévoilée trop vite et l’usage de bombes artisanales par les Viennois eurent raison des rêves d’expansion de Soliman.</p>
<p style="text-align:justify;">A l’aube de l’été 1683, fort d’une armée de deux cent cinquante mille hommes le Grand Vizir Kara Mustafa fonce sur Vienne. Le 14 juillet, il encercle la ville. Ses remparts la rendent imprenable, mais contrairement à son auguste aîné, Kara Mustafa assiège Vienne pendant les beaux jours, et dispose d’une logistique importante depuis les provinces voisines de Hongrie. Deux nobles se lèvent pour soutenir les Viennois : le Duc sans Duché Charles II de Lorraine, et le Roi de la République des deux Nations le Polonais Jean III. Ils ne sont à la tête que de soixante-dix mille hommes, mais plein de témérité, ils attendent le 15 août pour partir sous la protection de la Sainte Vierge. Le Grand Vizir ne se soucie même pas de leur arrivée : soixante-dix mille hommes ! quelle blague.</p>
<p style="text-align:justify;">Des toits de Vienne, la situation n’est pas désespérée. En prenant de la hauteur, des faiblesses évidentes apparaissent dans l’organisation turque. Les troupes sont éparpillées de manière à faire tomber les murs, par un travail de sape, lent et méticuleux, mais nullement disposées à réagir à des attaques ciblées contre sa cavalerie ou son réseau d’intendance. Encore faut-il prévenir le Duc sans Duché et le Roi de la République des deux Nations.</p>
<p style="text-align:justify;">Les pigeons messagers n’ont jamais délivré les messages que dans un seul sens. Qui plus est, les archers ottomans n’hésitent pas à descendre le moindre volatile suspect. Le tam-tam est encore peu en usage en Vienne. Quant aux messages de fumée, ils ne sont bien maîtrisés qu’au fin fond de l’Amérique du Nord. Chaque soir, le comte Ernst Rudiger Starhemberg, commandant de la garnison de la ville, envoyait des messagers à destination des alliés. Quand l’aube pointait, on les retrouvait tous face aux portes de la ville : décapités, démembrés ou mourants.</p>
<p style="text-align:justify;">Vienne s’apprête à tomber quand Franz Georg Kolschitzy propose ses services. Ce fils de la noblesse polonaise a parcouru le monde. Négociant à Vienne, il a travaillé dans le commerce à Venise, Belgrade, Istanbul. Interprète, financier, banquier, aventurier, il pense pouvoir duper la vigilance des Ottomans par sa maîtrise d’une demi-douzaine de dialectes arabes. Vêtu de guenilles mais à la Turque, accompagné de son valet de toujours qui avait bien parcouru les ruelles sombres de l’Orient, ils traversent sans aucune peine tout le camp ottoman et rejoignent les hommes de Charles II de Lorraine. La stratégie viennoise peut alors s’appliquer : le 12 septembre 1683, en à peine trois heures, soixante-dix mille soldats allemands, autrichiens et polonais fondirent au cœur même des deux cent cinquante mille Ottomans, en tuant quinze mille (pour quatre mille pertes) mais provoquant une panique indescriptible au cours de laquelle l’armée orientale se répandit dans la campagne abandonnant ses armes, ses vivres, ses montures : plus de soixante mille têtes de chevaux, chameaux et moutons, des centaines de canons, assez de riz, huile, miel, blé pour que Vienne survive tout l’hiver, et cinq cents sacs de café. Ces graines étaient inconnues de la majorité, on pensa même qu’il s’agissait de la nourriture pour chameaux. A partir de ce jour, les troupes ottomanes ne cessèrent de reculer : la Libération était en marche.</p>
<p style="text-align:justify;">Franz Georg Kolschitzy fut célébré en héros, et se vit remettre de hautes récompenses, dont les cinq cents sacs de café. C’est ainsi qu’il ouvrit son salon de café, le premier du genre à Vienne, la « Zur blauben Flasche ».</p>
<p style="text-align:justify;">Mais il ne rencontra pas le succès… Le café était âcre, sombre et… turc. Il lui suffit alors d’y ajouter deux détails. En premier lieu une pointe de lait, puis une louche de crème, afin de donner une identité occidentale à ce breuvage, et dans un second temps il fit commander une pâtisserie de Vienne – autrement dit une viennoiserie – en forme de croissant, pour laisser à tout à chacun le plaisir d’engloutir le symbole turc. Voilà comment je me retrouve devant mon Earl Grey et ma tartine de confiture de fraises à rêver d’un café noir et d’un croissant.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Cette histoire a priori n’est qu’une légende.</strong> Qu’un Franz Georg Kolschitzy ait traversé les lignes turques pour remettre des plans à Charles II, semble véridique. Que ce dernier soit devenu le patron de tous les boulangers et cafetiers viennois est avéré, il l’est encore. Par contre, il n’aurait jamais eu le droit de récupérer les sacs de café, et encore moins de les torréfier et de tenir un salon. Ils furent certainement brûlés avec toutes les prises de guerre dont on ne savait que faire. Des traces d’un tel héros apparaissent dans de vagues registres, où l’on apprend qu’il louait une chambre dans un hôtel du nom de la Bouteille Bleue. Après comment les choses s’imbriquent pour se créer des fables là où les conclusions ne tiennent pas de la romance, c’est tout un processus qui échappe à tous les Kaldi et toutes les chèvres de la planète. Le même processus qui me fit un temps penser aux danses povlotsiennes, et dont les paysans en farandole s’éveilleront peut-être dans un prochain article, même s’il n’y a pas de Gainsbourg dedans, tout Russe soit-il.</p>
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		<title>« Let me, let me, freeze again » &#8211; Le Génie du Froid</title>
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		<pubDate>Tue, 04 Oct 2011 16:30:49 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">J&#8217;ai du le raconter plus de cent fois à voix haute, à voix de plume, à voix de clavier, sur des écrans, sur des papiers, dans des calepins, dans des bars, dans l&#8217;intimité, à des inconnus, à des moins connus aussi, mais franchement ! Oui franchement ! le pied que ce serait de commencer quelque chose, une nouvelle, un roman, un article, une série d&#8217;articles par : <strong>« Le jour où j’ai découvert Benicio del Toro, j’étais au cinéma Star, rue du Jeu des Enfants à Strasbourg. Je m’étais acheté un billet pour aller voir Basquiat. »</strong> Vous n&#8217;imaginez pas à quel point je peux connaître ces deux phrases par cœur, combien elles m&#8217;habitent et résonnent. Combien elles me hantent et m&#8217;obsèdent. Si vous les rencontrez toutes les deux ensemble sur un mur des toilettes de votre pub préféré, dans une boule de papier froissé qui roule dans la rue, sur la page internet d&#8217;un blog inachevé, il y a de grandes chances que je sois passé par là, après elles, ou avant. Rien n&#8217;est vraiment sûr.</p>
<p style="text-align:justify;">Quand on les regarde toutes les deux comme ça, comme deux gamines ni trop laides, ni trop belles, plusieurs questions peuvent surgir. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;elles ont bien de particulier ? Qu&#8217;y a-t-il de si bon qui vaille d’en tomber amoureux ? Et je suppose que tu as vu Basquiat, puisque tu as découvert Benicio del Toro?  Quels articles ? Quels calepins ? Tu crois vraiment vouloir aller quelque part avec ça ?</p>
<p style="text-align:justify;">A peu de choses près, plutôt que de lire « Maximgar revisite ses classiques », vous pourriez être sur « Le jour où j&#8217;ai découvert Benicio del Toro ». Je m&#8217;étais imaginé un blog comme celui-là, je me suis imaginé mille choses avec ces deux phrases, comme on s&#8217;imagine mille choses avec une femme qu&#8217;on désire et avec laquelle on n&#8217;entreprendra rien. <span id="more-363"></span>Le blog en question aurait vu tous ses articles commencer par <em>le jour où j&#8217;ai découvert untel, j&#8217;étais à&#8230; je faisais du&#8230; j&#8217;avais l&#8217;habitude de&#8230; </em>De cette rencontre avec Benicio il me reste tant de choses, de souvenirs brouillés, d&#8217;instants plus imaginés que vécus, que je pourrais finir par raconter un bon quart de ma vie, ou juste le meilleur de ma période Charles Appell, parce que, vous allez rigoler peut-être, si certains ont des couleurs pour désigner des périodes, moi je me contente des noms de rue sans préciser celui des villes. J&#8217;ai vécu à l&#8217;angle des rues Charles Appell et Ehrmann sans jamais me demander qui était l&#8217;un ou l&#8217;autre, dans un petit rectangle de vingt mètres carré à peine, à trois. Si j&#8217;avais le temps là, je vous parlerai de Pascal, de Rachel, de Christophe et Sophie, de ma dernière heure dans cette rue que j&#8217;ai vécue sans savoir que c&#8217;était déjà la fin du monde, pas parce que j&#8217;étais en retard pour le boulot, ça j&#8217;avais pris la mauvaise habitude de n&#8217;avoir que deux minutes d&#8217;avance, mais parce que c&#8217;était mes dernières heures dans ce boulot là, dans cette ville là, avec ceux que j&#8217;aimais là, et que rien, rien ne m&#8217;avait prévenu. Même pas ceux qui étaient au courant.</p>
<p style="text-align:justify;">Ces deux phrases sont devenues évidentes, évidemment belles, juste au sortir de 21 Grammes d&#8217;Alejandro González Iñárritu. Parce que des destins déchirés recousus pêle-mêle dans une salle de montage où Stephen Mirrione avait perdu tout le sens des horloges pour ne garder que la justesse des horlogers, je n&#8217;avais eu d&#8217;empathie que pour son personnage, des instants insignifiants m&#8217;éloignant petit à petit des deux autres fantômes campés par Sean Penn et Naomi Watts, pour ne regarder, ne garder que l&#8217;image de la culpabilité, de l&#8217;impossible pardon, de la foi vacillante, incarnée par cet acteur balourd, au visage bouffi, au regard éthéré, aux cheveux en bataille, et aux gestes las. Je me suis souvenu que je l&#8217;avais découvert dans le Basquiat de Julian Schnabel. Là, la drogue le rendait amorphe.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/38150e-image-de-basquiat-1526.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-364" title="Jeffrey Wright et Benicio del Toro - Basquiat de Julian Schnabel (1996)" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/38150e-image-de-basquiat-1526.jpg?w=300&#038;h=166" alt="" width="300" height="166" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Je n&#8217;ai jamais ouvert de blog du genre : <em>le jour où j&#8217;ai découvert Benicio del Toro, c&#8217;était pendant une année de cinéma que j&#8217;avais trouvée magnifique</em>, pour la simple et bonne raison, que je ne l&#8217;avais pas vraiment découvert là. L&#8217;année précédente, il avait été un suspect usuel, et bien longtemps avant Thimoty Dalton avait usé de son permis de tuer à son encontre. Je sais bien, je ne l&#8217;avais pas vraiment découvert à ces occasions, mais juste croisé&#8230; mais tout est bon pour se retenir, quand on a peur d&#8217;écrire, ou que l&#8217;on cherche à être méticuleusement paresseux.</p>
<p style="text-align:justify;">Le jour où j&#8217;ai découvert Benicio del Toro, j&#8217;ai découvert Jeffrey Wright dont l&#8217;interprétation somptueuse du peintre tout en pyjama – ce sont les seuls mots qui me viennent là – laissait présager d&#8217;une carrière somptueuse, pleine de compositions éclectiques, et qui se résume tristement pour le moment à Félix Leiter le sempiternel collègue américain de James Bond, et à un Colin Powell shakespearien quand il y a quelque chose de pourri au royaume de l&#8217;administration Bush. J&#8217;ai découvert Basquiat, voire plus, j&#8217;ai découvert la peinture. Les peintres, je citerai au hasard Kandinsky, de Staël ou David, les peintres qui jusque là ne m&#8217;avaient jamais parlé, se sont mis à susurrer, et moi à entrevoir. Ce jour-là, j&#8217;ai aussi découvert Andy Warhol, Claire Forlani, Tom Waits, Van Morrison&#8230; C&#8217;était un mardi soir, un premier avril, un mardi de Pâques.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce n&#8217;est pas si ridicule de donner à ses périodes des noms de rue, ce n&#8217;est pas si ridicule quand on bouge beaucoup, et qu&#8217;à chaque halte on s&#8217;assoit pour écrire différemment. Les rues, quand j&#8217;y traîne, on y entend des éclats de vie. Je lis sur les frontons que tel grand homme a vécu ici, et parfois quand une fenêtre s&#8217;ouvre très grand sur une disposition de meubles épars, je lis que tel homme tout simple vit là. Les rues quand j&#8217;y vis, j&#8217;essaye d&#8217;en connaître la moindre sinuosité, la moindre gouttière qui pleure de travers et creuse une lézarde de trottoir. J&#8217;aime les rues parce qu&#8217;elles sont artistes malgré elles. Et je ne dis pas ça juste parce qu&#8217;elles ont accouché du graffiti.</p>
<p style="text-align:justify;">Les rues ont accouché du graffiti alors même qu&#8217;elles n&#8217;étaient encore que des galeries troglodytes. On y racontait la chasse et la cueillette, la conquête du feu et la brûlure des femmes. Ou peut-être étaient-ce juste des plans de bataille, histoire de savoir où Rahaha devait se mettre pendant que Rohoho et Rihihi dégraisseraient le mammouth par les flancs. Avec l&#8217;écriture, les murs  sont devenus le réceptacle des réflexions lapidaires, et ce bien avant qu’ils soient en pierre. On y inscrivait de tout, on y inscrivait rien, en lent et éphémère, le prix de la catin du passage obscur d’à côté, des je t’aime crapuleux, des dénonciations anonymes, ou des fois l’inverse, des je t’aime anonymes et des dénonciations crapuleuses. Jusque dans la veine des tensions politiques, le graffiti est allé crier ce qu’on ne pouvait crier de vive voix, comme un écho plaqué dans le crépi. Il dénonce l’occupation, il annonce la révolution. Schmauss invente l’aérosol en 1920, Rotheim brevète la valve en 1929, dans les années 60, avec la maîtrise du diméthyle éther, les premières bombes de peintures aérosol badigeonnent les rues, ou à vrai dire, elles s’attaquent en premier lieu aux couloirs du métro. Dans le subway new-yorkais les rames se couvrent de signatures underground. Il s’agit souvent d’affirmer son identité, <em>je m’appelle maximgar, je revisite des classiques</em>, on l’inscrit dans maintes et maintes goulées, on affine la calligraphie ou on la dilate. Il s’agit de faire remarquer son passage, de s’approprier le territoire, il n’y a pas plus de message que <em>je suis passé par là</em>. René Ricard écrira : « <em>Dans cette ville la reconnaissance est le facteur déterminant. Il est primordial de se montrer.</em> » A New-York les graffeurs solitaires s’agglutinent en crew, en posse, dorénavant c’est en meutes qu’ils s’approprient le métro, leurs signatures deviennent des acronymes, TCA pour The Crazy Artists, SAMO pour the Same Old Shit. Si cette nouvelle forme d’expression impressionne à ses débuts, le débat divise rapidement, et dans la seconde moitié des années 70, les graffeurs sont chassés du métro, et s’en vont peinturlurer les murs des quartiers défavorisés. La mode comme le gaz volatile des bombes aérosols se répand à l’infini, Philadelphie, Los Angeles, Barcelone, Londres, Berlin ou Paris.</p>
<p style="text-align:justify;">Shannon Dawson, Al Diaz et Jean-Michel Basquiat graffaient sous le pseudonyme de SAMO. Basquiat rapidement continuera seul. Ces trois là se sont rencontrés dans une école pour enfants doués. A ce qu’on raconte, Jean-Michel Basquiat savait écrire dès l’âge de 4 ans. Des croquis il en faisait déjà avant d’aligner des petits mots, s’inspirant des films d’Hitchcock, des comics, des bolides dans la rue. Sa mère, une jeune portoricaine l’encourage, elle le traîne dans les musées. En ouverture du film de Julian Schnabel, en opening titles comme on dit sur l’autre rivage, on la voit qui l’emmène voir Guernica, tandis que The Pogues psalmodient l’intro de Fairytale of New York une couronne dorée apparaît au-dessus de la tête de l’enfant, toujours plus brillante et dorée, prémonition de celui qu’un article baptisera bien plus tard The Radiant Child. A sept ans, victime d’un accident de voiture, il est hospitalisé, sa mère lui offre à cette occasion un le Gray’s Anatomy, qui n’a rien à voir avec un coffret des différentes saisons d’une série télé hospitalière. De ce bouquin, la bible des représentations anatomiques depuis 1858, et le livre de cuisine d’Anjelica Huston dans la Famille Addams, il apprend à dessiner des organes, des os, des squelettes. Son père est Haïtien, et à onze ans, lorsqu’il découvre la littérature, il le fait en espagnol, en français et en anglais. A quinze ans, sa mère le fait entrer dans cette fameuse école pour enfants doués.</p>
<p style="text-align:justify;">On peut être étonné de ce que Basquiat apparaisse alors comme un paumé au début du biopic, une sorte de junkie rasta à la limite du vagabond, titubant plutôt qu’il ne marche, s’égarant dans des trips stupéfiants plutôt qu’il ne sourit. Après tout, on le voit qui se réveille et émerge d’une boîte en carton dans le dos d’un critique d’art qui écrit alors :</p>
<p style="text-align:justify;"><em>« Tout le monde voudrait s’embarquer avec van Gogh. Aussi horrible soit le voyage, les candidats ne manqueront jamais. L’idée du génie méconnu s’échinant dans une mansarde est une idée bête à ravir. C’est à la vie de Vincent van Gogh qu’on doit d’avoir lancé ce mythe. Combien de toiles a-t-il vendues ? Une ? Il n’arrivait même pas à les donner. C’était l’artiste le plus moderne de son temps, mais personne n’en voulait. Sa vie est une telle honte pour nous que l’Histoire de l’Art ne consistera plus désormais qu’à racheter cette négligence. Nul ne voudrait appartenir à une génération qui ignorerait un nouveau van Gogh. Dans cette ville la reconnaissance est le facteur déterminant. Il est primordial de se montrer. Une part du travail de l’artiste consiste à exposer l’œuvre en un lieu où je puisse la voir. Je me considère comme une métaphore du public. Je suis un œil public. Un témoin, un critique. Quand on découvre un nouveau tableau, il s’agit de ne pas louper le coche. Il faut être très prudent, on est peut-être en présence de l’oreille de van Gogh. »</em></p>
<p style="text-align:justify;">Ces mots sont de René Ricard, poète et journaliste qui à dix-huit ans à peine quitta Boston pour New-York afin de se fondre dans la cour d’Andy Warhol. Bien décidé à racheter les générations qui avaient loupé van Gogh, lui qui avait déjà porté Julian Schnabel au firmament, il écrivit un article sur Basquiat, <em>The Radiant Child</em>, donnant un peu plus de lumière à SAMO dont le peintre des rues était le dernier survivant, et qui d’ailleurs, comme un mort en permission signait SAMO is dead.</p>
<p><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/samo1.jpg"><img class="size-full wp-image-366 aligncenter" title="SAMO was here" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/samo1.jpg?w=290&#038;h=189" alt="" width="290" height="189" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">En s’échappant du cocon familial, à dix-huit ans à peine, ne voulant vivre que pour l’art et sans contrainte, il se retrouve à vendre des t-shirts qu’il barbouille, des cartes postales qu’il gribouille, des démos de samples qu’il bidouille mécaniquement comme il peint, il traîne dans l’East Village bien décidé à se faire des fréquentations, au Club 57 il rencontre des artistes qui s’essayent, les B-52s, Cyndi Lauper, Klaus Nomi, ou Madonna,  au Mudd Club il retrouve les mêmes, et Lou Reed, et David Byrne, et Vincent Gallo, et Nico…</p>
<p style="text-align:justify;">Un article de René Ricard, une carte postale vendue à Warhol, et Basquiat s’ouvre les portes du grand monde. S’il vend plus de toiles que Van Gogh, s’il n’a pas à s’inquiéter pour manger ou s’acheter de la dope, il n’en reste pas moins un artiste maudit, influencé – ou pas – par un entourage superficiel ou un Warhol omnipotent, un de ces peintres qui s’échinent dans un sous-sol, et qui découpent leurs carrières en périodes.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/jean-michel-basquiat-cadillac-moon.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-368" title="Cadillac Moon - Basquiat 1981" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/jean-michel-basquiat-cadillac-moon.jpg?w=300&#038;h=285" alt="" width="300" height="285" /></a>Dans une première, il reste l’artiste de la rue, il dessine la pauvreté, les voitures, son obsession pour la mort et la décrépitude. Dans une seconde, il devient l’artiste inspiré par son identité noire, il écrit, il colle, il superpositionne. Dans une troisième il élargit son éventail technique, mais son œuvre a une teinte d’héroïne, celle qui surdosée le tue le 12 août 1988 à vingt-sept ans.</p>
<p style="text-align:justify;"> Ce qui étonne dans le film de Julian Schnabel, ce peintre néo-expressionniste d’une toute autre formation – passé par les Beaux Arts et le Whitney Museum of American Art &#8211; qui gravitait dans son milieu, c’est la multiplication des guests. Pas tant les rôles principaux, David Bowie, Dennis Hopper, Gary Oldman ou Michaël Wincott… mais surtout les passages furtifs d’un Willem Dafoe ou d’un Christopher Walken – lequel journaliste d’art vient interviewer l’artiste avec la même veine qui l’anime quand il vient rendre la montre paternelle au jeune Bruce Willis dans Pulp Fiction. Tous donnent à ce film réalisé sans prétention et avec un classicisme feutré par un novice que rien ne prédisposait au cinéma, même son sens de la composition,  une force d’hommage à un artiste qui donnait l’air d’un copain sincère, vaguement à la ramasse, mais sincère. Et délicat. Un hommage d’autant plus sensible qu’ils l’avaient tous connu ou croisé, et que la plupart des gars et des filles qui trainaient dans le coin avaient été abattus dans un coin de vie, par la drogue ou le SIDA. <a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/basquiat_web1.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-369" title="Pegasus - Basquiat 1988" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/basquiat_web1.jpg?w=300&#038;h=294" alt="" width="300" height="294" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Avant de découvrir Benicio del Toro, je n’en savais rien. Rien de la peinture, rien de la scène punk new-yorkaise, rien de The Pogues, rien de la Symphonie n°3 de Gorecki, rien d’Amor sull’alli rosee. A cette période là, et pour un bon moment encore, 1.Outside de Bowie était mon disque de chevet, et d’avoir reconnu dans la déréliction du héros, une chanson de cet album lynchien m’avait rassuré dans cette impression d’immersion trop rapide dans un nouveau monde.</p>
<p style="text-align:justify;">Je ne savais rien de Purcell alors. J’avais bien un beau livre sur les grands compositeurs dans ma jeunesse, une encyclopédie sans image et sans partition, mais je n’étais jamais allé voir ce qui se faisait avant Bach. A tort peut-être, mais encore aujourd’hui, je me dis qu’il me reste tout mon temps. Et puis de toutes les manières, en ce qui concerne cet article, là, je saute les étapes.</p>
<p style="text-align:justify;">Je l’ai dit, de cette rencontre avec Benicio del Toro, il me reste tant de choses que je pourrais m’éparpiller sans peine et vous raconter toute ma vie, ou juste comment j’ai découvert Nicolas de Staël en m’étourdissant avec U.N.K.L.E. dans les oreilles, en tournant des pages glacées, en brûlant le bout de mes doigts avec une Benson, quand je ne les trempais pas dans mon rooibos d’après minuit.</p>
<p style="text-align:justify;">Je suis tombé sur Klaus Nomi par hasard en suivant le Bowie d’Ashes to Ashes. Il était là avec sa tenue de clown blanc en smoking, le torse triangulairement bombé et moi je comatais dans ce grand appartement qui trônait où l’avenue des Vosges devient l’avenue d’Alsace. Les sonorités étaient proches de Vangelis et l’on venait juste de regarder Blade Runner. Je l’ai emmené avec moi, sur une cassette et je suis rentré le baladeur d’un kilo dans la poche avec cet ami Pierrot au clair de la lune. L’écouter et marcher sans entendre ses propres pas, se faufiler dans le peu d’ombres que laissent les réverbères fut comme une ballade mystique à la frontière que dessinent le n’importe quoi et le n’importe comment, quand ils se marient dans le très bien fait. Je rencontrai ce soir-là Henry Purcell entre deux divagations pop minimalistes.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/nomi_big.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-370" title="Klaus Nomi" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/nomi_big.jpg?w=300&#038;h=300" alt="" width="300" height="300" /></a>Ce qui était bien finalement, du temps où nous n’avions pas l’Internet et ses moteurs quatre-temps de recherches, c’est que pour chercher et trouver, il fallait se tromper et essayer longtemps. Après avoir entendu la Cold Song, ce chant qui pleut comme si les violons de l’hiver de Vivaldi s’étaient ralentis et gelaient sur place, j’ai cherché comme je pouvais l’œuvre dont elles étaient inspirées en parcourant les rayons de la Fnac, en tentant de trouver à l’arrière de la pochette sous son film plastique et son prix à l’étiquette magnétique des références qui toujours m’échappaient. Pendant tout ce temps à ne pas m’y retrouver, et à ne rien trouver de tant d’autres choses, Klaus Nomi restait là dans son coin, comme celui qui avait croisé le Major Tom, ou le Spaceboy d’Hello Spaceboy, un chanteur de plastique qui rayonnait de tout ce qu’auraient pu être les années 80, dans un subtil mélange entre la technique accomplie de musiciens qui savaient tout de la musique du XVIème siècle à leurs jours et l’intuition informatique, avant que le dollar et Ronald Reagan ne s’en mêlent, un semblant de crise aussi, et que le SIDA, le chômage, les boites à rythmes finissent de nettoyer le décor.</p>
<p style="text-align:justify;">L’album éponyme de Klaus Nomi laisse croire aujourd’hui encore en une réconciliation entre la grande musique et la pop, aux glissements de l’une à l’autre sans plus d’artifice que ça, juste en changeant de pistes. J’étais un garçon qui avait du mal à répondre à la question : qu’est-ce que tu écoutes généralement comme musique ? parce que je craignais de ne pas être assez snob, parce que je redoutais de n’avoir rien à faire découvrir, parce qu’essentiellement j’avais peur de répondre de tout, une réponse qui m’avait l’air fausse et paresseuse. Il y avait moyen dorénavant de dire j’aime Klaus Nomi, ça me donnait l’impression de dire j’écoute FIP, je sais passer de Morcheeba à Haydn juste parce que je le veux. Il avait su, sans travestir un genre dans l’autre, marier deux styles qui n’avaient cessé de s’éloigner depuis cent quatre-vingts ans. Il avait su, sans pour cela verser dans les unions mystiques d’un soir de supermarché, comme Enigma ou Era quelques années après lui. Evidemment c’est facile à dire comme ça, quand Klaus Nomi est passé en trombe, le temps de deux albums, fauché par le virus qui fit frémir la planète avec son air de fin du monde.</p>
<p style="text-align:justify;">The Cold Song qu’il emprunte avec tant de naturel à Henry Purcell n’a rien d’une chanson sacrée. Souvent il arrive que cette distanciation au sein de l’ère musicale qui s’est produite entre « musique populaire » et « musique savante » laisse croire que ce qu’on appelle la musique classique, et plus encore quand elle a traversé trois siècles pour nous parvenir, est essentiellement de la musique sacrée. Pas du tout.</p>
<p style="text-align:justify;">Evidemment Henry Purcell eut, comme beaucoup de ses collègues de l’époque, à écrire de la musique religieuse. Ses premières gammes, il les fit auprès de son père et de son oncle, gentilshommes à la Chapelle Royale. Ne devenaient pas qui voulaient les Quatre de Liverpool, ce n’était pas l’époque, et c’est dans les chœurs qu’on apprenait à chanter, quotidiennement, à chaque messe. Et s’il resta longtemps cantonné à l’écriture de musique sacrée et aux odes royales, il acquit une certaine notoriété avec les semi-opéras. Ce style endémique à l’Angleterre désigne un mariage entre l’opéra tel que nous l’entendons et le théâtre. Au cours de la représentation les acteurs ne chantent pas, mais leurs actions sont soutenues par la musique, des chœurs interviennent, ou des solistes se lancent dans des récitatifs en lieu et place d’une voix-off. Henry Purcell est comme un compositeur de musiques de films, un John Barry d’avant-garde.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est ainsi qu’en 1691, il compose la musique de King Arthur d’après un livret de son ami John Dryden. La pièce exalte le courage anglais, et affirme le sentiment national en s’appuyant sur la figure légendaire du Roi Arthur et la victoire des Bretons sur les Saxons. Mais point de chevaliers, de table ronde, de Guenièvre ou d’Excalibur… ce King Arthur lorgne plus du côté d’Harry Potter mâtiné de Monty Python. La musique de Purcell y est éclectique, elle se mêle aux brumes, chante l’amour ou la bonne cervoise. Comme beaucoup des œuvres de Purcell, qu’il conserva manuscrites, elle ne nous parvint jamais complètement, quant au texte de Dryden, ce dernier fut transmis dans son intégralité aux générations futures, pour le plus grand malheur du librettiste qui ne livra pas là sa meilleure œuvre. Mais, je me tais, car voici que le rideau se lève…</p>
<p style="text-align:justify;">Voilà qu’un homme monte sur scène et nous annonce que nous allons assister à un spectacle novateur : à coup sûr, nous l’accepterons ou pas. Cela dure quelques minutes et les moins courageux quittent les gradins, d’autres sifflent, on en entend même qui ronflent.</p>
<p style="text-align:justify;">Au cours de l’acte I, Arthur qui n’est pas encore roi doit se voir remettre le sceptre de la Grande-Bretagne. En effet, lui et ses courageux amis Bretons ont bouté les Saxons du Roi Oswald jusqu’à Kent qui n’est pas l’auteur de Quelqu’un de bien pour Enzo Enzo, mais bel et bien une ville. Il sait que les populations du royaume ne seraient pas contre un petit effort final, pour bouter ces Saxons une bonne fois pour toutes. Il s’apprête donc à partir, mais pas sans un salut à sa bien-aimée, la douce Emmeline. Mais son amour est aveugle, et elle l’écoute partir, dans les clameurs de la fête de Saint-Georges. Cependant, les Saxons n’ont pas dit leur dernier mot. Retranché dans un temple à faire des sacrifices à des dieux depuis oubliés, le Roi Oswald est entouré de ses fidèles compagnons : son druide personnel le redoutable Osmond, l’elfe Philidel et son serviteur l’âme damnée Grimbald. Ils en sont là à sacrifier sans retenue lorsqu’un chant monte au loin : les troupes d’Arthur l’ont emporté. Les sacrifices ne sont plus ce qu’ils étaient.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est déjà l’acte II, et le Roi Oswald disparait dans la brume. Parmi ses troupes c’est le grand n’importe quoi. L’elfe Philidel trahit rapidement son camp et demande la protection de Merlin l’Enchanteur, qui accepte sous conditions : Philidel doit protéger les Bretons des maléfices d’Osmond. L’âme damnée Grimbald reste fidèle à son roi. Après s’être déguisé en berger, il se propose de guider ses ennemis à la poursuite des fuyards. Il s’imagine peut-être qu’il pourra les faire tomber dans un piège : une falaise c’est parfois si traitre dans le brouillard ! Mais son plan ne fonctionne pas à cause de ce fieffé vendu de Philidel. Pendant ce temps le Roi Oswald qui s’est égaré dans sa fuite se retrouve au milieu du camp d’Arthur où Emmeline se fait divertir par des bergers qui chantent de belles chansons d’amour. Le Roi Oswald n’hésite pas un instant ! Il prend Emmeline en otage ! Arthur s’énerve tout rouge, et pour retrouver sa promise, il propose à Oswald de partager son royaume, mais Emmeline a déjà volé le cœur d’Oswald, et ce dernier amoureux court avec elle à travers les bois, protégé par Osmond.</p>
<p style="text-align:justify;">Réfugiés au sein d’une forêt de sortilèges où seuls Arthur et Merlin peuvent les suivre, Oswald et Osmond rendent la vue à Emmeline. Cette dernière découvrant le physique un peu repoussant de ses ravisseurs ne souffre nullement du syndrome de Stockholm. Elle préfèrerait redevenir aveugle que de tomber dans les bras d’Oswald. Pour la convaincre, qu’avec un peu d’amour tout est possible, Osmond tente de lui apporter des démonstrations empiriques, à cet effet il gèle les lieux, et lui présente le Génie du froid qui se meurt de solitude sur sa banquise. Osmond se targue de prouver que Cupidon par la puissance du désir saura réchauffer le Génie. Mais ce dernier se contente de chanter cet air qu’interprètera un peu plus tard Klaus Nomi, <em>let me, let me, freeze again</em>. La fameuse Cold Song. Osmond est vaincu à son petit jeu : l’amour n’est pas fait pour s’épanouir dans un congélateur.</p>
<p style="text-align:justify;">Arthur passe tout le quatrième acte à échapper aux pires menaces, là deux Sirènes qui l’attendent dans la forêt, ici des Nymphes et des Sylphes qui font la farandole. Mais c’est comme si Merlin avait levé un nuage de bromure : Arthur résiste jusqu’au moment où il croit reconnaître Emmeline ! Heureusement Philidel intervient et lui ouvre les yeux sur le piège : c’était ce satané Grimbald qui s’était encore déguisé ! Arthur s’énerve un grand coup, un peu plus et il s’éprenait d’un type qui une heure plus tôt faisait le berger au bord des falaises. Le Roi légendaire passe sa rage sur le plus grand des arbres de la forêt. Au premier coup dans l’écorce tous les enchantements d’Osmond cessent. Cet arbre était la source de tous les sortilèges.</p>
<p style="text-align:justify;">Le cinquième acte est une infâme boucherie, où les Saxons ne disposant plus de magie pour se défendre se font laminer par des Bretons au courage recouvré. Arthur retrouve Emmeline et jette Oswald dans un cachot avant de l’en faire remonter pour regarder un  dernier ballet qui célèbre la beauté de l’Angleterre : pourquoi Bretons et Saxons ne pourraient-ils pas vivre ensemble ? Le ciel s’ouvre et  Eole enthousiasmé souffle sur la Grande-Bretagne la comblant d’un bienfait éternel pour des moissons riches et heureuses jusqu’à la fin des temps – sûrement ces fameux crachin et fog.</p>
<p style="text-align:justify;">Et dire que tout ça, c’est un peu la faute de Benicio del Toro. Entre autres.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/jean-michel-basquiat-basquiat_monalisa-img.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-371" title="Mona Lisa - Jean-Michel Basquiat" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/jean-michel-basquiat-basquiat_monalisa-img.jpg?w=273&#038;h=300" alt="" width="273" height="300" /></a>Quant à vous, si au hasard de cette lecture, parvenu à la fin avec toutes vos idées claires, vous vous demandez encore, si van Gogh était un peintre maudit, s’il fallait tirer Basquiat de la rue, si Klaus Nomi était prisonnier d’un costume de soirée d’homme de l’espace, si le Génie du Froid était le forçat de la banquise, ou si Henry Purcell sacrifia son art à des messes de la flagornerie royale et des pièces qui pourraient paraître débiles, Julian Schnabel tout à la fin de son film laisse une réponse dans les divagations de Basquiat.</p>
<p style="text-align:justify;"><em>« C’est l’histoire d’un petit prince qui a une couronne magique. Un méchant sorcier le fit enlever, l’enferma dans un donjon, et lui vola sa voix. Il y avait une fenêtre avec des barreaux. Le petit prince s’est mis à cogner de la tête contre les barreaux, en espérant que quelqu’un entende le bruit et le retrouve. La couronne produisit le plus beau son qu’on ait jamais entendu. On l’entendait à des kilomètres à la ronde. C’était si beau que les gens essayaient d’agripper l’air. Jamais on ne retrouva le prince. Il ne sortit jamais de son cachot. Mais le son qu’il a produit emplit l’univers de beauté. »</em></p>
<p><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/samo.jpg"><img class="size-full wp-image-367 aligncenter" title="End to 9 to 5 - SAMO New-York" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/10/samo.jpg?w=300&#038;h=201" alt="" width="300" height="201" /></a></p>
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			<media:title type="html">Poison (extrait) - Basquiat &#38; Warhol 1984</media:title>
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			<media:title type="html">Jeffrey Wright et Benicio del Toro - Basquiat de Julian Schnabel (1996)</media:title>
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			<media:title type="html">SAMO was here</media:title>
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			<media:title type="html">Pegasus - Basquiat 1988</media:title>
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			<media:title type="html">Klaus Nomi</media:title>
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			<media:title type="html">Mona Lisa - Jean-Michel Basquiat</media:title>
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			<media:title type="html">End to 9 to 5 - SAMO New-York</media:title>
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		<title>« Ah ! Tu n&#8217;as pas voulu me laisser embrasser ta bouche, Jokanaan ! maintenant je vais l&#8217;embrasser ! » &#8211; Salomé</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Sep 2011 16:30:07 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Salomé est une petite ville dans le département du Nord. Landerneau est une ville du Finistère. Mais avec l’habitude d’évoquer « le » Landerneau, je l’imaginais plus comme une région hypothétique, au hasard des cartes, un coin de pays du côté du &#8230; <a href="http://maximgar.wordpress.com/2011/09/27/%c2%ab-ah-tu-nas-pas-voulu-me-laisser-embrasser-ta-bouche-jokanaan-maintenant-je-vais-lembrasser-%c2%bb-salome/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=maximgar.wordpress.com&amp;blog=8650950&amp;post=350&amp;subd=maximgar&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Salomé est une petite ville dans le département du Nord. Landerneau est une ville du Finistère. Mais avec l’habitude d’évoquer « le » Landerneau, je l’imaginais plus comme une région hypothétique, au hasard des cartes, un coin de pays du côté du Larzac – c’est où le Larzac d’ailleurs ? – un bout de terre paumé, où l’on fait beaucoup de bruit pour rien, parce qu’on a rien d’autre à faire.</p>
<p style="text-align:justify;">L’expression « faire du bruit dans Landerneau » &#8211; ou sous d’autres formes « ça va faire grand bruit dans le Landerneau » comme on l’entend bien souvent – vient justement de Landerneau, voire indirectement de Brest, selon les diverses explications. Une première d’entre elles veut qu’une veuve landernéenne s’apprêtait à se remarier alors que feu son mari n’était pas encore assez froid. Ça fit jaser, d’où le bruit. Cette première explication se décline en une ribambelle d’autres, dont l’une où une veuve landernéenne s’apprêtait à se remarier et ses voisins inquiets que le fantôme du défunt prenne mal ce remariage précipité, faisaient du boucan dans tous les alentours espérant ainsi chasser le spectre, d’où le bruit. Ou sinon, histoire de faire d’une pierre trois ricochets, il s’agissait juste de la tradition landernéenne qui voyait à chaque remariage d’une veuve, la foule venir faire un défilé de percussionnistes sur casseroles, héritage folklorique certain d’une des deux histoires précédentes. Une seconde explication veut que lorsqu’un prisonnier s’échappait des prisons de Brest, on tirait systématiquement du canon. Les déflagrations s’entendaient jusqu’à Landerneau, d’où le bruit. Il est probable que la nouvelle devenait du coup le gros potin du jour.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-350"></span>En 1796, le Rennais Alexandre Duval monte à Paris une pièce de théâtre, Les Héritiers, dont le drame tourne autour du remariage d’une veuve. Alors que l’action est bien entamée, le premier mari de ladite veuve réapparait. Un personnage du nom d’Alain qui passait par là au milieu de la scène XXIII, s’exclame alors : « Oh, le bon tour ! Je ne dirai rien, mais cela fera du bruit dans Landerneau ». Et c’est ainsi qu’une private joke bretonne accéda au rang d’expression de la langue française. A tel point qu’aujourd’hui, le landerneau évoque un microcosme, un milieu fermé. Tout autre chose, quoi.</p>
<p style="text-align:justify;">Peu de villes peuvent s’enorgueillir d’être devenues comme ça des noms communs, ou d’avoir offert une expression à la langue française. Landerneau, elle, peut se targuer d’en avoir octroyé une seconde.Il y est encore question de veuve, ce qui laisse penser qu’il ne fait pas bon être un mari à Landerneau. Cette histoire-là commence avec le fameux Duc de Rohan qui froissé de voir Louis XIV afficher l’astre solaire sur tous ses symboles, fit remplacer dans ses armoiries le soleil par la lune, puis il fit remplacer le soleil un peu partout, allant jusqu’à accrocher sur les toitures de ses différentes habitations des girouettes à l’aspect sélénite en mode croissant. Ainsi lorsque son château de Landerneau devint avec la longue course des lustres la Maison de la Cité, une lune rouillée tournait comme elle pouvait selon les vents. C’est à cette époque qu’un riche mari landernéen fit ce qui semble arriver à tout bon mari landernéen qui se respecte : il mourut. Sa femme fort belle n’était pas dans le besoin, mais elle ne manquait pas de prétendants qu’elle éconduisait tous les uns les autres – ce qui on peut l’imaginer, faisait quand même grand bruit dans Landerneau. Ajouté à cela, elle avait une fille tout aussi belle, qui elle aussi ne manquait pas de prétendants.</p>
<p style="text-align:justify;">L’un d’eux étant plus saoulant que les autres, finit par obtenir l’insigne honneur de formuler une demande officielle à la veuve qui ne se gêna pas de l’estourbir d’un cinglant « vous n’aurez point ma fille, à moins de décrocher la lune ! », ce que s’empressa de faire le futur époux, en dégradant le patrimoine public, au mépris du danger, du vertige et du mauvais temps, parce que rappelons-le, Landerneau, c’est quand même en Bretagne. Et c’est ainsi que « décrocher la lune » serait entré dans le langage courant.</p>
<p style="text-align:justify;">Tout cela pour vous dire qu’il y a quelques semaines dans le landerneau culturel du monde des blogs autour desquels je traine mes doigts sur mon clavier, je papotai légèrement sur le cas Joseph Macé-Scarron, comme cela s’est fait dans tous les landerneau (plus ou moins pseudo) culturels, et dans tous les antres du copier-coller. Si vous n’êtes jamais passé par ces paragraphes du Finistère, des éclaircissements s’imposent. Cet été l&#8217;ACRIMED, l’Observatoire critique des médias, annonce que plusieurs passages du dernier roman du directeur adjoint de Marianne, Joseph Macé-Scarron, sont copiés au mot pour mot de la traduction d’un roman américain de Bill Bryson <em>American Rigolos : chroniques d’un grand pays. </em>Cette première annonce s’accompagnait d’un point d’interrogation : plagiaire ? La façon de disparaître de cette ponctuation vaudrait à elle toute seule une rubrique sur la sémantique des supplices. Puisqu’en quelques heures à peine, le journaliste romancier finit sur le baudet. Il ne s’aide pas à s’embourber dans un catalogue d’explications qui vont de l’oubli, à la confusion – il n’aurait pas différencié ses notes de copie, de ses brouillons – au panel de synonymes qui n’en sont pas : ce n’est pas un plagiat, mais des emprunts, voire de l’intertextualité. Allez savoir la différence entre tous ces concepts. Dans le dialogue en question, l’idée qui restait en suspens, c’était surtout de savoir où était la limite entre le plagiat en tant que vol pur et simple et la référence créatrice. On se foutait un peu de celui qu’on a rebaptisé par landerneau Macé-Scanné et dont on a appris depuis de diligentes enquêtes de l’Express et du Monde qu’il était coutumier du fait, depuis ces œuvres précédentes, voire ses articles de journaliste. Parce que l’Express et le Monde ont parfois des enquêtes diligentes à mener dans ces temps où l’on a si peu à dire.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette dernière phrase était sponsorisée par l’ironie.</p>
<p style="text-align:justify;">Plutôt que participer au lynchage d’un auteur ou d’un moine copiste, il y avait donc cette question en suspens, utile comme une définition du champ des possibles à l’orée d’une démonstration mathématique, histoire que tout le monde sache de quoi on parle, quand on parle de plagiat. Et puis j’ai eu une réponse quand je ne m’y attendais pas, presque par hasard, en accomplissant comme ça m’arrive trop rarement mon devoir de chef de famille, au volant, en pantacourt, en haut de pyjama, avec le pare-soleil baissé alors que j’avais le soleil dans le dos. On ne sait pas toujours quand peuvent vous arriver une idée ou un sujet d’article, et on n’est pas toujours sur son trente-et-un pour l’occasion.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/09/couverture.gif"><img class="alignleft size-full wp-image-351" title="Copier coller les couvertures de télérama est-ce du plagiat ?" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/09/couverture.gif?w=115&#038;h=146" alt="" width="115" height="146" /></a>Entre temps – il faudrait peut-être que j’apprenne à écrire plus vite – Télérama est sorti comme toutes les semaines, ce qui reste plutôt logique pour un hebdomadaire, avec sa une tout en collage : plagiat plagiat plagiat… tous copieurs ? Las ! je vais encore donner l’image du type qui s’inspire de Télérama ! Chouette ! après avoir lu tout ce qui concerne le sujet, dont la seule envolée consiste en un  « …<em>à Télérama, il y a quelques années, un journaliste, dont on avait découvert qu’il avait pillé les Cahiers du Foot, a été licencié sur-le-champ » </em>- Marianne, si tu nous lis ! – je ne trouvais pas de réponse, ni à la question de la une, ni à ma question en suspens. Tous copieurs ? on n’en sait rien, on retient juste qu’on est tous copiables dans la mesure où nous nous exprimons. Grande révélation, entre les exemples notoires de plagiats dans la musique, le cinéma, la télévision ou la littérature. Je n’ai même pas trouvé une ligne qui dirait à tort ou à raison, que c’est l’époque qui veut ça, qu’on est tous samplables à merci, tweetables par smartphones. Juste un c’était mieux avant, quand le plagiat était la ligne directrice des œuvres. Avec des relectures de Sénèque, au moins on savait où on allait ! Je n’ai juste retenu pour moi en amoureux de l’étymologie, la surprise de découvrir que le terme plagiaire est né d’une métaphore, puisque dérivé du grec signifiant littéralement un vol d’enfant.</p>
<p style="text-align:justify;">J’étais donc dans la voiture ce matin-là en route pour le collège avec l’Héritière à l’arrière, et au moment de prendre le petit lacet qui serpente entre les vaches et la jachère, je me suis étonné que l’autoradio soit sur France Musique alors qu’il me semblait que la veille en rentrant, on était sur une toute autre onde. Trop content de conduire comme du temps où je jouais avec mes Majorette, et occupé à balancer des verbes en français que ma passagère me renvoyait en espagnol, je n’avais pas trop fait attention à qui était l’invité de Musique Matin, mais au premier stop venu, je sus qu’il montait Salomé de Richard Strauss à Bastille, et que Strauss était arrivé tardivement à l’Opéra, porté par le courant de ses poèmes symphoniques, mais aussi et surtout par le floraison d’un genre, d’une atmosphère, d’une décadence générale, apocalyptique, et affirmée. Parce qu’il faut bien les rappeler, insista-t-il, la puissance de cette œuvre, l’écho qu’elle a jusqu’à nous, où une jeune femme plutôt préservée par le destin, mais néanmoins prisonnière de son statut social, de son château de princesse, n’a qu’un seul moyen d’embrasser son bien-aimé : lui faire couper la tête pour lui voler un baiser. Il y a eu un grand silence dans l’échange de verbes entre l’Héritière et le Chauffeur. En plus d’un siècle de représentations de cette œuvre, cet homme espérait avoir trouvé une touche nouvelle, même inspirée d’autres, parce qu’après tout, <strong>l’idée appartient à celui qui l’enrichit.</strong></p>
<p style="text-align:justify;">J’avais trouvé ma réponse, entre acheter-comprar et boire-beber. Une réponse imprécise, insatisfaisante, nébuleuse presque, parce que qui juge des richesses, après tout ? Mais l’important n’était pas là, pas dans la façon de reconnaître la plus-value, de savoir que le yaourt n’est pas un 0%, ou de croire qu’on lui a rajouté une saveur qui fait la différence. La réponse est dans cette impression que l’idée est une pensée qui voyage, et que les gens qu’elle rencontre lui façonnent des habits, lui donnent des souvenirs, lui apprennent des façons. Tous copieurs ? pas qu’un peu, comment peut-il en être autrement ? Décrire sa propre vie, ses propres sentiments, se faire le medium entre ses propres perceptions et le papier, la guitare, la photographie ou la toile, c’est toujours une manière de copier. Capter l’air de la rue, l’atmosphère des opinions, le frémissement des courants de pensées, et les transcrire là… ce n’est qu’une forme de copie.</p>
<p style="text-align:justify;">Comme dans toute forme d’enrichissement, et des qualificatifs qu’on donnera à celui-ci, il est surtout question d’honnêteté, et par ce mot-là, de reconnaissance. Pas celle qui consiste à reconnaître le mérite d’un autre, mais à ce qu’on puisse reconnaître, retrouver, apercevoir votre prédécesseur, sous votre vernis. L’idée vous appartient parce que vous l’avez enrichie, c’est une chose, mais c’est que l’on distingue votre enjolivure de la matière première, ou des matières premières, ou même des matières précédemment enjolivées, qui éloignent du simple vol, du copier coller bête et ringard.</p>
<p style="text-align:justify;">La plus vieille utilisation connue du terme de plagiaire vient donc d’un mot grec qui signifie « vol d’enfant ». Elle est employée par un poète satirique, Martial qui se plaint que ses épigrammes ont été volées par un autre : elles se retrouvent, dit-il, en servitude pénible. L’enrichissement est aussi à ce prix-là, dans le mouvement, l’idée qu’on enrichit, il est interdit de l’enfermer.</p>
<p style="text-align:justify;">Salomé était une princesse juive, un personnage du nouveau testament dont le prénom n’est même pas cité. Le mari de sa mère, le Prince Hérode, qui n’est autre que le frère de son père, l’ancien prince organise une fête pour son anniversaire. Poussée par sa mère, elle danse pour son oncle de prince de beau-père et échauffe tellement les esprits qu’elle se voit promettre tout ce qu’elle veut. Toujours influencée par sa mère, elle réclame la tête de Jean-Baptiste, le prophète qui mangeait des sauterelles et s’habillait en peaux de bêtes, retenu dans les geôles princières. L’oncle Hérode, se débat un instant avec le beau-père qu’il est et qui ne peut faire fonctionner son autorité parentale parce qu’il est un Prince qui a promis, fait décapiter Jean-Baptiste à contre cœur. La mère de Salomé, sa femme et ex-belle-sœur, Hérodias en est très contente. En voilà un qui arrêtera de crier par tous les toits – et même du fond de sa cellule, dont les murs ne sont pourtant pas en papier de cigarettes – qu’elle n’est qu’une catin qui s’est macquée avec son beau-frère alors même que son mari était encore vivant. Salomé, elle, n’est pas qu’une danseuse qui excite les sangs. Elle est une idée. Elle est la Lolita de Nabokov, une sorte de personnage-type. Et lorsqu’elle arrive jusqu’aux portées de Strauss, elle s’est déjà enrichie de mille façons, et s’apprête à se découvrir dans une Allemagne, jeune, sombre chic et délétère.</p>
<p style="text-align:justify;">Tout d’abord son prénom, Salomé le récupère dans les livres d’Histoire, et plus précisément dans les Chroniques de Flavius Josèphe, le célèbre historien romain et juif qui ne s’est pas intéressé à la seule bataille de Massada. Salomé, à première vue, est un prénom qui dénote au milieu de tous les Hérode et de Hérodiade qui peuplent les chroniques d’alors. Parce que reprenons-nous bien : le Hérode qui épouse Hérodiade la mère de Salomé est Hérode Antipas, le frère donc d’Hérode Philippe. Hérode Philippe et Hérode Antipas ont quelques autres frères, dont trois Hérode qui ont été mis à mort par leur père qui les soupçonnait de trahison… le père en question est Hérode Antipater – nom tout à fait destiné pour un infanticide – celui-là même qui aux alentours de Noël envoya trois rois mages faire le boulot que ses services secrets étaient incapables de résoudre. Un peu plus tard, nous croiserons un Hérode Agrippa, un des nombreux petits amis de Caligula, neveu d’Hérode Antipas et donc cousin de Salomé. Mais Salomé n’est pas la seule Salomé, puisqu’Hérode Antipas et Hérode Philippe ont une sœur qui règne et se nomme Salomé Ière. Bel imbroglio. Du moins il est toujours possible de plus <em>imbroglier</em>, car Salomé aura deux maris. Le premier sera Hérode Philippe II le tétrarque de Trachonitis et fils d’Hérode – son père, son oncle ou beau-père ? j’avoue, je ne sais plus. Une fois veuve et sans enfant comme la première Landernéenne venue, elle épousera Aristobule – qui aurait peut-être préféré s’appeler Hérode finalement – le fils d’Hérode de Chalcis, qui n’était autre que le frère d’Hérode Agrippa le neveu de son oncle, donc le fils du cousin germain de Salomé. Ils eurent trois fils : Hérode, Agrippa et Aristobule qui étaient si j’ai bien compté les branches de l’arbre généalogique, non seulement frères mais grand-oncles et petits neveux les uns pour les autres.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans les premiers siècles du christianisme, de nombreux récits apocryphes s’ajoutent toujours un peu plus au passage de la mort de Jean Baptiste. Il est certain historiquement que les règnes des enfants d’Hérode Antipater furent troublés par de nombreuses révoltes. Les Zélotes, par exemple, constituent un groupe violent, spécialisé dans les coups de force, ici contre une garnison romaine, là contre le pouvoir d’Hérode à la solde de Rome. Des individus surgissent régulièrement, habités d’une démarche religieuse pour critiquer le pouvoir en place. Les récits apocryphes instituent en la personne de Jean Baptiste l’un d’eux, qui sous des gestes et un verbe dignes du prophète Elie dont le retour était unanimement attendu, ose élever la voix contre un monarque stratège et corrompu, critiquant ouvertement son union avec Hérodiade. Car en effet, les Historiens considèrent aujourd’hui que si Hérode Antipas a ravi la femme de son frère et adopté sa nièce, c’est qu’il comptait interdire à son frère toute descendance. De fait à la mort de ce dernier son royaume revenait à… Tibère, l’empereur romain avec qui Hérode Antipas avait manigancé toute cette stratégie. En faisant se coïncider les dates des chroniques, il apparait qu’Hérode Antipas s’est effectivement mis en ménage avec sa belle-sœur avant le décès de son frère, rendant cohérents les propos de Jean Baptiste rapportés par les textes chrétiens : son mari n&#8217;était pas mort que déjà elle se remariait, ça allait faire grand bruit dans tout le Capharnaüm &#8211; oui car évoquer Landerneau où tout autre ville de la Mecque des villes à symbole relève du défi anachronique que seul un scénariste hollywoodien peut assumer &#8211; autrement dit un beau bordel.</p>
<p style="text-align:justify;">Qu’importe la realpolitik, dans ces textes plus encore que Salomé, c’est sa chorégraphie langoureuse qui y gagne des lettres d’or : la fameuse Danse des Sept Voiles. Afin de conférer un caractère impie à ce ballet qui causa la mort d’un prophète, on l’associa rapidement à la légende d’Ishtar déesse assyrienne, une histoire de danse des sept voiles originelle. Ishtar, à la mort de son amant, Tammuz, décida de se rendre aux Enfers. Le physionomiste à l’entrée n’était pas des plus tentés pour lui autoriser d’entrer, mais ils trouvèrent un petit arrangement. A chaque porte franchie, elle se séparerait d’un vêtement comme la première joueuse de strip-poker en bad luck venue. C’est ainsi qu’arrivée au septième seuil de cet effeuillage en règle, Ishtar se retrouva nue en enfer. Pour la petite histoire, il est intéressant de noter, qu’elle ne put s’empêcher d’essayer de casser la figure à Ereshkigal la déesse des Enfers. Mal lui en prit car d’un coup de tête, balayette, manchette bien travaillé, Namtar la servante d’Ereshkigal la mit K-O. Ishtar étant la déesse de l’amour physique, il n’y eut plus de sexe sur Terre, tout le temps où elle resta mal en point. Heureusement pour nous – et n’y voyez pas un esprit de luxure quand j’écris ça, mais juste le fait que mes ancêtres n’auraient pas pu faire ce qu’ils avaient à faire pour que je vous écrive ces mêmes mots – le boss des Dieux, Ea, créa un eunuque chargé d’aller chercher Ishtar et de la ramener quoiqu’en dise Ereshkigal. Ishtar revint donc des Enfers, sans Tammuz, récupérant à chaque porte un bout de vêtement. Revenue au monde, elle était complètement habillée dans un style patchwork dépareillé. Mais qu’importe les nouvelles people d’Assyrie, la Danse des Sept Voiles, celle qui causa la mort de Jean Baptiste n’était pas qu’une danse, c’était le premier strip-tease, le full monthy galiléen, l’expression même de la tentation des tentations : langoureuse, impudique jusqu’à l’extrême, incestueuse, adultère et meurtrière.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce n’est qu’aux XIVème et XVème siècles que Salomé personnage somme toute mineur des évangiles gagne ses lettres de noblesse… dans toute la confusion du mot « noblesse ». La danseuse incarne alors la danse maudite. Essentiellement parce que les peintres d’alors, et plus encore quand ils n’en sont encore qu’aux représentations par miniatures, dessinent plus aisément une danseuse qu’une danse. Salomé, la non-citée des Quatre Evangiles devient au cours des années l’égérie du Titien ou du Caravage. Si dans les écritures bibliques, elle n’est pas à proprement parler responsable de la décollation de Jean Baptiste, tant sa mère l’y pousse, elle éclipse alors totalement cette dernière. Et à travers trois thèmes de représentations, elle incarne dès lors la femme tentatrice et pècheresse. Ces trois thèmes suivent les trois articulations bien précises. Salomé danse. Salomé reçoit la tête de Jean Baptiste. Salomé est châtiée. <a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/09/tete-plateau-2.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-352" title="Cranach l’Ancien, Salomé tenant la tête de Jean-Baptiste - On ne peut pas dire que la culpabilité l'assaille." src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/09/tete-plateau-2.jpg?w=190&#038;h=290" alt="" width="190" height="290" /></a>Evidemment l’une de ces trois articulations s’est ajoutée avec le temps, de même l’une d’elle s’est construite avec le temps. En effet, le châtiment de Salomé reste une vague invention morale – ou pas, mais ça nous le verrons par la suite – puisqu’il était inconcevable qu’ayant provoqué la mort d’un prophète, la jeune femme ne connaisse pas illico presto les affres de la souffrance. Les illustrations de cet épisode sont diverses. Tantôt elle est empoisonnée par le souffle qui s’échappe de la tête coupée. Tantôt elle se fait couper les mains. Tantôt elle est décapitée au bout d’un engrenage de petites circonstances dignes du gamin de Maman, j’ai raté l’avion. Tantôt elle est hantée. La réception par Salomé de la tête de Jean Baptiste est longtemps pour les artistes l’occasion de mettre en scène des jeux de regards, où la princesse incarne l’absence de conscience, tant elle ne paraît jamais affectée par le présent qu’on lui remet. Elle peut alors ajouter une ligne à son curriculum vitae déjà bien chargé : les impies vivent dans l’insouciance la plus totale.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans un XIXème siècle en pleine sécularisation, Salomé s’affranchit de l’iconographie chrétienne et devient carrément la femme fatale, la bombe sexuelle, perverse. Les représentations picturales en font une femme lascive, aux formes appétissantes, dont l’ondulé des mèches rappelle malgré toute la sécularisation possible, les roulés des serpents, autre symbole millénaire de la tentation charnelle. Consciente de ses charmes, elle peut tout obtenir de n’importe quel homme. On pense à son oncle, évidemment. En 1893 Oscar Wilde va plus loin, Salomé peut tout obtenir de Jean Baptiste, alias Jokanaan dans la pièce de l’écrivain anglais. Elle n’a pu avoir de lui un baiser vivant, elle l’aura mort ! Et c’est de cette pièce que Richard Strauss tirera son opéra en 1905.</p>
<p style="text-align:justify;">L’Allemagne du début du XXème siècle est un monde paradoxal. Quand on pense Belle Epoque, notre imaginaire se déporte plutôt vers Paris, la folie créatrice à Montmartre, les petites femmes de Pigalle et Nicole Kidman au Moulin Rouge. De l’Allemagne, nous avons plutôt l’image d’un pays austère, industriel, des fourmis teutonnes qui développent de grosses industries pendant que les cigales françaises chantent tout l’été, l’hiver, et ont complètement oublié le nom des deux autres saisons. C’est un tort. Au grand dam de l’Empereur Guillaume II, l’Allemagne est une nation qui plutôt que se concentrer vers la modernité, voit sa culture tomber dans la perversité la plus outrageante.</p>
<p style="text-align:justify;">Les auteurs de l’époque, même les proches des grandes familles industrielles, décrivent un monde à feu et à sang, ils s’interrogent sur la montée du prolétariat, la lutte des classes, et lorsqu’ils décrivent les modèles, les bourgeois, ils font la peinture d’un monde dirigé par l’appât du gain et par sa libido excessive. C’est l’époque où naissent les futurs expressionnistes allemands. Dans les cafés de Berlin qui n’ont rien à envier à ceux de Montmartre, on retrouve Munch, Max Reinhardt, les frères Mann dont Heinrich en 1905 publie « Professeur Unrat » que nous connaissons mieux sous son adaptation cinématographique « L’Ange Bleu ». « Les désarrois de l’élève Törless » ce jeune homme qui assiste aux scènes de sadisme exercées par deux adolescents sur un troisième et qui s’éprend de la victime tout en refusant son amour, date de 1906. La pensée freudienne court sur ce monde et le désinhibe, le déprime, le déresponsabilise.</p>
<p style="text-align:justify;">Et voilà que Richard Strauss crée à Dresde un opéra fou, ponctué d’un suicide, interrompu par les manifestations d’un roi à côté de son assiette ou plus précisément de son plateau d’argent, qui roule à toute berzingue crescendo sur l’effeuillage de sa cantatrice, forcément jeune, belle et excitante, puis vers un petit bisou nécrophile avec une tête encore toute sanguinolente. La désapprobation totale du Kaiser Guillaume II donne à cet opéra ses lettres de noblesse. Salomé, plus garce que Carmen, plus folle que Lucia di Lamermoor, et plus déshabillée que personne avant elle, conquiert le monde. Jamais un opéra ne verra ses représentations se multiplier aussi rapidement à travers la planète. Strauss y gagne plus d’argent qu’il n’en aura jamais, voit sa réputation grandir, et se lance sans contrainte aucune dans d’autres opéras.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/09/salome-oleogravure.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-353" title="Salomé, par le photographe tchèque Frantisek Drtikol - Tout la sensualité du geste maternel près de la poitrine nue..." src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/09/salome-oleogravure.jpg?w=150&#038;h=200" alt="" width="150" height="200" /></a>La première interprète de Salomé, la soprano Marie Wittich aurait protesté le livret en main : « Je ne chanterai jamais ça ! je suis une femme honnête », avant d’ajouter : « bon d’accord, mais avec une doublure pour la danse ! je suis une femme honnête », avant d’interpréter l’intégralité du rôle. De nombreuses interprètes s’emparèrent de l’occasion d’être cette femme fatale, tendancieuse et décadente. La décadence n’avait rien de péjoratif, elle était <em>modern style</em>, noire et baroque, dans la confusion des genres. L’Opéra n’autorisait pas évidemment, la même impudeur que la pièce de Wilde. Les interprètes de l’œuvre de Strauss se devaient – et se doivent toujours – d’être d’excellentes ténors et actrices, capables de flirter avec le standard mezzo-soprano, aptes à danser neuf minutes pour les sept voiles dans le tourbillon d’un orchestre mené par pas moins de cent-deux instruments dont un orgue. Au théâtre par contre, moins de contraintes touchaient l’actrice. Encore fallait-il qu’elle sache danser !</p>
<p style="text-align:justify;">Que reste-t-il de la Salomé originelle chez Strauss ? Qu’a-t-elle conservé de dix-neuf siècles d’enrichissements successifs ? Sa jeunesse, son pouvoir de séduction, son environnement décadent où il suffit de danser pour son oncle afin d’obtenir la tête d’un homme. Bien sûr, on a perverti sa pensée, on l’a rendu amoureuse du prophète qui crie depuis les geôles, on lui a prêté le machiavélisme malsain qui ne s’interdit pas de tuer pour s’emparer d’un amour non partagé. Mais elle reste cette gamine prisonnière d’un château, qui sait que son prince ne viendra pas, et qui découvre dans le regard des hommes, qu’elle est ce qu’elle est.</p>
<p style="text-align:justify;">Son oncle, Hérode Antipas a subi un coup du sort, malgré tout son bon flair politique. Alors que Caligula est devenu le nouvel empereur, il s’apprête à vivre sur Rome, loin des turbulences de la Galilée. Malheureusement pour lui, son neveu, Hérode Agrippa, un ex de l’Empereur, joue de son influence pour faire accuser l’oncle de traitrise et de collusion avec les Parthes. Hérode Antipas et toute sa famille sont envoyés en exil à Lugdunum Convenarum, l’actuelle ville de Saint-Bertrand de Comminges, petite ville pyrénéenne de deux cent cinquante habitants. A l’époque, on compte plus de dix mille Convèniens, et c’est tout simplement la cité la plus importante du Sud-ouest. La légende y raconte qu’alors que Salomé se baignait dans un lac, ce dernier gela subitement. Seule la tête de la princesse émergeait des eaux, et bientôt prise dans la glace, elle se détacha de son corps, laissant son beau visage inerte comme posé sur un plateau d’argent.</p>
<p style="text-align:justify;">La Nature ! Quelle plagiaire !</p>
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		<title>« Pour sauver son crédit il faut cacher sa perte » &#8211; Jean de la Fontaine</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Sep 2011 16:30:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>maximgar</dc:creator>
				<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[sciences économiques]]></category>
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		<category><![CDATA[Stéphane Hessel]]></category>

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		<description><![CDATA[Il y a de cela un peu moins d’un an, je suis allé me faire massacrer la fleur au fusil, sur le fil de commentaires d’un blog pas trop loin de celui-ci. J’y suis allé Gros Jean comme devant pour &#8230; <a href="http://maximgar.wordpress.com/2011/09/20/%c2%ab-pour-sauver-son-credit-il-faut-cacher-sa-perte-%c2%bb-jean-de-la-fontaine/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=maximgar.wordpress.com&amp;blog=8650950&amp;post=346&amp;subd=maximgar&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Il y a de cela un peu moins d’un an, je suis allé me faire massacrer la fleur au fusil, sur le fil de commentaires d’un blog pas trop loin de celui-ci. J’y suis allé Gros Jean comme devant pour en revenir pareil, décapité en règle. Qu’importe. Stéphane Hessel n’avait pas encore élevé l’indignation au rang d’art de vivre et de détonateur de la résistance, que moi j’attisais des cris d’indignations empreints d’un manifeste « ah la la, c’est pas joli » et autres « ouh la la, le vilain ».</p>
<p style="text-align:justify;">Ce fut un suicide assez peu productif au sens, c’était écrit d’avance, mais j’avais préféré le tenter pour une raison qui m’échappe encore – peut-être rien qu’une goutte qui avait fait déborder le vase dans une autre pièce… sincèrement, je ne sais plus. Je m’étais donc indigné, face à des indignations feintes, qui aujourd’hui déjà ne me semblent plus avoir aucun écho, alors que je continue moi-même régulièrement de repenser à cette contre-attaque kamikaze dans le monde des « oh la la, c’est pas gentil ».</p>
<p style="text-align:justify;">Avec les échéances électorales qui approchent – et en écrivant ces mots je ne pense pas spécialement aux sénatoriales – à traîner sur le net, à écouter des auditeurs à la radio, à prêter une oreille aux politiques, et à éviter tant bien que mal les forums d’acharnés hystériques et équipés d’œillères hermétiques – on va prendre la température du monde où on peut ma p’tite dame, mon bon monsieur – j’observe que mes tentations suicidaires me reprendront un jour ou l’autre, comme des spasmes incontrôlables : j’irai sans armure me faire étriper sur un champ de bataille où les moulins à vent sont aussi efficaces qu’un brasseur d’air un jour de canicule en pleine panne d’électricité. Je ne tiens nullement à transformer mon appartement numérique en un Maximgar revisite ses classiques économiques et sociaux, en un Maximgar invite Keynes, ou en un Maximgar fait du spiritisme avec Adam Smith, mais je ne resterai sûrement pas à mourir d’envie de raconter des histoires dans la cacophonie ambiante des profanes, guidé par des certitudes qui pourront paraître douteuses aux uns, voire à vomir à d’autres. Je ne suis pas là pour convaincre qui que ce soit, entendons-nous bien, mais comme je le pensais à l’heure où j’enseignais, si je pousse ne serait-ce qu’une personne à aller voir par elle-même comment se passent les choses, dans la rue ou dans un dictionnaire des théories économiques, alors je n’aurais pas perdu mon temps, loin de là, et ce, même si cette unique personne devait parvenir à des conclusions totalement opposées aux miennes.</p>
<p style="text-align:justify;">Je n’ai pas encore pris le temps de le préciser par ici, mais je n’écris pas pour convaincre, j’écris pour raconter des histoires. Je ne vois pas quelle importance ça pourrait avoir que je n’aime pas Mohamed Ali et doute du symbole qu’il représente, je préfère mille fois raconter ses combats avec Frazier. A vous de décider du reste.</p>
<p style="text-align:justify;">Voilà pour mon introduction en forme de rien. Comprenne qui pourra.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-346"></span><a href="http://laplumedaliocha.wordpress.com/2010/10/01/lautre-face-de-france-telecom/">C’est sur le blog d’une communicante que je suis allé me faire gaiement assassiner, il y a moins d’un an.</a> C’est un blog qui me plait essentiellement pour une raison toute bête : une professionnelle de la communication y parle de son travail. Il y a comme ça des métiers où l’on peut raconter son métier : j’adore ça, que ce soit bon ou mauvais. Dans le Mépris, Godard filme un film, dans Be Kind Rewind, Gondry filme ce qu’il est de mieux, un bricoleur du cinéma, dans la Musique Dominique A chante sa découverte de la musique… Allez demander à un tourneur-fraiseur ou à un livreur de pizzas de faire de même ! Parce que raconter… rien que raconter, voilà ce qui est plaisant. A quoi bon comprendre les Lois de Newton ! C’est qu’il se soit mangé une pomme qui compte au final, c’est ce qui reste dans notre imaginaire, des anecdotes. J’aime raconter des anecdotes, je crois que si on les raconte bien, on laisse son auditoire suivre seul l’intuition de Newton, et être l’espace d’un instant un génie des Sciences.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce qui me reste de mes premiers cours de solfège à quatre ans, c’est l’histoire d’un poteau électrique où passaient cinq fils. L’oiseau qui se posait sur le deuxième en partant du bas s’appelait Sol. Il avait plein d’amis dont l’un qui voletait sous les câbles avec un fil entre les pattes, et qu’on appelait Do. Ce qui me reste de mes premières angines, c’est un médecin qui sentait fort la pipe, et qui avec des petits dessins me racontait exactement ce qui se passait dans ma gorge, la petite déchirure ouverte par le froid de l’hiver qui tapait sous mon menton, d’où l’importance d’une bonne écharpe.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce jour-là, l’article du blog en question était une invitation à revoir un reportage sur les suicides chez France Telecom. S’il m’a semblé important d’intervenir dans ce fil de commentaires, moi qui n’étais jamais intervenu pour rien, c’était que le flot d’émotions et d’indignations étaient inévitables, et parce qu’inévitables, elles me paraissaient gratuites, plan-plan et trompeuses. Je tenais surtout à souligner quatre points.</p>
<p style="text-align:justify;">Le premier, le plus important à mes yeux, était que ce reportage en désignant nommément des coupables – ou des juste des responsables, allez savoir quelle différence cela fait – dédouanait trop facilement le reste du monde. Il me semble aujourd’hui encore qu’une entreprise publique dont les transformations et stratégies sont dictées par un gouvernement, est sous la responsabilité de tous et de toutes. Au moins de ceux qui désignent plus ou moins directement ce gouvernement.</p>
<p style="text-align:justify;">Le second, le plus cynique à mes yeux, était que dans l’absolu, nous avions tous coopté pour ces drames, en séparant dans notre langage de tous les jours, une entité Orange, du genre la marque qui est dans le vent, d’une entité France Télécom, du genre vestige d’une époque révolue et inadaptée.</p>
<p style="text-align:justify;">Le troisième, le plus vicieux à mon avis, était qu’à nous cantonner aux suicides de France Télécom, il était étonnant de n’avoir aucune question, aucun souci, aucune considération pour ces autres grandes entreprises publiques qui tôt ou tard seraient soumises à la concurrence, ni même pour ces services publics confrontés à des difficultés de financement, de management, de qualification de leurs agents.</p>
<p style="text-align:justify;">Le quatrième point, qui ne devait qu’apparaître qu’au cours des commentaires, était que ce n’est pas le système qui foire, mais les gens qui s’en servent. Aller défendre le système au milieu de commentateurs pour qui les seules solutions sont « Viva la Revolución », ou le boycott, ou l’indignation type « ah la la c’est pas bien », c’est assez masochiste, j’en conviens.</p>
<p style="text-align:justify;">J’ai employé plus haut le mot de « profane ». Il n’a rien de péjoratif quand je l’emploie. Moi-même, je suis profane dans bien des domaines. Vous le savez, si vous me lisez régulièrement, je suis un profane des arbres et des oiseaux – j’en profite pour remercier et embrasser le lecteur qui a pensé à m’offrir des guides de poche des oiseaux et des arbres d’Europe pour mon anniversaire. Je suis aussi un profane de la littérature allemande, du bricolage, de la santé, de l’urbanisme, de l’architecture, des jardins, de l’Histoire des pays slaves, entre autres. Pour moi, le mot profane, me rappelle cette leçon de latin en troisième, où je compris que profane était un mot qui s’était échappé littéralement de devant le temple, <em>pro fanus</em>, et qu’il était naturel que nous ne soyons pas tous dans le secret des dieux, et qu’un peuple uniquement tourné vers la prêtrise aurait bien du mal à se nourrir, quelle que soit la puissance des dieux. Je ne prétends pas non plus, être un pontife de quelque domaine que ce soit. En fait, pendant ce petit laps de temps de leçon latine, je me pris à rêver d’être un de ces rats de bibliothèque qui ne bouffent que du dictionnaire, du dictionnaire étymologique de préférence, et qui repus de l’origine des mots, décortiquent les moindres syllabes des moindres affirmations, trouvant plus de matière dans les anecdotes que dans les lois immuables.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce jour-là, j’ai voulu dire ce qui me semblait logique par définition. En vain peut-être. J’ai voulu dire ce qui m’indignait moi, à titre personnel, de ce que je voyais de nous tous, face à un drame où les victimes sont finalement assez anonymes. On m’a répondu, que ce nous n’engageait que moi, et après me l’avoir dit, mon interlocuteur est retourné dans son émotion collective. Ah la la c’est pas bien !</p>
<p style="text-align:justify;">Il existe plusieurs formes d’indignation, autant que le produit des sources d’indignation et des indignés, aurais-je tendance à dire. Il existe des indignations feutrées, des indignations de circonstance, des indignations sélectives. Certaines ne sont que des simples réactions épidermiques collectives, des phénomènes de mode qui passent. L’indignation est la colère contre une injustice, et souvent les colères passent.</p>
<p style="text-align:justify;">Stéphane Hessel a depuis offert à l’indignation ses lettres de noblesses, dans un petit best-seller qui fait déjà figure de classique, et qui certains aiment à le croire – ou à avoir des raccourcis faciles – inspira la jeunesse madrilène qui sortit les tentes au printemps sur la Puerta del Sol rebaptisée à l’occasion Plazza de las Soluciones. Son texte appelle à s’indigner, puisque l’indignation est source de résistance. Il nous invite à chercher autour de nous, les motifs des Résistances à défendre. Indignez-vous pour lancer la machine, pour relancer la machine.</p>
<p style="text-align:justify;">Le Mouvement de los Indignados est dans la droite ligne des Mouvements Autonomes italiens des années 70, des émeutes de Mai 68. Il s’inscrit néanmoins dans un environnement différent, il n’y a pas de croissance économique qui soutienne les espoirs, il n’y a pas non plus d’alternative politique comme le communisme semblait alors en être une. Du guevarien « <em>hasta la victoria siempre</em> », le mouvement semble parti pour un «<em> hasta la indignación siempre</em> » assez malheureux, qu’il exprime clairement, blâmant sans réel pouvoir un système qui se fout de lui, qui ne le craint pas une seconde. Ce mouvement a quelque chose de romantique dans ce qui ressemble encore à une vague impuissance : quand on se prend à rêver en poète, on croirait que l’heure des Utopies Historiques a sonné, que Don Quichotte a monté la Rossinante et que les éoliennes n’ont qu’à bien se tenir. Guevara avait raison finalement quand il disait : « Soyez réalistes, demandez l’impossible. »</p>
<p style="text-align:justify;">Pendant que los Indignados sont boudés par les télévisions, je regarde la campagne électorale qui se lance à coups de tartines démagogiques, d’effets de manche et de petites phrases. Ce qui m’indigne moi à cette heure, et depuis quelques semaines, c’est que comme beaucoup d’entre nous, je connais des gens qui ont des fins de mois difficiles. C’est un peu de leur faute aussi : qu’est-ce qui nous prend d’avoir tous un smartphone, voire un vieux portable de quatre cents grammes et de manger des nouilles discount à tous les repas dès le 22 ? Parmi ces gens que je connais, est-ce qu’il m’arriverait de critiquer celui qui va se rajouter un crédit revolving de plus, qui va demander de l’aide à un parent ou à une connaissance pour les courses de rentrée scolaire ? Est-ce qu’il me viendrait à l’esprit de dire de quelqu’un qui dépense plus que ce qu’il aura la certitude de gagner dans six mois, pour assurer à ses enfants une meilleure situation que la sienne, est un mauvais père de famille ? Un mauvais gestionnaire tout au plus, un parieur, un homme qui priera ses enfants qu’ils se désolidarisent de lui, pour ne pas les endetter plus. A priori, ce serait logique, surtout de la part de quelqu’un qui sur un tout autre sujet, se contenterait d’un « nous ne sommes pas responsables des fautes de nos pères » comme toute fin de non-recevoir.</p>
<p style="text-align:justify;">Je me détache totalement du débat qui consiste à dire que ceux qui proposent une Règle d’Or inscrite dans le marbre de la Constitution sont les mêmes qui ont creusé le déficit public au cours des dernières années. Je me détache totalement du démagogique et électoraliste de la chose.</p>
<p style="text-align:justify;">La Règle d’Or, à savoir contraindre les gouvernements à présenter des budgets équilibrés, où le volume des dépenses est équivalent au volume des recettes publiques, est une chose sensée à première vue. C’est une gestion en « bon père de famille » qui n’hypothèque pas l’avenir de ses enfants. Du devant du temple, c’est une idée pleine de sens.</p>
<p style="text-align:justify;">A l’intérieur du temple, deux écoles se distinguent. Certains considèrent qu’il est indispensable de respecter un strict équilibre, que les marchés peuvent se charger tout seul d’éperonner l’économie. D’après les adorateurs de Keynes – et Keynes est une idole qui semble difficile à déboulonner – un excédent budgétaire a un effet de freinage sur l’économie, un endettement la stimule. Les premiers, même si tout les appelle à se séparer de la sphère publique, n’oublie pas qu’elle n’en est pas moins responsable de la bonne tenue environnementale des espaces de commerce et de finance. L’éducation, la monnaie, les transports, la distribution de l’énergie ne sortent pas d’un chapeau, et pas d’un chapeau privé. On ne gère pas un Etat comme on gère une famille, il y a longtemps que les Etats ne sont plus des tribus. Un président qu’il soit de droite de gauche ou du milieu, n’est pas un père de famille et ses concitoyens ne sont pas sa femme et ses enfants. A ce titre, il sait quand et comment s’endetter – en théorie. Et le père de famille qui contractera un nouveau crédit pour payer les études du petit dernier le sait aussi. Se contenter de dire « ah la la, les dettes c’est pas bien », c’est un peu profane.</p>
<p style="text-align:justify;">L’exemple phare se trouve dans mes cours d’Histoire de troisième, c’est en s’endettant pour lancer une politique de grands chantiers par le New Deal que Roosevelt sortit dans un premier temps les USA de la crise de 29 – la Guerre s’occupant du reste. On nous l’expliquait seulement en trois lignes, mais s’endetter était la seule solution pour voir la locomotive tracter des wagons moribonds. Les chantiers lancés par Pompidou, le TGV, le quartier de la Défense, et j’en passe, sont autant de risques coûteux, et d’endettements sur le court terme dont la France ne tire les fruits que depuis peu. A la hauteur d’un Etat être un bon père de famille frileux n’a jamais rendu bon grand-père.</p>
<p style="text-align:justify;">Il importe aussi de revenir sur cette notion de « gestion de bon père de famille », celle qui m’indigne tout particulièrement. Il y a beau y avoir le mot « gestion » qui traîne dans cette locution, la gestion de bon père de famille n’est pas une valeur économique. C’est une notion de droit. On la retrouve dans les Codes Rural et Civil. Elle s’applique à divers acteurs, le fermier, le tuteur, l’usufruitier, l’usager, celui qui a l’obligation de veiller à la conservation d’une chose donnée, le gérant d’affaire – soit aucun chef d’Etat, ni aucun ministre du Budget, ni aucun père de famille dans sa fonction de père de famille, exception faite du tuteur – et pour chacun de ces acteurs, la notion de <em>bonus pater familias</em>, les textes distinguent une norme comportementale qui reste à l’appréciation du juge, en fonction de mille et un paramètres aussi changeants que la météo. Marier ainsi une notion abstraite juridique à des problématiques économiques relève du mariage de la carpe et du lapin, de l’entourloupe intellectuelle façon grand séducteur. Bref, du bazar.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y a effectivement un problème de la dette, de sa gestion, de son volume qui apparaît important. On ne peut pas le nier. Sa résolution passe par plusieurs méthodes : on peut fructifier des investissements, relancer des pans entiers de l’économie, chasser les gaspillages publics, pratiquer l’austérité, mais une Règle d’Or n’aura pour seul effet que laisser tout en état, c’est élémentairement mathématique.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette Règle d’Or, celle des équilibres budgétaires, vient d’Allemagne où elle est inscrite depuis 1949 dans la Constitution, bien que nos voisins d’Outre-Rhin y aient dérogé plusieurs fois pour mener des politiques d’endettement. Les règles entourant les déficits budgétaires des Etats de la zone Euro existent dans le cadre du Pacte de Stabilité et de Croissance, qui limite le déficit public d’un pays à 3% de son produit intérieur brut, et sa dette publique à 60% de ce dernier. La Grèce a été acceptée dans la cette zone, alors même qu’on la savait incapable de respecter ce pacte, tant elle avait galéré et commencé à se serrer la ceinture pour atteindre les critères de convergence. Mieux encore, la France le viola sciemment, consciente que le respecter l’empêchait de conserver ses facteurs de croissance. A l’époque de la décentralisation menée par la Gauche en 1981, une règle des équilibres budgétaires fut imposée aux collectivités locales, afin que les maires, conseillers généraux et régionaux, s’activent à maintenir voire à accroître leurs recettes pour bénéficier de dépenses supérieures. Au sein des finances de ces collectivités il existe une Règle d’Or qui n’a pas vraiment à voir avec les équilibres budgétaires. Cette Règle d’Or impose aux collectivités territoriales de ne jamais emprunter pour financer leur fonctionnement. Votre commune, si elle emprunte de l’argent, ne peut le faire que pour investir : dépenser dans le dur, dans l’immobilier, dans les infrastructures. Elle ne pourra pas s’en servir pour du fonctionnement : payer ses agents, assurer la maintenance de ses locaux, payer un feu d’artifice ou une guinguette.</p>
<p style="text-align:justify;">Ça me rappelle toujours un moment vécu avec mon père. Nous étions dans une grande surface d’électroménager et je traînais comme à mon habitude au rayon des chaînes Hi-fi. Le vendeur nous expliqua que même si le prix de cette Aïwa argenté et pétant de mille feux pouvait sembler excessif le magasin avait des solutions d’étalement de paiement tout à fait avantageux. Mon père lui a répondu qu’on ne prenait jamais de crédit sur les loisirs. Ça m’a marqué, comme toutes ces phrases que j’ai gardées des années dans un coin avant de bien les comprendre.</p>
<p style="text-align:justify;">L’enjeu de la dette publique française, et de nombreux déficits budgétaires européens, c’est que les Etats empruntent pour fonctionner. Il y a une différence notable entre contracter un crédit pour rembourser une voiture, et contracter un crédit pour y mettre de l’essence. Ce n’est pas prendre un crédit qui n’est pas ah la la c’est pas bien, c’est de ne pas pouvoir faire autrement. Surtout quand on est un Etat. Parce que qui mieux qu’un Etat peut contracter un crédit ?</p>
<p style="text-align:justify;">Il va de soi que lorsqu’on dirige le rythme de la planche à billets, ça a tout de suite plus de gueule avant de se rendre chez un banquier. Cependant, me dira-t-on certainement, les Etats européens n’ont plus d’influence directe sur la planche à billets depuis qu’ils ont inventé une Banque Centrale Européenne indépendante rien que pour ça. Est-ce vraiment si important ?</p>
<p style="text-align:justify;">La question peut paraître idiote, mais c’est sur l’ironie de l’Histoire que je m’appuie quand je la pose. La Monnaie telle que nous la connaissons, sonnante et trébuchante, porteuse de signes distinctifs, les symboles nationaux qui nous garantissent sa valeur, est apparue bien après le Crédit. D’ailleurs les pièces dans votre porte-monnaie ne sont qu’une forme de crédit.</p>
<p style="text-align:justify;">La Monnaie sonnante et trébuchante est une invention lydienne, qui date du VI<sup>ème</sup> siècle avant Jésus-Christ. Dans la capitale, Sardes, le Roi Alyatte fait frapper les premières pièces de monnaie à son effigie. Les historiens ne savent pas trop pourquoi. Keynes l’indéboulonnable écrira en 1930, qu’il ne s’agissait que d’un acte de vanité locale. De toutes les manières, Alyatte est tombé dans l’oubli – contrairement à son fils, Crésus. Avant la monnaie avec une face – celle d’Alyatte en l’occurrence – des monnaies d’échange existaient, des métaux précieux, des animaux, des esclaves, des coquillages, des grains et de la porcelaine… des monnaies « primitives » disent les livres d’économie, et elles n’empêchaient en rien le commerce, y compris le commerce international et ses formes de financement, car le Crédit, lui, date de 2300 ans avant Jésus-Christ.</p>
<p style="text-align:justify;">L’économie est avant tout une science de l’obsession : comment résoudre ses besoins ? Comment pallier le manque ? Il y eut d’abord trois réponses : la nature, se servir en nourriture, en textile, en métaux précieux, la guerre, se servir chez le voisin, et enfin l’échange, le troc. Les monnaies primitives firent une timide apparition, garantissant les échanges entre les hommes. Face à la raréfaction progressive des butins, et à l’épuisement – relatif – des ressources naturelles, faire confiance à son prochain s’avéra un substitut utile. Durant des dizaines de siècles, la confiance s’est ajoutée aux monnaies primitives pour organiser les échanges, et qu’est-ce d’autre que la confiance que le crédit, à savoir étymologiquement faire confiance, confier un prêt ?</p>
<p style="text-align:justify;">Des Sumériens jusqu’à nous, et les Accords de la Jamaïque en 1976 qui verront l’abandon de l’or comme référence dans le Système Monétaire International, le crédit n’a eu de cesse de vouloir se substituer du recours au métal. Aujourd’hui, lorsque vous payez votre pain avec des pièces ou un billet, cet argent ne peut provenir que d’une banque centrale, en théorie cet argent est une dette que vous avez contracté auprès de cette banque, indirectement ça va de soi, dette que vous transmettez à votre boulanger. Idem, lorsque vous passez dans la boutique à côté et payez vos fleurs avec un chèque, la banque du fleuriste présentera tôt ou tard votre chèque à votre banque, et lorsque celle-ci l’honorera, c’est un crédit qu’elle inscrira à votre sujet dans ses livres de compte. Toutes les transactions financières ne peuvent plus venir que d’une avance. Et les crédits avancés aux uns, qui deviennent des débits chez les autres, créent… de la monnaie, une forme physique du crédit.</p>
<p style="text-align:justify;">L’obsession économique pallie son manque en créant à partir des avances qu’elle s’injecte inlassablement. On ne vous avait jamais dit que c’était une vieille junkie, dont vous êtes les dealers malgré vous ? Donc, ça, c’est fait. Et ce n’est pas si grave, au sens où en dilatant les valeurs, elle s’octroie le pouvoir de partager les richesses… Mais, là encore, on ne vous l’a peut-être jamais dit, mais ça reste de la théorie fumeuse de junkie.</p>
<p style="text-align:justify;">Lorsqu’un Etat emprunte, le crédit qu’on lui octroie est une richesse qui se répand sur son territoire. Si cette dépense se transforme en infrastructures, elle apportera – sauf à investir dans des conneries – son lot d’activités qui d’une façon ou d’une autre, en étant taxées, en créant des emplois et donc des impôts rembourseront à terme la dette. Si cette dépense se cantonne à faire fonctionner la machine et à gérer le quotidien, à couvrir des cadeaux faits aux copains ou à mener pour la gloriole des guerres improductives, il y aura une crise de la dette. Qui n’est rien d’autre qu’une crise du crédit.</p>
<p style="text-align:justify;">En fait, l’indignation qui se cache au bout de ce raisonnement, s’il est encore possible de s’indigner, c’est que lorsque des clubs de notation baissent leur jugement concernant un Etat, comme c’est le cas pour l’Italie aujourd’hui, plus que pousser le pays en question vers une crise, ils stigmatisent une crise de crédit, une crise de confiance envers les instances d’un pays. La finance commencerait à avoir de nos démocraties une vision platonicienne, celle d’un régime mené par des peuples profanes droit vers l’anarchie, que ça ne m’étonnerait pas.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Continuons donc de la conspuer en nous indignant doucement.</strong></p>
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		<title>« Mais n’est-ce pas le pire piège, que vivre en paix pour des amants » &#8211; Jacques Brel</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Aug 2011 16:30:40 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Prolégomènes A chacun son univers ! Qu’il le peuple de chansons, de souvenirs qui jaunissent comme de vieilles photographies, d’idées infirmes ou de néologismes audacieux. L’article divagant qui va suivre a le sien, et il s’encombre peu que vous ayez traversé &#8230; <a href="http://maximgar.wordpress.com/2011/08/30/%c2%ab-mais-n%e2%80%99est-ce-pas-le-pire-piege-que-vivre-en-paix-pour-des-amants-%c2%bb-jacques-brel/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=maximgar.wordpress.com&amp;blog=8650950&amp;post=332&amp;subd=maximgar&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong>Prolégomènes</strong></p>
<p style="text-align:justify;"><em>A chacun son univers ! Qu’il le peuple de chansons, de souvenirs qui jaunissent comme de vieilles photographies, d’idées infirmes ou de néologismes audacieux. L’article divagant qui va suivre a le sien, et il s’encombre peu que vous ayez traversé ou non la vallée où il réside pour vous raconter l’aube derrière la courbe d’une montagne, que vous, vous appelleriez une colline, un promontoire à la rigueur. Il s’encombre peu que vous connaissiez assez Barbara pour pouvoir la tutoyer à la Prévert, même si, Prévert l’écrit, il aurait suffi qu’il la connaisse une seule fois amoureuse pour qu’il la tutoie.</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>C’est pourquoi cet article est accompagné d’une <a href="http://www.8tracks.com/maximgar/bande-originale-du-post">« bande originale du post »</a>. C’est vrai il m’est arrivé de cacher des textes derrière les chansons d’un autre, pour ne pas voir jusqu’où portaient les mots, pour ne pas prendre le temps de porter mes paragraphes jusqu’au bout, ou juste pour remercier cette chanson d’être là, de m’avoir inspiré un texte inachevé. Mais là ce n’est pas le cas. C’est histoire de vous montrer une photo de cette montagne, avant que vous n’alliez par vous-même, si le cœur vous en dit, en chercher les sentiers, les battus et les autres, les défilés divers des rayonnages d’un self-service culturel, avec l’autre Jacques, l’autre Barbara, un autre Serge que celui auquel vous pourriez penser, avec Roméo et Juliette aussi.</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>C’est juste histoire.</em></p>
<p> <a href="http://www.8tracks.com/maximgar/bande-originale-du-post"><img class="aligncenter size-thumbnail wp-image-333" title="La Bande originale du Post" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/playlist-bouton.jpg?w=150&#038;h=60" alt="" width="150" height="60" /></a></p>
<p><strong><span id="more-332"></span>Chapitre I</strong></p>
<p style="text-align:justify;">L’Idée est une association d’idées, et c’est comme ça, car quoi qu’on en dise, le Verbe à l’origine du monde ou cette onomatopée composée, sans sujet, sans complément d’objet, sans réceptacles directs ou indirects ne seraient rien que des silences égarés dans le néant. Alors j’associe, et j’associe parfois malencontreusement des idées reçues comme des vêtements dépareillés. Et écrire « malencontreusement » est hâtif : on a vu des mauvais goûts d’hier devenir bien des modes d’aujourd’hui. J’associe, c’est une façon de perpétuer l’espèce du monde.</p>
<p style="text-align:justify;">La première fois que j’ai entendu Reggiani chanter Barbara, j’ai cru qu’il répondait à la Dame en Noir. Dialogue improbable du diamant sur un microsillon :</p>
<p style="text-align:justify;">- Il pleut sur Nantes.</p>
<p style="text-align:justify;">- Rappelle-toi Barbara, il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là.</p>
<p style="text-align:justify;">- Il pleut sur Nantes. Donne-moi la main, le ciel de Nantes rend mon cœur chagrin.</p>
<p style="text-align:justify;">C’était l’évidence même : la preuve météorologique de l’appartenance de Nantes à la Bretagne dans les pages d’or de la Chanson ! Barbara de Reggiani n’est certainement pas le titre de l’Italien sur lequel je m’arrête le plus quand il m’arrive de l’écouter. Et je ne me suis pas posé plus de questions, pendant très longtemps. Mon père avait sur une cassette quelques extraits de Reggiani, et, avant que l’humidité ne les rende flous et inaudibles, ils marquèrent mon enfance sans que je les comprenne vraiment. Déjà j’associai n’importe comment, et que les loups soient entrés dans Paris ne faisait qu’attester que le petit Pierre de Prokofiev avait réellement foiré son coup avec son fusil à bouchon, que la femme qui était dans son lit n’avait plus vingt ans depuis longtemps prouvait sans coup férir qu’à trente ans on est bien vieux, et l’Italien m’apprit qu’un homme qui part chercher des cigarettes ou des allumettes ne revient jamais, la clope ça tue à petit feu et on finit frigorifié devant une porte close.</p>
<p style="text-align:justify;">Qu’importe l’incompréhension de l’enfance et ses raccourcis attendrissants, ou, au contraire, vive cette incompréhension, ce refuge d’imbroglios où je retourne parfois oublier le quotidien, et chercher une idée folle, une idée de génie fou, une idée reçue de travers. Mais à un moment où me reprenait la bienséance de l’âge adulte, je me suis dit que Reggiani ne pouvait pas répondre à Barbara comme ça, parce que lorsqu’elle découvre la pluie de Nantes, en descendant de son train, dans cette gare où Higelin n’avait pas encore attendu le printemps en zieutant une rousse au chocolat, le père de la Dame en Noir était déjà mort : elle arrivait trop tard pour qu’ils se parlent – se reparlent – une dernière fois, <em>25 rue de la Grange aux Loups,</em> <em>sans un adieu, sans un je t’aime</em>. Si dire qu’il pleut sur Nantes est entré dans le langage courant, sprinteur ou marathonien, dans les conversations de tous les jours et de toutes les nuits, ou, dans d’autres chansons, on n’y répond pas par « il pleuvait sans cesse sur Brest ». L’heure n’est pas aux concours de vache qui pisse le plus loin. Ni chez Barbara, ni chez Reggiani.</p>
<p style="text-align:justify;">Quand il chante Barbara, Reggiani chante du Prévert. Et quand Prévert écrit Barbara, il se souvient de deux amoureux sous la pluie brestoise, dans cette rue de Siam qui traverse presque toutes les chansons qui passent à Brest, et que remontèrent un jour des dignitaires d’Orient quand elle s’appelait encore rue de Saint-Pierre. Il pleut mais qu’importe, <em>cette pluie sage et heureuse, sur ton visage heureux, sur cette ville heureuse.</em> Les pluies qui suivent, celles de fer, les bombardements sur Brest – cent soixante-cinq dans les livres de comptes militaires – ont des éclaboussures de feu d’acier de sang.</p>
<p style="text-align:justify;">Qu’il pleuve sur Nantes, je l’ai retrouvé chez Thomas Fersen, quand une chauve-souris est amoureuse d’un parapluie qui s’ouvrait sur une permanente, parce qu’il pleuvait sur Nantes. Je me dis qu’un jour, je prendrai le temps de parcourir les villes en chansons. De Nantes on retiendrait cette chanson de Barbara, celle de Beirut – qui a aussi chanté Cherbourg, Santa Fe, East Harlem, Brandebourg, et une night with a prostitute from Marseille – et pas forcément celle de Renan Luce puisque son narrateur ne va pas jusqu’à Nantes et se contente avant de trucider une auto-stoppeuse d’aligner les rimes en ante, en oubliant au passage : fainéante, dilettante, chiante… Je prendrai un bicloo et je pédalerai sous la pluie, parce qu’en littérature aussi il pleut sur Nantes, et qu’on peut lire dans L’Ironie du sort de Paul Guimard :</p>
<p style="text-align:justify;"><em>« Il pleuvait lorsque le camion freina rue Mercœur, devant la porte d&#8217;Antoine, un de ces grains venus du golfe de Gascogne, qui remontent comme par erreur l&#8217;estuaire de la Loire mais qui, loin dans les terres, restent encore marins et crèvent sur la ville ainsi que sur un navire. »</em></p>
<p style="text-align:justify;">Il ne pleut pas qu’à Nantes, et cet été un 13 juillet sur des lacets détrempés de Dordogne, j’ai entendu L’Aigle Noir de Barbara, celui d’un jour ou peut-être une nuit, qui allait si bien avec cette clarté grise abattue sur la route. Je me suis surpris à associer spontanément cette chanson et l’inceste qui serait caché derrière, c’était bien la première fois qu’elle quittait mon univers.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/gotlib-2.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-337" title="Un éléphant rose avec des ailes vole toujours gracieusement" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/gotlib-2.jpg?w=243&#038;h=300" alt="" width="243" height="300" /></a>J’ai découvert l’Aigle Noir dans les Rubriques-à-Brac de Gotlib, vers douze ans. Après une soirée chez Jacques, un homme rond comme une bille s’endort à côté du caniveau, sous un réverbère. Il est tellement murgé qu’il se croit au bord d’un lac, incapable de savoir si c’est le jour ou peut-être une nuit. Soudain lui revient du passé, Fanfan, son éléphant rose… et croyez-le ou non, cette histoire qu’il raconte à Barbara devient l’Aigle Noir.</p>
<p style="text-align:justify;">L’inceste qu’a vécu Barbara au cours de son enfance est avéré. Elle l’évoque clairement dans ses mémoires interrompus – interrompus car posthumes. C’est seulement alors que des Freud amateurs et professionnels sont allés relire dans les ellipses jusque là incompréhensibles de l’Aigle Noir, les déviances de l’homme mort à Nantes un jour de pluie. Des évidences de circonstances apparaissaient alors au grand jour et peut-être pas une nuit : <em>de son bec il a touché ma joue, dans ma main il a glissé son cou… </em>et signature ultime de la figure paternelle : <em>surgissant du passé, il m’était revenu… </em>Il m’était revenu, comme dans Nantes !</p>
<p align="center">
<p align="center"><em>Depuis qu&#8217;il s&#8217;en était allé</em></p>
<p align="center"><em>Longtemps je l&#8217;avais espéré</em></p>
<p align="center"><em>Ce vagabond, ce disparu</em></p>
<p align="center"><em>Voilà qu&#8217;il m&#8217;était revenu</em></p>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align:justify;">Parce qu’<em>il m’était revenu</em>, dans les textes de Barbara, ce ne sera plus jamais que son père ! Je n’aime pas ces raccourcis faciles. Je n’aime pas les explications riches d’autorité. Je n’aime pas les vérités dictatoriales, et ce jour-là, sur la route, je n’ai pas aimé qu’elle s’impose à moi celle-là, alors que j’ai mille raisons – et envies – de ne pas y croire, dont l’une qui se passe de commentaire : cette chanson, Barbara l’avait dédiée à sa nièce… alors dites-moi ? Sa nièce aussi avait un aigle noir pour paternel ? Aragon écrivait – en même temps que Prévert réécrivait Brest &#8211; dans Il n’y a pas d’amour heureux, <em>ce qu&#8217;il faut de malheur pour la moindre chanson, ce qu&#8217;il faut de regrets pour payer un frisson, ce qu&#8217;il faut de sanglots pour un air de guitare… </em>Je ne doute pas que des atrocités se cachent parfois derrière des mélodies, je ne doute pas qu’on aille parfois chercher l’inspiration dans des sphères inavouées, j’ai moi-même eu l’occasion des fois de faire macérer la crasse de mes dérélictions pour tirer une phrase, ou juste un mot. Mais comme je n’ai pas envie de penser malgré moi à des abus sur une gamine de dix ans, quand je conduis sous la pluie sur des routes inconnues, j’ai viré l’Aigle Noir de mon iPod. Pour un bon moment.</p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/gotlib-3.jpg"><img class="size-medium wp-image-339 aligncenter" title="de l'éléphant rose à l'aigle noir" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/gotlib-3.jpg?w=300&#038;h=251" alt="" width="300" height="251" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">J’aime beaucoup les chansons auxquelles je ne comprends rien… l’anglais, et plus encore l’islandais et plus encore le vonlenska de Sigur Rós, dans lesquels je me perds me laissent toute la latitude d’entendre ce que je veux entendre et de réécrire des chansons à l’intérieur des chansons, comme le Verbe donna naissance à d’autres verbes, comme le Big-bang donna naissance à d’autres déflagrations. Je n’ai pas envie que les chansons s’arrêtent un jour sur la route, que j’ouvre la portière, et que je les balance dehors, comme un auto-stoppeur dont on ne veut plus parce que sa tête ne vous revient plus. Je ne suis pas Renan Luce.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y a au moins une chanson de Barbara que j’ai cachée quelque part dans mes confusions volontaires, dont je ne pourrais jamais la chasser, même si je devais un jour devenir définitivement adulte et désabusé. Parce que c’est comme ça, parce que là où beaucoup associeront Ma plus belle histoire d’amour c’est vous à une interprétation que Barbara en fit en public, qu’elle offrit à son public serait littéralement la bonne formulation, moi, je me suis contenté d’associer cette chanson à la Vieille Amante de Vérone.</p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><strong>Chapitre II</strong></p>
<p style="text-align:justify;">J’ai une méconnaissance royale du Roméo et Juliette de William Shakespeare. Elle vient en partie de ma méconnaissance du théâtre. Je n’en lis pas, peut-être est-ce un tort. Je vois rarement des pièces sur scène, encore un tort peut-être. Je n’ai pas la culture des acteurs vivants en chair et en os à dix mètres de moi et je n’ai assisté qu’à quatre représentations dans ma vie, pas plus, dont une d’amateurs vraiment amateurs. Je n’ai pas eu la chance d’être présenté au Théâtre, comme je fus un jour présenté à l’Opéra sur le palier d’un appartement. Mais entendons-nous bien, par méconnaissance royale de Roméo et Juliette, il faut surtout comprendre que je suis incapable d’en réciter des passages, aucune situation précise ni aucune scène ne peuvent me revenir en tête, là. Il n’en est pas de même pour le Roi Lear, pour Richard III, pour la Tempête et même pour Beaucoup de bruit pour rien. Cette méconnaissance royale est comme un dédain volontaire et bien réfléchi : mon affection pour cette pièce vient plutôt de sa façon d’être un verbe qui fonde d’autres verbes, <strong>l’appellation exacte devrait être quelque chose comme « un verbe qui réverbère ».</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Parce que j’ai pris un malin plaisir à collectionner dans mes bibliothèques imaginaires les échos multiples des Amants de Vérone. J’ai du point de vue culturel ce comportement d’écureuil hyperactif qui va d’une branche à l’autre, du pied d’un arbre à l’autre accumuler des noisettes à ne plus savoir qu’en faire. Des fenêtres où j’écrivais précédemment, Bidule et moi, nous les regardions gesticuler, ces boules de nerfs bruyantes, d’autant plus risibles qu’elles se croyaient invisibles. Bidule avait beau être une mésange charbonnière, elle m’écoutait attentivement lui résumer les délires de ces petits paranos roux qui rebondissent sur la canopée. Je lui expliquais qu’il peut y avoir deux raisons à ce que les écureuils s’excitent des jours durant à collectionner les noisettes. La première est qu’ils s’ennuient, ils ont les doigts trop petits pour tourner les pages d’un livre ou faire des poteries en céramique. La seconde est qu’ils ont une peur indistincte, une frayeur quasi religieuse et presqu’irrationnelle, un pressentiment de fin du monde, persuadés sans avoir les moyens d’en être certains qu’un temps approche où les arbres seront nus, et où tout le monde les verra courir d’une branche à l’autre dans le froid. Cette vulnérabilité les empêchera d’aller se faire voir trop longtemps au-dehors, ce froid les contraindra à ne pas sortir, et ils seront bien au chaud, en famille ou seul comme un sou d’huile au fond d’une jarre, à tailler des noisettes avec les dents, parce que leurs mains sont trop petites pour tenir un maillet. Même Bidule avait conscience de l’hiver et du rythme des saisons, et je devais lui expliquer pour qu’elle comprenne bien, que les écureuils ont une mémoire de poisson rouge. On en a vu souvent, ne plus savoir où ils avaient planqué leur trésor, mourir frigorifiés et affamés, à trois pas d’écureuils d’une de leurs cachettes : ils planquent au hasard et retrouvent au hasard, et c’est pourquoi, ils ont gardé cet autre instinct irrationnel et guerrier du territoire qu’ils défendent bec et ongles – avec le peu d’ongles qu’ils ont et leurs incisives – assez conscients qu’un autre écureuil pourra tomber par ce même hasard sur une de leurs caisses d’épargne, et qu’ils n’auront plus le souvenir de l’endroit où ils gardent le titre de propriété qui leur confère tous les droits sur les noisettes sonnantes et trébuchantes qui dorment là. L’écureuil n’a pas assez de mémoire pour se souvenir de ce qu’est l’hiver, et c’est juste une réminiscence qui le lie à un rituel. Qu’ils sont cons ces écureuils piaffait Bidule, et je la reprenais : il faut que tu restes humble mon petit oiseau, les hommes eux-mêmes parce qu’ils ne se souviennent plus d’où ils viennent, se créent des manies mécaniques, des absurdités raisonnables, s’exploitent par crainte d’être exploités, et voient affolés des signes d’un hiver qui vient, qu’ils s’imaginent atomique ou nucléaire, quand ils retombent par hasard sur une crainte cachée par hasard. Ils disent alors que le hasard fait bien les choses, et par tous les moyens, ils justifient toutes les fins. Moi-même, j’ai oublié les raisons qui m’ont fait perdre parfois jusqu’à mon dernier livre et vivre un court instant dans une gare avec les trois seuls disques que j’avais pu emmener et un lecteur Aïwa qui bouffait bien plus de piles qu’il ne me rendait l’1. Outside de Bowie. J’ai oublié jusqu’aux pochettes et couvertures des œuvres que j’ai perdues il y a maintenant treize ans quand un jour d’été, la roue a encore tourné. J’ai gardé l’instinct peureux d’un hiver culturel et j’amasse les ouvrages et enregistrements d’autant plus follement que la technique aujourd’hui m’autorise à en amasser beaucoup.</p>
<p style="text-align:justify;">A commencer par huit enregistrements différents du ballet que Prokofiev fit du drame de Roméo et Juliette, selon que les chefs sont plus convaincants pour le suave et poétique ou pour le violent à la limite de l’audible, cette tangente où l’écriture du compositeur russe détend les cordes et déchire les partitions d’un bariolage nerveux et extatique. Parce qu’aucun chef malgré tout son talent, malgré la maîtrise de l’orchestre, malgré les techniques d’enregistrement, n’arrive à rendre de façon égale une Danse des Chevaliers – celle-là où la publicité Egoïste de Chanel faisait voler les volets en éclats tonnants – et la mort de Juliette. Et les rares fois, où j’ai trouvé un enregistrement où les scènes violentes valaient les passages romantiques, cette équivalence résonnait surtout en médiocrité, en manque de profondeur de l’ensemble, comme si j’écoutais le tout derrière une porte entrebâillée. Si Claudio Abbado peut élever les thèmes d’amour, il ne dirigera pas la mort de Tybalt comme un Seiji Ozawa, et les productions récentes de Valery Gergiev donnent toute leur splendeur aux passages oubliés &#8211; le jugement du Prince, presqu’anodin, mais qui précipitera Roméo assez loin de Vérone pour qu’il n’y entende rien au projet du Frère Laurent et de Juliette tout en ponctuations fortissimo – elles articulent le moindre frémissement de la cadence de mannequin disloqué qu’est Tybalt titubant, mais sans jamais rendre l’atmosphère du pas de trois d’une Juliette virevoltant au milieu des fantômes de son cousin et de Mercutio.</p>
<p style="text-align:justify;">S’attaquant à la transcription de l’œuvre de Shakespeare, Sergueï Prokofiev était allé de désillusions en désillusions, par un chemin de croix, plein de réécritures et d’anamorphoses des thèmes, voyant son œuvre refusée partout où il la présentait, parce qu’on ne pouvait pas la danser, parce qu’elle était trop complexe, la voyant créée, plus de trois ans après qu’elle fut achevée, presque par hasard à Brno en Tchécoslovaquie. Pour en rajouter une couche misérabiliste d’un chic indéniable, Sergueï Prokofiev subissait de plein fouet les nouvelles politiques culturelles staliniennes de réalisme socialiste qui le laissèrent au bord de la misère de la réalité socialiste. Mais comme aurait dit Aragon, ou l’aurait chanté Brassens, c’est <em>ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson.</em> J’aime imaginer sans jouer les psychanalystes des coulisses de ballet, qu’il y a de ça dans les funérailles de Juliette, une agonie en adagio.</p>
<p style="text-align:justify;">La pièce de Shakespeare est inégale mais riche en thèmes, on la résume souvent au seul destin tragique des amants, ce fil rouge qui les conduit à préserver leur amour jusque dans la mort. Alors que non, sans l’intolérance de leurs familles, sans son Prince impuissant, sans l’accumulation à la limite du ridicule des obstacles à la réalisation de leurs plans, sans les dangers de la précipitation, sans la fin des rêve, sans que personne ne soit totalement bon ou totalement mauvais, sans mille et un détails, ils ne sont que des losers inspirés par une vague pulsion amoureuse. Il en ressort que tous les artistes qui ont eu à se replonger dans ce drame ont traité inégalement ces mille détails avec plus ou moins de réussite. Je pense de tout ce que je connais musicalement, littérairement, cinématographiquement, qui soit de loin ou de près tiré du drame de Roméo et Juliette, que Prokofiev est sans nul doute celui qui a le mieux rendu cette complexité, à tel point qu’aujourd’hui aucun chef, aucun orchestre ne puisse rendre justement la complexité de son ballet.</p>
<p style="text-align:justify;">Hector Berlioz était moins tourmenté pour l’écriture de sa Symphonie Dramatique dédiée aux rejetons des Capulet et Montaigu. Mais enthousiasmé par la multiplicité des thèmes, il s’éparpilla entre l’amour, les bouffonneries et la violence, pour un résultat… éparpillé. Charles Gounod entre deux crises de dépression se lance lui aussi dans une partition qui flirte du tempétueux à la bise, et qui s’offre un final époustouflant où Roméo mort en permission et Juliette ayant perdu la moitié de son sang s’égosillent à la clémence divine.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/west-side-story-1.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-340" title="Une bonne scène de balcon, si vous n'avez jamais connu ça, vous ne saurez jamais ce qu'est l'amour... à la maison nous nous sommes faits construire une belle balustrade en bois qui donne de la chambre au bureau..." src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/west-side-story-1.jpg?w=300&#038;h=205" alt="" width="300" height="205" /></a>Je préfère à ses deux œuvres françaises le West Side Story de Bernstein, les claquements de doigts en ouverture, la fin du rêve américain <em>twelve in a room in America, </em>son flic raciste de la NYPD pour Prince de Vérone dans l’Upper Side, les duels entre Sharks et Jets qui se disputent des territoires sans valeur, des rues et des escaliers de secours barrés comme des cages qui offrent à cette nouvelle Juliette portoricaine, Maria et à Tony le Jets, un balcon comme leurs augustes aînés, et une fin à moitié happy end – puisque seul le Roméo perd la vie, comme un grand couillon traqué par le destin.</p>
<p style="text-align:justify;">J’ai une affection particulière pour le poème symphonique de Tchaïkovski, dont des détails d’architecture sont devenus une norme dans plusieurs relectures de l’œuvre. Ainsi le fait de répéter un unique thème pour la scène de bal, la scène de balcon et la scène du caveau de Juliette, sera le canevas de Nino Rota pour la partition qui accompagnera l’adaptation de Franco Zefirelli et celui de Craig Armstrong pour l’épileptique version cinématographique de Baz Luhrmann.</p>
<p style="text-align:justify;">J’aime les déclinaisons débiles, les parodies, Gnomeo et Juliette, les reprises, l’universalité du thème, et même son grand fil rouge cousu de fil blanc. Parce qu’après tout, sauf à encourager la consanguinité, on va tous vers quelqu’un de différent, pas forcément que les opposés s’attirent, mais que nous sommes tous, tout simplement, différents. Et qu’un rien suffit des fois, pour qu’on s’en foute plein la gueule au nom du tristement célèbre « t’es pas comme nous ».</p>
<p style="text-align:justify;">William Shakespeare n’a rien inventé. L’ex nihilo par contre est une invention de prétentieux. Pyrame et Thisbé s’aimèrent contre l’avis de leurs parents bien avant que Roméo n’épouse secrètement Juliette. Et ils se suicidèrent plus de deux mille ans avant notre ère, sans hésiter, chacun croyant l’autre mort. Les Capulet et les Montaigu apparaissent chez Dante et se découpent déjà la Lombardie à la pointe de l’épée. Au XVème siècle dans la ville de Sienne décrite par Salernitano, deux amoureux issus de familles en franche querelle se marient en secret par l’intermède d’un prêtre complice, c’est alors que vont survenir la mort d’un notable, l’exil de l’amoureux, la potion, la méprise, la mort des amants, les deux perdant la tête, l’un au sens figuré, l’autre au sens propre. Même les prénoms ne sont pas de Shakespeare, on les trouve dans d’autres écrits antérieurs, y compris des écrits britanniques. A en croire les spécialistes, on ne doit à William que d’avoir approfondi les rôles de Mercutio et de la nourrice, ce qui démonte toute la trame du film Shakespeare in Love. Et alors ?</p>
<p style="text-align:justify;">Les deux jeunes amoureux de Shakespeare, même morts en scène, même plagiés, ont depuis longtemps quitté les salles londoniennes de leurs premières représentations pour jouer dans l’imaginaire de beaucoup d’entre nous les rôles de losers magnifiques et maudits, qui ont touché cet amour heureux qui n’existe pas pour Aragon, pas sans le moindre malheur, pas sans le moindre frisson.</p>
<p style="text-align:justify;">Si j’ai cette méconnaissance royale de l’œuvre de Shakespeare, c’est aussi par crainte de la lire et n’y trouver rien de ce que je retrouve quand j’écoute Prokofiev, ne serait-ce que dans l’envolée de la Mort de Juliette, cet espoir éthéré qui flotte dans une aube qu’aucun des jeunes époux ne verra poindre, qui souligne le grotesque du destin, ou l’éloquent du hasard.</p>
<p style="text-align:justify;">Je suis sûr, que vivants, ils n’auraient pas été heureux. Morts, ils l’étaient à peine.</p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><strong>CHAPITRE III</strong></p>
<p style="text-align:justify;">S’ils n’étaient pas morts, s’il n’avait pas fallu que la peste passe par là comme un cheveu passe sur la soupe, si le messager du frère Laurent était bien arrivé auprès de Roméo, si tout c’était goupillé à merveille, Paris serait en bouteille et Juliette aurait rejoint son époux à Mantoue. Que Paris soit en bouteille n’est qu’une question de patience, par un jeu savant de fils mon grand-père faisait bien voguer des trois-mâts dans un flacon. Il suffirait qu’un souffleur de verre assez ambitieux vienne à proposer ses services, et je n’aurais pas à me soucier de voir la capitale partir à la mer comme n’importe quel espoir de n’importe quel Robinson. Mais Roméo et Juliette ! rapidement la nouvelle de la supercherie se mettrait à courir la campagne, et la colère des Capulet s’abattrait sur tous les alentours, poussant les amants à fuir toujours plus loin, vers des horizons où Roméo qui n’a jamais rien sur faire de ses dix doigts que bretter, peloter et prier, perdrait de sa superbe, où Juliette perdrait de sa superbe, troquant ses toilettes et parfums pour la poussière et la crasse.</p>
<p style="text-align:justify;">Qu’importe, ils le surpasseraient. Loin du faste et de la lourdeur de leurs noms, ils goûteraient à l’ordinaire, au buffet des choses simples, une petite maison en banlieue ou à la campagne, qu’on décore à son goût, selon ses moyens. Avec les années qui passent, les bonnes et les moins bonnes, les vacances au bord de la mer, les sorties du week-end, les anniversaires qui s’égrènent, les soirées amoureuses, et les silences pesants des habitudes, les grognements maussades et les coups de colère, ils auraient laissé couler le temps.</p>
<p style="text-align:justify;">Je serais tenté de dire comme tout le monde, mais tout le monde n’est pas Roméo, ni Juliette.</p>
<p style="text-align:justify;">Je regarde la rue qui longe leur maison, assis à ma terrasse littéraire, où je fume des cafés et compulse des ouvrages historiques. On est assez près pour entendre le bruit de leur quotidien, un aspirateur, une radio, les miaulements du chat. Ils passent parfois furtivement à la fenêtre, comme des ombres chinoises qu’on voit se tenir tendrement ou s’emporter pour un oui ou un non, gesticulant les bras à l’italienne pour dire c’est comme ceci, que ce n’est pas comme cela. C’est là, que j’ai surpris un jour Juliette qui chantonnait du Barbara.</p>
<p style="text-align:justify;">Du plus loin que lui revenait l’ombre de ses amours lointaines, du plus loin de ce premier rendez-vous à confesse chez le frère Laurent, du temps de ses premières peines, alors qu’elle avait quinze ans à peine, le cœur blanc et des griffes aux genoux, sans savoir si ce fût un tendre amour de gosse ou les morsures d’un amour fou, elle sait, même si depuis elle a dit d’autres « je t’aime » que sa plus belle histoire d’amour c’était lui.</p>
<p style="text-align:justify;">Comment ne m’en étais-je pas rendu compte plus tôt ? Juliette n’avait pu se contenter de devenir cette amoureuse modèle qui se transforme par la grâce d’une fée ménagère en maîtresse de maison de banlieue sans envergure. Malgré les apparences, elle s’était cachée dans une chanson de Barbara, une chanson douce amère, qui si elle cherche l’amour heureux, n’en oublie pas les errances solitaires dans les bras d’un tiers, ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare, et qu’<em>il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri</em>.</p>
<p style="text-align:justify;">Un peu abasourdi, j’avais lâché mon livre où des Guaranis pour s’emparer de Buenos Aires venaient d’envoyer des dizaines de milliers de moutons en éclaireurs remplir les fosses que les Portègnes avaient creusées tout autour de leur ville, espérant contenir les assauts des indigènes, qui évidemment deux minutes plus tard réinventaient le saute-mouton en lançant une charge héroïque contre les barricades ridicules de la cité. Je pris le temps avec tout l’amateurisme d’un détective d’opérette de suivre Roméo quelques jours, sur son trajet quotidien et ses sorties de route régulières, espérant découvrir au hasard d’un sifflement, d’un chuchotement, la chanson dans laquelle s’était caché le Montaigu, trop fou pour se contenter d’un pavillon, trop volage pour se contenter de Juliette.</p>
<p style="text-align:justify;">Loin de moi de faire des généralités, de croire que tous les hommes sont des coureurs, ou toutes les femmes des victimes. Il y en a des bien, il y en a des moins bien, il y en a qui s’y retrouvent en étant moins bien, il y en a des très bien qui gâchent leurs vies. Roméo n’était pas un type bien. Un jouisseur comme un autre. Avant de rencontrer Juliette, il pleurait dans les rues l’amour non-réciproque qu’il portait à Rosaline. Et son ami, Mercutio lui répondait à tue-tête d’aller se faire voir ailleurs au sens littéral. Les plus psychanalystes des lecteurs, toujours prompts à faire de Shakespeare une icône gay à la mode, et qui voient chez Othello un homosexuel refoulé qui n’osait pas avouer son amour pour Iago, sont les mêmes qui prêtent une liaison torride à Roméo et Mercutio, ce dernier évoquant sans pudeur le petit oiseau de son pote. Qu’importe cette supposée liaison, Mercutio emportant vite ses secrets au paradis, les deux amis étaient des libertins, prompts à faire la fête et à squatter les fêtes où ils n’étaient pas invités. Le coup de foudre que connait Roméo à sa rencontre avec Juliette, comment ne pas croire qu’il en avait une à chaque party où il mettait les pieds ? Comment ne pas croire qu’il n’y ait pas eu d’autres Juliette après, éclipsant la première comme la première éclipsa Rosaline.</p>
<p style="text-align:justify;">Lorsque le frère Laurent apprend de Roméo son amour pour Juliette, ce n’est pas cette passion qu’il souligne, ce n’est pas la précipitation de la chose qui l’étonne, ce n’est pas la géopolitique véronaise qui l’inquiète, non, il s’emporte face à l’inconstance du jeune premier ! Très vite, le frère se contrefout de la passion, de l’amour, de l’eau de rose et des envolées lyriques, ce qui importe, c’est qu’un mariage entre les deux familles apporterait la paix en ville. Pour le frère Laurent c’est l’occasion rêvée d’avoir moins de messes de requiem à célébrer… rien de plus. Son implication réelle, sa participation à venir dans la stratégie destinée à réunir les deux amants, il ne l’aura qu’en compagnie de Juliette, parce qu’on ne peut pas compter sur Roméo : il est charmant, il est brillant, il a de l’esprit et sait réciter des poèmes, mais il le dit lui-même, <em>I’m a fortune’s fool ! </em>Vous reposeriez-vous sur un type qui n’est que le jouet du destin ?</p>
<p style="text-align:justify;">Le destin ne se foule pas pour mener Roméo à sa perte. Bien sûr, il y a la peste entre Mantoue et Vérone, juste le jour où le vaguemestre était en tournée, elle l’arrête lui, mais laisse passer la rumeur de la mort de Juliette. Le destin se cantonne à fournir une étrange matière qui ne prend pas le héros au dépourvu. Lorsque Roméo assassine Tybalt, ce n’est pas sur le coup d’une pulsion. Il sait très bien ce qu’il risque à tuer le neveu de Lady Capulet, qu’il lui en coûtera la vie, Juliette et le reste. Mais il le fait, parce qu’il doit le faire, selon un code de l’honneur abscons et braillard. Le même code de l’honneur qui le fait épouser une jeune femme de manière on ne peut plus réfléchie, un mariage ce n’est pas le coup d’une pulsion, on n’est pas à Las Vegas sur Adige. Il est vrai que si leur union avait été consommée avant qu’ils soient unis devant Dieu, le public aurait applaudi leur mort. Cependant aucun de ses gestes, aucun de ses actes, aucune de ses paroles n’est le fruit d’une surprise, mais un simple enchaînement mécanique déclenché par le hasard qu’il peut à mille occasions enrayer. Il suit le fil de l’eau. Et c’est ainsi que j’ai trouvé la chanson dans laquelle il s’était dissimulé avec les années.</p>
<p style="text-align:justify;">Celle où l’on laisse moins faire le hasard, où l’on se méfie du fil de l’eau.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y a une vérité incertaine dont je suis sûr dans mes confusions volontaires, c’est qu’après avoir échappé à leur destin funeste par un tour de passe-passe qui confondit Shakespeare lui-même, les amants de Vérone sont allés vivre en s’éloignant l’un l’autre, pour se retrouver là, vieux, à la fenêtre du bout du voyage, l’un chantant du Brel, l’autre du Barbara, à moins protéger leurs mystères de l’aube claire jusqu’à la fin du jour. Qu’importe ce qu’on peut en dire.</p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><strong>Epilogue</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Barbara, la jeune fille de Brest, celle que nous ne connaissons que parce qu’un jeune homme l’a appelé par son prénom, alors qu’il s’abritait sous un porche, rayonnait sous la pluie. Ils n’avaient rien à envier aux amants de Vérone. Idoles qui s’ignoraient dans une forêt de divinités, ils étaient là à s’embrasser, illuminant d’idées les idées associées.</p>
<p style="text-align:justify;">Soyez des acteurs de poèmes à venir. Vivez chaque instant pour ça.</p>
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			<media:title type="html">La Bande originale du Post</media:title>
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			<media:title type="html">Un éléphant rose avec des ailes vole toujours gracieusement</media:title>
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			<media:title type="html">de l'éléphant rose à l'aigle noir</media:title>
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			<media:title type="html">Une bonne scène de balcon, si vous n'avez jamais connu ça, vous ne saurez jamais ce qu'est l'amour... à la maison nous nous sommes faits construire une belle balustrade en bois qui donne de la chambre au bureau...</media:title>
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		<title>« No me pongan en lo oscuro, a morir como un traïdor : yo soy bueno y como bueno moriré de cara al sol. » &#8211; José Marti</title>
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		<pubDate>Tue, 23 Aug 2011 16:30:46 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Je me rends de moins en moins chez les buralistes depuis que je fume de l’électronique. Je pense même qu’après avoir acheté le sixième et dernier tome des Lucky Luke réédités pour la presse régionale, je ne me rende plus &#8230; <a href="http://maximgar.wordpress.com/2011/08/23/%c2%ab-no-me-pongan-en-lo-oscuro-a-morir-como-un-traidor-yo-soy-bueno-y-como-bueno-morire-de-cara-al-sol-%c2%bb-jose-marti/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=maximgar.wordpress.com&amp;blog=8650950&amp;post=317&amp;subd=maximgar&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/couverture.gif"><img class="alignright size-full wp-image-318" title="Télérama craint peut-être d'oublier de faire une bonne couverture dans deux semaines, et se contente des idées qu'il a déjà." src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/couverture.gif?w=115&#038;h=146" alt="" width="115" height="146" /></a>Je me rends de moins en moins chez les buralistes depuis que je fume de l’électronique. Je pense même qu’après avoir acheté le sixième et dernier tome des Lucky Luke réédités pour la presse régionale, je ne me rende plus chez un buraliste avant un moment. De ce que j’y ai observé, Télérama a été le premier à sortir sa une commémorative sur les évènements du 11 septembre 2001 : DIX ANS… lit-on sobrement sur la couverture. Je lance la pierre sur Télérama mais peut-être n’ai-je pas été assez attentif parce que c’est un des rares magazines à m’arriver par courrier, et que ce ne sont certainement pas la Gazette des Communes ou le catalogue de Blanche Porte qui nous sortiraient une telle une.</p>
<p style="text-align:justify;">Néanmoins, que ce soit Télérama ou un autre hebdomadaire, j’essaye de comprendre les raisons de ces deux semaines d’avance. Un gros coup de mou éditorial, une rentrée littéraire pas folichonne, un été ciné aussi enthousiasmant qu’une lanterne verte ? Deux semaines avant le 11 septembre, on était loin de tout ça, des tours qui s’effondrent, du Pentagone à quatre côtés et de la sécurité drastique dans les aéroports. A la fin du mois d’août, les esprits étaient plutôt tournés vers la Palestine, où Tsahal cognait à tout va depuis qu’un terroriste palestinien s’était fait exploser avec une pizzeria – la Conférence de Durban sur le point de s’ouvrir et portant sur les questions raciales à travers le monde allait d’ailleurs tourner à l’inculpation acharnée et houleuse d’un Etat d’Israël qualifié de raciste – vers l’Afghanistan où régulièrement le régime des Talibans provoquait une indignation maniérée – cette fois-ci il ne s’agissait pas de détruire aux chars des statues bouddhistes, mais du procès de quatre Européens accusés de prosélytisme chrétien – Jospin commençait à mettre ses habits de candidat – en effectuant sa rentrée politique sur TF1 et pas à l’université d’été du PS sans se douter que pour lui, contrairement à New-York et à Frodon, la tragédie des deux tours était loin d’avoir commencé – l’action France Telecom apprenait la plongée sous-marine. D’ici là une échauffourée entre Gitans et Maghrébins se finirait au bazooka à Béziers, un peu avant que le chef de cabinet du maire ne succombe d’une rafale de pistolet mitrailleur. Et puis surtout Aaliyah venait de mourir.<span id="more-317"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Si cet été, la disparition d’Amy Winehouse a fait grand bruit pendant deux jours, on peut à l’aune de celle d’Aaliyah imaginer que dans dix ans, quand Télérama sortira son « VINGT ANS » plus personne ne saura qui était cette diva choucroutée à la Marge Simpson, reine d’un tube et d’un featuring, titubant sur le fil du rasoir à tailler la coke, et sans les épaules pour tenir le succès et sa masse capillaire. Parce qu’Aaliyah dans le même genre c’était quand même quelque chose, une sorte de pionnière du Timbaland bien avant des aventurières chevronnées comme Björk ou Madonna, qu’on ne verrait pas dans les deux Matrix à venir – quelle perte ! Deux ans après sa mort, elle continuerait à truster les Grammy Awards. Chaque jour emmenait son lot de révélations : l’avion dans lequel elle s’était écrasée – moins de cent mètres après la piste était trop chargé en bagages de 300 kilos alors qu’il n’y avait que huit passagers! le pilote avait pris de la cocaïne et en plus il était ivre ! elle est morte d’un choc à la tête puis de ses brûlures ! même si elle avait survécu elle n’aurait pas survécu à cause de ses problèmes cardiaques… et j’en passe de toutes ses révélations certifiées exactes. Et c’est là que nous avons changé d’ère. Du tout au tout. Un mardi.</p>
<p style="text-align:justify;">En tant qu’amoureux de la littérature, en tant que cinéphile amateur, en tant que mélomane occasionnel, j’ai attendu une réponse culturelle à ces évènements. J’aurais dit OK à une œuvre de propagande, pourvu qu’elle soit forte, qu’elle soit novatrice, qu’elle soit poignante. Même dans le Télérama, ils n’ont pu tirer qu’une liste très légère, avec Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer, Vol 93 de Paul Greengrass, La Route de Cormac McCarty, La Guerre des Mondes de Steven Spielberg, Seul dans le noir de Paul Auster, pour ceux que je connais assez pour avoir quelque chose à en dire. Je constate que l’hebdomadaire a fait l’impasse sur toutes les œuvres concernant l’Irak et sa deuxième guerre, et certains se demanderont  ce que La Guerre des Mondes vient foutre là… il faut juste savoir que durant toute la promo de son film, Spielberg a défendu l’idée qu’il n’aurait jamais pu filmer des extra-terrestres méchants avant le 11 septembre, et à comparer ses promos, on constate que le 11 septembre a eu plus d’influence sur sa Guerre des Mondes que sur Munich sorti la même année, où il décrit la lente bascule vers le crime et la parano d’une cellule du Mossad bien décidée à venger l’attentat terroriste des Jeux Olympiques de 72.</p>
<p style="text-align:justify;">Face à cet encéphalogramme quasi plat de la création culturelle, il reste d’autres images : les frappes en Afghanistan, Enduring Freedom et les soldats de France et d’ailleurs qui en reviennent encore entre quatre planches, Iraqi Freedom, de Villepin à la tribune de l’ONU, George W. Bush, Ben Laden, la liesse après sa dernière sortie à la Cousteau, Ground Zero, Abou-Ghraïb, Guantánamo.</p>
<p style="text-align:justify;">Prenez Abou-Ghraïb, cette prison modèle pour réussir ses soirées diapo entre potes est entrée dans la légende, ses pensionnaires aussi, dans leurs sacs de jute et cagoules coniques sans les trous pour les yeux, leurs activités dignes du Club Med et leurs pyramides humaines pas très pyramidales. Quand Eli Roth justifie la brutalité gratuite de ses films Hostel et Hostel Chapitre II, il peut aisément répondre que ses films ne sont pas gratuits (sauf à les télécharger illégalement), et qu’on n’y trouve pas plus brutal que tout ce qu’on pourra imaginer qu’il se passe là-bas dans les geôles irakiennes.<a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/hostel-2005-08-g.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-320" title="le jour où Eli Roth a essayé de nous faire croire qu'il n'aurait pas pu faire Hostel sans être dédouané par les images d'Abou Ghraïb son film est devenu une pâle relecture des infos (ou pas)" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/hostel-2005-08-g.jpg?w=300&#038;h=198" alt="" width="300" height="198" /></a> Mauvais signe s’il en est que la seconde guerre du Golf a un effet bien plus visible du point de vue créatif que le silence et l’étonnement qui ont suivi l’effondrement des deux tours, quand le monde entier (pro-occidental ou antioccidental) s’est retrouvé réuni dans la surprise. Ça n’a duré qu’un court instant à l’échelle des dix ans écoulés, c’est sûr, mais ça a eu lieu. La vengeance, la revanche, la réponse proportionnée et justifiée, appelez-la comme vous voudrez, ce n’est pas le débat, a pris le dessus très rapidement, et balayé ce que New-York a eu à cet instant d’universel, comme Hiroshima ou Nagasaki avant elle, mais avec une transmission des images et des émotions largement plus révolutionnaires : des milliards de pensées hétérogènes tournées vers un seul endroit. Une fois passé ce moment, nous sommes entrés dans cette fameuse nouvelle ère et ses nouveaux mots, ses nouveaux acteurs, la nouvelle bipolarité affichée du monde et ses nouvelles places to (not) be.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/fs-harold-kumar-sevadent-guantanamo-dvdrip-l-_pt3dh.jpeg"><img class="alignleft size-full wp-image-319" title="Harold et Kumar s'évadent de Guantanamo, certainement le meilleur film sur Guantanamo depuis des années" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/fs-harold-kumar-sevadent-guantanamo-dvdrip-l-_pt3dh.jpeg?w=240&#038;h=320" alt="" width="240" height="320" /></a>Ainsi en va-t-il de Guantánamo. Un lieu quasi inconnu, une sorte de presqu’île déserte loin de tout, et par tout entendez tout et n’importe quoi, le droit, la justice, la famille, la dignité, la vie. Si on n’y est pas militaire, on s’habille en orange pas trop saillant. Le principe de la prison qui y est établie, nous l’avons tous compris, c’est d’avoir créé un monde parallèle dans le monde réel : location des Etats-Unis d’Amérique sur les terres d’un Etat souverain, Cuba, le droit qui s’y applique, ou à vrai dire le non-droit qui s’y applique n’est en aucune manière tenu de respecter les accords internationaux et principes sous lesquels les Etats-Unis ont signé « oui, d’accord, ça le fait ». En fait, c’est quasiment la faute aux Cubains tout ça. Dès lors, plus de sept cents ennemis de guerre y ont été envoyés, et plus ou moins travaillés au corps et à l’esprit. Et pendant longtemps Guantánamo sera associé à ça.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est un avis personnel, mais je trouve ça injuste. Quand des familles françaises, des maîtres et des esclaves fuyant ce qu’on appelait encore Saint-Domingue et la Révolution à la fin du XVIIIème siècle vinrent s’installer dans la baie de Guantánamo et y fonder la ville du même nom, il ne leur serait pas venu à l’idée que Guantánamo devienne « cela » dans l’esprit du monde : un centre de tortures à ciel ouvert. Ils venaient de poser le pied dans un paysage lunaire, quasi désertique aux pieds de montagnes verdoyantes et fleuries, des mornes cabossés et tropicaux. Injuste aussi pour ceux qui avant les terroristes des années 2000 avaient fait les frais du contexte particulier de Guantánamo. Parce que si le particularisme juridique de cette base militaire est né de l’administration Bush, il s’agissait de l’administration Bush père, et dans les aspects sordides l’administration de Junior avait de qui tenir. Et d’avoir de Guantánamo cette seule image de mecs en orange, c’est injuste pour ceux qui ont souffert là, juste avant eux.</p>
<p style="text-align:justify;">Au XIXème siècle l’empire espagnol s’effondre avec les guerres napoléoniennes, des héros surgissent, des Simón Bolívar, des José San Martin qui traversent l’Amérique, appuyés par les loges françaises et américaines, conseillé par des généraux français et font s’effondrer un empire dont il ne reste bientôt que quatre miettes : les Philippines, Guam, Puerto Rico et Cuba. Dès 1868, Cuba luttera durement pour son indépendance, sans jamais se dépêtrer de l’autorité espagnole, et l’autorité espagnole quant à elle n’arrivera jamais à réduire au silence les volontés de souveraineté. En 1895 la Guerre d’Indépendance reprend plus meurtrière que jamais (un cubain sur huit en mourra), et elle aurait pu durer longtemps avant que les Américains ne s’en mêlent en 1898 : dans les manuels d’Histoire, la guerre d’Indépendance devient la Guerre Hispano-Américaine.  En huit mois, la débandade espagnole est manifeste, et au Traité de Paris en décembre, l’Espagne renonce à son Empire Colonial qu’elle laisse sous protectorat américain. C’est dans ces conditions que lorsque Cuba rédige sa constitution des amendements américains viennent consteller les articles. L’un d’eux indique la possibilité offerte aux Etats-Unis de louer une base militaire sur le territoire cubain, dans la baie de Guantánamo : 121 km² à 2000$ annuels évolutifs selon d’obscurs critères – qui font qu’actuellement ce loyer tourne autour de 4500$ &#8211; ça sent l’arnaque à plein nez pour le propriétaire, n’importe quel agent Century 21 vous le certifierait.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est en 1991 qu’elle sert pour la première fois de prison. Quand la Floride s’attend à voir débarquer des milliers de réfugiés Haïtiens suite au coup d’état qui vient de renverser le président Aristide, les boat peoples sont dirigés vers cette base militaire, on les y entasse le temps d’étudier leurs dossiers. La situation dégénère rapidement, car il devient vite évident que seuls les plus riches auront une chance de se voir octroyer des visas. Et les plus riches des Haïtiens ne sont pas légions. Pire encore, il ne reste bientôt plus que des criminels notoires et les porteurs du VIH. En juin 1993, lorsqu’un juge fédéral demande la fermeture du camp de réfugiés qui n’est plus qu’un <strong><em>“HIV prison camp, where, surrounded by razor barbed wire and subjected to pre-dawn military sweeps, people lived under continual threat of abuse by 400 soldiers in full riot gear” </em></strong><em>un camp de prisonniers infecté par le VIH délimité par des barbelés, où l’on vit sous la crainte militaire des ratonnades et abus de 400 soldats antiémeutes</em>, ce juge se verra répondre qu’étant donné l’extra-territorialité de la base cubaine, sa demande restera non-avenue. Après le départ des derniers Haïtiens du camp, après 1994, ce sont les réfugiés cubains qu’on y enfermera et qu’on laissera vivre dans de telles conditions qu’ils auront pour certains à choisir entre le suicide et l’évasion vers… Cuba leur point de départ et la case prison. « VINGT ANS DEJA » pourrait publier Télérama.</p>
<p style="text-align:justify;">Guantánamo ! une expertise éprouvée dans le non-droit, bien avant la menace islamique. Mais peut-être que dans dix ans, nous aurons oublié, et qu’il ne restera de Guantánamo ce qu’on en connaissait avant, parfois sans le savoir.</p>
<p style="text-align:justify;">On raconte que Joseíto Fernandez jouait aux dominos avec sa bande, sur une petite table branlante au bord d’un trottoir de la Havane. Une partie de domino sous les cieux des Antilles, si vous avez déjà eu l’occasion d’en jouer une, ou d’en voir une, vous savez que rien ne la dérange. On s’insulte, on se teste, on claque le domino sur le formica, sur la toile cirée, on fait tourner le rhum, on fait tourner la chance. Pour qu’un Antillais de la Barbade à Cuba, en passant par Haïti ou la Guadeloupe se détourne de ses dominos il faut plus que beaucoup, il faut que la terre s’arrête de tourner et que tous s’en rendent compte. Et voilà qu’une paysanne passe, elle le frôle et le toise, Joseíto la hèle, lui déclame deux vers, et elle s’éloigne en haussant les épaules. Joseíto laisse tomber les dominos, il passe au piano, il se lance dans une guajira, une de ses mélopées découpées à la façon de l’est de l’île. Ça tombe bien, on vient de lui dire que cette femme est de Guantánamo. Se moquant de lui-même, et du râteau bien salé qu’il vient de manger, il écrit la fille de Guantánamo, comme d’autres après lui écriront The Girl from Ipanema. Une fille qui passe en fait beaucoup pour propager des chansons dans le monde : Joseíto Fernandez venait de composer la Guantanamera.</p>
<p style="text-align:justify;">Elle allait devenir l’indicatif de l’émission de radio qu’il tint vingt-et-un ans. Au cours des cinq dernières minutes, quotidiennement, il la reprenait et insérait en guise de couplets toutes les informations sur les crimes passionnels, les suicides, les peines d’amour dans l’île. Il en était à tel point qu’à Cuba si quelqu’un vient vous raconter une histoire triste, on dit qu’il vous raconte une guantanamera.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/joseitofernandez.jpg"><img class="size-medium wp-image-322 alignright" title="Joseito, l'homme qui s'est pris un vent qui a soufflé sur le monde" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/joseitofernandez.jpg?w=180&#038;h=135" alt="" width="180" height="135" /></a>C’est en 1963, quand un chanteur de folk Pete Seeger la reprend au Carneggie Hall qu’elle acquiert sa réputation internationale. Entre les refrains, il ne tient pas un décompte des derniers crimes passionnels qui ont eu lieu à new-York, mais les strophes d’un poème de José Martí. C’est habillé des vers du poète leader de la Guerre de 95, que la Guantanamera se retrouva à franchir les océans et les frontières, traduites bizarrement dans plusieurs dizaines de langues – la version française fait de la Guantanamera une ville et du poème de Marti déjà très mielleux au départ une sorte de soupe au sirop bien vendue par un Joe Dassin vendeur de soupes comme jamais. La célébrité ça tient à pas grand-chose, et c’est d’autant plus vrai qu’il existe une demi-douzaine de procès en paternité de cette chanson, j&#8217;ai préféré vous raconter celle qui me plaisait le plus de toutes.</p>
<p>&nbsp;</p>
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			<media:title type="html">Joseito, l'homme qui s'est pris un vent qui a soufflé sur le monde</media:title>
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		<title>« I know what I am talking about when I am talking about the revolutions » &#8211; Juan Miranda</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Aug 2011 16:30:50 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Je devais avoir treize ans, peut-être quatorze quand j’ai vu <em>Revolution</em> de Hugh Hudson, une grande fresque avec des bataillons anglais rouges sang et hargneux et au milieu, ou bien en face, un Pacino paumé dans la marche militaire de l’Histoire. Je n’ai jamais ressenti en plus de vingt années le besoin, l’envie ou la curiosité de le revoir. Je me rappelle assez confusément d’une scène dans une salle de classe, où notre héros paumé, le regard en fatigue, se fait expliquer à l’aune de la révolution copernicienne, la Révolution Américaine dont il est un acteur au quotidien. C’est confus et je n’essayerai même pas de reprendre le fil de pensée des personnages, mais l’un d’eux fait tourner un globe représentant la Terre autour du Soleil, et il en ressort une impression de compteurs remis à zéro. La Révolution ! remettre les compteurs à zéro pour la prochaine Saint-Sylvestre… cela expliquerait les comptes à rebours sous les cotillons. Pacino reprend son regard hagard sur le bras et retourne se battre avec Donald Sutherland ou aimer Nastassja Kinski… Je ne me rappelle vraiment pas. Je me souviens très bien par contre, de ce que j’ai pensé sur le moment : <strong>la Révolution c’est juste beaucoup de gesticulations pour revenir en un an au point de départ, là où on aurait fait pareil en une journée avec une bonne rotation.</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Je ne savais pas encore lire et je ne m’attablais pas alors avec des gens qui savent lire. J’avais une philosophie sauvage, peu adaptée aux développements, qui se contentait souvent d’une phrase un peu cynique. Si on me disait : « le lotus est une fleur au symbole incroyable, car née dans les marécages », je répondais : « et elle meurt où sans une aide extérieure ? » et très fier de moi je considérais le débat clos.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-309"></span>C’était l’époque où Tracy Chapman chantait des murmures au sujet d’une révolution, où l’on commémorait deux cents années de Bastille. J’ai lu un petit plus, j’ai du entendre la mandoline du Docteur Jivago, et <strong>la Révolution m’a paru ressembler à un boxon monstre, celui où dans les angles morts du chaos, dans l’incertitude du lendemain, on se met à rêver d’un monde meilleur</strong>. Je venais de m’arrêter sur une nouvelle définition, un brin plus poétique.<strong> </strong>Sûrement les hormones adolescentes qui me jouaient des tours.</p>
<p style="text-align:justify;">Je suis dans un de ces boxons monstres depuis quelques jours, un peu effrayé à l’envie d’écrire, un peu effrayé à l’idée que ce ne soit pas encore assez le boxon pour tirer une idée révolutionnaire d’un angle mort. Alors en attendant, comme ça m’arrive parfois en attendant, je dresse des listes, mais carrément effrayé par les listes, je fais dresse des listes qui renfermeraient d’autres listes, comme, par exemple, la liste des films qu’il me reste à voir pour enfin présenter ma liste de mes films préférés de  2001 à 2010. Chemin faisant dans les déroulés de puces de ma suite bureautique, en me rappelant le James Bond opus 21 et ses deux erreurs de scénario qui m’empêcheront à tout jamais de le considérer comme le plus révolutionnaire des James Bond, ni comme un des cinq meilleurs, je me suis remis à classer les James Bond dans l’ordre de ma préférence. Quinze ans que je fais ça, et ma constance me rassure. Je peux alors m’ouvrir à des questions aussi existentielles que « Casino Royale a.k.a. James Bond XXI ne sera pas dans tes cent meilleurs films de la décennie à cause de deux petites erreurs scénaristiques ? » et à des réponses encore plus existentielles du genre : « ni même parmi les deux cents meilleurs à cause de ces deux erreurs dont l’une n’est pas à proprement parler une erreur de scenario, mais un foutage de gueule à l’encontre de la physiologie des types noirs de la planète. » Parce que filmer des Bahamiens comme si c’étaient des Malgaches, c’est un peu comme filmer au Pirée les aventures de dockers scandinaves. Cette approximation plus que douteuse explique peut-être la gravissime erreur scénaristique qui voit un évènement avoir lieu à 18 heures à Nassau quand il fait plein jour à Antananarivo. J’ai beau avoir un globe terrestre gonflable, à défaut d’un deuxième soleil, je ne pourrais jamais expliquer cela, et du coup, le premier James Bond que j’aurais pu aimer au-delà du raisonnable depuis 1969 ne devra pas entrer dans ma liste de deux cents films de la décennie, alors que Machete aura toutes ses chances. On attend toujours beaucoup de ce qui se veut révolutionnaire, on leur pardonne beaucoup moins.</p>
<p style="text-align:justify;">Et puis j’ai arrêté de faire des listes, j’ai regardé la pluie tomber, j’ai fait du vélo dessous et j’ai écouté Raindrops keep fallin’ on my head à la radio, juste avant d’entendre qu’on a tous en nous quelque chose de Tennessee. J’étais fondamentalement pas d’accord. Je suis fondamentalement ronchonchon avant la Révolution. Il y a plus de chances que nous ayons tous en nous un écho de chansons des Beatles que quelque chose de Tennessee. On me répondra que je comprends de travers, qu’il faut saisir que Tennessee Williams a abordé à un moment ou à un autre dans sa carrière des thèmes qui touchent chacun d’entre nous. Mon caractère de quatorze ans se soulève violemment : alors en fait, Tennessee a chez lui un bout de chacun d’entre nous !!! tout l’inverse de l’hypothèse de Michel Berger ! A la question « qu’est-ce que tu as de Tennessee ? », il risque d’y avoir peu de réponses. Non seulement Tennessee a en lui un peu de chacun d’entre nous, mais il s’en est emparé subtilement, subrepticement, sans qu’on le remarque, comme un voleur.</p>
<p style="text-align:justify;">« Quelle est ta chanson des Beatles préférée ? » Il arrivera parfois qu’on vous réponde « Imagine », mais dans l’ensemble, vous aurez toujours une réponse… tout au moins parmi le cercle de mes lecteurs potentiels vu qu’il ne s’et pas encore étendu aux confins inconnus du Tadjikistan malgré mes efforts surhumains.</p>
<p style="text-align:justify;">Peut-être parce qu’ils étaient révolutionnaires. Des révolutionnaires incertains, assurément, puisqu’entre les diverses versions de Revolution, Lennon ne savait sur quel pied danser, le long de la piste des parts à prendre dans la violence nécessaire au changement, de  “<em>But if you talk about destruction, don&#8217;t you know that you can count me out”</em> si tu comptes détruire ne compte pas sur moi de Revolution, à « <em>But if you talk about destruction, don&#8217;t you know that you can count me out&#8230;in</em> » de Revolution 1 sur l’album blanc. En treize albums, ils bouleversèrent le monde de la musique, remirent les compteurs à zéro. Comme Sergio Leone dynamita le western et ses codes, et me laisse croire qu’il y a plus en nous de Leone que de Tennessee.</p>
<p style="text-align:justify;">A la question, « que retiens-tu de Leone ? », vous aurez toujours une réponse, ne serait-ce qu’un air de Morricone. Mais aussi pêle-mêle, une réplique de Tuco, même imprécise, <em>quand on tire on raconte pas sa vie, </em>un regard de Frank, ou la réinterprétation du Cantique des Cantiques par Deborah.</p>
<p style="text-align:justify;">Moi ce qui me revient en premier, c’est toujours ce dialogue entre John et Juan, dans un campement de fortune. A environ une heure et quart d’Il était une fois la Révolution. Juan se couche sur une carte du Mexique, et John lui fait remarquer que son pays, il s’assoit dessus, Juan s’en fout, « tu sais qui c’est mon pays ? c’est moi et ma famille »… John n’est pas d’accord, parce qu’en gros, les choses sont plus importantes que ça, et  la révolution c’est pas une plaisanterie. Alors Juan s’emporte.</p>
<p style="text-align:justify;"><em>« La Révolution, la Révolution, c’est pas à toi, nom de Dieu, à me parler de Révolution, je sais très bien comment ça éclate, c’est des gens qui savent lire dans les livres qui vont voir des gens qui savent pas lire dans les livres, les pauvres gens quoi ! et puis ces types-là leurs disent le moment est venu de changer tout ça… »</em></p>
<p style="text-align:justify;">John essaye bien de l’interrompre, en vain.</p>
<p style="text-align:justify;"><em>« Si ! Merde ! Je sais très bien de quoi je parle, ces putains de Révolutions j’ai grandi dedans. Tu comprends, <strong>ceux qui savent lire dans les livres vont voir ceux qui ne savent pas lire dans les livres, les pauvres, et disent, si si, il faut du changement et les pauvres bougres font le changement. Après ça les plus malins de ceux qui savent lire s’assoient autour d’une table et ils parlent et ils mangent et ils mangent et ils parlent et ils parlent et ils mangent et pendant ce temps-là, qu’est-ce qu’il font les pauvres bougres ? … ILS SONT MORTS !!! C’est ça ta Révolution.</strong> Chut, s’il te plait, ne me parle plus de Révolution. »</em></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/juan.jpg"><img class="size-full wp-image-310 aligncenter" title="Juan ou un instant de silence au milieu de la faconde" src="http://maximgar.files.wordpress.com/2011/08/juan.jpg?w=500&#038;h=281" alt="" width="500" height="281" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><em>« Et qu’est-ce qui arrive quand c’est fini pauvre con ? Rien ! tout recommence comme avant. »</em></p>
<p style="text-align:justify;">Et John convaincu, de jeter le Patriotisme de Bakounine sur le chemin. Il était une fois la Révolution est un film imparfait. Ses anachronismes historiques – le drapeau de l’IRA que John a ramené de ses flash-back irlandais où il fait plus jeune de dix ans n’a été dessiné que bien après les évènements mexicains du film – ses mitrailleuses de 1930 et ses références à peine voilées aux massacres de la Seconde Guerre Mondiale feraient passer Casino Royale pour une pépite scénaristique. Des séquences sont bâclées et auraient mérité d’être mises en boite une seconde fois. Mais de ces inexactitudes, de cette poussière, ressortent des moments comme celui-là, comme les flash-backs irlandais sous les Sean Sean Sean d’Edda Dell’Orso, comme quand Juan retrouve ses enfants morts et qu’il part seul avec une mitrailleuse en finir avec les troupes de Gunter Ruiz, que Leone ne prend même pas le temps de le filmer, qu’il reste avec John dans les grottes où s’entassent les cadavres. Cette redécouverte du buddy-movie bien avant 48 heures, l’Arme Fatale, et après La Grande Vadrouille. En fait ses anachronismes ne sont pas graves… parce que le principe de la Révolution, c’est que tout recommence comme avant.</p>
<p style="text-align:justify;">On sera bientôt en septembre et je ne me suis toujours pas entouré de gens qui savent lire des livres pour évoquer les dernières révolutions du moment. Je bataille depuis quelques temps déjà (deux mois d’après mes calepins) sur un texte qui évoquerait la Révolution des Œillets. Et avec, celles des Roses, des Tulipes, du Velours, du Cèdre, du Safran, l’Orange, et celles du Jasmin. Bientôt l’automne et toujours rien à dire sur le Printemps Arabe : je regarde sur les chaînes info les émeutes du Royaume-Désuni. En fait il n’y a pas grand-chose à dire, malgré tout ce qui se raconte. Une Révolution ça exactement la même racine qu’un crédit revolving ou qu’un revolver, ça évoque les tours dans le vide d’un barillet, du latin <em>revolvere</em>, rouler en arrière.</p>
<p style="text-align:justify;">Quand les gens qui savent lire dans les livres se réunissent entre eux pour dire ce qu’il y a à dire aux gens qui ne savent pas lire, ils racontent en boucle sur tous les médias comment Facebook et Twitter ont épaulé la pierre à la main les révoltes égyptienne et tunisienne. C’est la dernière récupération à la mode, celle de la Révolution Numérique, celle qui vous internationalise une révolte, celle qui diffuse un grognement général, les murmures évoqués par Tracy Chapman et sa guitare.</p>
<p style="text-align:justify;">En y regardant plus attentivement, tout est parti de Mohamed Bouazizi, un gars qui avait perdu ses moyens de subsistance, un gars qui avait faim et qui s’est immolé tellement il crevait la dalle. L’indignation s’est propagée dans la rue, dans les rues adjacentes, dans les villes, dans les villes voisines, en suivant les routes, en passant les frontières sans même s’arrêter dans les campagnes. Et s’il avait faim, s’il avait besoin de travail pour nourrir sa famille, alors même qu’il était fils d’un ouvrier agricole, c’est que la hausse des prix des produits de l’agriculture au deuxième semestre 2010 suite à aux incendies de Russie, aux hausses du pétrole a provoqué des tensions dans les approvisionnements des villes comme Alger, Tunis, Le Caire ou Damas, ces métropoles de pays qui ont abdiqué toute forme de politique agricole. Dès lors que ces états ne disposent pas d’une manne pétrolière  ou gazeuse, permettant aux gouvernants de garantir aux villes leur pain quotidien, il s’en suit une hausse des prix qui affament les plus faibles… les fameux pauvres bougres, les indignés. <strong>C’est mécanique. Et quoiqu’on en dise, on avait déjà connu ça ante-twitter.</strong></p>
<p style="text-align:justify;">En 1845 et 1846, l’Europe connait deux années de sécheresse extrême, une canicule de trente et un jours touche l’Île de France en 1846 <strong>bien avant le fameux Réchauffement climatique</strong>, et toutes les productions céréalières européennes sont en baisse. C’est le moment que choisissent les pommes de terre pour tomber malades, le rendement européen de la production de patates chute de 34,10%. Mais il n’y a pas pénurie, au contraire : le blé s’importe de Russie et d’Amérique. Dantzig est à l’époque la bourse des céréales, on y fixe le prix du blé au niveau mondial, <strong>bien avant la fameuse Mondialisation</strong>. Et que le prix de l’hectolitre de blé triple à Paris, ça ne concerne pas tant que ça les négociants de l’époque, et ce, <strong>bien avant les fameux Traders</strong>. Avant ce triplement, 50% de la masse salariale des catégories modestes est consacrée à l’achat du seul pain. Le calcul est assez facile, les conclusions aussi.</p>
<p style="text-align:justify;">En janvier 1848, suite à des révoltes contre la vie chère, Ferdinand II des Deux Sicile octroie à Palerme une nouvelle constitution et lance le départ bien malgré lui du Printemps des Peuples, un mouvement révolutionnaire qui traverse toute l’Europe Continentale sans qu’aucun évènement Facebook ne soit fixé, sans aucun pépiement de Twitter dans la bise du soir. Bien sûr c’est l’époque où circulent des best-sellers comme le Manifeste du Parti Communiste (en kiosque dès le 21 février cette année-là), mais quoiqu’on en dise malgré le petit nombre de pages de cet ouvrage, Marx et Engels ne twittaient pas. Et quand bien même, twitter serait devenu le media de la parole révolutionnaire, qui lisait des micro-messages au Caire, à Tunis, à Damas… des gens suivis par les journalistes qui n’avaient rien d’autre à raconter ? des actionnaires de Facebook ? Si les gens se balancent des SMS c’est parce que le Tam-Tam n’est plus d’actualité, basta.</p>
<p style="text-align:justify;">En 1848, les régimes tombent avec une vitesse inouïe, ou résistent grâce à l’aide internationale. Le Tsar soutient l’Empereur d’Autriche et mate les rebellions comme l’Arabie Saoudite intervient à Bahrein. Les régimes épuisés cèdent. La Hongrie abandonne la féodalité, le Roi de Prusse fraternise avec la foule et prône un régime parlementaire allemand en coupant l’herbe sous le pied des révolutionnaires. En France Louis-Philippe abdique. Les peuples migrent. Depuis l’Irlande principalement, puis rapidement de Pologne, d’Italie. Seuls les pays boostés par un fort dynamisme économique, la Russie, la Grande-Bretagne échappèrent aux troubles.</p>
<p style="text-align:justify;">En fait c’est bien une Révolution : un vaste recommencement, un dernier tour de piste, avec une seule petite variante, l’intervention internationale contre un pouvoir en place, en Lybie… mais était-ce possible en 1848 ?</p>
<p style="text-align:justify;">A la lueur des évènements qui se sont déroulés il y a cent soixante ans, lueur un peu pâlotte s’il en est, le Printemps Arabe, son jasmin, ses chutes de dictateurs ne déboucheront que sur un échec. Avec une affirmation XXIème siècle des Empereurs fils-de, ou neveux, ses modèles économiques libéraux qui pouvaient se permettre aisément du social là où il n’y en avait jamais eu. Autrement dit, des prolos largués par le suffrage universel, les appropriations nationalistes, les guerres et les tranchées.</p>
<p style="text-align:justify;"><em>“So, please, don&#8217;t tell me about revolutions! </em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>And what happens afterwards? The same fucking thing starts all over again!”</em></p>
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