« N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? » – Le Papa de Rodrigue

Pénétrons aujourd’hui un monde d’une violence culturelle sans retenue. Car il y est question de sang sur nos mains. Le texte qui va suivre a sûrement été écrit sous l’emprise d’une substance éthylique, mais il va au plus profond de la dramaturgie française, et sait s’éprendre sans retenue d’une œuvre passionnante et singulière : Le Cid. J’ai pris moi-même le risque d’interpréter un personnage tout en écrivant les lignes qui vont suivre, ce qui donne à ce texte son caractère si quelque chose et approximatif.

Rodrigue a pris son cheval et est parti rejoindre con crew, ça va déménager sévère.Les années passent rapidement et bientôt les générations confondront Pierre Corneille et Corneille, ce qui ne sera pas difficile puisqu’ils viendront de loin, ils vivront chaque jour comme le dernier sans ouvrir un dico, alors que moi, persuadé que je survivrai aux anachronismes inéluctables, il faudra que je dise et répète « Rodrigue as-tu du cœur ? »

Et lui de répondre, « tout autre que mon père, l’éprouverait sur l’heure ». A cet échange, vous savez qui je suis, encore plus sûrement que si j’avais dit « être ou ne pas être, je vais te défoncer Claudius », et vous savez donc évidemment que quelques temps plus tôt, le comte m’avait remis à ma place, du genre « Ton impudence, téméraire vieillard, aura sa récompense. », avant de m’en coller un. Parce qu’aujourd’hui que tout le monde tape comme des filles, on dit en coller une, mais avant on se mettait des soufflets. J’ai fait trois fois le tour de mon caleçon sans toucher l’élastique. 

Le rein brisé, la joue brûlante, je fermais le poing : 

« Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ? Mon bras qu’avec respect toute l’Espagne admire, mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire, tant de fois affermi le trône de son roi, trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ? » 

Assurément, ce langage peut en étonner plus d’un, mais sincèrement avec un bon beat à la Booba ça a vraiment de la gueule. 

« C’est chiadé Papa », pense Rodrigue qui confond soufflet et soufflé aux épinards, c’est qu’il ne veut pas voir la vérité en face : c’est niqué pour lui et Chimène, la fille du Comte. Il mettra du sang sur nos mains, mais nous aurons l’honneur sauf. 

« Va, cours, vole, et nous venge. » 

Où veuillé-je en venir en commençant ce post ? 

Rodrigue va voir le Comte, mais manque de flow. Il lui compte fleurette, mais le Comte est bon (car je prends 25 que je multiplie par 6, j’ajoute 7, je retranche 4 et je multiplie par 3, 459). Au lieu de répondre : « Moi j’ai six lettres, enculé » ; voilà que Rodrigue est submergé par le flow « Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. » 

Avait-on atteint le sommet de la tragédie à la française jamais égalé avant un éléphant ça trompe énormément ? Sûrement pas, parce ce que le Comte enchaîne qu’il ne va pas le cogner le petit, ça craint : « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. » 

Rodrigue se fâche tout rouge : « D’une indigne pitié ton audace est suivie : qui m’ose ôter l’honneur craint de m’ôter la vie ! » Et celui qui n’a point voulu goûter son flow, goûte alors son fer. 

J’aime bien l’épisode d’Arlette à Malibu où Tartuffe après le discours de la LCR dit à Pamela Anderson « Cachez-moi ce sein que je ne saurais voir », tandis qu’Antoine, un contemporain guitariste à Corneille se rétame sur une lame coupante comme un Wilkinson Sword. Ce qui me ramène logiquement aux deux pouces de fer que le Comte a mangé dans sa face.  

Comme on peut le découvrir plus tard dans l’intégrale à Corneille et son single le Bon Dieu est une Femme, Chimène décide de prendre les choses en main. Elle kiffe Rodrigue qu’est tombé bien bas dans les lyrics (d’où les expressions le Cid coule à flow, je suis tombé dans les Pommes, t’es tombé bien bas, t’es haut comme trois pommes, mangez des pommes, la pomme d’Adam, j’ai des pépins le bref). 

« Va je ne te hais point », dit-elle et c’est fun.  

Il va donc déchirer sa race aux Francofolies de la Rochelle, avec tout son crew. « Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port. Tant, à nous voir marcher avec un tel visage, les plus épouvantés reprenaient de courage. » Non, sérieux ? c’était une manif de camionnettes de dealers ? 

Devant le succès, Chimène le kiffe grave. Et oublieuse de son père qui est parti les pieds devant, à la Zidane mais sans le contrat Danone après la mort, d’un coup de boule trop à la gauche de Rodrigue, elle retrouve son promis. Le fantôme du Comte erre. Vapeur au-dessus des vivants, et des ébats de sa fille, il se répète qu’il se fait bien niquer sa race pour un soufflet à un vieux qui flottait dans son string. Ce qui nous ramène à la corde des pendus, et à tout ce qui peut être aspiré dans un grand Huit. 

Et moi mon ami, de m’être tant senti blessé, j’ai fait de mon fils un héros qui se réjouit d’une irresponsable, et je vais, du sang sur mes mains, grabataire sans le souffle. Mes os à présent sont juste assez bons pour faire des trompettes, quand, de ton soufflet il ne reste plus rien.

3 réflexions sur “« N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? » – Le Papa de Rodrigue

  1. bien le bonsoir, monsieur imgar

    c’est comme un kamoulox, en beaucoup plus fin, quelque part.

    une petite question: les deux commentaires qui me précèdent sont rédigés en hollandais?

    paix sur votre absence.

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